HISTOIRE
DE RHODÀDAD ET DE SES FRÈRES (l).
Les historiens du royaume de Dyarbekir rapportent que dans la ville de Harran régnait autrefois un roi très-magnifique et très-puissant. Il n'aimait pas moins ses sujets qu'il en était aimé. Il avait -mille vertus, et il ne lui manquait pour être parfaitement heureux que d'avoir un héritier. Quoiqu'il eût dans son sérail (2) les plus belles femmes du monde , il
(i) Ce conte ne fait point partie des Mille et une Nuits , et ne se trouve point dans les manuscrits de Galland.
(a) Sérail ou plus correctement serai , est le nom que les Orientaux donnent à toute espèce de palais ou de grande habitation. Le lieu où les femmes sont renfermées se nomme harem.
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ne pouvait avoir d'enfans. U en demandait sans cesse au ciel ; et une nuit, pendant qu'il goûtait la douceur du sommeil , un homme de bonne mine , ou plutôt un prophète, lui apparut et lui dit:
« Tes prières sont exaucées ; tu as enfin obtenu <c ce que tu désirais. Lève«toi aussitôt que tu seras « réveillé, mets -toi en prières, et fais deux génu- « flexions ; après cela , va dans les jardins de ton (( palais , appelle ton jardinier , et lui ordonne de (( t'apporter une grenade ; manges-en tant de grains c( qu'il te plaira, et tes souhaits seront comblés. »
Le roi, rappelant ce songe à son réveil, en rendit grâces au ciel. U se leva , se mit en prières, fit deux génuflexions ; puis il alla dans les jardins , oii il prit cinquante grains de grenade qu'il compta l'un après l'autre , et qu'il mangea. U avait cinquante femmes qui partageaient son lit : elles devinrent toutes gros^ ses ; mais il y en eut une nommée Pirouzé , dont la grossesse ne parut point. U conçut tant d'aversion pour cette dame qu'il voulait la faire mourir, a Sa stérilité, disait-U, est une marque certaine que le ciel ne trouvé pas Pirouzé digne d'être mère d'un prince* Il faut que je purge le monde d'un objet odieux au Seigneur. » Il formait cette cruelle résolution ; mais son vézyr l'en détourna , en lui représentant que toutes l^s femmes n'étaient pas du même tempérament , et qu'il n'était pas impossible que Pi rouzé fut grosse , quoique sa grossesse ne se déclara point encore. « Hé bien ! reprit le roi , qu'elle vive mais qu'elle sorte de ma cour , car je ne puis la souf-
CONTES ARABES. 3l
frir. M « Que votre majesté , répliqua le vézyr , l'envoie chez le prince Samer, votre cousin, » I^ roi goûta cet avis ; il envoya Pirouzé à Samarie avec une lettre , par laquelle il mandait à son cousin de la bien traiter ; et si elle était grosse , de lui donner avis de son accouchement.
Pirouzé ne fut pas arrivée dans ce pays-là , qu'on s aperçut qu'elle était enceinte ; et enfin elle accoucha d'un prince plus beau que le jour. Le prince de Samarie écrivit aussitôt au roi de Harran pour lui (aire part de l'heureuse naissance de ce fils , et l'en féliciter. Le roi en eut beaucoup de joie , et fit une réponse au prince Samer dans ces termes :
n Mon cousin , toutes mes autres femmes ont mis aussi au monde chacune un prince , de sorte que nous avons ici un grand nombre d'enfans. Je vous prie d'élever celui de Pirouzé , de lui donner le nom de Khodadad(i), et vous me l'enverrez quand je vous le manderai. »
' Le prince de Samarie n'épargna rien pour l'éducation de son neveu. Il lui .fit apprendre à monter à cheval , à tirer de l'arc , et toutes les autres choses qui conviennent aux fils des rois , si bien que Khodadad à dix-huit ans pouvait passer pour un prodige.
Ce jeune prince se sentant un courage digne de sa naissance, dit un jour à sa mère : « Madame, je commence à m'ennuyer à Samarie ; je sens qu^ j'aime
(i ) Ce nom , composé des mots persans khoda , dieu et dadan \ donner , équivaut au prénom français Dieudonné.
la gloire , permettez-moi d'aller chercher les occasions d'en acquérir dans les périls de la guerre. Le roi de Harran , mon père y a des ennemis. Quelques princes ses voisins veulent troubler son repos. Qlie ne m'appelle-t-il à son secours ? Pourquoi me laisse-t-il dans l'enfance si long-temps? Ne devrai&je pas être dans sa cour? Pendant que tous mes frères ont le bonheur de combattre à ses côtés, faut-il que je passe ici ma vie dans l'oisiveté ? » <c Mon fils , lui répondit Pirouzé , je n'ai pas moins d'impatience que vous de voir votre nom fameux. Je voudrais que vous vous fussiez déjà signalé contre les ennemis du roi votre père ; mais ilfeut attendre qu'il vous demande.» «Non, madame, répliqua Kliodadad, je n'ai que trop attendu. Je meurs d'envie de voir le roi , et je suis tenté de lui aller offrir mes services comme un jeune inconnu. Il les acceptera sans doute, et je ne me découvrirai qu'après avoir fait mille actions glorieuses : je veux mériter son estime avant qu'il me reconnaisse. » Pirouzé approuva cette généreuse résolution ; et de peur que le prince Samer ne s'y opposât, Khodadad, sans la lui communiquer, sortit un jour de Samarie comme pour aller à lâchasse. Il était monté sur un cheval blanc qui avait une bride et des fers d'or , une selle avec une housse de satin bleu toute parsemée de perles. Il avait un sabre dont la poignée était d'un seul diamant, et Je fourreau de bois de sandal tout garni d'émeraudes et de rubis. Il portait sur ses épaules son carquois et son arc; et dans cet équipage qui relevait fnerveilleusement
sa bonne mine , il arriva dans la ville de Harran. Il trouva bientôt moyen de se faire présenter au roi , qui 9 charmé de sa beauté , de sa taille avantageuse , ou peut-être entraîné par la force du sang, lui fît un accueil favorable, et lui demanda son nom et sa qualité. « Sire , répondit Khodadad : je suis fils d'un émir du Caire. Le désîr de voyager m'a fait quitter ma patrie; et comme j'ai appris, en passant par vos états, que vous étiez en guerre avec quelques-uns de vos voisins , je suis venu dans votre cour pour offrir mon bras à votre majesté. » Le roi l'accabla de caresses , et lui donna de l'emploi dans ses troupes. Ce jeune prince ne tarda guère à faire remarquer sa valeur. Il s'attira l'estime des officiers , excita Tadmiratfon des soldats; et comme il n'avait pas moins d'esprit que de courage , il gagna si bien ks bonnes grâces du roi , qu'il devint bientôt son favori. Tous les jours les ministres et les autres courtisans nç manquaient point d'aller voir Khodadad ; et ils* recherchaient avec autant d'empressement son amitié , qu'ils négligeaient celle des autres fils du roi. Ces jeunes princes ne purent s'en apercevoir sans chagrin ; et s'en prenant à l'étranger , ils conçurent tous pour lui une extrême haine. Cependant le roi l'aimant de plus en plus tous les jours , ne se lassait point de lui donner des marques de son affection. Il le voulait avoir sans cesse auprès de lui. Il admirait ses discours pleins d'esprit et de sagesse ; et pour faire voir jusqu'à quel point il le croyait sage et prudent , il lui confia, la conduite des autres princes, IF. . y 3
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quoiqu'il fût de leur âge ; de manière que Khodadad devint le gouverneur de ses frères.
Cela ne fit qu'irriter leur haine.
« Comment donc ! dirent-ils , le roi ne se contente ^ pas d'aimer un étranger plus que nous, il veut encore qu il soit notre gouverneur , et que nous ne fassions rien sans sa permission ? C'est ce que nous ne devons pfis souffrir. Il faut nous défaire de cet étranger. » « Nous n'avons, disait l'un , qu'à l'aller chercher tous ensemble , et le faire tomber sous nos coups.» • ^ « Non , non, disait l'autre , gardons -nous bien de l'immoler nous-mêmes ; sa mort nous rendrait odieux , au roi, ^ui, pour nous en punir, nous déclarerait tous indignes de régner. Perdons l'étranger adroitement. Demandons-lui permission d'aller à la chasse ; et quand nous serons loin de ce palais, nous prendrons le chemin d'une autre ville oîi nous irons passer quelque temps. Notre absence étonnera le roi , qui ne nous voyant pas revenir , perdra patience, et fera peut-être mourir l'étranger ; il le chassera du moins de sa cour pour nous avoir permis de sortir du palais. »
Tous les princes applaudirent à cet artifice. Us vont trouver Khodadad, et le prient de leur permettre d'aller prendre le divertissement de la chasse, en lui promettant de revenir le même jour, he fils de Pirouzé donna dans le piège : il accorda la permission que ses frères lui demandaient. Us partirent et ne revinrent point. U y avait déjà trois jours qu'ils étaient absens, lorsque le roi dit à Khodadad : a Où sont les princes?
11 y a long -temps que je ne les ai vus.» ccSire, répondit-il^ après avoir fait une profonde révérence, ils sont à la chasse depuis trois jours; ils m'avaient pourtant promis qu'île reviendraient plus tôt. » Le roi devint inquiet, et son inquiétude augmenta lorsqu'il, vit que le lendemain les princes ne paraissaient point encore. Il ne put retenir sa colère : a Imprudent étranger, dit-il à Khodadad, devais-tu laisser partir mes fils sans les accompagner? Est-ce ainsi que tu t'acquittes de l'en^ploi dont je t'ai chargé? Va les chercher tout-à-l'heure et me les amène; autrement* ta perte est "assurée. »
Ces^ paroles glacèrent d'effroi le malheureux fils de Pirouzé. Il se revêtit de ses armes , monta promptement k cheval. Il sort de la ville ; et comme un berger qui a perdu son troupeau, il cherche partout ses frères dans la campagne, il s'informe dans tous les villages si on ne les a point vus ; et n'en apprenant aucune nouvelle , il s'abandonne à la plus vive douleur : « Ah, mes frères, s'écrie- t-il , qu'êtes- vous devenus? Seriez-vous au pouvoir de nos ennemis? Ne seraisrje venu à la cour de TIarran que pour causer au roi un chagrin si cruel ?» Il étaft inconsolable d'avoir permis aux princes d'aller à la chasse , ou de ne les avoir point accompagnés.
Après quelques jours employés à une recherche vaine, il arriva dans une plaine d'une étendue prodigieuse , au milieu de laquelle il y avait un palais bâti de marbre noir. Il s'en approche , et voit à une fenêtre une dame parfaitement belle, mais parée de sa
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seule beauté; car elle avait les cheveux épars, des habits déchirés, et l'on remarquait sur son visage toutes les marques d'une profonde affliction. Sitôt qu'elle aperçut KJiodadad , et qu'elle jugea qu'il pouvait l'entendre, elle lui adressa ces paroles : « O jeune homme! éloigne-toi de ce palais funeste, ou bien tu te verras bientôt en la puissance du monstre qui l'habite. Un nègre qui se repaît de sang humain , fait ici sa demeure ; il arrête toutes les personnes que leur mauvaise fortune fait passer par c^tte plaine, et il les ■enferme dans de sombres cachots, d'où il ne les tire que pour les dévorer. »
(( Madame, lui répondit Khodadad, apprenez-moi qui vous êtes, et ne vous mettez point en peine du reste? » a Je suis née au Caire, d'une famille de qua- -, lité, reprit la dame , je passais bien près de ce château pour aller à Baghdad ; lorsque je rencontrai le nègre qui tua tous mes domestiques, et m'amena ici. Je voudrais n'avoir rien à craindre que la mort : mais pour comble d'infortune, ce monstre veut que j'aie de la complaisance pour lui; et si dès demain je ne me rends pas sans effort à sa brutalité, je dois m'attendre à la dernière violence. Encore une fois , poursuivit-elle, sau\e-toi,le nègre va bientôt revenir; il est sorti pour poursuivre quelques voyageurs qu'il a remarqués de loin dans la plaine.; Tu n'as pas de temps à perdre, et je ne sais pas même si par une prompte fuite tu pourras lui échapper.
Elle n'eut pas achevé ces mots que le nègre parut. C'était un honnne d'une grandeur démesurée et d'une
mine efFroyable. Il montait un grand cheval de Tartarre, et portait un cimeterre si large et si pesant, que lui seul pouvait s'en servir. Le prince l'ayant aperçu, fut étonné de sa taille monstrueuse. Il s'adressa au ciel pour le prier de lui être favorable; ensuite il tira son sabre, et attendit de pied ferme le nègre, qui, méprisant un si faible ennemi, le somma de se rendre sans combattre
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Mais Khodadad fit connaître par sa contenance qu'il voulait défendre sa vie , car il s'approcha de lui et le frappa rudement au genou. Le nègre se sentant blessé poussa un cri si effroyable , que toute la plaine en retentit. Il devient furieux, il écume de rage, se lève sur ses étriers, et veut frapper k son tour Khodadad de son redoutable cimeterre. Le coup fut porté avec tant de raideur, que c'était fait du jeune prince, s'il n'eût pas eu l'adresse de l'éviter en faisant faire un mouvement à son cheval. Le cimeterre fit dans l'air un horrible sifflement. Alors, avant que le nègre eût le temps de porter un second coup , Khodadad lui en déchargea un sur le bras droit avec tant de force, qu'il le lui coupa. I^e terrible cimeterre tomba avec la main qui le soutenait; et le nègre aussitôt cédant à la violence du coup, vida les étriers, et fit retentir la terre du bruit de sa chute. Alors le prince descendit de son cheval , se jeta sur son ennemi ,
et lui coupa la tête. En ce moment la dame dont les yeux avaient été témoins de ce combat, et qui faisait encore au ciel des vœux ardens pour ce jeune héros qu'elle admirait, fit un cri de joie, et dit à Khodadad : « Prince (car la pénible victoire que vous venez de remporter, me persuade, aussi bien que votre air noble, que vous ne devez pas être d'une condition commune), achevez votre ouvrage: le nègre a les clés de ce château, prenez-les et venez me tirer de prison. » Le prince fouilla dans les poches du misérable qui était étendu sur la poussière , et y trouva plusieurs clés.
Il ouvrit la première porte, et entra dans une grande cour, où il rencontra la dame qui venait audevant de lui. Elle voulut se jeter à ses pieds pour mieux lui marquer sa reconnaissance; mais il l'en empêcha. Elle loua sa valeur, et l'éleva au-dessus de tous les héros du monde. Il répondit à ses complimens; et comme elle lui parut encore plus aimable de près que de loin, je ne sais si elle sentait plus de joie de se voir délivrée de Taffreux péril où elle avait été , que lui d'avoir rendu cet important service à une si belle personne.
Leurs discours furent interrompus par des cris et des gémissemens. « Qu'entends-je , s'écria Khodadad ? D'où partent ces voix pitoyables qui frappent mes oreilles?» « Seigneur , dit la dame , en lui montrant du doigt une porte basse qui était dans la cour , elles viennent de cet endroit : il y a là je ne sais combien de malheureux que leur étoile a fait tomber entre les mains
du nègre; iis sont tous enchaînés, et chaque jour ce monstre en tirait un pour le manger.»
ce C'est un surcroît de joie pour moi , reprit le jeune prince, d'aj^rendre que ma victoire sauve la vie à ces infortunés. Venez, madame, \enet pattager avec moi le plaisir de les mettre en liberté ; vous pouvez juger par vous - même de la satisfaction que nous allons leur causer. » A ces mots , ils s'avancèrent vers la porte du cachot. A mesure qu'ils en approchaient, ils entendaient plus distinctement les plaintes des prisonniers. Khodadad en était pénétré. Impatient de terminer leurs peines, il met promptement une de ces clés dans la serrure» D'abord il ne mit pas celle qu^il fallait ; il en prend une autre; et au bruit qu'il fait, tous ces malheureux, persuadés que c'est le nègre qui vient selon sa coutume leur apporter à manger et en même temps se saisir d'un de leurs compagnons, redoublèrent leurs cris et leurs gémissefnens. On entendait des voix lamentables qui semblaient sortir du centre de la terre.
Cependant le prince ouvrit la porte, et trouva un escalier slssess raide, par où il descendît dans une vaste et profonde cave , qui recevait un faible jour par un soupirail , et où il y avait plus de cent personnes attachées.à des pieux les mains liées. «Infortunés voyageurs , leur dît-il , misérables victimes qui n'attendez que le moment d'une mort cruelle , rendez grâces au ciel qui vous délivre aujourd'hui par le secours de mon bras ! J'ai tué l'horrible nègre dont vous deviez être la proie , et je viens briser vos fers. » Les pri-
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sonniers n'eurent pas sitôt entendu ces paroles, qu'ils poussèrent tous ensemble un cri mêlé de surprise et de joie. Khodadad et la dame commencèrent à les délier; et à mesure qu'ils les déliaient, ceux qui se voyaient débarrassés de leurs cbaînes , aidaient à dé-^ faire celles des autres; de manière qu'en peu de temps ils furent tous en liberté.
, Alors ils se mirent à genoux ; et après avoir remercié Khodadad de ce qu'il venait de faire pour eux, ils sortirent de la cave; et quand ils furent dans la cour, de quel étonnement fut frappé le prince, de voir parmi ces prisonniers, ses frères qu'il cherchait, et qu'il n'espérait plus rencontrer «Ah, princes, s'écria-t-il en les apercevant, ne me Irompé-je point? Est-ce vous en effet que je vois ? Puis-je me flatter que je pourrai vous rendre au roi votre père , qui est inconsolable de vous avoir perdus! Mais n'en aura-t-41 pas quelqu'un à pleurer ? Etes-vous tous en vie? Hélas! la mort d'un seul suffit pour empoisonner la joie que je sens de vous avoir sauvés !»
Les quarante-neuf princes se firent tous reconnaître à Khodadad qui les embrassa l'un après l'autre,* et leur apprit l'inquiétude que leur absence causait au roi. Ils donnèrent à leur libérateur toutes les louanges qu'il méritait, aussi bien que les autres prisonniers, qui ne pouvaient trouver 4e termes assez forts à leur gré pour lui témoigner toute la reconnaissance dont ils se sentaient pénétrés. Khodadad fit ensuite avec eux la visite du château, où il y avait des richesses immenses, des toiles fines, des brocards d'or, .des tapis
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de Perse, des satins de la Chine, et une infinité d'autres marchandises que le nègre avait prises aux caravanes qu'il avait pillées, et dont la plus grando partie appartenait aux prisonniers que Khodadad venait de délivrer. Chacun reconnut son bien et le réclama. Le prince leur fit prendre leurs ballots , et partagea même entre eux le reste des marchandises. Puis il leur dit : « Comment ferez-yous pour porter vos étoffes ? Npus sommes ici dans un désert , il n'y a pas d'apparence que vous trouviez des chevaux. » a Seigneur, répondit un des prisonniers, le nègre nous a volé nos chameaux avec nos marchandises ; peut-être sont-ils dans les écuries de ce château ? » tfCela n'est pas impossible, repartit Khodadad; il faut nous en assurer. )) £n même temps ils allèrent aux écuries, oîi non-seulement ils aperçurent les chameaux des marchands, mais même les chevaux des fils du roi de Harran ; ce qui les combla tous de joie. Il y avait dans les écuries quelques esclaves noirs, qui, voyant tous les prisonniers délivrés , et jugeant par là que le nègre avak été tué, prirent l'épouvante et la fuite par des détours qui leur étaient connus. On ne songea point- à les poursuivre. Tous les marchands ravis d'avoir recouvré leurs chameaux et leurs marchandises, avec leur liberté, se disposèrent à partir ; mais avant leur départ ils firent de nouveaux remer-^ cîmens à leur libérateur.
Quand ils furent partis, Khodadad s'adressant à la dame lui dit : <(£n quels lieux, madame, souhaitez-vous d'aller? Où tendaient vos pas lorbque vous
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avez été surprise par le nègre? Je prétends vous conduire jusqu'à l'endroit que vous avez choisi pour retraite, je ne doute point que ces princes ne soient tous dans la même résolution. » Les fils du roi de Harran protestèrent à la dame qu'ils ne la quitteraient point qu'ils ne l'eussent rendue à ses parens.
(( Princes, leur dit-elle , je suis d'un payé trop éloigné d'ici ; ce serait abuser d^ votre générosité que de vous faire faire tant de chemin; et d'julleurs, je vous avouerai que je suis pour jamais éloignée de /pa patrie. Je vous ai dit tantôt que j'étais une dame du Caire ; mais après les bontés que vous me témoignez, et l'obligation que je vous ai, seigneur, âjouta-t-elle en regardant Khodadàd, j'aurais mauvaise grâce de vous déguiser la vérité. Je suis fille d'un roi. Un usurpateur s'est emparé du trône de |tion père , après lui avoir ôté la vie ; et pour conserver la n^enrte, j'ai été obligée d'avoir recours à la fuite, jd A cet aveu Khodadàd et ses frères prièrent la princesse de leur conter son histoire , en l'assuranf. qu'ils prenaient toute la part possible à ses malheUt^s , et qu^ils étaient disposés à ne rien épargner pour la rendre plus heureuse. Après les avoir remerciés des nouvelles protestations de service qu'ils lui faisaient, elle ne put se dispenser de satisfaire leur curiosité , et elle commença de cette sorte le récit de ses aventures :
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CCLXXXVIir NUIT.