‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · CCXCIX'NUIT · texte numérisé non relu

CCXCIX'NUIT

Mesrouh, qui n'avait pas abandonné Abou Hassan, marcha devant lui^ et l'introduisit dans unsalôn dé grandeur pareille è celai d'où il sortait, mus orné de divines peintures des plus exceilens makres, et tout autrement enrichi de vases de l'un et de Pautre métal; de tapis de pied, et d'autres meubles plus préciètui^ Il y avait dans ce sakm sept troupei de musiciennes , autres que celles qui étaient dans le premier sàldft, «t Ms aept troupes ou plutôt ces sept chcHirs de |]iusique-^<HnmenGètient un nouveau concert dès qu'Abou Hassan parut. Le salon était orné de sept autres grands lustres^ et la table au milieu se trouva Cdttverle de «ept autres grands bassins d'or , remplis en îfqnramide de toutes sortes de fruits de la SMon, tes plus beaUK , les mieux choisis et les plus exquis; et à f«É)tour sept autres jeunes dames , dbaeune avec Un évimtaîl à la main, qui surpassaient les premières étt beauté.

Ces nouveaux objets jetèrent Âbou Hassan dans nue admiration plus grande qu'auparavant, et firent qu'en s'arrètant il donna des marques de sa surprise et de son étonnement. Il s'avança enfin jusqu'à la table ; et après qu'il s'y fut assis, et qu'il eut contemplé les sept daines l'une après l'autre, avec l'embarras de savoir à laquelle il devait donner la préférence , il leur ordonna de quitter chacune leur évantail , de se

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mettre à table, et de manger avec lui, en disant que la chaleur n'était pas assez îneommode pour qu'il eût besoin de leur ministère.

Quand les dames se furent placéc^s à la droite et à la gaudie d'Âbou Hassan , il voulut , avant toutes chfMes 9 savoir comment elles s'appelaient , et il apprit qa'eUes avaient chacune un nom différent des noitis des sept dames du premier salon , et que ces noms signifiaient de même quelque perfection de famé ou de Te^MÎt , qui les distinguait les unes d'avec les autres* Gela lui plut extrêmement; et il le fit con* naitane par les* bons roots qu'il dit encore à cette occasion, en leur présentant l'un après l'autre des fruits de chaque bassin. Le khalyfe qui était fort attaché à toutes ses Actions et à toutes ses paroles , se savait boni gré de plus en plus d'avoii^ trouvé en lui un homme qui le divertissait si agréablement, et qui lui avait donné le moyen de le connaître plus à fond.

Quand Abou Hassan eut mangé , dé tous les fruitsqui étaient dans lés bassins , ce qui lui plut selon son goût , il se leva; et aussitôt Mesrour, qui ne Pabanndonnaîr pas , marcha encore devant lui , et l'introduisit dans on troisième salon , orné , meublé et enrichi auilsi magnifiquement que les deux premiers.

Abou Hassan y trouva sept autres chœurs de musique^ et ^qpt autres dames alitour d'une table cou*< verte de sept bassins d'or^rémplis de confitures liquides de différentes couleurs et dé plusieurs façons. Après avoir jeté les yeux de tous côtés avec une nouvelle

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admiration, il s'avança .jusqu'à la table au: bruit har^monieux des sept chœurs de musique qui cessa dès qu'il s'y fut mis. Les sept dames s'y mirent aussi à ses cotés par son ordre ; et coqime il ne pouvait leur &jre la inéme honnêteté de les servir qu'il avait faite aux autres, il les pria de se choisir elles-natemes les confitures qui seraient le plus à leur goût. II s'informa aussi de leurs noms qui ne lui plurent pas moins que les noms des autres dames par leur diversité , et qui lui 'fournirent une nouvelle matière de s'entretenir avec çUes, et de leur dire des douceurs qui Jeur. fifent autant de plaisir qu'au khalyfe qui. ne perdait rien de tout ce qu'il dirait.

Le JQur coaiivençliit à.fipir, lorsque .Abou Hassan fut coiiduit dans- le quatrième salon. Il était orné, comme les autrea, des meubles les plus magnifiques et les plus précieux. Il y avait aussi sept gi*ands lustres d'or qui se trouvèrent jreinpiis de bougies allumées , ^ toqt le salon était éclairé par une quantité prodigieuse ^e lumières qui faisaient un effet merveilleux et surprenant. On n^avait rien, vu de pareil dans les trois autres, parce qu'il n'en avait pas été besoin. Abou Hassan trouva encore dans ce.dernier salon ^ comme H avait trouvé dans les trois. autres, sept nouveaux chœurs de musiciennes, qui concertaient toutes ensemble d'uqe manière plus gaie que dans les autres salons, et qui semblaient inspirer une plus grande joie. Il y vit aussi sept autres dames qui étaient debout autour d'une table aussi couverte de sept bassins d'or remplis de gâteaux feuilletas, de toutes sortes 'de îx^n-

fitures sèches et de toutes autres choses propres h exciter à boire; Mats ce qU'Abou Hassan y aperçut , qu'il n'avait pas vu aux autres salons , c'était un buffet de sept grands flacons d'argent pleins d*un vin des pluâexquis , et de sept verres de cristal déroche, d'un très-beau travail , auprès dé chaque flacon.

Jusque-là, c'est-à-dire dans les trois premiers salons, Abou Hassan n'avait bu que de l'eau, selon ta coutume qui s'observe à Baghdad, aussi bien parmi le peuple et dans les ordres^ supérieurs qu'à la cour dd khalyfe, où l'on ne boit le vin ordinairement que lé soir. Tous ceux quieii usent autrement sont regardés comme des débauchés , et ils n'osent se montrer ' dé jour. Cette êoutume est d'autant plus louable, qu'on â besoin de tout son bon sens dans la journée pour Vaquer aux affaires ; et que comme on ne boit du vin que le sôîr , on ne voit pas d'ivrognes en plein jour causer dû désordre dans les rues de cette ville.

Àboû Hassan entra donc dans ce quatrième salon, et il s'avança jusqu'à là tablé. Quand il s'y fut assis , il demeura un grand espacé de temps comme en extase, à admirer les sept dames qui étaient autour de lui , et les trouvai plus belles que celles qu'il avait vues dans les autres salons. Il eut envie de savoir les noms de chacune eh pâiticulier. Mais comme le grand bruit de' la musique, et surtout les tambours de basque', dont on jouait à chaque chœur, né lui permettaient pas de se' faire entendre, il frappa des maiiis pour hi foire cesser, et aussitôt il se fît un grand silence.

Alors, en prenant par la thain la dame qui était plus

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près de lui, à sa droite, il la fît asseoir, et après lui avoir présente d'un gâteau feuilleté , il lui demaiida comment elle s'appelait ? « Commandeur des croyans, répondit la dame, mon nom est bouquet de p^les.» a On ne pouvait vous donner un nom plus convenable, reprit Abou Hassan, et qui fit mieux casp' naître ce que vous valez; sans blâmer néanmoins celui qui vous Ta donnée je trouve que vos belles deitts effaioent la plus, belle eau de toutes les perles qui soient aii monde. Bouquet de vertues , ajouta«t-il , puisque c'est votre nom, obligez-moi de prendre un verre et de m'apporter à boire de votre bdle main.)»

La dame alla aussitôt au buffet, et revint avec un verre plein de vin qu'elle présenta à Abou- Hassan d'un air tout gracieux. Il le prit avec plaisir ; et la regardant passionnément; «BOUQUET de perles^, lui dit-il , je bois à votre santé ; je vous prie' de vous en verser autant , et de me faire raison. » £He .courut vite au buffet, et revint le verre à la main; mais, avant de boire , elle chanta une chanson , qui ne le ravit pas moins par sa nouveauté que par les charmes d'une voix qui le surprit encore davantage.

Abou Hassan , après avoir bu , choisit ce qui lui plut dans les bassiris , et le présenta à une autre dame qu'il fit asseoir auprès de. lui. Il lui demanda au^i son nom ? Elle répondit qu'elle s'appelait liToa^ du MATIN, (c Vos beaux yeux, reprit-il , ont plus d'éclat et de brillant que l'étoile dont vous portez le nom. Allez ^ et faites-moi le plaisir de m'apporter à boire. »

Ce qu'elle fit .sur-le-champ de la meilleure graee du moiide. II. en usa. de même envers la tfoisièmie ^me qui se nçmmait lumière du jour , et de même jusqu'à l^, septième , qui toutes lui versèrent à bqjire au grand amusement du kh^lyfei

.Quand Abou Hassan eut achevé de bo,ii?e autant de coups qu il y avait de dames , bouquet de psni^s ^ la première à qui il s était adressé , alla au bi|(£et , prit un Y^rre qu'elle remplit de vin , jeta une pincée de la poudre dont le khalyfe s^i^tait servj le jour précédent, et vint le. lui présenter ;.« Commandeur àe$ croyans, Jui dit^elle, jq supplie votre .majesté p§r l'intérêt que je prends à la conservation de sa santé , de prepodne. ce verre de vin , et de me £|ire la grâce , avant de le boire , d'entçndi^ .une chansoiv , qui ^ j'ose ni'en flatter , ne lui déplaira pas. Je ne i'ai &ite que d'aujourd'hui ^ et je ne l'ai encore chaptée à t^i que ce soit. »

. a Je vous accorde cette grâce avec plaisir , lui dît Abou Ha^u en prenapt le verre qu'elle lui présentait , ^t je vous ordonne,^ en qualité de. coi^mandeur des. çroyans, dp me la chanter, persuadé qu'une belle personne comme vous ne peut £|ire que des chansons très-agréables et pleines d'esprit, d I^ dan^ç prit un luth , et elle chanta en accordait sa. voi:i; . au son de cet instrument avec tant de justesse , de grâce et ^'expression , qu'elle tint Abou Hassan coipm^ en extase , depuis le commencement J4squ'à la fin- Il la trouva si belle , qu'il la lui fit répéter une seconde fois , et il n'en fut pas moins charmé qu'à la première qu'il l'avait entendue.

' Quand la dame eut achevé', Abou Hassan qui voulait la louer comme elle le méritait , vida auparavant le verre tout d'un trait. Puis, tournant la tête du coté de là dame comme pour lui parier, il en fut empêché par la poudre, c\m fit son effet si subitement , qu'il ne fit qu'ouvrir la bouche en bégayant. «Aussitôt ses yeux se fermèrent ; et en laissant tomber sa tête jusque sur la table comme un homme accablé de sommeil , il s'endormit aussi profondément qufl avait fait le jour précédent environ à la même heure, quand Icrkhklyfe lui eut fait prendre de la *méine poiidre; dans le même instant, une des dames ^ui était auprès de lui , ftit assez diligente pour recevoir le verre qu'il laissa tomber de sa main. Le khalyfe qui s'était doiiné lui-même ce divertissement avec une satisfaction au-delà de ce qu'il s'en était promis , et qui avait été spectateur de eette dernière scène, aussi * bien que de toutes les autres qu'Abou Hassan lui avait données, sortit de l'endi^oit oii il était, et parut dans le salon tout joyeux d'avoir si bien réussi dans ce qu'il avait imagmé. Jl commanda premièrement qu'on dépouillât Ai)0u Hassan de rhâbit dont on l'avait revêtu le matin, et qu'on lui rehiît celui dont il était habillé il y avait vingt-quatre heures , quand l'esclavequi l'accompagnait l'avait apporté en s6n palais. Il fit appeler ensuite le même esclave; et quand il se fut présenté : <f Réprends cet homme, lui dit-il ,^ reporte- le chez lui sur son sofa sans faire de bruit; et en te retirant, laisse de même la porte ouverte. »

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L'esclave prit Aboa Hassan , remporta parla porte se^irète du palais , le remit chez lui domme Je khalyfe lui avait ordonné , et revint en diligence lui rendre compte de ce qu'il avait fait* «Abou Hassan , dit >lors Aroun,^ avait souhaité d'être khaiyfe, pendant un jour seulement, pour châtier l'imam de là mosquée de son quartier et lés quatre cheikhs-(i) ou vieillards dont la conduite ne lui plaisait pas; je lui ai .piroctité le moyen de se satisfaire , et il doit être content sur -cet article. »

Abou Hassan remis sur son sofa, par l'esclave, dormit, jusqu'au lendemain fort tard, ct.il ne s'éveilla que quand la' poudre qu'on avait jetée dans le der* nier verre qu'il avait bu , eut fait son effet. Alors , en ouvrant leayeux, il. fut fort surpris de se voir chez

lui^ ' «t BOUQUET DE PERLES , ÉTOILE DU MATIN , AUBE DU JOUB, BOUCHE DE CORAIL, FACE DE LUNE , s'écria-

t-il , en appelant les dames du palais qui lui avaient tenu compagnie^ chacune par leur nom, autant qu'il put s'en souvenir, oii êties-vous ? Venez, approchez. » Abou Has(san criait de toute sa force. Sa mère qui l'entendit de son- appartement , accourut au bruit ;

(i) On donne le titre de cheikhs aux docteurs de la loi, mais particulièrement encore aux religieux chargés de prêcher dans les mosquées.

et en entrant dans sa chambre : « Qu'avez-vous donc , mon fils, lui demanda -t- elle? Que vous est -il arrivé? »

. A ces paroles , Abou Hassan leva la tête , et en regardant sa mère fièrement et avec mépris : « Bonne femme, lui demanda- 1- il à son tour, qui est donc cdui que tu 2q>pelles ton fils ? »

« Cest vous-même , .répondit la mère avec beaii* coup de douceur. ITêtes^vous pas Abou Hassap mon fils ? Ce serait la chose du monde la plus singulière , que vous Fuissiez oublié en si peu de temps. » i

« Moi , ton fik ! Vieille exécrable , reprit Abou Hassan , tu ne sais ce que tu dis , et tu es une menteuse ! Je ne suis pas TAbou Hassan que tu dis ^ je suis le commandeur des croyans. 9

«Taisez- vous, mon fils , repartit la mère; vous n'êtes pas sage; on vous prendrait pour un fou si ïxyn vous entendait. »

« Tu es une vieille folle toi-même , répliqua Abou Hassan, et je ne suis pas fou comme tu le dis. Je te répète que je suis le commandeur des croyans, ^t le vicaire en terre du maître des deux mondes (i). 1»

a Ah I mon fils , s'écria la mère , est-il possible que je vous entende proférer des paroles qui marquent: une si grande aliénation d'esprit ? Quel malin génie vous obsède pour vous faire tenir un semblable dis*cours ? Que la bénédiction de Dieu soit sur vous, et

(1) l^e titre de khalyfe , ainsi que nous Tavoiis déjà fait observer , signifie vicaire.

qu'il VOUS délivre de la malignité de Satan. Vous êtes mon fils Abou Hassan , et je suis votre mère, n

Après lui avoir dit tout ce qu'elle put imaginer pour lé faire rentrer en lui-même, et lui montrer qu'il était dans l'erreur : « Ne vo]rez*vous pas, conti* nua-t-ielle, que cette chambre où vous êtes est la vôtre y et non pas la chambre d^ùn palais digne d'un comipaiid^ir dès croyais, et que vous ne l'avez pas abandonnée depuis que vous êtes au monde en der meurant toujours avec moi ? Faites bien réflexion à tout ce que je vous dis ; et n'allez pas vous mettre dans imagination des choses qui ne sont pas et qui ne peuvent pas être. Encore une fois , mon fils , pensez-y sérieusement. » '

Abou Hassan entendit paisiblement ces rem6n* trances de sa mère , et les yeux baissés , et la main au bas du visage, comme un homme^qui rentré en lui» même pour examiner la vérité de tout ce qu'il voit et de ce qu'il entend, a Je crois que vous avez raison , dit-il à sa mère quelques momens après, en revenant coiome d'un profond sommeil , sans pourtant changer de posture : il me semble , que je suis Abou Hassan , que Vous êtes ma mère , et que je suis dans ma chambre. Encore une fois , ajouta-t-il en jetant les yeux sUr lui et sur tout ce qui se présentait à sa VUe, je suis Abou Hassan , je n'en doute> plus ; et je ne comprends pas comment je m'étais mis cette rêverie dans la tête! »

La mère crut de bonne foi que son fils était guéri du trouble qui agitait son esprit et qu'elle attribuait

à un songe. Elle se préparaît même à en rire avec lui et à l'interroger but ce songe , quand tout à coup il se mit sur son séant ; et en la regardant de travers : « Vieille sorcière, vieille magicienne, dit-il, tu ne sais ce qiie tu dis : je ne suis pas ton fils , et tu n'es pas ma mère. Tu te trompes toi-même , et tu veux m'en Ëûre accroire. Je te dis que je suis le commandeur des croyans, et tu ne me persuaderas pas lé contraire. »

a De grâce , mon fils , recommandez- vous à Dieu , et abstenez- vous de tenir ce langage, de crainte qu'il ne vous arrive quelque malheur. Parlons plutôt d'autre chose ; et laissez-moi Vous raconter ce qui arriva hier dans nôtre quartier à l'imam de notre mosquée et à quatre cheikhs nos voisins. Le juge de police les fit prendre; et après leur avoir fait donner en sa présence à chacun je ne sais combien de coups de nerf de bœuf, il fit publier par un crieur que c'était là le châtiment de ceux qui se mêlaient des afiaires qui ne les regardaient pas , et qui se faisaient une occupation de jeter le trouble dans les familles de leurs voisins. Ensuite , il les fit promener par tous les quartiers de la ville avec le même cri , et leur fit dé- -fense de remettre jamais le pied dans notre quartier, a

La fnère d'Abou Hassan qui ne pouvait s'imaginer que son fils eût eu quelque part à l'aventure qu'elle lui racontait, avait exprès changé de discoui^,'et regardait le récit de cette affaire comme un moyen capable de le tirer de l'erreur où elle le voyait.......

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CCCr NUIT.

Mais il en arriva tout autrement; et ce récit, loin d'effacer l'idée qu'il avait toujours d'être le commandeur des croyans, ne servît qu'à la lui rappeler et à la lui graver d'autant plus profondément dans son imagination , qu'en effet elle n'était pas fantastique , mais l^ien réelle.

Aussi , dès qu'Abou Hassan eut entendu ce récit : a Je ne suis plus ton fils , ni Abou Hassan , reprit-il; je suis certainement le commandeur des croyans, je ne puis pluiSjen doutejt* après ce que tu viens de. me raconter toi-même. App^end^ que c'est par mes ordres que l'imam et les quatre cheikhs ont été châtiés de la manière que tu m'as dit. Je suis doQC yéritablement le commandeur des croyans, te dis-je ; et cesse de me dire que c'est un rêve. Je ne dors pas , et j'étais ^aussi éveillé que je le. suis en ce moment que je te parle. Tu me fais plaisir de me confirmer ce que le juge de police , à qui j'en avais donné l'ordre, m'en a rapporté, ç est-à-dire, que mon ordre a été exécuté ponctuellement; et j'en suis d'autant plus réjoui , que cet imam et ces quatre cheikhs sont de francs hypocrites. Je voudrais bien savoir qui m'a porté en ce lieu-ci ? Dieu soit loué de tout ! Gexju'il y a de vrai , c'est que je suis trèsK^ertainement le commandeur des croyans ; et toutes tes raisons ne me persuaderont pas le contraire. »

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La mère qui ne pouvait deviner, ni même s*imaginer pourquoi son fils soutenait si fortement et avec tant d'assurance , qu'il était le commandeur des croyans, ne douta plus qu'il n'eût perdu l'esprit, en fui entendant dire des choses qui étaient dans son esprit au-delà de tonte croyance, quoiqu'elles eussent leur fondement dans celui d'Abou Hassan. Dans cette pensée : « Mon fils, lui dit- elle, je prie Dieu qu'il ait pitié de vous, et qu'il vous fasse miséric(Ht)e. Cessez de tenir un discours si dépourvu de bon sens. Adressez-vous à Dieu; demandez^lui qu'il vous pardonne , et vous fasse la grâce de parler cotnme un homme raisonnable. Que dirait «on de vous., si Ton vras entendait parler ainsi? Ne savez -vous pai que les murailles ont des oreilles? »

De si belles remontrances , loin d'adoucir l'esprit d^Abou Hassan ^ ne servirent qu'à l'aigrir encore davantage. Il s'emporta contre sa mère avec plus de violence. « Vieille , lui dit- il, je t'ai déjà avertie de te taire : si tu continues davantage , je me lèverai , et te traiterai de manière que tu t'en ressentiras tout le reste de les jours. Je suis le khalyfe, le commandeur des croyans , et tu dois me croire quand je te le dis. »

Alors la bonne dame qui vit qu'Abou Hassan s'égarait de plus tein, plus de son bon sens plutôt que d'y rentrer, s'abandonna aux pleurs et aux lartnes; et en se frappant le visage et la poitrine , elle faisait des exclamations qui marquaient son étonnement et sa profonde douleur de voir son fils dans une si terrible aliénation d'esprit.

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Abou HaMin , au lieu de s'apaiser et de se laisser toucher par les larmes de sa mère, s'oublia lui-même au contraire jusqu'à perdre envers elle le respect que la nature lui inspirait^ Il se leva brusquement , U se saisit du bâton , et venant à elle la main levée comme un fiirienx : t Maudite vicnlle, lui dit«il dan$ son extmvagâdCe et d'un ton à. donner de la terreur à tout autre qu'A une mère pleine de tendresse pour lui , dismoi tout À l'heure qui je suis ? »

<c AloniiU, répondit la mère en le regardant tendrenient, bien loin de s'effrayer, je ne tous crois pas abandonné de Dieu jusqu'au point de ne pas connaître celle qui vous a mis au monde , et de vous méoonnaitre vous-même. Je ïie tous trompe ji^as en vous disant que vous êtes mon fils Abou Hassan , et que vous avez grand tort de vous arroger un titre qui n'appartient qu'au khalyfe Haroun Arréchyd , votre souverain seigneur et le mien , pendant que ce monarque nous comble de biens , vous et moi , par le présent qu'il m'envoya hier. En effet, il faut que vous sachiez que le grand vézyr Giafar prit la peine dé venir hier me trouver ; et qu'en me mettant entre les mains une bonrse de^millé pièces d'or, il me dit de prier Dieu pour le commandeur des crôyans qui me faisait ce présent. Et cette libéralité lie vous rcgardc^t-elle pas plutôt que moi qui n'ai plus que deux joufs à vivre? »

A cefe paroles , Abou Hassan tie se posséda plus. Les circonstances de la libéralité dû khalyfe que sa mère venait de lui raconter , lui marquaient qu'il ne

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se trompait pas , et lui persuadaient plus que jamais qu'il était le khalyfe , puisque le vézyr n'avait porté la bourse que par son ordre* « Hé bien ! vieille sorcière , s'écria-t-ii , seras-tu convaincue .quand je. te dirai que <^est moi qui t'ai envpyé ces mille pièces, d'or par mon grand vézyr Giafar , qui n'a fait qu'exér cuter l'ordre que je lui avais donné en qualité de commandeur des croyans? Cependant , au lieu, de. me croire , tu ne cherches qu'à, me faire perdre l'esprit par tes contradictions., et en me. soutenant avec opiniâtreté que je suis ton fils. Mais je ne laisserai [tas long-temps ta malice impunie. » £n achevant ces paroles', dans l'excès de sa frénésie , il fut assez dénaturé pour la maltraîtrer. impitoyablement aveq^fi bâton qu'il tenait à la main.

CCCir NUIT.

La pauvre mère qui n'avait pas cru que son fils passerait si promptement des menaces aux actions , se sentant frappée , se mit à crier de toute sa ■ force, au secours ; et jusqu'à, ce que les voisins fussent açr courus, Abou IJassan ne cessait de frapper.^ en lui demandant à chaque coup : a Suis -je commandeur, des croyans ?» A quoi l^a mère répondait toujours ces tendres paroles : « Vous êtes inon fils. »

La fureur d'Abou Hassan commençait un peu à se ralentir, quand les voisins arrivèrent ^lans sa chambre. Le premier qui se présenta se mit aussi

tôt e^tre sa mère et lui ; et après lui avoir arraché son bâton de la main : « Que faites-vous donc , Âbou Hassan, lui dit-il? Avez -^ vous perdu la crainte de Dieu et. la raison? Jan^s un fils bien né comme vous , a-tril osé lever la main sur sa mère ? Et n'avez-vous point de honte de maltraiter ainsi la vôtre, elle qui vous aime si tendrement ? »

Abou .Hassan encore tout plein de sa fureur', regarda celui <pii lui parlait sans lui rien répondre ; et ea jetant en même temps ses yeux égarés sur chacun des autres voisins, qui l'accompagnaient : a Qui e$lcet Abou Hassan dont vous parlez , dcmanda-t-il? Estrce moi que vous appelez de ee nom ?»

Cette demande déconcerta un peu les. voisins*. c( Comment , repartit ce|ui qui venait de lui parler , vous ne reconnaissez donc pas la femme que voilà, pour celle qui vous s^ élevé, et avec qui nous. vous avons toujours vu demeurer, en un mot , pour votre : mère ? » a Vous êtes des imperdnens , répliqua Abou Hassan , je ne la connais pas , ni vous non plus , et je ne veux pas la connaître. Je ne suis pas Abou Hassan , jç suis le commandeur des croyans ; et si vous Tignorez, jç vous le ferai apprendre à vos dépens. k>.

A ce discours d'Abou Hassan , les voisins ne .dpu- ' tèrent plus de l'aliénation de son esprit. £t, pour empêcher qu'il ne se portât à des excès - semblables à ceux qu'il venait de commettre contre sa mère , ils se sa'isirent de sa personne malgré sa résistance , et ils le lièrent de manière qu'ils lui otèrcnt l'usage des bras, des mains et des pieds. En cet état, et hors

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<rap{)areiK!!e de pouvoir nuire , ils ne jugèrent pas cependant à propoi^ de le laisser seul avec sa mère. Deux de la coinpAg;ûie se détachèrent , et allèrent en diligence à l'hôpital des. fous avertir le concierge de ce qui se passait. Il y vint aussitôt avec ses voisins , actatnpà^né'êtun bon nombre de ses gens , charges de chaînes , de menottes et d'un nerf de bosof.

 leur arrivée ^ Ahou Hassan qui ne s'attendait à rien moins qu'à un appareil si affreux , fit de grands efforts ponr se débarrasser; mais le concierge qui s'était fait donner le nerf de bœuf, le mit bientôt à la fcftîscm par deux ou trois coups bien appliqués qu'il lui en déchargea sur les épanl^. Ce traitement fit un tel effet sur Abou Hassan , qu'il se contint , et que le comnerge et ses gens firent de lui ce qu'ils voulurent. Ils le chargèrent de chaînes et lui appliquèrent les menottes et tes eult^ves ; ^ , quand ils eurent achevé, ils le tirèrent hors de chez lui , et le eon-* dtiisifent à Thôpital des lbtts«

Abou Hassan, ne fut pas plutôt dans la rue , qu'il se trouva environné d'une grande foule de peuple. L'ttti hii doniiait un coup de poing, un autre un soufflet; et d'autres le chargeaient d'injures, en le traitant de fou , d'insensé et d'extravagant.

A tou$ ces mauvais traitemens : « 11 n'y a , disait*il , de grandeur et de force qu'en Dieu très-haut et toutpuissant. Oh veut que je sois fou , quoique je sois dans mim bon sens ; je souffre cette injure et toutes ces induites pour l'amour de Dieu.'»

Abo%i Hïissan fut conduit de cette manière jusqu'à

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ri^pital des fous. On Yy logea , et on TattaiÉhà dans une cage de fer; mais avant de l'y enfermer, le concierge endurci à cette terrible exécution , le régala sans pitié de cinquante coups de nerf de bœuf sur led épaules et sur le dos , et continua plus de trois semaines à lui faire le même régal cbaque jour, en lui répétant ces mêmes mots chaque fois : « Réviens en tofï bdn sens , et dis si tu es encore le commandeur des croyans ?» "'-

« Je n*aî pas besoin de ton conseil , répondait Abou Hassan , je ne suis pas fou ; mais si j'avais à le devenir , nen ne serait plus capable de me jeter dans une si grande disgrâce , que (es coups dont tu m^assommes, d

Cependant la mère d'Abou Hassan ^nait voir son, fils régulièrement chaque jour; elle ne pouvait retenir ses larmesr, en voyant diminuer son embonpoint et ses forces, 'et Tentendant se plaindre et soupirer des douleurs qu^îl souffrait. Eti effet , il avait les épaules , le dos et les cotes noircis et meurtris ; et il ne savait de quel côté se tourner pour trouver du repos. La peaulnfi changea même plus d'une fois, pefidant le temps qu'il fut retenu dans cette effroyable demeure. Sa mère voulait lui parler pour le consôlet*, et pour tâcher de sonder s'il était toujours dans la même situatiôil d'esprit sur sa prétendue dignité de khalyfe et de commandeur des croyans ; mais toutes les fois qu'elle ouvrait la bouche pour lui en toucher quelque chose , H là rebutait avec tant de furie , qu'elle était contrainte de le laisser , et dé s'en re-

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touiller inconsolable ^e le voir dans une si grande' opiniâtreté.

Les idées fortes et sensibles qu'Abou Hassan avait conservées dans son esprit , de s'êlre vu revêtu de rhabillement de khalyfe, d'en avoir fait efTeclivenient les fonctions , d'avoir usé de son autorité , d'avoir été obéi et traité véritablement en khalyfe , et qui l'avaient persuadé à «on réveil qu'il l'était véritablement , et l'avaient fait persister si long-temps dans cette erreur , commencèrent insensiblement à s'efËicér de son esprit.

(c Si j'étais khalyfe et commandeur des croyans^ se d»ait-il €|uelquefois à lui-même , pourquoi me serais-je trouvé chez moi en me réveillant , et revêtu de mon habit ordinaire? Pourquoi ne me serais -je pas vu environné tlù chef des eunuques , de tant d'autres eunuques et d'une si grande foule de belles dames ? Pourquoi le grand vézyr Giafar que j'ai . vu à mes pieds, tant d'émirs , tant de gouverneurs des pravinces, et tant d'autres officiers dont je me suis vu environné^ ro'auraient-ils abandonné? Il y a longtemps, sans doute , qu'ils m'auraient délivré de l'état pitoyable où je suis, si j'avais quelqu'autorité sur eux. Tout cela n'a été qu'un songe, et je ne dois pas faire difficulté de le croire. J'ai commandé , il est vrai , au juge de police de châtier l'imam et les quatre vieillards de son conseil ; j'ai ordonné au grand vézyr Giafar de porter mille pièces d'or à ma mère , et ^ mes ordres ont été exécutés. Cela m'arrête , et je n'y comprends rien. Mais combien d'autres choses y a-t-il

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que je ne comprends pas, et que je né comprendrai jamais? Je m'en remets donc entre les mains de Dieu qui sait et qui connaît tout. »

CCCIir NUIT.

ÂBOU Hassan était encore occupé de ces pensées et de ces sentimens , quand sa mère arriva. Elle le vit si exténué et si dé&tt , 'qu'elle en versa des lar- •ipes plus abondamment: qu'elle n'avait encore fait jusqu'alors! Au milieu de ses. sanglots, elle le salua -du solut ordinaire, et Abou Hassan le lui rendit, contre sa coutume depuis qu'il était dans cet hôpital. £lle en prit un bon augure : « Hé bien ! mon . fils , lui dit-eile en essuyant ses larmes, comment vous tlouvez-vous ?. En quelle assiette est votre esprit ? Avez-vous renoncé à toutes voà fantaisies et aux propos que le démon vous avait suggérés? »

« Ma mère , répondit Abpu Hassan d'un sens rassis et fort tranquille , et d'une manière qui peignait la douleur qu'il ressentait des excès auxquels il s'était porté contre elle , je recoimais mon égarement ; itiais je vous prie de me pardonner le crime exécrable que je déteste , et dont je suis coupable envers voiis. le fais la même prière à nos voisins , à cause du scandale que je leur ai donné. J'ai été abusé par un songe, mais un songe si extraordinaire et si sem^ blaUe à la vérité, que je puis mettre en fait que tout autre que moi , à qui il serait arrivé , n'en aurait

l34 ^^^ Miia^E £T USE MIJJTS,

pas été j»Qtfi&ifraippé| et . serait peut-être tombé dans de plus grandes extravagances que vous ne m'en avez vu faire. J'en suis encore si fort troublé , au moment où je vous parle , que j'ai de la peine à me persuader que ce qui m'est arrivé en soit un : tant il a de ressemblance à ce qui se passe entre de^ gens qui ne dorment pas! Quoi qu'il en soit, je le tiens et le veux tenir constamment pour un songe et pour une illusion. Je suis même convaincu que je na suis pas ce &ntome de khalyfe et de eommandeur des croyans^ mais Abou Hassan votre fils. Oui, je suis le fils d'une mère que j'ai toujours honorée, juscpi'à œ jour &tal , dimt le souvenir me couvre de oonfu^ sion ; que j'honore et que j'honorerai toute ma vie comme je le dois, n

A ces paroles si sages et si s«:isées ^ les larmes de douleur, de compassion et l'affliction que la mère d'Abou Hassan versait depuis si long-temps, se changèrent en larmes de joie, de consolation et d'amour tendre pour son cher fils qu'elle retrouvait. <c Mon fils, s'écria-t-elle toute transportée de plaisir, je ^ne me sens pas iiioins ravie de contentement et de satisfiictipn à vous entendre parler si raisonnablement, après ce- qui s'est passé, que si je venais de vous mettre au monde une seconde fois. Il faut que je vous déclare ma pensée sur votre aventure, et que je vous fasse remarquer une chose à quoi vous n'avez peut-être pas pris garde. L'étranger que vous aviez amené un soir pour souper avec vous, s'en alla sans fermer la porte de votre chambre , comme vous le lui aviez recommandé.,

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et je croiâ que c'esst ca qui a doiHié oocusîoii au 4émoii dy entrer et de vous jeter dans raâreu^eilkisipa.ou vous étte^. Ainsi, mon 61s, vous devez Jbîeo remercier Dieu de vops en avoir délivré , et le prier de ycu^ préserver de tomber davqioUge djuis las piégea d^ ïe^ pritfoaUn.*)

or Vous aves trouvé h souroc de mon mal , répondît Abou jHassaa; et cW justement cettç nuk là qu^ j'eys ce songe qui me renversa la.iCiPv^NhMl^'ava«s œpeudant averti le marchand expressément ^^^mer la porte après lui; et je connais à présent qu'dl n'en a rien fait. Je. suis donc persuadé avec vous que le *démcm a trouvé la .porte ouverte, qu'il est entré, et qu'il m'a mis toutes ces Êmtaisies dans la tête. Il fautqu'on ne sache pas à Moussoul d'xHi venait ce marc4^a.nd , comice nous sommes bien convaincus à Qagbdad que le démpn vient cau^ tous ces s6nges fâcheuj^ qui nous inquiètent ia nuitquand on laisse les chambres où l'on couche ouvertes. Au nom de Dieu, ma mère , puisque» par la grâce dé Dieu , me voilà par&itement revenu du trouble ou j'étais^ je vous supplie, autant qu'un fils peut supplier une aussi bonne mère que vous Yêi^y de me faire sortir au plus tôt de cet en&r, et de me délivrer de la main .du bourreau qui abrégera nies jours infailliblement , si j'y demeure davantage. »

La mère d'Abou Hassan, parfaitement consolée et attendrie de voir qu'Abou Hassan était revenu entièrement de sa folle imaginât^ , alla sur-le-champ trouver le concierge qui l'avait amené , et qui Tavait gouverné jusqu'alors ; dès qu'elle lui eut assuré qu'il

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était bien rétabli dans son bon sens , il vint , Vexamina /et le mit en liberté en sa présence.

Abou Hassan retourna chez lui , et il y demeura plusieurs jours afin de rétablir sa santé par de meilleurs alimens que ceux dont il avait été nourri dlans l'hôpital des fous. Mais , dès qu'il eut à peu près repris ses forces, et qu'il ne se ressentit plus des incolninodités qu'il aVait souffertes par les mauvais traitemeiH qu'on lui avait faits dans sa prison, il comnfçnça à s'ennuyer de passer les soirées sans com> * pagpie. C'est pourquoi il ne tarda pas à reprendre le même train de vie qu'auparavant; c'est-à-dire qu'il recommença de faire chaque jour une provision suffisante pour régaler un nouvel hôf e le soir.

Le jour qn'il renouvela la coutume d'aller , vers le coucher du soleil , au bout du pont de Baghdad , pour y arrêter le premier étrangq^ qui se présenterait, et le prier de lui faire l'honneur de venir souper avec lui, était le premier du mois, et le même jour, comme nous l'avons déjà dit,^'que le khalyfe se divertissait à aller déguisé hors de quelqu'une des portes par où on abordait en cette ville , pour observer par lui-même s'il ne se passait rien contre la bonne police, qu'il avait établie dès le commencement de son' règne.

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