‹ Les mille et une nuits: contes arabesChapitre 19 sur 91 · D'XLV NUIT · texte numérisé non relu

D'XLV NUIT

Plusieurs jours se passèrent sans qu'il reparût > et pendant ce temps, la princesse n'eut pour toute compagnie qu'une vieille , à la garde de qui elle était confiée; mais son cœur était trop reïnpli des inquiétudes que lui causait la disparution de celui qu'elle croyait son frère, pour qu'elle pût songer à ■*■■

jouir de quelque récréation. Elle avait vu dans les. yeux du génie, qu'elle lui avait inspiré de l'amour, et elle résolut de profiter de sa faiblesse, pour se délivrer et pour sauver Bénazir. Lorsque celui qui la retenait captive parut devant elle, il en reçut un accueil très-gracieux. «c Seigneur, lui dit la princesse , votre absence a été bien longue , je m'attendais à vous revoir plutôt; puisque je n'ai que vous dans ce lieu de retraite, j'espère que désormais vous ne me priverez pas aussi long-temps de votre présence. » Ces paroles flattèrent infiniment le génie, qui s'informa avec empressement, si on ne l'avait laissé manquer de rien et si elle avait quelque chose à désirer: « Je n'ai qu'un vœu à former, réponditelle, c'est de connaître la cause pour laquelle vous

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m'avez transportée ici , et quel motif vous engage à m'y retenir. » « Princesse, répliqua le génie, est-il possible que vous me fassiez une telle question? Lorsque Bénazir me fit l'éloge de vos charmes, il m'inspira un vif désir de les connaître; en voyant la douleur que votre séparation lui faisait éprouver, je fus curieux de contempler l'objet d'une passion si vive, et je pris la résolution de vous enlever. J'ai reconnu que vous étiez digne de l'affection qu'il vous portait, et j'ai senti en même temps naître en inoi une passion que rien ne saurait éteindre. »

La princesse de la Chine comprit par ce discours l'étendue du danger qui la menaçait, et elle conçut l'idée de faire tourner ce danger même, au profit de sa délivrance: « Seigneur, dit-elle, pour mériter le retour de l'affection que vous me portez, j'espère que vous me témoignerez les égards dus à ma naissance, et ce n'est pas le moyen de vous concilier mon attachement, que de me retenir prisonnière. » « Vous êtes maîtresse en ces . lieux , ré* pondit le génie, vous pouvez aller partout, et voici les clefs de tous les appartemens; j'en excepte deux portes que vous ne pouvez franchir, » (L'une d'elles était celle de l'appartement où Bénazir était enfermé avec le père du génie.) La princesse parut très-reconnaissante de la confiance qu'on lui témoignait, et laissa concevoir quelques espérances à celui qui la retenait captive.

Aussitôt qu'il fut éloigné, elle s'empressa d'ouvrir les portes dont elle avait les clefs à sa disposition.

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Au fond d'une immense galerie, elle trouva une bibliothèque remplie de toutes sortes de livres écrits en diverses langues; comme la princesse avait reçu une excellente éducation, elle parvint à en découvrir quelques-uns qui traitaient de magie : elle employa chaque jour un grand nombre d'heures, à les étudier avec soin. Aprèâ plusieurs mois de travail, elle rencontra dans un passage l'histoire du génie même, au pouvoir duquel elle se trouvait, et ce ne fut qu'avec l'horreur la plus profonde , qu'elle découvrit le sort qui était réservé au prince Bénazir. Elle ap^ prit que le génie ne parvenait à prolonger l'existence de son père, que par des sacrifices humains, et elle ne douta plus que celui qu'elle croyait son frère, ne fût destiqé à faire partie des victimes, si déjà même il n'avait pas été sacrifié.

En proie aux plus vives inquiétudes , elle parcourut successivement tous les lieux qu'elle avait visités, mais ses recherches furent inutiles. Cependant elle ne perdit pas l'espérance, car l'ouvrage qu'elle avait lu lui avait décelé un secret qui la rendait maîtresse de la vie du génie; elle avait appris que dans l'une des parties les plus retirées du palais, était caché un sabre sur lequel l'arrêt de sa mort était écrit, et elle résolut de tout faire pour parvenir à le découvrir. Elle ne doutait pas que ce sabre ne fût caché dans le lieu dont le génie avait refusé de lui donner la clef; lorsqu'il se présenta près d'elle, elle redoubla de caresses, en lui disant: « Seigneur, vous savez à quel point sont portés par fois les

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caprices des femmes ; le refus que vous avez fait do me donner une des clefs de vos appartenons, irrite ma curiosité au point, que je ne serai point tranquille que vous n'ayez eu la bonté de. la satisfaire. » Le génie parut très-courroucé à cette demande : «Princesse, répondit-il, je croyais que les complaisances que je vous avais montrées jusquici, devaient vous contenter, et je vois avec autant de déplaisir que d'étonnement , que plus je vous ai accordé, plus vous êtes devenue exigeante; vous trouverez bon que je ne me croie pas obligé de satisfaire vos caprices. » * Eh bien ! répondit la princesse , cessez dès ce moment d'avoir aucune espérance de me plaire , puisque vous ne faites rien pour y parvenir. »

Le génie était devenu si passionnément amoureux de la princesse , qu'il n'eut point le courage de résister à ses pressantes sollicitations : « Eh bien ! puisque vous l'exigez, lui dit-il, votre curiosité sera satisfaite ; je ne vous confierai point la clef que vous me demandez, mais je vous ferai voir ce qu'elle renferme, et vous connaîtrez que cet objet était bien peu digne du désir que vous avez de le connaître. » Ils traversèrent ensemble tous les appartemens et ils arrivèrent près d'un coin obscur ; là , le génie tira une clef, qu'il avait soigneusement renfermée dans son sein , et il ouvrit une armoire eh fer , au fond de laquelle était un sabre : » Vous voyez , dit-il à la princesse , que tout cela n'était guère digne de votre intérêt. » « Il faut , répliqua-t-elle , que ce sabre soit d'un travail bien précieux , puisque vous . le gardez

avec tant de soin ; je désirerais le voir. » « Il n'a rien que de très-ordinaire, dit le génie, et ce n'est pas la peine de vous le montrer. » « Votre refus ne fait que m'irriter davantage , vous ne me refuserez pas cette dernière grâce. » Et elle insista au point que le génie fut forcé de lui accorder ce qu'elle demandait ; mais à peine se vit- elle maîtresse du sabre que, le brandissant sur la tête du génie : « Misérable , s'écria-telle, prépare-toi à mourir. »

A l'aspect du sabre sur lequel l'arrêt de sa mort était écrit , le génie fut frappé de terreur ; il se jeta aux genoux de la princesse en lui demandant grâce, et celle-ci lui dit qu'elle suspendrait sa vengeance , s'il voulait lui apprendre le sort de son frère Bénazir. Le génie pour sauver sa vie lui indiqua le lieu où il se trouvait enfermé : la princesse y courut aussitôt , en ayant soin de conserver le sabre qui la rendait maîtresse absolue dans le souterrain. Elle trouva le jeune prince de Perse en proie au plus violent désespoir, car on lui avait annoncé qu'il devait être sacrifié le lendemain.

Lorsque la princesse apprit celte circonstance , elle ne fut plus maîtresse de son indignation , et frappa le génie du coup mortel. Aussitôt les appartemens dans lesquels ils se trouvaient disparurent avec un fracas horrible , et tous les deux furent portés dans la vallée où ils étaient descendus en arrivant sur les côtes d'Afrique. A travers mille travaux et mille daftgers ils parvinrent à gagner le rivage de la mer , d'où ils s'embarquèrent pour retourner en Perse : ce fut là

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que Béuazir apprit le mystère de sa naissance. On envoya des ambassadeurs à l'empereur de la Chine pour lui demander la permission de faire épouser sa fille à Bénazir , qui fut bientôt uni à celle qui lui avait sauvé la vie.

Chehérazade ayant terminé ce conte, commença, la nuit suivante , sur l'invitation de Dinarzade et du sulthan des Indes , le conte de l'habitant de Damas.

DXLVF NUIT.

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