REMARQUES DE CAZOTTE
sa dame , l'Alcoran est le premier objet qu'on cherche à mettre sous les yeux du jeune Arabe.
On doit se rappeler que Rousseau propose , mais trèssérieusement , de faire méditer son élève sur les Voyages de Robinson Crusoé.
Ici le conseil est mis en action , et on fait faire à l'élève , en tout , le métier de Robinson Crusoé , autant que le terrain, qu'il est dans le cas de parcourir, en offre les occasions.
Rousseau propose de chercher à enflammer le cœur des élèves par le tableau d'une beauté imaginaire.
La dame des pensées du jeune Arabe n'est pas imaginaire ; mais on le fait s'enflammer pour elle , sur un simple récit.
Cela ne donne pas lieu d'inférer que M. de Fénélon , ni l'auteur d'Emile aient jamais eu connaissance du manuscrit arabe , dans lequel se trouvent ces rapports ; mais cela confirme dans la persuasion que , par toute la terre et de tout tems, les hommes ont eu, sur le même sujet, à peu près les mêmes idées.
L'auteur arabe , pressé d'arriver à son but , dans un terme beaucoup plus court que celui de nos modernes , met bien plus tôt qu'eux son héros en action. Le poète qui vient d'éclore fait des vers sur-le-champ , et l'élève ne reçoit pas une instruction dont sa conduite ne fasse un instant après apercevoir le fruit.
Ce petit roman doit avoir été composé postérieurement aux victoires de Saladin , et peut-être par un poète de sa cour ; on y trouve un mélange trop marqué des idées européennes et arabesques sur la chevalerie , pour que cet assemblage pût être entré dans un cerveau qui n'eût connu