‹ Les mille et une nuits: contes arabesChapitre 14 sur 91 · HISTOIRE DES DEUX MARIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES DEUX MARIS

Sire, sous le règne d'un des anciens rois de l'Egypte, vivait une des femmes les plus rusées et les plus adroites que le monde ait jamais produites , et je vous

CONTEE ARABES. • JJfg

aurai facilement donné une idée de la finesse de cette femme en vous apprenant que loin de se conformer au* lois du saint prophète qui permettent aux vrais croyans d'avoir trois épouses légitimes , elle était parvenue à avoir deux maris , et qu'elle avait su si bien prendre ces mesures qu'aucun des deux ne gavait qu'il avait un rival : à fc vérité Je* professions de ces doux hommes étaient telles, que l'un était au logis peu* dant tout le jour , et passait toutes les puits dehors ,

taudis que l'auto au contraire é&i\ éloigné toute la

journée et ne rentrait quei Ja nuit. Le premier* nommé

Harem, était voleur et s'occupait chaque nuit à fairet quelques tours de son métier; le second, nommé Akil* était Q ^camoteur.

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Pwjsiburs mois s'étaient ^in?i passés ot les deu* maria étaient cœmplè.temw^dupes des ruses de lenr femme, lorsqu'un jour le voleur vint loi dm qu'il était forcé de, w séparer d'elle ot qu'il allait pow? quelque, tçmps lui faire se* adieux, fille Jim témoigna le ohagrin que eo départ inattendn lui faisait éprott* v$r* qn même temps elle lui donna tout cequipoiv» vaifc servir à son voyage et quelques provisions pon** la route. Elle trouva entre antres qhoses un gigot <fc mouton froid, le coupa en deux parties, et lui en donna une moitié. Après ^voir pris congé de sa femme

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le voleur se mit en chemin, le long des rive» du Nil.

» Il y avait à peine quelques heures qu'il était parti quand Akil l'escamoteur rentra. Il avait aussi des raisons pour quitter le Caire, et venait demander à son épouse quelques provisions pour entreprendre son voyage. Celle-ci remercia Dieu intérieurement de ce qu'il n'avait pas permis que ses deux maris se rencontrassent ensemble. Elle ne manqua pas de témoigner à celui-ci toute la douleur qu'elle ressentait de son éloignement ; elle lui donna quelques provisions et entre autres la seconde partie du gigot de mouton dont elle avait donné une moitié à son premier mari. Akil partit, et , comipe Haram , il prit le chemin du Nil. A la fin de h. journée , il entra dans un assez beau caravansérail qui se trouvait sur la route, et se proposa d'y passer la nuit. En entrant dans ce vaste édifice, il n'y trouva qu'un seul homme avec lequel il eut bientôt fait connaissance. « Camarade , lui dit-il, vous paraissez fatiguç.» « J'ai fait aujourd'hui la route du Caire, répondit l'autre. » «Je viens aussi de cette ville, reprit Akil , et si vous vous proposez d'aller plus loin , nous pourrons faire route ensemble ; car j'avais oublié la recommandation du prophète ; elrefjrk thoum eltharik ( ne te mets en route qu'après avoir trouvé un bon compagnon ) : en attendant , s'il vous plaît de partager un mauvais souper, j'ai à vous offrir quelques dattes et un morceau dte gigot à l'ail. » <c Tac* cepte volontiers vos propositions , dit le voyageur , mais j'apporterai aussi mon écot. » En même temps

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chacun déploya les provisions qu'il portait avec lui. Lorsque tous les deux eurent posé sur le tapis ce qu'ils avaient à offrir, ils s'aperçurent à leur grand étonneraient , que les deux parties du gigot se rejoignaient avec une parfaite exactitude, <r Camarade , dit Akil à son convive , puis-je savoir d'où vous vient ce morceau de gigot?» a C'est ma femme qui nie l'a donné avant mon départ, lui répondit le voyageur; mais puis-je savoir à mon tour où vous avez pris ce que vous me présentez? » «C'est à ma femme que je dois ces provisions, reprit Akil. » « Dans quel quartier demeurezvous ? » « Près de la porte des Victoires. » « Et moi aussi. » Bientôt de questions en questions , les deux voyageurs eurent acquis la conviction que depuis plusieurs mois l'un et l'autre avaient la même femme. Cette découverte faillit d'abord exciter entre eux une violente dispute, mais ils finirent par penser qu'il était, plus sage de revenir sur leurs pas , et d'éclaircir par eux-mêmes l'étrange position dans laquelle ils se trouvaient.

Akil et Haram reprirent tous les deux la route du Caire et ne tardèrent pas à revenir au logis commun ; lorsque leur femme les aperçut ensemble , elle ne douta plus qu'elle ne fut découverte , et pensa que ce serait en vain qu'elle chercherait quelque prétexte pour cacher la vérité ; reconnaissant donc que ce, qu'elle avait de mieux à faire était de tout avouer , elle se jeta à genoux en implorant leur miséricorde et en confessant son crime.

Tous deux l'aimaient tendrement ; et malgré sa

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perfidie , leur attachement pour elle n'avait point été affaibli. Ils fcë contentèrent de lui reprocher vivement son infidélité ; et comme elle ne pouvait continuer à vivre dans cet état de bigamie -, ils lui dirent qu'il fallait choisir celui des deux qu'elle voulait garder pour époux. Mais ce fut en vain qu'ils la pressèrent de prendre une détermination, il fut impossible de lui foire désigner celui qu'elle préférait. « Eh bien , leur dit-elle enfin, puisqu'il faut prendre tin parti, et que je n'ai aucun motif de préférer l'un à l'autre , voici ce que je vous propose : Vous vivez tous deux des tours d'adresse que vous faites ; vous , Akil, chaque jour, vous, Harârn , chaque nuit; je déclare que je garderai pour époux celui de vous qui aura donné la meilleure preuve d'adresse. » Tous les deux consentirent avec empressement à cette proposition, et de préparèrent à lutter de dextérité.

Ce fut Akil qui débuta. Il se rendit avec Haratn cfens un des bazars les plus fréquentés du Caire ; là il lui montra du doigt un vieux juif qui se promenait avec beaucoup de lenteur. <t Tu vois ce juif , dit-il à Haram , avant qu'il ait fait le tour de ce bazar , je Veux le forcer à tne donner sa bourse. » En même temps il s'approcha , t* lui enleva un saû assez gros qu'il portait avec lui. Haram le félicitait déjà sur la dextérité dont il avait fait preuve, a Ce n'est pas ainsi que je prétends m'approprier cet argent , dit Àkil , car la justice pourrait me forcer de le rendre , je veux que le cadi lui-même me remette la bourse du juif.» Il dit , s'en alla dans un coin assez retiré , Ouvrît le

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sac , compta l'argent, en ôta dix sequins , prit son anneau et le mit à la place. Après avoir soigneusement refermé le sac , il rejoignit celui qu'il avait dépouillé , et lui remit, avec autant d'adresse qu'il les avait enlevés , les sequins dont il avait eu soin de soustraire une partie.

Mais à peine le malheureux juif avait-il fait quelques pas , qu'il accourut à lui. « Misérable , lui criat-il, oses-tu donc te promener ainsi dans un lieu public après m'avoir volé aussi impudemment que tu l'as fait?.

Dxxxyir nuit.

Le juif ne fut pas médiocrement surpris de se voir attaquer ainsi par un homme qu'il ne connaissait pas; il se confondit en excuses, lui jura par Abraham, Ishac et Jacob qu'il se trompait sans doute, et que jamais il n'avait songé à attenter à sa propriété. « Comment, infâme, continua Akil, tu oses encore nier le vol que tu as commis ? mais c'est en vain que tu te flattes d'échapper, par ton humilité, «u juste supplice qqi t'est réservé; viens, suis-moi devant le cadi , et réponds aux -questions qu'il va te faire. » En disant ces mots , il le saisit par son caftan et le traîna plus mort que vif devant le magistrat.

« Seigneur cadi , dit-il , j'amène devant vous un des voleurs les plus audacieux que vous ayez encore eu à punir. Le juif que vous voyez ici , m'a vole une

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somme considérable; il y a à peine quelques heures que son larcin a été commis , et il ose, après cette action infâme , se promener tranquillement au milieu du bazar, comme un homme irréprochable. » « Je proteste , reprit le juif, que jamais je ne me suis rendu coupable d'aucune action répréhensible , et que je n'ai jamais vu cet homme qui , sans doute, me prend pour un autre, ou qui a perdu la tête. » « Chien d'israélite, reprit Akil, il te convient bien d'insulter ainsi un véritable musulman. Seigneur cadi , ne soyez pas dupe des protestations de cet infidèle; il nie avec autant d'audace que le marchand des Indes lorsqu'il voulait garder un dépôt qui lui avait été confié ; mais vous saurez déjouer ses ruses aussi habilement que le cadi qui démasqua la fourberie du marchand. » « Comment mon collègue s'y prit-il, demanda le magistrat , je n'ai jamais entendu parler de cette histoire. » Akil prit alors la parole en ces termes :

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