‹ Les Mille et un jours (volume 2)Chapitre 26 sur 31 · SIXIEME SÉRIE · texte numérisé non relu

SIXIEME SÉRIE

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Un derviche vénérable par son âge tomba malade chez une femme veuve depuis longtemps et qui vivait dans une grande pauvreté dans le faubourg de Balsora. Il fut si touché des soins et du zèle avec lesquels il avait été secouru , qu'au moment de son départ il lui dit : — J'ai remarqué que vous avez de quoi vivre pour vous seule, mais que vous n'avez point assez de bien pour le partager avec voire tîls unique, le petit Abdalla; si vous voulez me le confier, je ferai mon possible pour reconnaître en lui les obligations que je vous ai de vos soins. La bonne femme reçut sa proposition avec joie, et le derviche partit avec le jeune homme en l'avertissant qu'ils allaient faire un voyage qui durerait près de deux ans. En parcourant le monde, il le fit vivre dans l'opulence, lui donna d'excellentes instructions, le secourut dans une maladie mortelle dont il fut attaqué; enfin il en eut autant de

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Ce ne fut k l.i vérité qu'après Tavoir suivi un assez long espace de temps qu'il aperçut une petite ouverture couverte île ronces et d*épines, par laquelle il revint k la lumière. Il regarda de tous côtés pour voir s1l ïi'apercevrait point le derviche; mars ses soins furent inutiles; il voulait lui remultre le chandelier qu'il avait lant d^envic d'avoir et foroiuit le dessein ile le quitter., se trouvant assez riche de ce qu'il avait pris dans le trésor pour se passer de son secours.

N'apercevant point te derviche et ne reconnaissant aucun des lieux où il avait passé, il marcha quelque temps au hasard et fut trés-élonné de se trouver devant la maison de sa niére^ dont il se croyait tréséloigné. Elle lui demanda des nonvellcs du saint dei'viehe. Alulalla lui conta naïvenn^nt ce qui lui était arrivé et le danger qu'il avait couru pour satisfaire une fantaisie très-déraisonnable qu'il avait eue; ensuite il lui montra les richesses dont il s'était chargé. Sa mère conclut en les voyant que le derviche n'avait voulu que ftiire l'épreuve de

son courage et de son obéissance, el qu'il fallait profiter du bonheur que la fortune lui avait présenté, ajoutant que telle était sans doute l'intention du saint derviche. Pendant qu'ils conlemplaientces trésors avec avidité, qu'ils étaient éblouis et qu'ils faisaient mille projets en conséquence, tout s'évanouit k leurs yeux. Ce fut alors qu'AbdalIa se reprocha son ingratitude et sa désobéissance. Et voyant que le chandelier de fer avait résisté à Tenchantement, ou plutôt à la punftion que mérite celui qui n'exécute pas ce qu'il a promis, il dit en se prosternant : — Ce qui m'arrive est juste, j'ai perdu ce que je n'avais pas envie de rendre, et le chandelier que je voulais remetlreau derviche m'est demeuré : c'est une preuve qu'il lui appartient et que le reste était mal acquis. Les premières fautes que l'on commet sont ordinairement accompagnées de remords , mais ils ne sont pas de durée. En achevant ces mots, il plaçn Je chandelier au milieu de leur petite maison.

Quand la nuit fut venue, Abdalla, sans aucune réflexion, mit dans ce chandelier la lumière qui devait les éclairer. Aussitôt ils virent paraître un derviche qui tourna pendant une heure et disparut après leur avoir jeté un aspre (peuie monnaie). Ce chandelier avait douze branches. Abdalla, qui fut occupé tout le jour de ce qu'il avait vu la veille, voulut juger de ce qui pourrait arriver le lendemain, s'il mettait une lumière dans chacune; il le fit, et douze derviches parurent à l'instant : ils tournèrent également pendant une heure et leur jetèrent chacun un aspre en disparaissant. 11 répéta tous les jours cette même cérémonie, elle eut toujours le môme succès; mais jamais il ne put la faire réussir qu'une fois dans les vingt-quatre heures. Cette somme modique que leur donnaient les derviches était suffisante pour les faire subsister dans une certaine opulence, sa mère et lui : pendant longtemps il n'avait pas désiré davantage pour être heureux; mais elle n'était pas assez considérable pour changer avantageusement leur fortune. C'est toujours avec danger que l'imagination se repatt de l'idée des richesses : la vue de ce qu'ils avaient cru posséder, les projets qu'ils avaient formés sur l'emploi qu'ils en feraient, toutes ces choses avaient laissé des traces si profondes dans l'esprit d'Abdalla que rien ne pouvait les effacer. Ainsi, voyant le peu d'avantage qu'il

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