HISTOIRE DE MALEK
des provisions pour huit jours, des habits magnifiques, un turban de toile des Indes à raies d'or, avec une riche ceinture; je n'oubliai pas les essences et les meilleurs parfums. J'employai tout mon argent à ces emplettes, sans m'embarrasser de l'avenir; il me semblait que je ne devais plus manquer de rien, après une si agréable aventure.
Je demeurai toute la journée dans le bois, où je m'occupai à me parer et à me parfunrfer. Dès que la nuit fut venue, j'entrai dans le coffre et me rendis sur le toit du palais de Schirine. Je m'introduisis dans son appartement comme la nuit précédente. Cette princesse me témoigna qu'elle m'attendait avec beaucoup d'impatience. — 0 grand prophète ! me dit-elle, je commençais à m'inquiéter et je craignais que vous n'eussiez déjà oublié votre épouse. — Ah ! ma chère princesse, lui répondis-je, pouviez- vous écouter cette crainte; puisque vous avez reçu ma foi, ne devez- vous pas être persuadée que je vous aimerai toujours? — Mais apprenez-moi, reprit-elle, pourquoi vous avez l'air si jeune? Je m'imaginais que le prophète Mahomet était un vénérable vieillard. — Vous ne vous trompiez pas, lui repartis-je, c'est l'idée qu'on doit avoir de moi, et si je paraissais devant vous tel que j'apparais quelquefois aux fidèles à qui je veux bien faire cet honneur, vous me verriez une longue barbe blanche avec une tête des plus chauves; mais il m'a semblé que vous aimeriez mieux une figure moins surannée. C'est pourquoi j'ai emprunté la forme d*un jeune homme. La gouvernanle, se mêlant alors à notre entretien, me dit que j'avais fort bien fait et que quand on voulait faire le personnage d'un mari, on ne pouvait être trop agréable.
Je sortis encore du château sur la fin de la nuit, de peur qu'on ne découvrit que j'étais un faux prophète ; j'y relournai le lendemain, et je me conduisis toujours si adroitement, que Schirine et Mahpeiker ne soupçonnèrent pas seulement qu'il pût y avoir là dedans de la tromperie. Il est vrai que la princesse prit insensiblement tant dégoût pour moi, que cela ne contribua pas peu à lui faire croire tout ce que je lui disais; car quand on est prévenu en faveur de quelqu'un, on ne soupçonne point sa sincérité.
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Au bout do quelques jours, le roi de Giizua^ suivi de ses olBclers, se rendit au palais de la priucesse sa fille; el, trou vaut les portes bien fermées et son cachet sur les serrures, il dit à ses vizirs qui Taccompagnuietit : — Tout va le mieux du monde, Peuriaul que les portes de ce palais seront dans cet éiat, je crains peu le malheur dont ma fille est metjacée. Il monta seul à l'appartement de Schirine, qui ne |Hit s'empêcher de se trahir à sa vue. il s*en aperçut et en voulut savoir la cause» Sa curiosité augmenta le trouble de la princesse, c|ui, se voyant enfin obligée de le satisfaire, lui conta tout ce qui sétail passé.
Votre Majesté, sire, peut s imaginer quelle fut la surprise du roi Bahaman, lors(|u1l apprit qu'il était, sans le savoir, beau-pére de Mahomet. — Ah! quelle al)surdité! s'écria- t-iK Ah! ma tille, que vous êtes crédule 1 0 ciell je vois bien présentement qu'il est inutile de vouloir éviter les malheurs que tu nous réserves; rhoroscope de Schiri ne est rempli, uu traître fa séduite! En disant cela, il sortit