IV
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C'est un fort petit mal , dit Mamouk , car sans cela je demeurais à la porte : remettez la queue, allez chercher votre plat, tâchez de joindre votre homme ; le fruit ne lui en paraîtra pas moins curieux, il n'a rien perdu de son volume ni de son goût ; la semaine prochaine nous ménagerons mieux les autres.
Le jardinier est allé chercher le plat 5 il revient et ne trouve plus Mamouk ; il pense qu'il est allé voir le poirier, et n'ayant pas besoin de lui pour aller vendre son fruit , il prend sans aucune inquiétude le chemin de la maison de Simoustapha.
Mamouk avait abusé complètement de la simplicité d'Abaïre : cet imposteur , dépouillé de la moitié de son pouvoir , réduit à un état passif par une puissance majeure, a été forcé de transformer l'ignorant jardinier en magicien , sans qu'il se doutât du mystère 5 il se l'est associé , en lui faisant profaner la religion du serment , et s'est fait artificieusement commander tout ce qu'il était de son propre intérêt d'exécuter. Tels sont les dangers de l'ignorance!
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A peine Abaïre avait tourné le dos pour aller ehercher le plat , que l'Egyptien , fidèle au commandement qu'il s'est fait donner , resserre , contracte et raccourcit le volume de son corps , et entre dans la poire pour y prendre la forme d'un pépin. Si l'on vient à couper la poire sans que le couteau enrtame le pépin , et surtout , si on se laisse charmer par le goût délicieux du fruit , le scélérat Mamouk recouvrera ses pertes et consommera sa vengeance.
Jusqu'ici tout sert à favoriser les complots du ca-r baliste : Simoustapha s'est trouvé sur sa porte au passage d' Abaïre , il s'est fait montrer le fruit. Le jardinier dit qu'il veut le présenter lui-même au calife, qu'il en aura deux cents sequins. Donnez-le moi , dit Simoustapha , vous n'irez pas plus loin pour chercher votre argent : voilà deux cents sequins , et cinquante de plus , pour le plaisir que vous me fai?^ tes en ip'accordant la préférence.
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Abaïre , enivré de sa bonne fortune , eût volontiers oublié le plat et la serviette, pour embrasser celui auquel il était redevable de tant d'argent. Il revient avec empressement dans sa maison, et n'y trouve point Mamouk ; il le suppose au jardin hors de la ville, il y court, et ne le trouve pas encore 5 il le cherche partout, et le redemande en vain aux fleuves et aux échos d'alentour.
Pendant cette recherche inutile , Simoustapha attendait avec impatience l'heure où il pourrait jouir des charmes de la charmante Ilsetilsone , et lui offrir le plus beau des fruits qu'on eût jamais vus sur la terre.
La nuit est venue , le génie a fait son devoir ; les deux époux se sont parés des bienfaits de leur charmante protectrice -, les habits, les bagues, le collier, les chaînes de diamans tressées avec les cheveux, rien n'a été oublié .
L'eunuque muet sert le beau fruit auquel le prince indien attachait tant de prix; Ilsetilsone l'admire, et en trouve le parfum exquis : on entend un petit bruit en coupant la poire , un pépin s'en est échappé, et a sauté à terre.
Le fatal morceau touchait déjà les lèvres des deux amans : Simoustapha jette un grand cri; sa bague l'a piqué au point de lui faire sentir une forte douleur : Ilsetilsone laisse tomber le morceau qu'elle te-
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nait ; le prince fait un effort pour arracher de son doigt le bijou qui le blesse, et ce frott^^nent nécessite l'apparition du génie esclave de la bague.
Il était effrayant par sa forme et sa laideur^ la princesse s'évanouit en le voyant. Qui es-tu ? Que veux- tu de moi ? lui demande Simoustaplia. — Je suis l'esclave de la bague que t'a donnée ma souveraine , répond le fantôme 5 je t'avertis que tu cours le plus grand danger, ton ennemi est dans ta maison , ce fruit est empoisonné , je vole au secours de la boîte : quand elle sera en sûreté , je reviendrai.
Simoustapha et ses esclaves donnaient des secours à la princesse. Jémal pendant ce tems-là, renfermé dans la boîte magique, repoussait de son mieux les attaques de son ancien maître , sous la puissance duquel il redoutait de tomber. Mamouk appuyait un anneau enchanté à la serrure du bureau dans lequel la boîte était renfermée, ia serrure s'ouvrait, et au même instant le génie protecteur en substituait une autre : ce combat avait été renouvelé six fois ; Jémal allait enfin se rendre quand le génie de la bague arriva.
Infâme scélérat ! dit-il à Mamouk, tu ne mourras que de ma main. En même tems, il aspire tout l'air qui est dans l'appartement , lève le bras pour frapper l'Egyptien , qui tombe à terre comme étouffé. Il est bientôt garotté de chaînes de fer : on lui arrache
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son anneau magique, sa baguette, son livre d'enchantemens, eton l'abandonne sur le parquet , dépouillé de toute puissance et à demi mort.
Après cette victoire , le génie de la bague vient instruire Simoustapha des dangers qu'il a courus par les ruses deMamouk. Venez, dit-il, contempler votre ennemi , et disposez de son sort , non suivant la bonté de votre cœur , mais suivant toute la dépravation du sien.
Simoustapha âùit. le génie dans l'appartement, Mamouk n'y est plus. Détestable magiden , inépuisable en ressources ! dit le génie, quelle force a donc pu te tirer d'ici ? mais tu es lié , et tu ne pourrais aller loin. Il éonseille alors à Simoustapha de prendre la boîte , d'appeler Jémal, et de se joindre à eux pour la recherche du scélérat qui veut s'échapper.
Les deux génies l'ont trouvé dans le jardin , il avait commencé à se débarrasser de ses fers : dès qu'il voit venir ses adversaires , il se précipite dans le canal ; aussitôt deux digues se forment et le resserrent : il s'élance en l'air comme un jet d'eau ^ mais il est contraint de retomber dans le bassin qu'on lui a formé : il s'efforce alors de s'évaporer en Hamme 5 mais une vapeur épaisse qui s'élève de toutes parts s'oppose à son projet. .
De ces mélanges des élémens, le canal semble
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i-empli d'une chaux vive et brûlante dont on redoute la proximité : le génie de la bague y jette les deux morceaux de poire 5 sur le même instant ils sont en fusion : alors le génie, s'adressant à Simoustapha, lui dit :
Prince ! prononcez l'arrêt de ce scélérat 5 nous sommes ici pour son exécution 5 dites-lui :
« Infâme magicien! je t'enferme dans tes œuvres, » par tes œuvres et avec tes œuvres , afin que tu sois » puni de tes œuvres. »
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326^ JOIJB.
Simoustapha prononce : le magicien est devenu tout-à-coup une masse informe de marbre sous la figure d'un chat-huant , et semblable à ces statues horribles qu'on voyait chez les idolâtres , avant la venue du grand Prophète. Les génies ont emporté du jardin cet affreux simulacre.
Simoustapha est de retour auprès de son épouse qui , un peu remise de sa première frayeur , n'était
pas cependant sans alarmes sur son compte : en le voyant elle est rassurée. Ils passent tous deux dans le cabinet où était la boîte ; Simoustapba la touche, et Jémal paraît. Se'gneur! que voulez-vous de votre esclave? dit le génie. — Que vous me racontiez tous les détails de l'événement qui vient de se passer.
Il se met à califourchon sur la boîte , et obéit aux ordres de Simoustapha : il décrit les travaux , le voyage , l'arrivée à Bagdad du magicien Mamouk 5 la séduction du jardinier , son séjour chez lui , ses transformations, l'enchantement du poirier -, la manière dont il s'est introduit chez Simoustapha , qui a lui-même porté le fruit où le traître s'était caché en pépin ; comment il en est sorti quand la poire fut coupée. Il décrit son propre combat dans la boîte , où il opposait sans cesse une nouvelle serrure à celle que l'anneau magique de l'Égyptien détruisait.
De cette boîte où il était retranché pour la défendre , il avait vu arriver à son secours le génie de la bague : il raconte comment l'enchanteur fut terrassé, lié , dépouillé de sa magie ; et qu'au moment où le génie de la bague était sorti du cabinet, des esprits envoyés du fond de l'Egypte au secours de Mamouk, par Naraës son fils , étaient venus l'enlever tout-àcoup, et l'avaient mis en état de livrer le dernier combat, dans lequel il a enfin succombé.
Ces éclaii-cissemens ayant duré une partie de la
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nuit , à peine les époux eurent-ils le tems de se féliciter du bonheur d'être échappés à tant de pièges , à des attaques si dangereuses et à des projets si bien concertés. Ilselilsone est obligée de se confier aux soins du fidèle Jémal , et de retourner au palais du calife dans sa voiture ordinaire.
Simoustapha va chercher dans le bain le calme que tant d'agitations lui avaient fait perdre. Il se dispose ensuite à partir pour le Ginnistan 5 il a recours à la boîte , en invoque le génie ; il se met en route, et arrive auprès de la reine des génies, à qui ses dangers l'ont rendu plus cher.
Elle vient au-devant de lui , et lui témoigne, par les plus tendres caresses, le vif intérêt qu'elle a pris à son malheur. Elle épargne au jeune prince le récit d'une aventure dont elle connaît les plus légers détails 5 mais elle profite de cette circonstance pour l'engager à veiller soigneusement sur la bague et sur la boîte ; elle le prévient contre les attaques du fils de Mamouk, aussi dangereux que son père. J'aurai beau, lui dit-elle, avoir toujours les yeux ouverts sur vous, vojis environner des puissances qui me sont soumises ; si vous ne cherchez pas vousmême à vous garantir des pièges humains , mes secours ne s'étendent que sur les moyens surnaturels ; veillez sur vous ; mettez-vous en état de compter sur vos vertus et votie sagesse, comme faisait votre
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maître Benalab 5 mon amour vous répond du reste.
Bornons ici les salutaires conseils de Setelpedour, et la vive reconnaissance de Simoustapha. Il a pris congé de la reine \ le génie l'a ramené dans Bagdad^ où des mouvemens politiques nous préparent des événemens plus intéressans à décrire.
Le calife ayant appris que la ville de Damas est assiégée par deux cent mille infidèles , a fait proclamer Tordre à tous les Musulmans de prendre les armes , et de marcher à sa suite , au secours de cette place importante.
Simoustapha , à cette nouvelle , éprouve un sentiment naturel aux grandes âmes : il est enflammé de zèle et de courage pour la foi musulmane ; l'amour de la gloire , et le désir de paraître digne de son amante , lui font ambitionner les lauriers qu'il va cueillir en marchant sur les traces du commandeur des fidèles. Il appelle JémaL
Vous venez d'entendre, dit-il au génie, la proclamation du calife 5 je veux seconder ses projets. Qu'on m'amène à l'instant un cheval , et qu'on m'apporte une armure convenable à mon rang et à ma naissance.
Le génie fend les airs 5 il instruit Setelpedour des intentions du jeune prince ; la reine applaudit, et veut mettre le héros en état de parvenir aux grandeurs auxquelles il est destiné. Elle ordonne qu'on
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lui choisisse sur-le-champ un des plus beaux coursiers qui soient dans les trois Arabies.
Les émissaires arrêtent leur choix à Sardie , canton désert, à huit journées de Damas, où se trouvent les chevaux de la première espèce. On en trouve un auquel aucun autre ne pouvait être comparé \ il venait de la race de Gelpha , qui avait jadis fourni la monture du grand Prophète, quand, après avoir arboré son étendard victorieux sur les tours de Médine, il se répandit dans la Palestine et les deux Syries , et fit bientôt plier l'Asie entière sous les coups de son glorieux cimeterre et la sagesse des lois du divin Alcoran.
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32r JOUR.
L'horoscope du cheval destiné pour Simoustapha^ tiré , dès le moment même de sa naissance , par les plus sayans astrologues , présageait qu'il devait servit" sous le plus grand prince de la terre , et assurer le bonheur et la durée de deux puissans empires.
Les dispositions de cet animal justifièrent de bonne heure les décrets de sa destinée : souple , adroit , courageux, infatigable, il n'était jamais esclave de ses besoins 5 il supportait la soif et la faim sans que sa vigoureuse constitution parût en être altérée ; il pouvait se passer de sommeil, et se nourrissait d'air. Il joignait encore à ces rares qualités celle» de l'obéissance la plus prompte , de l'intelligence la plus fine , et d'un attachement à toute épreuve : combien d'hommes lui sont inférieurs !
Setelpedour voulut voir le cheval destiné pour son favori ; le coursier hennissait de joie , il allait paraître devant la reine des génies , et contribuer à la gloire du héros qu'elle protégeait. On l'introduit au Ginnistan -, il fait l'admiration de Setelpedour : on le couvre bientôt d'un harnais digne de sa beauté, mais sans aucun luxe extraordinaire 5 il est chargé de l'armure complète du prince. La cuirasse et les autres pièces nécessaires sont formées de lames d'acier de Damas-, le cimeterre est d'une trempe à laquelle rien ne doit résister-, toutes ses armes sont rembrunies. Simouslapha attendait avec impatience, sur la terrasse de sa maison , le retour de Jémal , quand celui-ci fait entrer dans la cour le superbe coursier. A la vue d'un si beau présent , le jeune prince se sent touché de reconnaissance et rempli d'une nouvelle ardeur : il brûle de signaler son cou-
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rage; mais l'amour y met encore quelques obstacles.
Quand le génie, favorisé des ombres de la nuit, eut emporté Ilsetilsone du palais du calife , et réuni les deux époux 5 quand la belle princesse fut informée des projets de son amant, elle perdit l'usage de ses sens ; elle ne le recouvra que pour se livrer au plus cruel désespoir, et cette nuit se passa dans les pleurs.
Cependant le calife est parti ; Simoustapha sacrifiant sa gloire au tendre intérêt de l'amour, a laissé son coursier ronger impatiemment son frein ; il fait retentir l'air de ses hennissemens : Jémal a peine à retenir ses pas -, il veut toujours être sellé et bridé, et son pied semble frapper en vain les heures qui devraient avoir vu partir Simoustapha.
Plus d'un jour se passe sans que le prince s'arrache des bras d'Ilsetilsone , dont il craint les alarmes. Setelpedour, qui voit son trouble], rougit de sa faiblesse -, et , jalouse de sa gloire , elle accourt auprès de lui.
Vous manquez à votre devoir, lui dit-elle , vous compromettez votre gloire et la sûreté de l'état dans lequel vous vivez ! Vous languissez dans une faiblesse honteuse; partez à l'instant. Si vous balancez un moment , je vous abandonne. Mon esclave va vous conduire sur le chemin de Damas ; je prendrai soin de votre épouse; recevez mes adieux. A ce dis-
cours, Simoustapha reconnaît sa faiblesse; il en rougit : il tombe aux genoux de la fée , implorant sa puissance et son pardon.
Il monte son coursier, qui le transporte , comme l'éclair, sur le chemin de Damas , conduit par les génies esclaves de la fée. Parvenu sur une hauteur, il découvre Damas •, les infidèles donnaient assaut à la ville. L'armée du calife était aux prises avec les ennemis, et avait un désavantage marqué ; les deu.^ ailes s'étaient rompues et avaient plié devant eux.
L'étendard de Mahomet lui fait découvrir l'en-' droit où combat Haroun-Alraschid ; il est au centre de son armée 5 les infidèles en pressent les bataillons; ils parviennent bientôt jusqu'au calife, et cet illustre souverain était prêt à tomber sous leurs coups.
Plus prompt que l'éclair, Simoustapha est au milieu du choc : chaque coup de son cimeterre est coup mortel , chaque pas de son cheval foule aux pieds les infidèles. En un moment il a délivré son souverain des périls dont il était menacé ; sa voix tonnante effraie l'ennemi , rassure les Musulmans ; tous sont ralliés sous l'étendard du saint Prophète , dont Simoustapha s'est saisi ; il le fait flotter au centre du bataillon qu'il vient de former. A ce signal , la confiance renaît dans l'ame des guerriers , le com^ bat recommence avec plus de vigueur; mais la mort
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a changé de camp , elle va frapper sur celui des infidèles, et y répand ses ravages. L'ardeur de son coursier lui fait parcourir dans un instant tous les rangs: il a pris en main le commandement, chacun obéit : les chefs et les soldats le prennent pour un ange du ciel envoyé à leur secours 5 il envoie à la poursuite des fuyards , tandis qu'avec le reste de l'armée , il s'avance en bon ordre sous les murs de Damas.
Les échelles préparées pour l'assaut sont détruites , les assaillans sont précipités des remparts , et les portes de la ville sont ouvertes à son libérateur,
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328« JOCR.
SiMousTAPHA marche en triomphe à la tête des vainqueurs; la foule se précipite sur son passage pour embrasser ses genoux , et le sauveur de Damas reçoit les hommages d'un peuple en faveur duquel il a employé tant de valeur. On avance vers la principale mosquée pour y remercier le ciel et
Mahomet d'une délivrance aussi signalée. Haroun ne perd pas de vue l'objet de sa reconnaissance. Simoustapha, ayant baissé sa visière, se tenait cependant à portée du calife : dès qu'on est arrivé à la porte de la mosquée , il descend de cheval , et vient , un genou en terre , rendre hommage au souverain en lui aidant à descendre.
, Haroun accepte avec complaisance le secours du jeune guerrier 5 mais il est troublé à la vue d'une blessure qu'il aperçoit à la main qui lui est offerte , et qui était couverte de sang.
Vaillant héros , lui dit-il , vous êtes blessé ? — Grand commandeur des fidèles , répond le prince indien, sans doute la cicatrice n'est pas dangereuse, puisque je n'en ressens aucune incommodité. — Généreux guerrier , reprit Haroun , la chaleur de l'action et votre courage intrépide vous l'ont fait oublier; mais nous n'entrerons pas dans la mosquée, sans avoir mis un appareil sur votre blessure. — Vos bontés me pénètrent , s'écria Simoustapha , les soins dont vous allez vous occuper doivent précéder ceux qui ne regardent que le plus humble , mais le plus dévoué de vos sujets.
Le calife fut enchanté de ce trait de soumission. Brave Musulman , dit-il , en tirant de sa ceinture un mouchoir sur lequel son nom était écrit en lettres d'or , daignez au moins vous préserver de
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l'air , en enveloppant votre main dans ce mouchoir, jusqu'à ce que nous puissions vous donner d'autres secours. Simonstapha obéit : on entre dans la mosquée , qui retentit bientôt des chants et des actions de grâces de tout le peuple.
Le calife se rend après cela au palais destiné pour lui , pendant son séjour à Damas. Plusieurs officiers qui n'ont pas craint de s'éloigner de lui pendant le combat , deviennent jaloux maintenant de leurs places pour l'accompagner en triomphe : Simoustapha peu curieux de ces frivoles avantages s'échappe , monte son coursier, et disparaît tout-à-fait.
Il a donné à la gloire tout ce qu'il devait lui sacrifier -, il est tems que l'amour le rassure sur l'affliction de son amante : on dirait que son intelligent coursier partage son impatience ; il effleure le chemin qu'il parcourt , et Simoustapha revoit bientôt les minarets désirés de la ville de Bagdad.
Pendant son absence , la bienfaisante reine des génies n'a pas voulu qu'Ilsetilsone fût livrée à trop d'inquiétude • dès la première nuit du départ du prince , elle ordonna au génie de transporter près d'elle la fille du calife. Quel dut être son étonnement de se trouver à son réveil dans les bras de la reine , au lieu d'être dans ceux de Simoustapha.
Tranquillisez-vous , lui dit Setelpedour en l'embrassant tendrement , votre époux a dû se rendre