HISTOIRE D'AVICENNE
laicnt, et prirent tous la fuite. Je m'avisai de sortir dans le même-tems. Il faut remarquer que j'avais laissé croire ma barbe , mes sourcils et mes cheveux de manière que je paraissais effroyable. Aussi ma figure ne servit-elle qu'à redoubler leur frayeur. Voilà le sorcier Mouck , s'écrièrent-ils ! c'est luimême.
Ce sorcier, pour lequel ils me prenaient , était un méchant homme qui ne se plaisait qu'à faire du mal dans le pays. Il employait son noir ministère à nuire au p;enre humain. Tout le monde le maudissait , et le sultan de Carizme , sur les plaintes qui lui en avaient été faites de toutes parts , avait inutilement jusque-là mis des gens en campagne pour l'arrêter. Il avait toujours su tromper leur poursuite et se dérober au châtiment qu'on lui réservait.
Dès que j'entendis qu'ils me prenaient pour un sorcier, j'eus l'imprudence de vouloir les désabuser. Mes frères , leur criai-je , détrompez-vous , je ne suis point ce Mouk dont vous parlez , et je n'ai pas dessein de vous faire le moindre tort. Ils s'arrêtèrent à ces paroles , sans se laisser persuader de ce que je leur disais , et les plus courageux d'entre eux excitant les autres à suivre leur exemple , m'environnèrent et se jetèrent tous ensemble sur moi.
J'aurais pu d'un seul mot les renverser et me délivrer de leur main -, mais je jugeai à propos de ne
faire aucune résistance , et de les laisser croire qu'ils disposeraient de ma vie à leur gré. Ils en furent bien persuadés , lorsqu'après m'avoir lié très-étroitement , ils me menèrent à leur Cady. Oh ! oh I me dit ce juge , aussitôt qu'il m'aperçut , te voilà donc prispour le coup ! ne t'imagines pas , scélérat, éviter le supplice que tu mérites. Il y a trop long-temsque tu souilles la pureté du jour par une vie exécrable. Qu'on le mène tout-à-l'lieure , ajouta-t-il , en s'adressant à son nayb , qu'on le mène dans la place publique où l'on a coutume de faire mourir les plus grands criminels. En achevant ces paroles il me mit entre les mains de ses assas , qui me conduisirent à une place d'une vaste étendue , pendant qu'il courut informer le sultan de ce qui se passait , et lui demander de quel genre de mort il souhaitait qu'on me punît.
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Le sultan de Carizme , ne sut pas plutôt que le sorcier Mouk était dans la place où on exécutait les
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coupables , qu'il t^'y fu porter en litière. D'abord qu'il y fut arrivé , il demanda à me voir , et sur ma mine seule il me condamna au feu. Il n'eut pas plutôt prononce mon arrêt , que je vis élever dans la place un bûclier à contenir vingt sorciers. Il fut prêt en un instant , car tout le peuple apportait du bois à l'envi, et se faisait un grand plaisir de me voir réduire en cendres.
J'eus la patience de me laisser attacher au bûcher; mais aussitôt qu'on y mit le feu , je prononçai quelques paroles cabalistiques , par la vertu desquelles mes liens se défirent. Alors je pris un bâton du bûcher , et lui donnai la forme d'un char de triomphe, sur quoi je montai. Je me promenai quelque tems dans les airs à la vue des habitans de Carizme , qui n'eurent pas tant de plaisir à me regarder sur mon char, qu'ils en auraient eu à me voir brûler. Je fis ensuite entendre ma voix , et m'adressant au sultan : Injuste riith-Arselan , lui dis-je , qui m'as voulu faire périr comme un misérable , apprends que je ne suis point un sorcier , mais un sage , qui peut faire des choses encore plus merveilleuses que celles dont tes yeux sont témoins. A ces mots je disparus , et le prince , de même que le peuple , demeura dans un extrême étonnemenî.
J'ai voyagé pendant dix années après cette aventure. J'ai été au Caire , à Bagdad , en Perse , et dans
aSo LES MILLE ET UN JOURS ,
tous les lieux où je me suis arrêté j'ai fait le bonheur de toutes les personnes pour qui j'ai conçu de l'amitié. En parcourant enfin le monde , je suis venu à Astracan, où il m'a pris fantaisie de faire parler de moi. Pour cet effet, étant sorti de la ville, et me voyant dans un endroit plein de buissons , je coupai quarante branches de la même longueur , et les animant par la vertu de quelques paroles dont je sais la puissance , je leur ordonnai de prendre une forme humaine , et de construire les bains qu'on voit aux portes d' Astracan. Voilà quels sont mes quarante garçons , sire , et il me semble que j'ai eu raison de dire à votre majesté qu'ils étaient tous de la même mère , puisqu'ils sont sortis de la terre.
SUCTE DE l'hiSTOIKE DU ROI HOKMOZ , SURNOMME LE ROI SANS CHAGRrN.
AvicENivE cessa de parler en cet endroit ; et moi charmé des choses que je venais d'entendre. O grand philosophe , m'écriai-je , quel bonheur de vous avoir pour ami. Après ce que vous m'aA'^ez raconté , je crois que tout vous est possible. Je ne m'étonne plus que vos garçons fassent tout ce qu'on leur ordonne , puisque c'est vous qui les faites agir. Je m'imagine même que si je leur commandais de m'araener ici toul-à-l'hcure la princesse de (]arizme , la belle
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Rezia , ils exécuteraient un ordre si difficile. Sans doute, répondit Avicenne. Ils se transporteront dans son palais , ils l'enlèveront au milieu de ses femmes, et vous l'amèneront ici dans ce moment , si vous le souhaitez. Si je le souhaite, repris-je avec transport , ah ! vous ne sauriez jamais rien faire qui me puisse être plus agréable. Vous allez être content , repritil , aussi-bien je ne suis pas fâché de me venger du sultan de Carizme.
Le philosophe n'eut pas achevé ces mots , qu'il jeta les yeux sur un des quarante esclaves , et lui dit de partir. L'esclave disparut aussitôt en faisant un grand bruit , et revint quelques momens après avec la princesse de Carizme.
l/il^ JOUR.
Je ne pus méconnaître Rezia , ni me défendre de ressentir toute la joie qu'inspire la vue d'un objet aimé ^ néanmoins quelque ravi que je fusse de la voir, la manière dont ce plaisir m'était procuré m'em-
pécha de m'abandonner à mes transports. Je craignais que ce ne fût un fantôme , et je n'osais me fier à ma vue. De grâce , dis-je au. philosophe , ne me trompez point. Les traits qui se présentent à nos yeux sont-ce des prestiges, ou les véritables traits de la princesse de Carizme ? Parlez , que faut-il que j'en pense ? N'en doutez pas , seigneur , me dit-il , c'est cette princesse elle-même. Admirez sa beauté, et cédez sans défiance aux transports qu'elle doit vous causer.
Sur cette assurance , je me jetai aux genoux de Rezia, et sans lui laisser le tems de se reconnaître; ah! ma princesse , lui dis-je , c'est donc vous que je vois ! Hélas ! je désespérais de revoir jamais vos charmes , et je ne dois cet avantage qu'à l'amitié de ce philosophe , qui a bien voulu employer pour moi sa puissance. Yotre enlèvement est un effet de son savoir , ou pour mieux dire de mon amour. Reconnaissez en moi ce jeune homme qui a paru devant vous sous les habits d'un garçon jardinier. Vous savez avec quelle barbarie vous me fîtes arracher de votre appartement, dès que vous vous aperçûtes que j'étais déguisé , et par quel bonheur j'évitai l'infâme mort qu'on me destinait. Malgré vos rigueurs , je n'ai point cessé de vous aimer. Après cela , ma reine , éclatez contre un téméraire qui a recours à la violence pour vous posséder -, mais songez, de griWe , auparavant
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que ce Icmérairc est le malheureux roi de Circassie , qui vous a ("ait demander au sultan votre père.
Si j'avais été étonné de l'apparition de Rezia , vous pouvez penser qu'elle ne le fut pas moins de se trouver tout-à-coup dans un lieu inconnu. Je m'attendais, et ce n'était pas sans raison , à un torrent d'injures, lorsque cette princesse m'ayant reconnu , et s'étant un peu remise de son trouble , me parla dans ces termes : Je me serais sans doute révoltée contre votre audace dans un autre tems:, mais je ne puism'empécber de vous le pardonner dans celui-ci. J'étais sur le point d'épouser un prince pour qui je me sens une aversion mortelle 5 je ne puis me plaindre d'une violence qui me sauve de l'horreur d'être à lui.
Eh quoi ! Béghume , interrompis-je , vous n'êtes point femme du roi de Gazna ? Non , seigneur , repartit la princesse. Depuis que votre ambassadeur est parti de Carizme , il est arrivé bien des incidens dont je vois que vous n'êtes pas informé. Je vais vous en instruire. Après la victoire remportée sur les troupes du sultan mon père par l'armée du roi de Gazna , jointe à celle du roi de Candahar , ces deux princes vainqueurs s'avancèrent dans la ville de Carizme pour en faire le siège-, mais le sultan leur envoya un de ses visirs , qui conclut avec eux un traité de paix, dont le principal article fut queje serais re-
mise incessamment entre les mains du roi de Gazna.
Le même jour que je devais partir de Carizme , on apprit à la cour que le roi de Candahar , étant aussi devenu amoureux de moi sur la réputation de ma beauté , prétendait m'obtenir ; qu'il l'avait déclaré à Behram-Cha 5 que les deux rois s'étant brouillés là-dessus , en étaient venus aux mains , et que le roi de Candahar avait eu l'avantage.
Cette nouvelle fut bientôt confirmée. Il arriva un officier du roi de Candahar , que ce prince victorieux envoyait à mon père pour lui faire part de la victoire complète qu'il venait de remporter sur Behram-Cha , qui avait été tué dans le combat , et du dessein qu'il avait de se faire couronner roi de Gazna. En même tems il me demandait en mariage. Le sultan n'osa me refuser à un prince qui allait devenir si puissant. Il agréa sa recherche , et me promit à ses feux, malgré l'aversion que j'avais conçue pour lui sur le portrait que son officier m'en avait fait , quoiqu'il me l'eût peint beau.
J'étais à la veille du jour funeste où je devais me séparer pour jamais de mon père, pour être conduite à un époux que je détestais. J'exprimais dans mon appartement à mes femmes jusqu'à quel point ce mariage m'était odieux , lorsque tout-à-coup je me suis senti saisir par un homme qui m'a transporté ici dans un instant.
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1ii2^ JOUR.
J'eus tant de joie d'apprendre que Pœzia n'était point mariée , que je ne pus m'empêcher de l'interrompre en cet endroit : Ah! ma princesse, m'écriaije , est-il bien possible que sans l'heureuse violence que je viens d'employer, vous alliez être livrée à un prince qui vous déplaît. Cette circonstance diminue mon crime. Elle ne le diminue point, interrompit à son tour la princesse, mais elle m'ote la force de vous le reprocher. Eh bien ! madame, répondis-je, pardonnez-le moi donc , je vous en conjure , et ne dédaignez point la couronne de Circassie , que je vous offre avec mon cœur.
Je passe sous silence tous les discours passionnés que je tins à Rezia pour la rendre sensible à mon amour. Mais tout ce que je tirai d'elle de plus obligeant , fut l'assurance qu'elle me donna de consentir sans peine à faire mon bonheur , pourvu que je pusse obtenir l'agrément de son père.
Je consultai la-dessus Avicenne , qui me dit : Envoyez un ambassadeur au sultan pour l'informer du sort de sa fille et la lui demander en mariage, je me charge du reste. Je suivis le conseil du pliilosoplie ; je fis partir une seconde fois Husseyn pour la cour de Carizme , avec de nouveaux présens , et en attendant son retour, je conduisis moi-même la princesse dans le plus bel appartement de mon sérail , où elle fut servie comme si elle eût déjà été reine.
A regard du philosophe à qui j'avais tant d'obligation , je le priai de demeurer à la cour et d'y vivre au gré de ses désirs. Je ne vous offre point, lui dis-je , la place de mon premier ministre , elle n'est pas digne de vous 5 mais soyons amis , et partagez la suprême puissance avec moi. Je ne puis vous marquer assez de reconna;issance. Avicenne, à ce discours, qui lui faisait connaître combien j'étais sensible au service qu'il m'avait rendu , me répondit : qu'il recevait avec autant de satisfaction que de respect l'honneur que je lui faisais de le vouloir mettre au rang de mes amis : que c'était la plus belle récompense que je pusse lui offrir , et qu'il ne se trouvait que trop payé de ce qu'il avait fait pour moi.
Il faut présentement que je vienne à Jlusscyn , et que je dise dans quelle disposition était la cour de Carizme lorsqu'il y arriva.
Le sultan , aussitôt qu'il eut appris l'étrange ma-
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nière dont sa fille avait été enlevée , avait assemblé tous ses visirs et les principaux seigneurs de son royaume , pour leur demander ee qu'ils jugeaient à propos qu'il fît dans une conjoncture si singulière. Ils avaient tous été d'avis qu'on eût recours à un habile astrologue , qui faisait sa résidence à Sehéhérestan , et l'on avait en effet découvert par ses observations que la princesse de Carizme était dans mon sérail. Là-dessus on avait dépêché un courrier au roi de Candahar pour l'informer de cet événement extraordinaire , et lui proposer de joindre ses troupes à celles de Carizme pour tirer raison du rapt de Rezia. Le roi de Candahar , sur cette nouvelle qui ne l'excita que trop à la vengeance , s'était mis en marche avec son armée. Il avait déjà passé Nur, et il s'avançait à grandes journées vers la ville de Carizme , quand le sultan apprit l'arrivée de mon ambassadeur.
Cliteh-Arselan est naturellement un peu cruel. Il fit arrêter et amener devant lui Husseyn. Je devine bien , lui dit-il d'un air furieux , le sujet de ton ambassade. Tu viens ici de la part de ton perfide maître m'apprendre qu'il retient dans son sérail ma fille contre tout droit et raison. Il se repentira bientôt de l'injure qu'il m'a faite , et , en attendant que je puisse réduire en cendres toute la Circassie, j'ordonne qu'on te coupe la tête. Que ne puis-je en ce jour II 17
traiter ainsi le lâche prince qui , sans respecter la majesté royale , a déshonoré ma maison en m'enlevant ma fille par l'art funeste de quelque magicien. A ces mots il fit dresser un échafaud devant son palais , et Husseyn y monta pour recevoir le coup de la mort aux yeux de tout le peuple de la ville de Carizme assemblé pour voir son supplice. Mais Husseyn , au moment même que l'exécuteur avait le bras levé pour lui trancher la tête , fut emporté dans les airs , et disparut : ce qui ne causa pas moins de surprise au sultan qu'à tous les autres spectateurs.
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\h^' JOUR.
Le sultan de Carizme jugea bien que le même pouvoir qui lui avait enlevé sa fille venait de dérober Husseyn au supplice. Il en devint plus furieux : Qu'on aille du moins , dit-il , chercher les Circassiens qui sont venus à Carizme avec cet ambassadeur, et qu'on les fasse mourir. Les gardes coururent aussitôt à l'endroit où Husseyn était logé , mais ils n'y trouvèrent pas une personne de sa suite ; ils avaient
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Ions été enlevés en niénie-lenis par les esclaves d'Avicenne.
Je sus cette aventure un instant après qu'elle fut arrivée. Husseyn , qui parut subitement devant moi , me la raconta. H m'apprit ensuite que le roi de Candahar et le sultan de Carizme se préparaient à venir désoler la Circassie. Comme il achevait de m'insîruiredu dessein de ces deux princes, Avicennevint se mêler à notre conversation. Nous rîmes bien tous trois de l'éîonnement dont il venait de remplir la ville de Carizme en faisant enlever Husseyn. Après cela , nous parlâmes de la guerre qu'on m'allait faire, et ce pliilosoplie s'apercevant que les préparatifs de mes ennemis me causaient quelque inquiétude , il m'en fit des reproches. Seigneur, me dit-il, qu'avez-vous à craindre puisque je suis avec vous ? On ne peut faire que d'inutiles efforts pour vous accabler, tandis que je serai dans vos intérêts. Quand tous les peuples de l'Indostan , ceux de la Chine , et toutes les tribus des Mogols s'uniraient avec vos ennemis contre vous , je saurais les confondre et vous en faire triompher. Le sultan de Carizme , poursuivit-il , et le roi de Candahar, prétendent faire d'affreux ravages dans votre royaume 5 eîi bien , qu'ils s'en approchent ! Je me charge de la défense de vos frontières. Laissez-moi le soin de les conserver^ je m'en acquitterai mieux que vos généraux.
Je remerciai le philosophe du secours qu'il me promettait, et, ravi de voir mes affaires en de si bonnes mains , bien éloigné d'appréhender le roi de Candahar et le sultan, je -souhaitais qu'ils fussent déjà près du Volga.
Mes souhaits furent bientôt accomplis. Ces princes , sans perdre de tems , s'avançaient vers mes états. Ils côtoyaient la mer Caspienne, et, après avoir laissé derrière eux l'endroit où le Jaxarte s'y décharge , ils s'approchaient de la rivière de Jaïc , lorsque le bruit de leur approche répandit la consternation dans Astracan. Comme je me reposais entièrement sur Avicenne, et que, suivant ses conseils, je n'avais levé que peu de monde, mes peuples n'osant espérer qu'on pût résister aux ennemis qui venaient nous assaillir, et dont la renommée grossissait encore le nombre , s'imaginaient déjà voir toute la Circassie saccagée et la ville d' Astracan abandonnée aux flammes.
D'un autre coté , l'ennemi apprenant que je n'avais à lui opposer que très-peu de troupes , ne pouvait se persuader qu'elles eussent l'audace de se présenter devant lui. Ainsi marchant dans l'opinion qu'il pénétrerait jusqu'à ma ville capitale sans être obligé de combattre , il se promettait bien de ruiner mon royaume de fond en comble , et de s'en retourner chargé de richesses. L'événe-
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ment toutefois démentit sa confiance et trompa son attente.
Avicenne me tint parole, et n'eutbesoin d'employer qu un de ses secrets pour délivrer mes états du danger qui les menaçait. Nous nous mîmes tous deux à la tête de mon armée : nous passâmes le Volga, et nous nous arrêtâmes quand nous fûmes à deux lieues des ennemis. Alors le philosophe sema la discorde parmi eux. Il fit naître un différent entre le sultan et le roi de Candahar, et laquerelle s'échauffa si bien , que ces deux princes tournèrent leurs armes l'un contre l'autre. Ils en vinrent aux mains, et, après un long combat, où le roi de Candahar périt avec tous les siens, le sultan demeura maître du champ de bataille^ mais il n'eut pas grand sujet de s'applaudir de sa victoire, puisqu'il lui resta si peu de troupes qu'il ne fut point en état de nous résister lorsque nous parûmes devant lui. Nous l'enveloppâmes II lui fallut céder à la nécessité. Il se rendit et je l'amenai à Astracan.
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