‹ Les Mille et un jours (volume 2)Chapitre 3 sur 31 · LE CHEIKH ET LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE CHEIKH ET LE SERPENT

Le vieillard demeura chez moi seulcMient pendaul lioisjours , qu'il employa k nie lire le Gulistan et à me tlonner de s^iges conseils. — 0 Abd-Allah, vous êtes possesseur de grandes richesses, sachez eiï faire Uîi bon usage; que la pari de I auul<^ne soit abondante; ayez loujonrs present à votre mémoire combien vous étiez malheureux lorsque je vous trouvai dans la mosquée; méfiez-vous des llalleurs , ries faux amis, et même de votre bon ca*ur^ cl soyez plus prudent que TArahe dont je vais vous couler Thistoire.

Un ("hejkh vivait dans la crainte île Dieu et Taniour de la créature; eu musulman fidèle^ il disait relijjcieusement chaque jour les cinq prières et faisait les cinq ablutions ordonnées par le Koran , sou corps était sain, son bras fort et son esprit pur. Un jour qu'il était assis dans son divau, fumant son chiéhe fp*pc à nu) et roulant entre ses doig;ls les grains précieux de son rosaire, il vit venir un serpent qui Inyait devant un liounne armé d'un bâton.

— 0 cheikh! toi l'ami de lous, lui dit le reptile, sauve-moi en permettant que j'entre dans ton divati et que je ni*y cache. — Entre , cache-toi ^ et que Dieu te sauve! reprit Thomme de bien. — 0 cheikh, continua le serpent, mon ennemi approtlie; il va chercher ici , et m'ayant trouvé, il me tuera. Je t'en prie, parla mort de ton père, ouvre-moi ta bouche ponr m'y cacher, alors mon ennemi cherchera cïi vaijï.

— Jure nu>i, dit le cheikh, que si je Touvre ma houche et le loges en mon corps ponr le sauver, lu m^ cherclteraspasà me mordre, et

que lu sorliras iiussitôl que ton ennemi sera parti. Le serpent jura, et se précipitai dans Pasilc qui lui tHait oiiverl*

L'homme an bâton survint. — O clieikh! dil-il , ii'as-tu pas vu venir de ce c*Mé mon ennemi le serpent? Permets que je le cherche et l'assomme. Le cbeikii l'ayant permis, l'homme au tâton chercha; puis, n'ayant rien trouvé, il s'en fut. Le vieillard dit alors au serpent: — ^Maintenant que ton ennemi est loin, hâte-toi de sortir de mon corps ! Le reptile, avançant la tête mi bord de la houche de son hôte, lui cria : — 0 toi ! (ils d'Iiomme, lu le piques de tout savoir, et tu n'as pas su discerner le bieu d'avec le mal et le bon du méchant.

A rinstant choisis : que veux-lu que je dévore, de Ion foie ou de ton cœur? — Allah-Kerim! Dieu est plus miséricordieux, exclama le cheikh ; quoi ! je f ai sauvé la vie, et tu veux ma mort ! Eh bien ! je m'y résous, mnis ne souille i>as Hiospilalité de ma maison. Il y a dans la

LE CHEIKH ET LE SERPEiNT. U

campagne , non loin dici , un arbre ; j Virai me coucher sous son ombrage y et ià tu me tueras.

Le cheikh avait beaucoup voyagé; il avait assisté maintes fois, dans les Iodes, à ces spectacles forains où des baladins se jouent de charmer et prendre les serpents. Combien il regrettait de n'avoir pas près de lui quelqu'un de ces jongleurs, pour le délivrer de son ennemi!

Bien triste en son âme ^ il congédia ses esclaves et ses serviteurs, puis il alla s'asseoir sous Farbre, en disant ; —Serpent, au nom de Dieu, tue-moi.

Une voix plus forte que celle du muezzitn , et plus harmonieuse que celle dn rossignol, lui cria : — 0 cheikh, loi qui fus un homme habile et sage , comment ne sais-tu point te tirer du mauvais pas où tu te trouves? Prends deux feuilles de cet arbre, mange-les, et que Dieu t*aide !

Le vieillard prit les feuilles, les mangea, et aussitôt le serpent sortit de son corps, déchiré par morceaux.

— Qui es-tndonc, toi qui oV as conservé la vie? s'écria le cheikh- — Je SUIS le génie des bons, reprit la voix, et je suis venu p(mr te sau* ver, toi le serviteur de Dieu. Relourne dans ta maison, et vis en paix.

Le bon vieillard, plein de recojmaissance, tondia à genoux et pria. — La Hah-Hallah, Mahomet, racoul ullah. Dieu est grand, il n'y a que Dieu, et Mahomet est son prophète.

En achevant cet apologue, Saadi ajoula : — Craignez d*exciter la jalousie , et n'oubliez jamais qu'il n'est si faible ennemi qui ne trouve tôt ou tard Foccasion de nous nuire. Le sage vieillard recul nos embrassements, et nous quitta pour retourner à Schiraz^ sa patrie, emportant les bénédictions de toute ma kmille.

Après le départ de Saadi , je négligeai de suivre de si prudents conseils, et vécus avec une grande splendeur. Mon luxe, mes richesses, mon bonheur^ excitèrent Tenvie de mes voisins, qui nie dénoncèrent à l'oflicier chargé dn recouvrement de Timpôl, comme ayant trouvé un immeïise trésor. Ce magistrat me fit venir en sa présence, et m'ordoïinaavec dureté de lui payer la part qui en revenait au souverain. Je n'avais point trouvé de trésor, puisque je tenais delà générosité de mon înaître tout ce que je possédais. Je

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lui raconliii mes aventures, i|u il Inula «le ftibles uiul nurdics^ el jit

re^'us, pjir son ordre, trois rerils ri>u|»s île luuef . (OImiih» argument pour uiarrai' lier la vérilé, Cel iudii^iie Iraileuienl iiTulrtia; ma r*>r- Uitie i'ManI eu siheté , je |)ersistai riaiis ee «lue j'avais deelar^ . iH ju fus jeté dans celle [irisoit, où je sitisde|Hjis inns ans,

Ku euteiidaiit ee récit , llîirouii-al'ltasehihl seuddait IVapiR' ci Y*tatiiicnieiit, et dé(dûi'er les erreurs de lajusliee. Il ne tit aucune observation^ mais il rriti*|iia le Jup*nienl rendu riinln' li* |»risoiinier, on le laisanl rev^'^lir d^Jiip mhv il iHiiiueur, i^t en lui rinnuaiit tin t^mploi parmi ses olliciers.

Le calife, coudilc des souhaiLs des heureux qu'il avait faits, ol en louré d'un peuide immense dont il était Tidule^ revint ensuite k son palais, et pass;i chez Zobeiile. sa favorite. «»ii raUeiidaienl la joii» et le plaisir ( l)«

(1) e cllp s-Tir (|(> nmh*s ('y{ trailuitr do i nruïiç fiiir M. Samir4>i»K Pîijiil.

L'histoire de son siècle en fail une . glorieuse mention; elle dit qu'il sui'passilit tous les prnicesde son (S?^^?^^ temps en bomie mine, en esprit 'w et eu valeur; qu'il i^tiiit aussi siivaut que les plus }T[rands docteurs, qu'il perçait le seusoiyslique des eomnieutairesde TAleoran et suivait \\\\y cœur les sentences de

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