‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 3)Chapitre 6 sur 35 · CCIX* NUIT · texte numérisé non relu

CCIX* NUIT

Avait T que le joaillier se retirât, Ebn Thaher ne manqua pas de le conjurer par l'amitié qui les unissait tous deux , de ne rien dire à personne de tout ce qu'il lui avait appris, a Ayez l'esprit en repos, lui dit le joaillier', je vous garderai le secret au péril de ma vie. »

Deux joui*s après cette conversation, le joaillier passa devant la boutique d'Ebn Thaher; et voyant qu'elle était fennée, il ne douta pas qu'il n'eût exécuté le dessein dont il lui avait parlé. Pour en être sûr, il demanda à un voisin s'il savait pourquoi elle

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n'était pas ouverte. Le voisin lui répondit qu'il ne savait autre diose, sinon qu'Ebn Thaher était allé faire un voyage. Il n'eut pas besoin d'en écouter davantage, et il songea d'abord au prince de Perse. « Malbeureux prince, dit-il en lui-même, quel chagrin n'aurez - Vous pas quand vous apprendrez cette nouvdie? Par qudle aitremise entretiaMlrez - vous le commerce que vous avez avec Cbemselnîhar ? Je crains que vous n'en mouriez de désespoir. J'ai compassion de vous ; il faut que je vous dédommage de la perte que vous avez&ite d'un confident trop timide. » L'affaire qui l'avait obligé de sortir, n'ét^dt pas trèsimportante, il la négligea; et, quoiqu'il ne connût le prince de Perse que pour lui avoir vendu quelques pierreries , il ne laissa pas d'aller chez lui. H s'adressa à un de ses gens, et le pria de vouloir bien dire à son maître qu'il désirait l'entretenir d'une affaire très-importante. Le dpmestique revint bientôt trouver le joaillier, et l'introduisit dans la chambre du prince qui était à demi couché sur le sopha , la tête sur le coussin. Comme il se souvint de l'avoir vu, il se leva pour le reeevoir, lui dit qu'il était le bi^i-^venu; et , après Favoir prié ^ s'asseoir , il lui demanda si en quelque chose il pouvait lui rendre service , on s'il venait lui annoncer quelque nouvelle qui le regardât lui-même, a Prince^ lui répondit le joaillier, quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vons particulièrement, le désir de vous témoigner mon zèle m'a fait prendre la liberté de venir chez vous pour vous faire part d'une nouv^e qui vous touche;

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j'espère que vous me pardonnerez ma hardiesse en faveur de ma bonne intention. »

Âpres ce début , le joaillier entra en matière , et poursuivit ainsi : a Prince, j'aurai l'honneur de vous dire qu'il y a long-temps que la conformité d^inneur, et quelques affaires que nous avons eues ensemble , nous opt liés d'une étroite amitié, fbf Thaher et moi. Je sais qu'il est connu de vous, et qu'il s'est employé jusqu'à présent à vous obliger en tout ce qu'il a pp ; j'ai appris cela de lui-même , car il n'a jamais rien eu de caché pour moi. Je viens de passer devant sa boiutique , et j'ai été assez surpris de la voir fennée. Je me suis adressé à un de $e$ voisins pour lui en demander la raison ^ et il m'a répondu qu'il y avait deux jours qu'Ëbn Thaher avait pris congé de lui et des autres voisins^ en leur offrant ses services pour 3alsora, où il allait, disait-il, po^r une affaire de grande importance. Je n'ai p^s été satisfait de <:^ette réponse ; et l'j^térât que je prends à ce qui l.e regarde, m'a déterminé à venir voi^ demander si vous ne suivez rien ^e particulier touchant i^n départ si précipité. »

 ce discours., que le jo^lier avait ^ccommpdé au $ujel pour mieux parvenir à çon dessein , le prince de Persç change ^e cpulç,yr, et regarda le joaillier d'un aU* qui )ui fit connaître combien il ,était affligé de ççtte nouvelle. « Ce qye vous m'apprenez me surprend, lui dit-il; il ne pouvait m'arriyer un malhçur plus gr,and. Oui, s'écria -t -il les larmes aux yeux, c'e.n est fait de moi, ^i |ce que vous me dites est véritable ! Ebn Thaher , qui était toute ma consolation ,

en qui je mettais toute mon espér^ce, m'abandonne ! Il ne faut plus que je songe à vivre après un coup si cruel. » "

Le joaillier n'eut pas besoin d'en entendre davantage pour être pleinement convaincu de la violente passion du prince de Perse, dont Ebn Thaber l'avait entretenu. La simple amitié, se dit-il , ne parle pas ce langage ; il n'y a que l'amour qui soit capable de produire des sentiméns si vifs.

Le prince demeura quelques momens enseveli dans les pensées les plus tristes. Il leva enfin la tête; et s'adressant à un de ses gens : « Allez, lui dit-il, jusque chez Ebn Thaber , parlez à quelqu'un de ses domestiques, et sachez s'il est vrai qu'il soit parti pour Balsora. Courez, et revenez promptement me dire ce que vous aurez appris. » En attendant le retour du domestique, le joaillier tâcha d'entretenir le prince de choses indiflerentes ; mais le prince ne lui donna presque pas d'attention : il était la proie d'une inquiétude mortelle. Tantôt il ne pouvait se persuader qu'Ebn Thaber fut parti, et tantôt il n'en doutait pas, quand il faisait réflexion au discours que ce confident lui avait tenu la dernière fois qu'il l'était venu voir , et à l'air brusque dont il Pavait quitté.

Enfin le domestique du prince arriva , et rapporta qu'il avait parié à un des gens d'Ebn Thaber , qui l'avait assuré qu'il n'était plus à Baghdad, qu'il était parti depuis deux jours pour Balsora. «Comme je portais de la maison d'Ebn Thaber, ajouta le domestique, une esclave bien mise est venue m'aborder ; et

après m'avoir demandé si je n'avais pas Ilionnreur de vQus appartenir, die m'a dit quelle avait à vous parler, et m'a prié en même temps de vouloir bien qu'elle vîiit avec moi: Elle est dans l'antichambre, et je crois qu'elle a une lettre à vous rendre de la part de quelque personne de considération. ]» I^ prince ordonna aussitôt qu'on la fît entrer ; il ne douta pas que ce ne fut l'esclave confidente de Chemselnihar, et en efFet c'était elle. Le joaillier la reconnut pour l'avoir vue quelquefois chez Ebn Thaher, qui lui avait appris qui elle était. Elle ne pouvait arriver plus à propos pour empêcher le prince de se désespérer

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