‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 3)Chapitre 8 sur 35 · OE CHEMSEL^IHAR AU PRINCE DE PERSE · texte numérisé non relu

OE CHEMSEL^IHAR AU PRINCE DE PERSE

« Je viens d'apprendre par ma confidente une* nouvelle qui « ne me donne pas itioins d'affliction que vous en devez avoir. « En perdant Ebn Thaher, nous perdons beaucoup à la vérité ; « mais que cela ne vous empêche pas , cher prince , de songer à « vous conserver. Si notre confident nous abandonne par suite «d'une terreur déraisonnable, considérons que c'est un mal « que nous n'avons pu éviter : il faut que nous nous en conso- « lions. J'avoue qu'Ebn Thaher nous manque dans le moment « où nous avions le plus besoin de son secours ; mais munis- < sons-nous de patience contre ce coup imprévu, et ne laissons « pas de nous aimer constamment. Fortifiez votre ^œur contre « cette disgrâce : on n'obtient pas sans peine c^ que l'on soun haite. Ne nous rebutons point : espérons que le ciel nous sera « favorable , et qu'après tant de souffrances nous verrons « l'heureux accomplissement de nos désirs. Adieu. »

6a LES MILLE ET UNE NUITS,

Pendant que le joaillier s'entretenait avec le prince de Perse , la confidente avait eu le temps de retourner au palais , et d'annoncer à sa maîtresise la fâcheuse nouvelle du départ d'Ebn Thaher. Chemselnihar avait aussitôt écrit cette lettre, et renvoyé sa confidente sur ses pas pour. la porter incessamment au prince, et la confidente l'avait laissée tomber par mégarde.

Le joaillier fat bien aise de l'avoir trouvée 5 car elle lui fournissait un beau moyen de se justifier dans l'esprit de la confidente, et de l'amener au point qu'il souhaitait. Comme il achevait de la lire, il aperçut cette esclave qui la cherchait avec beaucoup d'inquiétude, en jetant les yeux de tous côtés. Il la referma promptement , et la mit dans son sein ; mais l'esclave prit garde à son action , et courut à lui. «Seigneur, lui dit-elle, j'ai laissé tomber la lettre que vous teniez tout à l'heinre à la main: je vous supplie de vouloir bien me la rendre, » Le joaillier ne fit pas semblant de l'entendre , et sans lui répondre continua son chemin jusqu'à sa maison. Il ne ferma point la porte après lui , afin que la confidente qui le suivait y pût entrer. Elle n'y manqua pas ; et lorsqu'elle fat dans sa chambre : « Seigneur, lui dit-elle, vous ne pouvez faire aucun usage de la lettre que vous avez trouvée, et vous ne feriez pas difficulté de me la rendre , si vous saviez de quelle part elle vient, et à qui elle est adressée; d'ailleurs , vous me permettrez de vous dire que vous ne pouvez pas honnêtement la retenir. »

Avant de répondre à la confidente , le joaillier la fit asseoir; après quoi il lui dit : « N'est-il pas vrai

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que la lettre dont il s'agit eèt de la main de Chemselnihar, et qu'elle est adressée au prince de Perse! » L'esclave , qui ne s'attendait pas à cette demande , changea de couleur. <r La question vous embarrasse , reprit-il ; mais sachez que je ne vous la fais pas par indiscrétion : j'aurais pu vous rendre la lettre dans la rue ; mais j'ai voulu vous attirer ici , parce que je suis bien aise d'avoir un éclaircissement avec vous. £st-il juste, dites-moi, d'imputer un événement fâcheux aux gens qui n'y ont nullement contribué? C'est pourtant ce que vous avez &it, lorsque vous avez dit au prince de Perse que c'est moi qui ai conseillé à Ebn Thaher de sortir de Baghdad pour sa sûreté. Je ne prétends pas perdre le temps à me justifier auprès de vous ; il suffit que le prince de Perse soit pleinement persuadé de mon innocence sur ce point. Je vous dirai seulement qu'au lieu d'avoir contribué au départ d'£bn Thaher, j'en ai été extrêmement mortifié, non pas tant par amitié pour lui , que par compassion de l'état oïl il laissait le pi4nce , dont il m'avait découvert les relations avec Chemselnihar. Dès que j'ai été assuré qu'Ëbn Thaher n'était plus à Baghdad , j'ai couru me présenter au prince, chez qui vous m'avez trouvé, pour lui apprendre cette nouvelle, et lui offrir les mêmes services qu'il lui rendait. J'ai réussi dans mon dessein; et pourvu que vous ayez en moi autant de confiance que vous en aviez dans £bn Thaher, il ne tiendra qu'à vous de vous servir utilement de mon entremise. Rendez compte à votre maîtresse de ce que je viens de vous dire, et assurez-la bien que quand je

devrais périr en m'engageant dans une intrigue si dangereuse , je ne me repentirai point de m'être sacrifié pour deux amans si dignes l'un de l'autre. »

La confidente , après avoir écouté le joaillier avec beaucoup de satisfaction , le pria d'attribuer la mauvaise opinion qu'elle avait conçue de lui, au zèle qu'elle avait pour les intérêts de sa maîtresse. « J'ai une joie infinie, ajouta-t-elle, de ce que Chemselnihar et le prince retrouvent en vous un homme si propre à remplir la place d'Ebn Th^her. Je ne manquerai pas de bien faire valoir à ma maîtresse la bonne volonté que vous avez pour elle.

CCXir NUIT.

Après que la confidente eut dit au joaillier combien die était charmée de le voir si disposé à rendre service à Chemselnihar et au prince de Perse, le joaillier tira la lettre de son sein et la lui rendit, en lui disant : a Tenez , portez-la promptement au prince de Perse , et repassez par ici afin que je voie la réponse qu'il y fera. N'oubliez pa^ de lui rendre compte de notre entretien. »

La confidente prit la lettre , et la porta au prince , qui y fît réponse sur le champ. Elle retourna chez le joaillier lui montrer la réponse , qui contenait ces paroles :

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