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La- confidente de Chemselnihar salua le prince de Perse , qui lui rendit le salut. Le joaillier s'était levé dès qu'il l'avait vue paraître, et s'était retiré à l'écart pour leur laisser la liberté de se parler. Après s'être entretenue quelque temps avec le prince, elle prit congé de lui , et sortit. Elle le laissa tout autre qu'il était auparavant. Ses yeux parurent plus brillans , et sou visage plus gai ; ce qui fit juger au joaillier que la bonne esclave venait de lui dire des choses favorables pour son amour.
Le joaillier ayant repris sa place auprès du prince , lui dit en souriant : «A ce que je vois,' prince, vous avez des affaires importantes au palais du khalyfe. »
Le prince de Perse , fort étonné et alarmés de ce discour» , répondit au joaillier : « Sur quoi jugez-vous que j'aie des affaires au palais du khalyfe?» «Ten juge , repartit le joaillier , par lesclave qui vient de sortir. » « Et à qui- croyez* vous qu'appartienne cette esclave , répliqua le prince? j» « A Chemselnibar^ favorite du khalyfe, répondit le joaillier. Je connais, poursuivit-il, cette esclave, et même sa maîtresse, qui m'a quelquefois j&it l'honneur de venir chez moi acheter des pier* reries. Je sais de plus que Chemselnihar n'a rien de caché pour cette esclave, que je vois depuis quelques jours aller et venjr par les rues, assez emharrassée à ce qu'il me semble. Je m'imagine que c'est pour quelque affaire importante qui regarde sa maîtresse. »
Ces paroles du joaillier troublèrent fort le prince de Perse. » Il ne me parlerait pas dans ces termes , dit-il en lui-même, s'il ne soupçonnait ou plutôt s'il ne savait pas mon secret. » Il demeura quelques momens dans le silence, ne sachant quel parti prendre. Enfin il reprit la parole, et dit au joaillier :<c Vous v^nez de me dire des choses qui me donnant lieu de croire que vous en ^avez encore plus que vous n&^i dites. U est important pour mon repos que j'^n «ois parfai^ment assuré : je vous conjure de ne f iea diâsi-* mukr. »
Alors le joaillier, qui ne demandait pas nûeuK, lui fit un détail exact de l'entretien qu'il avait <eu avec Ëbn Thaber. Ainsi il lui fit connaître qu'il était instruit de ses relations avec Chernselnih»* , et il n'oubUa pas de kii dire qu'Ebii Thaber effrayé du dan-
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ger où sa qualité de confident le jetait, lai avait fait part du dessein qu'il avait de se retirer à Balsora, et dy demeurer jusqu'à ce que l'orage qu'il redoutait se fût dissipé* ce C'est ce qu'il a exécuté , ajouta le joaillier, et je suis surpris qu'il ait pu se résoudre à vous abandonner dans l'état où il m'a fait connaître que vous étiez. Pour moi , prince, je vous avoue que j'ai été touché de compassion pour vous : je viens vous ofirir mes services ; et si vous me faites la grâce de les agréer, je m'engage à vous garder la même fidélité qu'Ebu Thaher. Je vous promets d'ailleurs plus de fermeté : je suis prêt à vous sacrifier mon honneur et ma vie ; et , afin que vous ne doutiez pas de ma sincérité , je jure par ce qu'il y a de plus sacré dans notre religion de vous garder lyi secret inviolable. Soyez donc persuadé, prince, que vous trouve» rez en moi l'ami que vous avez perdu. » Ce discours rassura le prince, et le consola d^ l'éloignement d'Sbn Thaher. « Je suis charmé, dit-il au joaillier, d'avoir en vous de quoi réparer la perte que j'ai faite. Je n'ai point d'expressions capables de vous bien marquer l'obligation que je vous ai. Je prie Dieu qu'il récoœ* pense votre générosité, et j'accepte de bon oosur l'offre (^géante que vous xne faites. Croiriez-'vous bien, continua-t-il, que la confidente de Chemselnihar vient de me parler de vous ? £Ile m'a dit que c'est vous qui avez conseillé à Ebn Thaber de s'éloi-» gpier de Baghdad. Ce sont les dernières paroles qu'elle m'a dites en me quittant, et elle m'en a paru bien persuadée. Alais on ne vous rend pas justice : je ne
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doute pas qu'elle ne se trompe, après tout ce que vous venez de me dire. » a Prince, lui répliqua le joaillier, j'ai eu l'honneur de vous faire un récit fidèle de la conversation que j'ai eue avec £bn Thaher. Il est vrai que quand il m'a déclaré qu'il voulait se retirer à Balsora, je ne me suis point opposé à son dessein, et que je lui ai dit qu'il était homme sage et prudent; mais cela ne vous empêche pas de me donner votre confiance : je suis prêt à vous rendre mes services avec toute l'ardeur imaginable. Si vous en usez autrement, cela ne m'empêchera pas de vous garder très-religieusement le secret , comme je m'y suis engagé par serment. y> a Je vous ai tléja dit, reprit le prince, que je n'ajoutais pas foi aux paroles de la confidentiie. C'est son zèle qui lui a inspiré ce soupçon , qui n'a point de fondement ; et vous devez l'excuser comme je l'excuse. »
Ils continuèrent encore quelque temps leur conversation, et délibérèrent ensemble des moyens les plus convenables pour entretenir la correspondance du prince avec Cbemselnihar. Us demeurèrent d'accord qu'il fallait commencer par désabuser la confidente, qui était si injustement prévenue contre le joaillier. Le prince se chargea de ia tirer d'erreur la première fois qu'il là reverrait, et de la prier de s'adresser au joaillier lorsqu'elle aurait des lettres à lui apporter, ou quelque autre chose à lui apprendre de la part de sa maîtresse. En effet, ils jugèrent qu'elle ne devait point paraître si souvent chez le prince, parce qu'elle pourrait par là donner lieu de
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découvrir ce qu'il était si important de cacher. Enfin le joaillier se leva ; et après avoir de nouveau prié le prince de. Perse d'avoir une entière confiance en lui, il se retira
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Le joaillier, en se retirant à sa maison, aperçut devant lui dans la rue une lettre que quelqu'un avait laissé tomber. Il la ramassa. Comme elle n'était pas cachetée, il l'ouvrit, et trouva qu'elle était conçue dans ces termes :
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