‹ Les Mille et un jours (volume 4)Chapitre 7 sur 20 · IV · texte numérisé non relu

IV

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palais : il rend un compte journalier de mes aventures heureuses ou malheureuses -, et puisque j'ai le bonheur d'être comblé des grâces du plus grand souverain de la terre , l'arbrisseau doit se montrer aujourd'hui au plus haut point de prospérité.

Simoustapha pensait très-juste à cet égard. Le roi et la reine des Indes étaient chaque jour en contemplation de leur rosier ^ il ne se dépouillait des fleurs dont il était chargé , que pour en produire de plus belles, et ils se consolaient ainsi de l'absence de leur fils, persuadés qu'il ne lui arrivait rien de fâcheux. Ils eurent même un jour une très-agréable surprise ; ils virent sortir d'une rose déjà épanouie une fleur plus fraîche et plus brillante encore : ce prodige leur parut bien extraordinaire, mais il fallait être à Bagdad pour en avoir l'explication.

Ilsetilsone venait d'y donner le jour à un prince ; Simoustapha, Haroun et Zobéide étaient au comble de la joie -, tous les fidèles musulmans célébrèrent par des fêtes cet heureux événement. Le calife avait nommé ce rejeton Haroun-Ben-Alraschid. La reine des génies avait présidé à sa naissance , et versé sur le fils de Simoustapha les dons de son art 5 tandis que le commandeur des fidèles et son gendre en imploraient de plus essentiels dans la grande mosquée de Bagdad.

Tout présageait à la famille du calife une suite

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non interrompue de prospérités, mais un orage se formait contre elle en Egypte. Naraës, fils du magicien Mamouk , attentif à la fontaine dont l'état devait servir de guide à sa conduite, en a vu l'eau se troubler : il a envoyé deux esprits au secours de son père 5 mais l'eau s'est bientôt trouvée teinte de sang. Il a vu son pouvoir inutile , la mort de Mamouk, et il s'est livré dès-lors à des projets de vengeance. La dernière chambre de son cercle magique lui a retracé toutes les aventures de Mamouk chez Simoustapha 5 il se munit de tout ce qu'il croit utile à ses succès, et prend la route de Bagdad. Ce n'est plus dans la maison d'un particulier qu'il s'agit de s'introduire , c'est dans le palais du calife \ il est vrai que Naraës a un grand avantage sur son père : sa puissance est dans toute son activité, il n'a pas besoin d'avoir recours à autant de ruses pour s'associer un second, et le premier venu peut lui aider dans ses travaux.

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^r JOUR.

Naraes, après bien des fatigues et des chemins détournés, arrive comme son père près des fleuves d'Ilfara et d'Aggiala. Un pécheur avait jeté son filet et se désolait de n'avoir rien pris dans la journée -, comment pourra-t-il nourrir sa famille ?

Le magicien, qui a déjà pénétré la cause de son chagrin , l'aborde en lui mettant une pièce d'or dans la main : Consolez-vous , bon homme , lui ditil 5 j^ai partage votre peine en vous voyant travailler sans succès ^ mais vous ne connaissez pas assez les amorces avec lesquelles on attire le poisson : quittez votre filet, prenez une ligne, et à quelques pas d'ici vous trouverez sous un rocher un poisson d'une espèce unique : je vais ramasser un peu de terre, j'en formerai une petite boule que j'arroserai d'une eau merveilleuse : avec cet appât, vous laisserez tomber votre ligne du haut du rocher, et avec un peu de patiance vous attraperez un beau poisson.

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Cette espèce rare se montre de temsentems dans ces fleuves 5 en voici la saison : on l'appelle Sultan- Hïbrdim , du nom du patriarche qui en conserva l'espèce. Quand vous l'aurez pris , il ne faudra pas le porter au calife ; ce souverain magnifique en tout se contente pour lui d'une nourriture trop frugale; mais vendez-le au prince Simoustapha , de qui vous en aurez tout ce que vous demanderez : suivez mes conseils. Je n'ai pas le tems de m'arrêter aujourd'hui avec vous pour être témoin de votre succès , il faut que je retourne à mon magasin. Je suis le premier marchand de porcelaine , en entrant à droite par la grande porte du Kane; venez me voir demain matin, je vous donnerai une ou deux fioles de mon eau^ et nous passerons peut-être la journée à la pêche. A ces mots, il lui donne encore une pièce d'or : Voilà qui vous dédommagera, dit le magicien, si je vous fais perdre votre tems , ou qui vous servira d'arrhes sur celui que je vous ferai employer demain. Là-r dessus il quitte le pêcheur, qui a déjà atteint le rocher , et qui attend patiemment l'effet des promesses de Naraës.

Simoustapha et son épouse ne se doutaient guère qu'il se formât contre eux une intrigue dangereuse au bord de l'eau. Ils avaient été, avec le consentement du calife , rendre une visite à l'aimable souveraine des génies , qui les avait comblés d'amitiés.

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Ilsetilsone avait remarqué dans le palais de la fée un oiseau charmant par la brillante variété de son plumage : il avait été créé pour habiter le paradis terrestre 5 mais, ayant refusé l'hommage de Salomon pour le rendre à Kokopilesobe, il était relégué au Ginnistan. Familier, confiant, plein de grâces, ce bel oiseau avait des souvenirs du passé, se doutait du présent, et pressentait l'avenir 5 il parlait peu, mais fort intelligiblement pour ceux qui avaient l'habitude de l'entendre.

La belle princesse des Indes caressait beaucoup cet oiseau. Setelpedour saisit avec empressement l'occasion d'obliger de nouveau sa protégée, en la priant de l'accepter de sa part : Je vous donne , lui dit la reine , un petit animal fort intéressant ; il me paraît bien disposé à s'attacher à vous , et pourra vous donner d'excellens avis ; n'en négligez pas un, et appliquez-vous à les entendre : d'ailleurs , étant chez vous, entre vos aimables mains, il ne se croira pas en exil, car il a, je ne sais pourquoi, mis dans sa petite tête qu'il ne peut regagner son pays natal qu'en voyageant sur la terre. Voilà sa cage, elle né ferme pas : on ne peut captiver sa liberté , il reste où il se plaît; mais, avant de m'en séparer, il faut qu'il me laisse ici quelque chose de lui : Allons, petit oiseau, donne-moi deux de tes jolies plumes . L'animal obéissant étale sa queue, et deux plumes ,^

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sans se faire tirer, restent dans les mains de la reine.

Les deux époux, ayant remercié la fée, reprennent avec l'oiseau et sa cage le chemin du palais du calife. Ils rentrent dans le leur, où l'eunuque Hacliim, chef de la cuisine , avait fait l'emplette d'un poisson magnifique tout vivant 5 il s'appelait, disait-il, Sultan- Hibraim, parce que le patriarche en avait régalé Mahomet à Médine. L'excellent cuisinier rapportait fort mal la généalogie , que le pêcheur pouvait lui avoir embrouillée 5 mais il avait donné soixante sequins du poisson.

On fut curieux de voir cet animal : il baignait dans l'eau du fleuve où on l'avait pris , et dans un grand bassin d'argent. L'eau dans laquelle il était semblait remplie de topazes , de rubis et d'émeraudes : sa tête paraissait surmontée d'un casque d'or, dont le cimier était garni de perles -, l'écaillé de la moitié de son corps , beaucoup plus large que celle qui descendait vers la queue, teinte de pourpre et bordée d'or, figurait un superbe manteau : ses nageoires, de la couleur du corail , étaient parsemées d'étoiles d'azur.

Oh ! que ce poisson est beau ! qu'il est magnifique î s'écriaient tour-à-tour Simoustapha et Ilsetilsone. — Fi, fi, Ji, Jil criait l'oiseau dans son langage, et d'un ton aigre à percer les oreilles.

— Ce bel oiseau a un abominable cri, disait la

princesse -, il me fait mal à la tête Mais que voilà

un beau poisson! regardez son œil, il a quelque chose de tendre. — Faux , faux , faux , faux l criait Toiseau d'un ton plus déchirant.

— Mon cher Simoustapha, dit la princesse, si cet oiseau a le ramage si perçant , je ne pourrai pas le garder : j'aime bien mieux ce beau poisson.-— Pw, pis, pis, pis' criait l'oiseau, enchérissant chaque fois sur l'aigreur des sons qu'il faisait sortir de son petit gosier.

— Oh! le sot oiseau avec son beau plumage ! dit Ilsetilsone. Nous avons un réservoir pour nos bains, j'y veux loger mon charmant poisson ^ je le nourrirai de ma main. On t'appelle Sultan ? tu seras mon sultan. — Non, non, non, nonl s'écrie encore l'oiseau outré de rage^ et, s' élançant en même tems hors de sa cage, il saute dans le bassin, au hasard de s'y noyer, et crève les deux yeux du poisson 5 il lui attaque la tête , et fait voler les perles du cimier figuré sur le casque. Le poisson se débat , Ilsetilsone veut le défendre 5 mais l'oiseau lui échappe et va piquer le poisson par toutes les parties délicates de son corps : la princesse l'attrape enfin, et, dans la crainte de le laisser courir encore, elle le presse trop dans ses mains, et l'étouffc.

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SiMorsTAPHA, témoin de celte scène, ne sait que penser et de l'oiseau et du poisson. Celui-ci., quoique mourant, se débattait encore, mais le bassin se rem~ plissait de sang -, on n'apercevait plus le poisson : le prince, effrayé de ce prodige, évoque le génie de la bague. Il paraît aussitôt.

Apprends-moi , lui dit Simoustapha , d'où vient la quantité de sang que ce poisson a perdue et qu'il perd encore ?

— Cet oiseau, répond le génie, vous a délivré d'un homme qui venait ici pour vous assassiner : c'est l'Egyptien Naraës , fils de Mamouk , le dernier de vos ennemis, qui s'était métamorphosé en poisson , et s'était laissé prendre par le pauvre pécheur qui vous l'a apporté.

— Portez-le dans ce même bassin , dit le prince, à la reine des génies , afin qu'elle en dispose à son gré. L'esclave disparaît sur-le-champ pour remplir les ordres de son maître.

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Simoustaplia n'avait pas eu le tems de jeter les yeux sur son épouse. Il la voit tristement occupée à rappeler à la vie l'oiseau qu'elle en avait privé j elle essayait de le réchauffer dans son seiti , et ses yeux étaient baignés de larmes. Qu'avez-vous donc? , lui demanda le prince.

— Je suis bien malheureuse ! lui dit-elle •, j'ai tué ce charmant , cet excellent oiseau , qui sacrifiait sa vie pour conserver la mienne , dont la reine s'est privée, pour le livrer a un être déraisonnable, fantasque , à une main meurtrière ! Je n'oserai reparaître devant notre bienfaitrice. Que je vous plains, mon cher Simoustapha ! la reine , votre boîte, votre bague et votre sagesse, pouvaient vous défendre de vos ennemis 5 qui pourra, vous mettre à l'abri de mes caprices ?

— Vos sages réflexions , répondit le prince, plus touché des regrets de son épouse que du péril qu'il avait couru. Pourquoi vous imputer d'ailleurs toute la faute ? n'ai-je pas à me reprocher de vous avoir laissée manquer de conseils .? Dans la position où nous sommes , exposés à des surprises dangereuses , devais-je prêter l'oreille à l'histoire ridicule que l'eunuque nous faisait de ce poisson , moi qui , instruit par ma propre expérience , ai été séduit par la beauté d'un fruit que j'avais apporté dans ma maison ? Pourquoi négliger de recourir k ma boîte , au

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lieu d'admirer, comme vous, la belle écaille du monstre déguisé ? Modérez vos regrets , ma chère Ilsetilsone , afin que je paraisse excusable à mes yeux ; c'est à moi de m'aller jeter aux pieds de la reine des génies , pour obtenir le pardon de ma coupable négligence.

— Vous n'irez pas loiuj, leur dit Setelpedour, en se montrant tout à coup aux deux époux ; vous vous reprochez si bien vos fautes, qu'il y aurait de la cruauté à vous les faire sentir davantage. Embrassez-moi tous deux , et tâchons d'être plus sages à l'avenir.

— Mais ce bel oiseau ! disait tristement la princesse. — J'avais pris mes précautions, disait la reine ; voici deux plumes que j'avais réservées , dans le cas où son courage l'aurait trop exposé. Il y a de la ressource avec des oiseaux fées. Setelpedour prend en même tems l'animal, lui remet les deux plumes : l'oiseau est sur ses pattes ^ il étend ses ailes , les secoue , jette un cri de joie , voltige dans l'appartement, et va se poser tour à tour sur l'épaule de la fée , sur le doigt de Simoustapha , sur le sein de la princesse , en gazouillant , dans son langage , les plaisirs de sa résurrection : il revient dans sa cage, où il se met à manger, et fait entendre ensuite le plus mélodieux des concerts.

La joie revenait par degrés dans le cœur d' Ilsetil-

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sone. Mes bons amis , dit la reine, nous souperons et passerons une partie de la nuit ensemble 5 je ne puis m'écarter long-tems du Ginnislan , et je veux employer au mieux tout le tems que je dérobe. Simoustaplia nous fera servir par Jémal et son petit muet 5 laissons la pompe à ceux qui ne connaissent pas le prix de la liberté. Bailleurs, je ne dois pas me faire voir à tout le monde, mes sujets se plaignent déjà que je me rends trop, mondaine ; et nous avons à nous entretenir sur des objets qui n'exigent que le secret et le silence.

Setelpedour s'assied entre les époux, qu'elle comble d'amitiés et de caresses. Elle leur raconte sa vengeance contre le magicien Naraës. Elle l'a fait lier avec Dansouk , détestable génie, associé et complice de tous les crimes de l'Égyptien 5 ils ont été précipités dans un lac de bitume , où le père de Naraës avait fini ses jours. Voilà des périls de moins, ajouta la reine , mais vous n'êtes pas encore à l'abri de tous 5 à mesure que je vous délivre de vos ennemis , ma partialité pour vous en suscite sans cesse de nouveaux.

Je n'avais à redouter jusqu'à présent que la malice naturelle , innée dans le cœur de mes sujets ; aujourd'hui, il faut prévenir leurs ruses. Ils affectent de négliger mes ordres , ils cachent des complots destructeurs ^ je les examine , et il ne sera pas

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impossible qu'une vive lumière ne jaillisse bientôt de ces ténébreux desseins. Je n'en dis pas davantage aujourd'hui ; je dois pourvoir à ma sûreté avant tout^ éclairer les dangers qui me menacent : le plus essentiel pour moi , mon cher Simoustapha , est de m'assurer de votre cœur.

— Il est à vous , madame , dit le prince, dans un premier mouvement dont il n'était presque pas le maître. — Je n'en bannirai jamais la chère Ilsetilsone , reprit Setelpedour. — J'y resterai, reprend la jeune princesse, pour achever de vous le conquérir; épousez Simoustapha , gardez le trône où vous éles assise , et mes vœux seront comblés.

— Qu'en dites - vous , prince? dit la reine. — J'appartiens à Ilsetilsone ; elle a droit de disposer de moi , ajouta Simoustapha.

— Charmans époux ! s'écria Setelpedour 5 l'un m'a fait connaître qu'on pouvait aimer passionnément un homme, l'autre me réconcilie avec toutes les femmes. Vous ne faites sentir la puissance du mérite sur les cœurs vertueux ! Adieu, dit-elle en se levant, soyez sensibles , nobles et généreux; vous venez de me faire éprouver la plus douce des jouissances ; aucun abus de ma part ne la troublera jamais. Setelpedour les quitte , emportant avec elle la foi des époux , qui n'en sont pas moins chers l'un à l'autre.

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33ii' JOUR,

Abrégeons le détail des sensations qu'éprouvèrent les trois amans en se séparant, leurs visites journalières , les instans que Setelpedour peut dérober aux inquiétudes de sa cour.

Les mois s'écoulent sans événemens remarquables, sans aucun mouvement sensible, ni dans les passions, ni dans les intérêts. Simoustapha voyait croître autour de lui sa charmante famille , qui s'était augmentée d'une fille. Il était occupé des affaires de l'état , dont le fardeau tombait en grande partie sur lui -, et , quand il n'allait pas au Ginnistan , il exerçait son corps aux amusemens de la chasse.

L'oubli des dangers qu'il avait courus le rendait négligent sur les pièges auxquels il était exposé. Il mettait peut-être trop de gloire à ne pas toujours faire dépendre sa sûreté des secours qu'il devait attendre ou de sa bague ou de sa boîte. Armé de son cimeterre, et monté sur son beau coursier, il aimait

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à confier sa fortune et la force de son bras à l'étendue de son courage. Il avait lu , dans les instructions de Benalab , une maxime qui augmentait ses résolutions : « Quand l'homme peut agir par luimême, il doit éviter d'avoir recours au merveilleux. » Le sage aurait dû ajouter : « Quand le secours du merveilleux aura ajouté de nouvelles forces à vos facultés , ne laissez jamais tomber les armes. » Mais Benalab n'avait pas tout prévu j Benalab ne pouvait pas tout écrire.

Simoustapha, étant un j our à la chasse , rencontre une bête fauve; il l'attaque, elle fuit, et s'éloigne avec une grande vitesse 5 mais le cheval qui porte le prince l'atteint bientôt ] le trait est lancé , et la bête le reçoit dans l'épaule. Le dard, qui a percé de part en part, se place cependant de manière à ne pouvoir gêner les mouvemens de l'animal , qui redouble alors de vitesse ; le coursier , qui le suit , ne perd pas un pouce de terrain : on dirait que l'éclair précède un autre éclair. Le prince perd haleine , mais l'ardeur dont il est animé augmente ses forces , et il se trouve bientôt hors de la portée de ses gens.

Enfin, au déclin du jour, la bête s'arrête et disparaît tout à coup aux regards de Simoustapha 5 un vent impétueux s'élève , le prince est renversé de son cheval , et se trouve aux pieds d'une bête monstrueuse. Les oreilles du monstre tombaient sur sa

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poitrine ; sa bouche effroyable faisait le tour de sa tête , ses lèvres étaient d'une énorme épaisseur , et touchaient h des narines écrasées qui exhalaient une fumée infecte. 11 avait, au milieu d'un large front, un œil qui suppléait au jour qui tombait, car il répandait une sombre lumière, semblable à celle qui s'échappe des matières sulfureuses d'un volcan.

Le premier mouvement de Simoustapha , à la vue de ce génie épouvantable , fut d'élever son ame à Dieu , en l'invoquant par Mahomet ^ le second , de se présenter courageusement devant lui. Le génie parut étonné de cette hardiesse , mais n'en était pas moins assuré de la victoire contre un homme seul , et presque désarmé.

Vil musulman , lui dit le fantôme , esclave d'un esclave ! viens subir la peine qui fut jadis prononcée contre Benalab , ton maître 5 viens subir le châtiment dû à ton orgueil , pour t'ingérer de commander à des génies , dont tu n'es pas digne de suivre les ordres -, viens répondre ici des insolences , des injustices , des tyrannies de ta fausse reine Setelpedour contre le grand prince Bahlisboull , mon maître : tombe , meurs sa victime et son esclave ! A ces mots , le monstre odieux lève son énorme massue , dont les nœuds sont de pointes de diamant, et se disposait à écraser Simoustapha : le vaillant

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prince évite le coup , et , de son cimeterre , pourfend le génie depuis le front jusqu'à la ceinture.

A l'instant , les oreilles de Simoustapha retentirent de cris et de hurlemens effroyables, que l'horreur de l'obscurité , dans laquelle il est enveloppé , rendent plus affreux encore. Mais le vainqueur du génie ne saurait en être épouvanté 5 son beau coursier s'est approché de lui, et témoigne par ses hennissemens et ses caresses le plaisir de sa victoire. Les gémissemens ont cessé , l'illusion est dissipée ; mais malheureusement le prince indien demeure en proie à des dangers qui ne tiennent ni de l'illusion ni de la magie,

Simoustapha , environné des ombres de la nuit , n'ayant pu remarquer aucun des endroits qu'il a traversés , par la célérité de son coursier , ignore absolument où il est : il lui est impossible déjuger à quelle distance il se trouve de Bagdad. Épuisé d'ailleurs de fatigue , il se couche sur le gazon , en attendant le lever de l'aurore , qui pourra diriger sa course le lendemain à Bagdad. Il laisse paître librement son cheval autour de lui.

Ce prince sent alors toute l'imprudence qu'il a commise , en s'aventurant seul sans sa boîte ou sans sa bague 5 mais le pouvoir qui l'a rendu vainqueur du monstre, qui lui a donné la force de partager en deux une substance spirituelle, le rassure. Il

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