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(c Princesse , repartit la nourrice , c'est sans doute pour vous jouer de nous ce que vous en faites. Vous plaît-it de vous lever? » ce Je parle très-sérieusement, répliqua la princesse , et je veux savoir où il est.» tt Mais, princesse , insista la nourrice ^ vous étiez seule quand nous vous couchâmes hrer au soir, et personne n*est entré pour coucher avec vous , que nous sachions , vos femmes ^t moi. » '
La princesse de la Chine perdit patience; elle prit sa nourrice par la tête, en lui donnant des soufflets et de grands coups de poing, a Tu me le diras, vieille sorcière, dit-elle, ou je t'assommerai. »
La nourrice fit de grands, efforts pour se tirer de ses mains. Elle s'en tira enfin, et elle alla sur-le<;hamp trouver la reine de la Chine, mère de la princesse. Elle se présenta les larmes aux yeux et le visage tout meurtri, au grand étonnement de la reine , qui lui demanda qui l'avait mise en cet état*
« Madame , dit la nourrice , vous voyez le traitement que m'a fait la princesse; elle m'eut assommée si je ne me fusse échappée de ses mains. » Elle lui raconta ensuite le sujet de sa colère et de son emportement, dont la reine ne fut pas moins affligée que surprise. «Vous voyez, madame, ajouta-t-ellè en finissant , que la princesse est hors de son bon sens. Vous en jugerez vous-même , si vous prenez la peinç de la venir voir. »
La tendresse de la reine de la Chine était trop in*téressée dans ce qu'elle venait d'entendre : elle se. fît suivre par la nourrice, et elle s'empressa devenir voir la princesse sa fille
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La reine de ia Chine s~ assit près de la princesse sa fille en arrivant dans l'appartement où elle était renfermée; et après qu'elle se fut informée de sa santé, elle lui demanda quel sujet de mécontentement elle avait contre sa nourrice, qa'^lle avait maltraitée. « Ma fille, dit -elle , cela n'est pas bien, et jamais une grande princesse comme vous ne doit se laisser emportera cet excès.»
er Madame , répondit la princesse , je vois bien que votre majesté vient pour se moquer aussi de moi; mais je vous déôlare que je n'aurai pas de repos que je n'aie épousé l'aimable cavalier qui a couché cette nuit avec moi. Vous devez savoir où il est; je vous supplie de le faire revenir. » •
«Ma fille, reprit la reine, vous me supprenez, et je ne comprends rien à votre discours. » La princesse perdit le respect. « Madame, répliqua -t-elle, le roi mon père, et vous, m'avez persécutée pour me cohtraindire de me marier , lorsque je n'en avais pas d*envie; cette envie m'est venue présentement , et je veux absolument avoir pour mari le cavalier que je vous ai désigné, sinon je mé tuerai. »
La reine' tâcha de prendre la princesse par la douceur. « Ma fille, lui dit- elle, vous savez bien vousmême que vous êtes seule dans votre appartement, et qu'aucun homme ne peut y entrer. » Mais au lieu
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d'écoute 9 k princesse rinterrompit et fit des extravagances cjui obligèrent la reine de se retirer avec une grande affliction , et d'allo* informer le roi de tout.
Le roi de la Chine voulut approfondir lui-même la chose : il vint à 1 appartement de la princesse sa fille, et il lui demanda si ce qu'il venait d'apprendfe était véritable ? « Sire, répondit -elle, ne parlons pas de cela ; Êdtes-moi seulement la graœ de me rendre l'époux qui a couché cette nuit avec moL »
a Quoi , ma fille, rqnrit le roi, est-ce que quelqu'un a couché avec vous cette nuit ?» « Conunoit , Sire, repartit la princesse sans lui donner le temps de poursuivre , vous me demandez si quelqu'un a couché avec moi ! Votre Majesté ne l'ignore pas. C'est le cavalier le mieux fait qui ait jamais paru sous le ciel. Je vous le redemande, ne me refiisez pas, je vous en supplie. Afin que votre majesté ne doute pas , ^ntinua - 1 - elle , que je n'aie vu le cavalier, qu'il n'ait couché avec moi , que je ne l'aie caressé, et que je n'aie fait des efforts pour l'éveiller , sans y avoir réussi , voyez , s'il vous plaît , cette bague. » Elle avança la main; et le roi de la Chine ne sut que dire quand il eut vu que c'était la bague d'un homme. Mais comme il ne pouvait rien oopiprendre à tout ce qu'elle lui disait, et qu'il l'avait renfermée comme folle, il la crut encore plus, folle qu'auparavant. Ainsi, sans lui parler davantage, de crainte qu'elle me fît quelque violence contre, sa personne, ou contre cçux qui s'approcheraient d'elle, il la fit enchaîner et resserrer plus étroitement, et ne lui donna que sa
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nourrice pour la servir, avec une boape garde à la porte.
Le roi de la Chine, inconsolable du malheur qui était arrive à la princesse sa fille , d'avoir perdu Tesprit, à ce qu'il croyait, songea aux moyens de lui procurer la gu^son. Il assembla son conseil; et après avoir exposé l'état où elle était : « Si quelqu'un de vous, ajouta-t'^il , est assee habile pour entreprendre de la guérir, et qu'if y réussisse, je la lui donnerai en mariage , et le ferai héritier de mes états et de ma icouronne après ma mort. »
Le désir* de posséder une belle princesse et l'espérance de gouverner un j<kir un Doyaume aussi puis«sant que celui de la Chine , firent un grand effet sur l'esprit d'un émir déjà âgé , qui était présent au conseil. Comme il était habile dans la magie , il se flatta d'y réussir , et s'ofi&'it au roi. « J'y consens , reprit le roi ; mais je veux bien vous avertir auparavant que c'est à condition de vous feire couper le cou si vous ne réussissez pa» : il ne serait pas juste que vous méritasnez une si grande récompense sans risquer quelque chose de votre coté. Ce que je dis de vous , je le dis de tous les autres qui se présenteront après vous , au cas que vous n'acceptiez pas la condition, ou que vous ne réussissiez pas. »
L'émir accepta la condition , et le roi le mena luimême chez la princesse. La princesse se couvrit le visage dès qu'elle vit paraître l'émir. « Sire, dit-elle, votre majfesté me surprend de m'amener un homme que je ne connais pas , et à qui la religion me défend
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de me laisser voir. » « Ma fill», reprit le roi, sa. présence ne doit pas vous scandaliser ; c'est un de mes émjrs qui vous demande en mariage. » «Sire, repartit la princesse, ce n'est pas celui que vous m'avez déjà donné, et dont j'ai reçu la foi par la bague que je porte : ne trouvez pas. mauvais que je n'en accepte pas uq autre. »
L'émir s'était attendu que la princesse fer-ait et dirait des extravagances. Il fut très - étonné de la voir tranquille , et parler de si bon sens , et il connut bien qu'elle n'avait pas d'autre folie qu'un amour très-violent qui devait être bien fondé. Il n'psa pas prendre 1^ liberté. de s'en expliquer au roi. Le roi n'aurait pu sovifTrir que la princesse eût ainsi donné son coçur à un autre que celui qu'il voulait lui donner de sa.main. Mais , en se prosternant à ses pieds : « Sire, dit-il , après ce que je viens d'entendre , il serait inutile .que j'entreprisse de guérir la princesse; je n'ai pas de. remèdes propres à son mal , et ma vie est à la disposition de sa majesté. » Le roi , irrité de l'incapacité de l'émir, et de la peine qu'il lui avait donnée, lui fît couper la tête. .
Quelques jours après , afin de n'ayoir pas à se reprocher d'avoir rien négligé pour procurer la guérison à la princesse , ce monarque £t publier dans sa capitale , que s'il y avait quelque médecin , astrologue , magicien , assez expérimenté pour la rétablir en ^pn bon sens, il n'avait qu'à venir se présenter, à condition de perdre la tête s'il ne la guérissait pas. Il envoya publier la même chose dans les principales.
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villes de ses états, et dans les cours des princes ses voisins.
Le premier- qui se [M'ésenta, fut un astrologiie et magicien, que le roi fit conduire à la prison de la princesse par un eunuque. L'astrologue tira d'un sac quil javait apporté sous le bras, un astrolabe, une petite sphère,, un réchaud , plusieurs sortes de drogues propres à des fumigations, un vase de cuivre, avec plusieurs autres choses, et commanda qu'on lui apportât du. feu^
La princesse de la Chine demanda ce que signi*fiait tout cet appareil. « Princesse, répondit l'astrologue, c'est pour conjurer le malin esprit qui vous possède, le renfermer dans le vase que vous voyez, et le jeter au fond de la mer. » ^ .
« Maudit astrologue, s'écria la princesse, sache que je n'ai pas besoin de tous ces préparatifs,, que je suis dans mon bon sens , et que tu es insensé toi-même. Si ton pouvoir va jusque-là, amène -moi seulement celui que j'aime; c'est le meilleur service que tu puisses me rendre.» <c Princesse, reprit l'astrologue, si cela est ainsi, ce n'est pas! de moi, mais du roi votre père uniquement , que vous devez l'attendre. » Il remit dans son sac ce qu'il en avait tiré, bien fâché ae s'être engagé si &cilement à -guérir une maladie ima-, ginaire.
Quand l'eunuque eut ramené l'astrologue devant le roi de la Œine , ra.strologue n'attendit pas que l'eunuque, parlât au roi , il lui parla lui-même d'abord. « Sire, lui dit-il avec hardiesse, selon que votre Ma^
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jesté Ta &it publier, et qu'elle me Ta confirmé ellemême, j'ai cru que la princesse était folle, et j'étais sûr de la rétablir en son bon sens par les secrets dont j'ai connaissance ; inais je n'ai pas été long*temps h reconnaître qu'elle n'a pas d'autre maladie que celle d'aimer, et mon art ne s'étend pas jusqu'à re* ' médier au mal d'amour. Votre majesté y remédiera mieux que personne, quand elle Toudra lui d<»ner le mari qu'elle demande. »
Le roi traita cet astrologue d'insolent , et lui fit couper le cou« Pour ne pas ennuyer votre majesté par des répétitions, dit Ghébérazade , tant astrologues qne médecins et magiciens , il s'en présenta ^cent ein* quante, qui eurent tous le m^ne sort , et leurs têtes furent rangées' au-dessus de chaque porte de la viUe.
HISTOIRE