‹ Les Mille et un jours (volume 5)Chapitre 2 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

crètement de la cour de Perse trois jours après les obsèques de la princesse Zélica.

Possédé de mon affliction, je marchai toute la nuit sans savoir où j'allais , ni où je devais aller. Le lendemain matin , m'étant arrêté pour me reposer , il passa près de moi un jeune homme qui avait un habillement fort extraordinaire : il vint à moi , me salua , me. présenta un rameau vert qu'il tenait à la main , et , après m'avoir obligé par ses civilités à l'accepter , il se mit à réciter des vers persans pour m'engager à lui faire l'aumône. Comme je n'avais rien , je ne pojivais rien lui donner : il crut que je n'entendais pas la langue persane -, il récita des vers arabes 5 mais voyant qu'il ne réussissait pas mieux d'une façon que de l'autre, et que je ne faisais pas ce qu'il souhaitait , il me dit : Frère , je ne puis me persuader que tu manques de charité , je crois plutôt que lu n'as pas de quoi l'exercer. Vous

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otes au fait, lui répondis-je ^ tel que vous me voyez, je n'ai pas seulement un aspre , et je ne sais où donner de la tête. Ah ! malheureux , s'écria-t-il, quelle étrange condition est la tienne ! tu me fais pitié 5 je veux te secourir.

J'étais assez surpris d'entendre ainsi parler un homme qui venait de me demander Faumone, et je croyais que le secours qu'il m'offrait n'était autre chose que des prières et des vœux , lorsque , poursuivant son discours : Je suis , ajouta-t-il , un de ces bons enfans qu'on appelle faquirs ' : qiioique nous vivions de charité , nous ne laissons pas de vivre

^ Gens qui font profession d'une vie austère ; mais la plupart sont des hypocrites. Ils vont de royaume en royaume chercher des aventures : ce sont des vagabonds ; en voici le portrait : ils n'ont pour tout hahit qu'une chemise qui leur va au-dessous du genou , et dont le bas est en falbala ; elle est ouverte par le haut jusqu'au nombril et sans manches; deux nœuds la tiennent attachée sur les deux épaules. Cette chemise s'appelle kefen, c'est-à-dire suaire : ils ont donc les bras nus aussi-bien que les jambes , et ils portent des sandales nomme'es nalen. Ils ont sur la tête , qui est ordinairement rase , une petite calotte de toile jaune bordée , avec un petit boulon au-dessus. Leur ceinture est faite de griffes de lion , et l'on y voit trois choses attachées , siktrhé kard ou un long couteau, un cornet de buffle comme nos vachers, tt enfin une corde au bout de laquelle pend un gros grelot qu'ils font entendre en criant : Xa ilach illallah Hindi fagir ullah. Ces paroles signifient : Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu, l'Indien est le pauvre de Dieu. Ce grelot s'appelle Zenghe hayderi. Zenghe veut dire sonnette, et Hayder est le nom de son fondateur Schéc-Hayder. Outre cela ils ont à la main une pique garnie de rubans par le haut, comme celle des pèlerins de saint Michel.

dans l'abondance , parce que nous savons exciter la pitié des hommes par un air de mortification et de pénitence que nous nous donnons. Véritablement, il y a des faquirs qui sont assez simples pour être tels qu'ils paraissent, qui mènent une vie si austère, qu'ils seront quelquefoi s dix j ours entiers sans prendre la moindre nourriture. Nous sommes un peu plus relâchés que ceux-là 5 nous ne nous piquons pas d'avoir le fonds de leurs vertus , nous en conservons seulement les apparences. Veux-tu devenir un de nos confrères ? J'en vais trouver deux qui sont à Bost ^ si tu es d'humeur à faire le quatrième , tu n'as qu'à me suivre. — N'étant pas accoutumé à vos pratiques de dévotion , je crains de m 'acquitter mal. . . — Tu te moques, interrompit -il , avec tes pratiques; je te le répète encore, nous ne sommes pas des faquirs rigides 5 en un mot, nous n'en avons que l'habit. Quoique ce faquir , par ces paroles , me fît connaître que ses deux confrères et lui étaient trois libertins , je ne refusai pas de me joindre à eux. Outre que je me trouvais dans un état misérable , je n'avais pas appris parmi les pages à être scrupuleux sur les liaisons. Aussitôt que j'eus dit au faquir que je consentais de faire ce qu'il souhaitait , il me conduisit à Bost , en me faisant subsister sur la route de dattes, de riz et d'autres provisions qu'on lui donnait dans {es bourgs et les villages par où nous passions. D'à-

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bord qu'on entendait son grelot et son cri , les bons musulmans accouraient avec des vivres dont on le chargeait.

Nous arrivâmes de cette manière h la ville de BosL j nous entrâmes dans une petite maison située dans les faubourgs, où demeuraient les deux autres faquirs. Ils nous reçurent à bras ouverts , et parurent charmés de la résolution que j'avais prise de vivre avec eux. Ils m'eurent bientôt initié à leurs mystères , c'està-dire qu'ils m'enseignèrent toutes leurs grimaces. Quand je fus bien instruit dans l'art de tromper le peuple, ils m'habillèrent comme eux, et m'obligè'rent d'aller dans la ville présenter aux honnêtes gens des fleurs ou des rameaux , et leur réciter des vers. Je revenais toujours au logis chargé de quelques pièces d'argent, qui servaient à nous faire faire bonne chère.

J'étais encore trop jeune , et j'aimais trop le plaisir naturellement , pour pouvoir résister au mauvais exemple que ces faquirs me donnaient. Je me jetai dans toutes sortes de débauches , et par là je perdis insensiblement le souvenir de la princesse de Perse. Ce n'est pas qu'elle ne s'offrît quelquefois à ma pensée , et qu'elle ne m'arrachât des soupirs; mais , au lieu de nourrir ces faibles restes de douleur, je n'épargnai rien pour les détruire , et je disais souvent : Pourquoi penser à Zélica , puisque Zélica n'est plus ?

Quand je pleurerai toute ma vie, de quoi lui serviront mes pleurs?

9r JOUR.

Je passai près de deux années avec ces faquirs , et j'y aurais demeuré bien davantage, si celui qui m'avait attiré parmi eux , et que j'aimais plus que les autres, ne m'eût proposé de voyager. Hasan, me dit-il un jour, je commence à m'ennuyer dans cette ville ; il me prend envie de courir le pays. J'ai ouï dire des merveilles de la ville de Candaliar; si tu veux m'accompagner, nous verrons si l'on m'en a fait un portrait fidèle. Je consentis, poussé par la curiosité de voir de nouveaux pays, ou , pour mieux dire , entraîné par cette puissance supérieure qui nous fait agir nécessairement.

Nous partîmes donc tous deux de Bost , et après avoir passé par plusieurs villes du Ségestan , sans nous y arrêter, nous arrivâmes à la belle ville de Candahar, qui nous parut revêtue de fortes murailles. Nous allâmes loaer dans un caravansérail ,

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où l'on nous reçut fort charitablement en faveur des habits que nous portions , et c était ce que nous avions de plus recommandable. Nous trouvâmes tous les habitans de la ville dans un grand mouvement , parce qu'on devait le lendemain célébrer la fête du Giulous ' . Nous apprîmes qu'à la cour on' n'était pas moins occupé , tout le monde voulant signaler son zèle pour le roi Firouzchah , qui se faisait aimer des bons par son équité , et encore plus craindre des méchans par la rigueur avec laquelle il les traitait.

Comme les faquirs entrent partout , sans que personne puisse les en empêcher, nous allâmes à la cour le jour suivant pour voir la fête , qui n'eut pas de quoi charmer les yeux d'un homme qui avait vu le Giulous du roi de Perse. Pendant que nous étions attentifs à regarder tout ce qui se passait , je me sentis tirer par le bras. En même lems je tournai la tête , et j'aperçus auprès de moi l'eunuque qui , dans le palais de Schah-Tahmaspe , m'avait donné une lettre de la part de Calé-Cairi , ou plutôt de Zélica,

Seigneur Hasan, me dit-il, je vous ai reconnu malgré l'étrange habillement qui vous couvre. Bien

' Fcte qui se fait tous les ans le même jour que le roi a e'té couronne.

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qu'il me semble toutefois que je ne me trompe point, je ne sais si je ne dois pas me défier du rapport de mes yeux. Est-il possible que je vous rencontre ici? Et vous , lui répondis-je, que faites-vous à Candahar ? Pourquoi avez-vous quitté la cour de Perse -, la mort de la princesse Zélica vous en aurait-elle écarté comme moi? C'est, reprit- il, ce que je ne puis vous dire présentement , mais je satisferai pleinement votre curiosité si vous voulez vous trouver seul ici demain à la même heure. Je vous apprendrai des choses qui vous étonneront 5 d'ailleurs je vous avertis qu'elles vous regardent.

Je lui promis de revenir seul au même endroit le jour suivant , et je ne manquai pas de tenir ma promesse. L'eunuque parut 5 il vint à moi, et me dit : Sortons de ce palais , cherchons un lieu plus commode pour nous entretenir. Nous allâmes dans la ville 5 nous traversâmes plusieurs rues , et enfin nous nous arrêtâmes à la porte d'une assez grande maison dont il avait la clef. Nous y entrâmes. Je vis des appartemens fort bien meublés , de beaux tapis de pied, de riches sophas , et j'aperçus un jardin trèscultivé , au milieu duquel il y avait un bassin plein d'une fort belle eau , et bordé de marbre jaspé.

Seigneur Hasan , me dit l'eunuque , trouvez-vous celte maison agréable ? Fort agréable , lui répondisje. J'en suis bien aise, reprit-il, car je l'ai louée

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hier pour vous , telle que vous la voyez : il vous faut aussi quelques esclaves pour vous servir. Je vais vous en acheter pendant que vous vous baignerez. En disant cela il me conduisit dans une chambre où. il y avait des bains préparés. Au nom de Dieu , lui dis -je, apprenez -moi pourquoi vous m'avez amené ici , et quelles sont ces choses que vous aviez à me dire ? On vous les dira , répartit-il , en tems et lieu 5 qu'il vous suffise de savoir présentement que votre sort a bien changé depuis que je vous ai rencontré , et que j'ai ordre d'en user avec vous comme j'en use. En méme-tems il m'aida à me déshabiller 5 ce qui fut bientôt fait. Je me mis au bain , et l'eunuque sortit en me priant de ne me point impatienter.

Ce mystère, qu'on me faisait, me donna beaucoup à penser ; mais j'eus beau fatiguer mon esprit pour tâcher d'être au fait, je fis des efforts superflus. Chapour me laissa dans l'eau fort long-tems , et je commençais à perdre patience , lorsqu'il revint suivi de quatre esclaves , dont deux étaient chargés de linges et d'habits , et les autres de toutes sortes de provisions. Je vous demande pardon , seigneur, me dit-il , je suis fâché de vous avoir tant fait attendre. Aussitôt les esclaves mirent leurs paquets sur des sophas, et s'empressèrent à me servir. Ils me frottèrent avec des linges fins et neufs ;

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ensuite ils me firent prendre une riche veste , avec une robe magnifique et un turban. Où tout ceci doit-il aboutir? disais-je en moi-même 5 par l'ordre de qui cet eunuque me traite-t-il de cette manière ? J'avais une impatience d'en être éclairci , que je ne pouvais modérer.

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Chapotir s'en aperçut bien. C'est à regret, me ditil , que je vous vois en proie à votre inquiétude, mais je ne puis vous soulager. Quand il ne m'aurait pas été expressément défendu de parler, quand , trahissant mon devoir, je vous instruirais de tout ce que je vous cèle , je ne vous rendrais pas plus tranquille. D'autres désirs encore plus violens succéderaient à ceux qui vous pressent. Vous ne saurez que cette nuit ce que vous souhaitez d'apprendre.

Quoique je n'eusse qu'un bon augure à tirer des discours de l'eunuque , je ne laissai pas d'être pendant tout le reste de la journée dans une cruelle situation. Je crois que l'altenle d'un mal fait moins

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souffrir que celle d'un grand plaisir. Cependant la nuit arriva -, l'on alluma partout des bougies , et l'on prit soin particulièrement de bien éclairer le plus bel appartement de la maison. J'y étais avec Chapour qui , pour adoucir mon ennui , me disait à tous momens : On va venir, encore un peu de patience. Enfin , nous entendîmes frapper à la porte -, l'eunuque alla lui-même ouvrir, et revint avec une dame , qui n'eut pas sitôt levé son voile, que je la reconnus pour Calé-Cairi. A cette vue , ma surprise fut extrême , car je croyais cette dame à Chiras. Seigneur Hasan , me dit-elle , quelque étonné que vous soyez de me voir, vous le serez bien davantage quand vous entendrez ce que j'ai à vous raconter. A ces mots , Chapour et les esclaves sortirent et me laissèrent seul avec Calé-Cairi. Nous nous assîmes tous deux sur le même soplia ., et elle prit la parole dans ces termes :

Vous vous souvenez bien , seigneur Hasan , de cette nuit que Zélica choisit pour se découvrir à vous , et la promesse qu'elle vous fit en vous quittant, ne doit pas être encore sortie de votre mémoire. Le lendemain je lui demandai quelle résolution elle avait prise , et quel témoignage de tendresse elle prétendait vous donner. Elle me répondit qu'elle voulait vous rendre heureux , et avoir souvent avec vous de secrets entretiens , quelque péril qu'il.

y eût à courir. Je ne vous nierai point que , révoltée contre ses sentimens, je n'épargnai rien pour les affaiblir. Je lui représentai que c'était une extravagance à une princesse de son rang de songer à vous , et de s'exposer pour un page à perdre la vie : en un mot , je combattis son amour de tout mon pouvoir, et vous devez me le pardonner puisque tous mes raisonnera ens ne servirent qu'à fortifier sa passion. Quand je vis que je ne pouvais la persuader : Madame , lui dis-je , je ne saurais envisager sans frémir les périls où vous allez vous jeter -, et puisque rien n'est capable de vous détacher de votre amant , il faut donc chercher un moyen de le voir, sans commettre vos jours ni les siens. J'en sais un qui flatterait sans doute votre amour, mais je n'oserais vous le proposer, tant il me paraît délicat.

Parlez , Calé-Cairi , me dit alors la princesse ^ quel que soit ce moyen , ne me le cachez pas. Si vous l'employez, lui répliquai-je, il faut vous résoudre à quitter la cour, pour vivre comme si le ciel vous avait fait naître dans la plus commune condition. Il faut que vous renonciez à tous les honneurs qui sont attachés à votre rang -, aimez-vous assez Hasan pour lui faire un si grand sacrifice ? Si je l'aime , repartit-elle en poussant un profond soupir ! Ah ! le sort le plus obscur me plaira davantage avec lui , que loiitos ces apparences fastueuses qui m'environ"

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lient. Dites-moi ce que je dois faire pour le voir sans contrainte , et je le ferai sans balancer. Je vais donc, lui dis-je , cédera votre penchant, puisqu'il est inutile de le combattre. Je connais une herbe qui a une vertu assez singulière 5 si vous vous en mettez dans l'oreille une feuille seulement , vous tomberez en léthargie une heure après 5 vous passerez pour morte ; on fera vos funérailles , et îa nuit je vous ferai sortir du tombeau.

A ces paroles, j'interrompis Calé-Cairi. Ociel! m'écriai-je , serait-il bien possible que la princesse Zélica ne fût pas morte ? Qu'est-elle devenue ? Seigneur, me dit Calé-Cairi , elle vit encore 5 mais je vous prie de m'écouter, vous allez apprendre tout ce que vous souhaitez de savoir. Ma maîtresse , continua-t-elle , m'embrassa de joie, tant ce projet lui parut ingénieux; mais se représentant bientôt combien il était difficile à exécuter, à cause des cérémonies qui s'observent aux funérailles , elle me dit ce qu'elle en pensait : je levai toutes les difficultés, et voici de quelle manière nous conduisîmes cette grande entreprise.

Zélica se plaignit d'un mal de tête et se coucha. Le lendemain , je fis courir le bruit qu'elle était dangereusement malade. Le médecin du roi vint , qui s'y laissa tromper, et ordonna des remèdes qu'on ne prit point. Les jours suivans la maladie augmenta 5

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et quand je jugeai à propos que la princesse fût à Textrémité , je lui mis dans l'oreille une feuille de Therbe en question. Je courus aussitôt avertir Schah- Tahmaspe , que Zélica n'avait plus que quelques instans à vivre , et demandait à lui parler. Il se rendit promptement auprès d'elle , et remarquant , parce que l'herbe opérait , que son visage changeait de moment en moment , il s'attendrit et se mit à pleurer. Seigneur, lui dit alors sa fille, je vous conjure , par la tendresse que vous avez toujours eue pour moi , d'ordonner que mes dernières volontés soient exactement suivies : je veux qu'après ma mort aucune autre femme que Calé-Cairi , ne lave mon corps et ne le frotte de parfums 5 je souhaite que mes autres esclaves ne partagent point cet honneur avec elle ; je demande encore qu'elle me veille seule la première nuit , et que personne qu'elle n'arrose de ses larmes mon tombeau 5 je veux que ce soit cette esclave zélée , qui prie le Prophète de me secourir contre les assauts des mauvais anges '.

' Les musulmans croient que dès qu'un mahomélan est enterré, deux me'chans diables appele's Miinkir et Ne'kir, tous deux noirs et furieux , l'un armé d'une grosse masse de fer, et l'autre d'un long croc de cuivre tout rouge, se pre'sentent devant lui d'un air menaçant; qu'ils lui ordonnent de lever la tête , de se mettre à genoux , et de leur demander grâce pour son ame; ce que le mort a la complaisance de faire ; il reprend alors la vie et rend compte de ses actions; s'il a toujours honore' Mahomet, ces deux démons se retirent pleins de honte

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Schah-Tahmaspe promit à sa fille que je lui rendrais ces tristes devoirs , comme elle le désirait. Ce n'est pas tout , seigneur, lui dit-elle , je vous prie que Calé-Cairi soit libre d'abord que je ne serai plus , et donnez-lui avec cette liberté , des présens qui soient dignes de vous et de l'attachement qu'elle a toujours eu pour moi. Ma fille, répondit Schah- Tahmaspe , ayez l'esprit en repos sur toutes les choses que vous me recommandez ; si j'ai le malheur de vous perdre , je jure que votre esclave fa-

et de confusion , et font place à deux bons anges vêtus de robes de soie blanche, qui le viennent consoler : mais, au contraire, s'il n'a pas fidèlement suivi les maximes de l'Alcoran , Muiikir et Nékir ne l'abandonnent point et prennent plaisir à exercer sur lui leur rage diabolique; l'un, d'un coup de masse qu'il lui décharge sur la tête, l'enfonce dix toises dans la terre, et l'autre aussitôt avec son cioc l'attire en haut: ils le tourmentent de cette façon, jusqu'à ce qu'il prenne envie à Mahomet de faire une assemblée générale de tous ceux qui ont professé sa religion. Il les sauvera tous dans cette assemblée, car 11 le leur a promis par un passage de l'Alcoran.

vorite , chargée de présens , pourra se retirer où il lui plaira.

A peine eut-il achevé ces paroles que l'herbe produisit tout son effet : Zélica perdit le sentiment , et son père la croyant morte , se retira dans son appartement tout en pleurs : il ordonna que moi seule laverais le corps et le parfumerais 5 ce que je fis -, je l'enveloppai ensuite d'un drap blanc et le mis dans le cercueil 5 après cela on le porta au lieu de sa sépulture , où , par ordre du roi , on me laissa seule la première nuit. Je regardai partout , pour voir si quelqu'un ne s'était point caché pour m'observer, et n'ayant trouvé personne , je tirai ma maîtresse du cercueil et de sa léthargie ; je lui fis prendre une robe que j'avais sous la mienne avec un voile, et nous nous rendîmes toutes deux à un endroit où Chapour nous attendait. Ce fidèle eunuque emmena la princesse dans une petite maison qu'il avait louée, et moi je revins au tombeau passer le reste de la nuit ; je fis un paquet d'étoffe de la forme d'un cadavre , je le couvris du drap qui avait servi h envelopper Zélica, et je l'enfermai dans le cercueil.

Le lendemain matin , les autres esclaves de la princesse vinrent prendre ma place , que je ne quittai point sans faire auparavant toutes les grimaces dont est ordinairement accompagnée la fausse

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douleur. On rendit compte au roi des marques d'affliction qu'on m'avait vu donner-, ce qui l'aurait excité à me faire des présens quand il n'y aurait pas été déjà déterminé : il fit tirer de son trésor dix mille sequins, qu'on me compta, et il m'accorda la permission que je lui demandai, de me retirer et d'emmener avec moi l'eunuque Chapour : après cela j'allai trouver ma maîtresse pour me réjouir avec elle de l'heureux succès de notre stratagème. Le jour suivant nous envoyâmes l'eunuque à la chambre du roi , avec un billet par lequel je vous priais de me venir voir-, mais un de vos zulufflis lui dit que vous étiez indisposé et qu'on ne pouvait vous parler : trois jours après nous l'y renvoyâmes 5 il apprit que vous n'étiez plus au sérail , et qu'on ne savait ce que vous étiez devenu.

J'interrompis en cet endroit Calé-Cairi. Eh! pourquoi, lui dis-je , ne m'avoir pas averti de votre projet ? Pourquoi ne m'en fîtes-vous pas instruire par Chapour ? Ah ! qu'un mot m'aurait épargné de peines ! Ah ! plût au ciel , interrompit à son tour Calé-Cairi , qu'on ne vous en eut pas fait un mystère , Zélica vivrait avec vous présentement dans quelque endroit du monde : il n'a pas tenu à moi que vous nayiez été heureux l'un et l'autre. A peine eiimes-nous formé notre dessein, que je fus d'avis de vous le faire savoir -, mais ma mai-

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