‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 3)Chapitre 9 sur 35 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

ou PAINGB DE PÉASE A CHEXSELlNfl AB. .

« Votre précieuse lettre produit en moi un grand ^tlt\ mais « pas si grand que je souhaiterais» Vous tâehez de me consoler^ «delà perte d'£bn Thaber. Hélas, quelque sensible que j'^ « sois 9 ce n'càt que la moindre partie des maux que je souffre I « Vous les connaissez ces maux, et vous savez qu'il. n'y a que « votre présence qui soit capable de les guérir. Quand viendra « le temps où j'en pourrai jouir sans crainte d'en être privé? « Qu'ilme paraît éloigné I ou plutôt fant-41 nous-fl&tter que nous « le pourrons voir ? Vous m'ordonnez de me conserver :- je «vous obéirai, puisque j'ai renoncé à ma propre volonté. « pom- ne suivre que la vôtre. Adieu* »

Après que le joaillier eut lu cette lettre, il la donna à la confidente, qui lui dit en le quittant : a Jervais, seigneur, faire en sorte que ma maîtresse ait la même confiance en vous qu elle avait dans Ëbti Thaher. Vous aurez demain de mes nouvelles. » En effet , le jour suivant il la vit arriver avec un air de satisfaction. « Votre seule vue , lui dit-il , me fait connaître que vous avez mis l'esprit de Chemselnihar dans la disposition que vous souhaitiez..»» Il est vrai, répondit la confidente, et vous aTlez apprendre de quelle manière j'en suis venue à bout. Je trouvai' hier, poursuivit-elle, Chemselnihar qui m'attendait avec impatience; je lui remis la lettre du princeelle la lut les larmes aux yeux ; et. c[uand elle eut achevé, comme je vis qu'elle allait s'abandonner à

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ses chagrins ordinaires : Madame, lui dis-je, c'est (c sans doute réloignement d'Ebn Thaher qui vous a afflige ; , mais permettez-mpi de vous conjurer au ce nom de Dieu de ne vous point alarmer davantage (X sur ce jSuji^firNoms ayons trouvé une autre personne , cc^ui s'ofïre à vous obliger avec autant de zèle; et, <c ce qui e^t-bien important, avec plus de courage. » Alors je lui parlai de voiis , continua l'esclave , et lui racontai le niotjf qui vous avait fait aller chez le prince de Per^e^ Enfin , je l'assurfii que vous garderie;z inviola[bl^m€»t la secret au prince de Perse et à elle, etj.quc'vous étiez dans la résolution de favoriser leurs améfurs dfe. tout votre pouvoir. Elle me parût fort consolée après mon discours. « Ah! quelle obligation, « s'éjcriart-elle , n avons-nous pas, le princq de Perse «et moi, à l'honnête homme dont vous me parlez ? « Je vçiix le connaître, le voir,- pour entendre de sa « pjropré bouche tout ce que vous ventrz^e me dire, tt eï le remercier d'une générosité inouie envers des « personnes pour qui riéh ne l'obligé à s'intéresser «avec tant d'afFéction. Sa vue me fera plaisir, et je <rn*pumierai rien pour le confirmer dans de si bons «senfimèns. Ne n^anquez pas de Taller prendre de- « ipaîn, et de me l'amener. » C'est pourquoi , seignèot, prenez laf peine <pe venir avec moi jusqu a son pamis. * V^ discours dé la confidente embarrassa le joaillier. «Votre riiaîtressCj, réprîl-il, me permettra de dire qy'eÙe "n'a pas oîén pensé à ee qu'elle exige de moi.' it'àcc^s quTEbn Thaher avait' auprès dti khàlyfe, lui donnait entrée partout, et les officiers qtri lecohh^IsT

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saient , le laissaient aller et Tenir librement au palais de Chernsplnihar ; mais moi^^ comment oserais-jè y entrer? -Vous voyex bien vous-taôihe qde uela rfést pas j^ssftle. Je voas supplie de représenter à Cliem->' seliiihar lés raillons qui doivent lnVmpêcher> de lui doçner cette satisfaction, et touties les s^es fAebeùse» ^i pourraient eh. arriver. Pour peu qu^elle- y- fasse attention f e))è trouvera que (ftst^m'ôiËpo^lar itiUftite^ ment à uiî très-grand'danger;'» ' ■ ' ' , ' »; Ji-

La Conftdetité tâcha de n^6sàre^le'jdât^liê^; tt Croyez* vous, l\ii dit-elle, que Chem^lniliai* ^It-a^^iT dépourvue de raison pour vous exposer au 'moindre péril, en vous faisant venir chesB die, vous* de qui elle attend des services si considéiJalbleà ? Soiigefe vous-* itaéme qu'il n'y-^-pad la moindre apparence àé- danger pour vous. Nous sommies trop intéressées- en oette* affairé ma maîtresse, et* moi, pour vous y engager matà'-prôpoi. V6u^ pouvez vous en fiet^ à moi et vous laisser conduire. Après que la chose sera faite , vous m'avouerez vous-inême que votre crainte était mal fondée. »

Le joaillier se rendit aux discours de la confî* dente , elf se leva pour la suivre;. mats dé quelque' fermeté qu'il se piquât' naturellement , là, frayeur s'était tellement emparée dé lui , que tout soii corps tfembïaitrttfîâns Pétât du vous Vôilâ , lui dit-elle; je vois bien qu'il vaûtmieui que voîTs deihfeiirîesi'chéz vou5, et que Chemselnihar prenne dTautres mesùi'es pour vous voir; et il ne finit pas douter 'tj(ùé', p'ôtir satiè-' faire fenvie qu'elle eu 'a, elle ne- viêhnëi ict'^voU^

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trouver elle - même. Cela étant ainsi , seigneur , ne sortez pas : je suis assuré^ que vous ne sere2 pas long-temps sans la voir arriver. » La confidente l'avait bien prévu : elle n'eut pas plus tôt appris à Chem- ^elnihar la frayeur du joaillier , que Chemselnihar se rendit chez lui. i

Il la reçut avec toutes les marques d'un profond respecté Quand çllç ^ fut assise, comme elle était un peu fatiguée du chemin qu'elle avait fait , elle se dévoila , et laisisa voir au joaillier une beauté qui lui fit connaître que le prince de Perse était excusable d'avoir donné son cœur à la favorite du khalyfe. En-* suite ^lle salua le joaillier d'un air gracieux , et lui dit.: « Je n'ai'pu apprendre avec quelle ardeur vous, êtes entré dans les intérêts du prince de Perse et dans les miens, sans former aussitôt le dessein de vous en remercier moi-même. Je rends grâces au ciel de nous avoir sitôt dédommagés de la perte d'Ebn Thaher, » .

CCXIir NUIT.

CHJ^MSjsLiriHAR dit encore plusieurs autres choses obligeantes au joaillier^ après quoi elle se retira dans son palais. Le joaillier ajla sur. - le - champ rendre compte de cette; yisite au .prince de Perse , qui lui dit en le voyant : « Je vous attendais avec impatieqce. L'esclave confidente m'a apporté une lettre de sa maîtr^e , mais cette lettre ne m'a point soulagé. Quoi que me puisse mander l'aimable Chemselnihar^ je

n'ose rien espérer, et ma patience est à bout. Je ne sais plus quel conseil prendre ; le départ d'Ebn Thaher me met au désespoir. C'était mon appui : j'ai tout perdu en le perdant. Je pouvais me flatter dé <{uelque espérance par l'accès qu'il avait auprès de Chemselnihar. »

A ces mots , que le prince prononça avec tant de vivacité quMl n'eût pas été possible de l'interrompre , le joaillier lui dit : cr Prince , on ne peut prendre plus de part à vos maux que j'en prends ; et si vous voulez avoir la patience de m'écouter , vous verrez que je puis y apporter du soulagement. » A ce discours, le prince se tut et l'écouta. ^ Je vois bien, reprit alors lé joaillier, que l'unique moyen de \on& rendre content est de faire en sorte que vous puisr siez entretenir Chemselnihar en liberté. C'est une satisfaction que je veux vous procurer , et j'y travaillerai dès demain. Il ne faut point vous exposer à entrer dans le palais de Chemselnihar : vous savez par expérience que c'est une démarche fort dangereuse. Je sais un lieu plus propre à cette entrevue , et où vous serez en sûreté. » Gomme le joaillier achevait ces pa* rôles, le prince l'embrassa avec transport. <w Vous ressuscitez , dit - il , par cette charmante promesse , un malheureux amant qui s'était déjà condamné à la mort. A ce que je vois , j'ai pleinement réparé la perte d'Ëbn lîiaher. Tout ce que vous ferez , sera bien fait; je m'abandonne entièrement à vous. »

Après que le prince eut remercié le joaillier du zèle qu'il lui témoignait , le joaillier se retira chez:

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lui , oïl , dès le lendemain matin ^^ la caDfide^te le vit^t trouver. Il lui dit qu'il avait fait espérer au* prince ^ de Perse, qu'il pourrait voir bientôt Cfaemselnihar. «Je viens exprès, luf répondit -elle,. pour prendre là-dessus des mesures avec vous. Il me semble, con* tinua-t-elle , que cette maison serait assez commode pour pette entrevue. » « Je pourrais bien, reprit- il, les faire venir ici; mais j'ai pensé qu'ils/seront plus en liberté dans une autre maisoa que j'ai, où actuel- Jerpent il ne demeure personne. Je l'aurai bientôt meublée assez proprement pour les recevoir. » Cela « étant , repartit (a confidente, il ne s'agit plus à présait que d'y faire consentir Chemselnibar. Je vais lui ^^ parler, et je viendrai vous en rendre répoûse:4^]>s fj^u de temps. »

Effectivement elle fut fort diligente ; elle ne tarda pas à revenir, et elle rapporta au joaillier^ que sa maîtresse ug manquerait pas de se trouver au rendezvous vers ja.fîn du jour. £n même temps , elle lui mit eptre les mains une bourse, en lui disant que c'était pour acheter la collation. Il la mena aussitôt à la jnaison où les amans devaient se rencontrer, aBn qu'elle sût où ellç ét^it, et quelle y pût amener sa maîtresse; et,dè|S qu'ils se furent séparés, il alla em* prqntier chez ses amU de la vaisselle d'6r et d'argent, des tapis, des coussins fort riches, et d'autçes meu* . blés , dont il meubla cette maison très - magnifiquement. Qu^nd il y eut mis toute chose en état , il se rendit chez le prince de Perse.

Représentez-vous la joie qu'eut le prince , lorsque

COXfTJES. A.HAJB,£S. J4

le joaillier lui dit quHl le venait prendre pour le oon* djuire à la maison qu'il avait préparée pour le recevoir lui et Chemselnftiar. Cette nouvelle lui fit oublier âes chagrins et ses souffrances. Il prit un habit

magnifique', et aortitsaoa suit^^avec la joaill^fii^^ le fît paisser par plusieurs ruea détouniia^s , ^fin que personne ue les ob^cirvict , et rintrodui^it e^fisi d^ns la maison , où ils opB^ip^noèrept à ^'^utiveUi^if Jus* qu'à l'arrivée de Çhems^liMbar, . ,„(; i.^ ,,

Ils n'attendirent pa^ Igag-^temps çette-amai^pe trop passionnée, ^lle arriva après la pri^rie, d|u ^leiji cq|i« ché,avec aa confidente et de^x autres e^layes.Je nfi puis vous exprimer l'ei^cèn de joiç dont^e^.^eiju amapi forent saisis à la vue l'un de l'jautre; ils» s'a^sii?wjt^ur le sofa I .et se regardèrent quelque teof p^^^aj^s pçuvw parler, tant ils étaient hors d'eux-mén^fs* Ma« quand l'usage de la parole leur fut revenu , jA^,m dédomm^r Oèaretit bien de ce sikace^ Us se, dirent dés. choses v tendres , que le joaillier , la confidente et les deux esr clave^^ en pleurèrent. Le J4^ailUer néanmoins essuya ses larmes pour songer à la collation qu'il apporta lai-même. Les amans burent et nmogèrent peu ;, aprjs^ quoi ils s'assirent tous 4eux sur le scife :, Qhemsel*nihar demanda au joaillier s'il n'avait pas un hitjhou quelque autre ipstrument. Ije joaillier , qui avait çu soin de pourvoir à tout ce qui pouvait lui &ire plai^ sir, lui apporta yn luth. Elle mit quelques momeus à l'acçord^isr, et ensuite elle chanta

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CCXiy NUIT.

Dans le temps que Chemselnihar charmait le prince de Perse en lui exprimant sa passion par des paroles qu'elle composait sur-le-champ, on entendit un grand bruit ; et aussitôt un esclave que le joaillier avait amené avec lui, parut tout effrayé, et vint dire qù\>n enfonçait la porte; qu'il avait demandé qui frappait, mais qu'au lieu de répondre, on avait redoublé les coups. Le joaillier alarmé quitta Chemselnihar et le prince pour aller lui-même vérifier nette mauvaise nouvelle. Il était déjà dans la cour lorsqu'il entrevit dans l'obscurité une troupe de gens armés de haches et de sabres , qui avaient enfoncé la porte et venaient droit à lui. Il se rangea au plus vite contre un mur; et, sans en être aperçu, il les vit passer au nombre de dix.

Comme il ne pouvait pas être d'un grand secours au prince de Perse et à Chemselnihar , il se contenta de les plaindre en lui - même , et prit le parti de la fiiite. Il sortit de sa maison , et alla se réfugier chez U19 voisin qui n'était pas encore couché, ne doutant point que cette violence imprévue ne se fît par ordre du khalyfe , qui avait sans doute été averti du rendezvous de sa favorite avec le prince de Perse. De la maison 011 il s'était sauvé , il entendait le grand bruit que l'on faisait dans la sienne; et ce bruit dura jusqu'à minuit. Alors, comme il lui semblait que tout'

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y était tranquille , il pria le voisin de lui prêter un sabre ; et , muni de cette arme , il sortit , s'avança jusqu'à la porte de la maison , entra dans la cour , où il aperçut avec frayeur un homme qui lui demanda qui il était II reconnut à la voix que c'était son esclave, a Comment as - tu fait , lui dit - il , pour éviter d'être pris par le guet ?» « Seigneur , lui répondit l'esclave, je me suis caché dans un coin de la cour , et j'en suis sorti dès que je n'ai plus entendu de bruit. Mais ce n'est point le guet qui a forcé votre maison ; ce sont des voleurs qui , ces jours passés , en ont pillé une dans ce quartier-ci. Il ne faut pas douter qu'ils n'aient remarqué la richesse des meubles que vous avez fait apporter ici , et qu'elle ne leur ait donné dans la vue. » ,

Le joaillier trouva la conjecture de son esclave assez probable. Il visita sa maison, et vit en effet que les voleurs avaient enlevé le bel ameublement de la chambre où il avait reçu Chemselnihar et son amant, qu'ils avaient emporté sa vaisselle d'or et d'argent, et *enGn qu'ils n'y avaient pas laissé la moindre chose. Il en fut désolé. « O ciel , s'écria - 1 - il , je suis perdu sans ressource ! Que diront mes amis , et quelle excuse leur apporterai-je , quand je leur dirai que des voleurs ont forcé ma maison , et dérobé ce qu'ils m'avaient si généreusement prêté ? Ne faudra - 1 - il pas que je les dédommage de la perte que je leur ai causée? D'ailleurs que sont devenus Chemselnihar et le prince de Perse ? Cette affaire fera un si grand éclat , qu'il est impossible qu'elle n'aille pas jusqu'aux oreilles

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du kbalyfe. U apprendra cette entrevue , çt je servirai de victime à sa colère. ^ L'esclave, qui lui était fort f([{reçtionné , tacha de. le consoler». <( A l'égard de Chem-; selnihar^ lui dit-il, les voleurs appareanneiM;:Se serpi^t contentés de la dépouiller^ et vous devez ci:oi|*e qu elle se sera retirée en ^on palais avec ses esclaves : leprinc^ de Perse aura eu le même sort Aii^^^ 9 vous, pouvez espérer que )e Uialyfe ignorei^ toujours cette aventure. Pour ce qui est de la perte que vos amis ont faite , c'est un malheur que* voqs n'avez pu éviter. Ils savent bien que les voleurs sont en si grand nombre ^ qu'ils ont eu la hardiesse de piUer non-seulement la pinson, dont je vous ai parlé , mais même plusieurs autres des principaux seigneurs de la cour ; et il3 n'ignorent pas que malgré les ordres qui ont été donnés poiir les prendre, on n'a pu encore se saisir d'aucun d'eux , quelque diligence qu'on ait faite. Vous en serez quitte en rendant à vos amis la valeur des choses qui ont été volées ^ et il vous restera encore , Dieu merci , assez de biens. » /

£n attendant que le jour parût, le joaillier fit raccommoder par son esclave , le mieux qu'il fut possible, la porte de la rue qui avait été forcée; aprè$ qupi il retourna dans sa maison ordinaire avec son esclave, en faisant de tristes réflexions sur ce qui était arrivé, a Ebn Thaber, dit-il en lui -même,, a été bien plus sage que moi; il avait prévu ce malheur où je me s^iis jeté.en aveugle. Plut à Dieu que je ne jne fusse jamais mêlé d'une intrigue qui me coûtera peutêtre la vie! D

COVTSS ARABESi 7$

A peine était -il jour, que le bruit du pillage de la maison $e répandit dans la ville , et attira cl^z lui \\^e foule d'amis et de voisins, dont la plupart, sous prétexte de lui témoigner de la douleur de cetaocir dent , venaient pour ep savoir les détails. Il Qe Is^issa pas; de les remercier de l'affection qu'ils lui témoi;gnaient. U eut. au moins la consolation de vpir que personne ne lui parlait de Çhemselnihar , ni du prmce de Perse; ce* qui lui fît croire qu'ils étaient che^ eux, ou qu'ils devaient être en quelque lieu de sûreté.

Quand le JQaillier fut seul , ses gens lui servirent à manger ; mais il lie mangea presque pas. Il était environ midi lorsqu'un de ses esclaves vint lui dire qu'il y avait à la poite un homme qu'il ne connais* sait pas , qui demandait à lui parler. Le joaillier ne voulant pas recevoir un inconnu chez lui , se leva, et alla lui parler à la porte. ¥ Quoique vous ne me aon^naissiez pfis , lui dit l'homme , je ne laisse pas de vous connaître, et je viens vous entretenir d'une affaire importante. » Le joaillier , à ces mots, le pria d'entrer, tt Non , reprit l'inconnu , prenez plutôt l^ peine , s'il vous plaît, de venir avec moi jusqu'à votre autre maison. 9 «c Comment savez-vous, répliqua le joaillier, que j'aie une autre maison quç celle-ci?» «Je le. sais, repartit l'inconnu. Vous n'avez seulement qu'à me suivre , et ne craignez rien , j'ai quelque chosç à vpus communiquer qui vous fera plaisir. » I^e joaillier partit aussitôt avec lui ; et après lui avoir raconté en chemin de quelle manière la maison oii ils allaient avait été volée, il lui dit qu'elle n'était pas dans un état à l'y recevoir.

'76 LJSS MILLE ET UNE VUITS,

Quand ils fiirent devant la maison , et que Tinconnu vit que la porte était à moitié brisée : « Passons outre, dit-il au joaillier , je vois bien que vous m'avez dit la vérité. Je vais tous mener dans un lieu où nous serons plus commodément. » En disant cela, ils continuèrent de marcher , et marchèrent tout le reste du jour sans s'arrêter. Le joaillier, (atîgué du chemin qu'il avait (ait, et inquiet de voir que la nuit s'approchait, et que l'inconnu marchait toujours sans lui dire ou il prétendait le mener , commençait à perdre patience , lorsqu'ils arrivèrent à une place ^i conduisait au Tigre. Dès qu'ils furent sur le bord du fleuve , ils s'embarquèrent dans un petit bateau , et passèrent de l'autre coté. Alors l'inconnu mena le joaillier par une longue rue où il n'avait été de sa vie; et, après lui avoir Ëiit traverser je ne sais combien de rues détournées, il s'arrêta à une porte qu'il ouvrit/ Il fit entrer le joaillier, referma et barra la porte d'une grosse barre de fer, et le conduisit dans une chambre où il y avait dix hommes qui n'étaient pas moins inconnus.au joaillier que celui qui l'avait amené.

Ces dix hommes reçurent le joaillier sans lui faire beaucoup de complimens. Ils lui dirent de s'asseoir ; ce qu'il fit. U en avait grand besoin ; car il n'était pas seulement hors d'haleine d'avoir marché si longtemps , la frayeur dont il . était saisi de se voir avec des gens si propres à lui en causer, ne lui aurait pas permis de demeurer debout. Comme ils attendaient leur chef pour souper, dès qu'il fut arrivé , on servit.

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Ils 66 lavèrent les mains , obligèrenl le joaillier à faire la même chose et à se mettre à table avec eux. Après le repas, ces hommes lui demandèrent s'il savait à qui il parlait. U répondit que non , et qu'il ignorait même le quartier et le lieu où il était. <c Racoqtez * nous votre aventure de cette nuit, lui dirent-ils , et ne nous déguisez rien. » Le joaillier , étonné de ce discours , leur répondit : « Messeigneurs , apparemment que vous ai êtes déjà instruits? x> « Cela est vrai, répliquèrent-ils , le jjeune homme et la jeune damé qui étaient chez vous hier au soir, nous en ont paHé; mais nous voulons la savoir de votre propre bouche.» Il n'en fallut pas davantage pour Étire comprendre.aM joaillier qu'il parlait aux voleurs qui avaient forcé et pillé sa maison. c< Messeigneurs , s'écria - 1 - il , je suis fort en peine ^e ce jeuqe homme et de c^tte jeufie dame ; ne pourriez - vous pas m'en donner des, Koiivelles ?»

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