VII
l8 LES MILLE ET UNE NUITS,
ceaux. » «Infâme, scélérat, crois -tu que je tienne .plus à la vie qu'à l'honneur? lui répondait la jeune fille en luttant de toutes ses forces: As-tu osé te flatter de jouir plus aisément de ma personne en m'enlevant de mes états ; depuis quel temps la maîtresse obéit-elle à son esclave ? As-tu donc oublié que tu es le mien? De quel droit oses -tu porter la main téméraire sur la fille de ton roi ?» « Eh bien , répondit l'esclave, disposez-vous donc à la mort : y a-t-il maintenant ici d'autre roi que moi , puisque je suis le plus fort ; vous m'appartenez plus sûrement que si je vous avais acheté dans le bazar, et vous êtes maintenant à mes ordres. » Et voyant l'opiniâtreté invincible ne la princesse , ce misérable noir lui saisit les cheveux de la main gauche, et levait son grand sabre de la droite ; ses yeux étincelaient de fureur. »
DIII e NUIT.
«Sire, quand je le vis prêt à consommer son crime , je poussai un grand cri , sans songer au danger qui me menaçait; l'esclave surpris, lâcha sa victime , et tandis qu'il regardait de tous côtés , j'étais déjà montée sur un des chevaux et de là je lui tirai une flèche dans la poitrine. Le scélérat tomba aussitôt à terre , et fit de vains efforts pour se relever ; le sabre échappa de sa main défaillante , il essaya encore de tirer le fer de son corps, mais le sang sor-
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tait abondamment de sa blessure , et se yeux hagards se fermèrent pour jamais. Je courus aussitôt vers la jeune personne pour lui ôter les chaînes dont elle était chargée, elle voulait se jeter à mes genoux, mais je l'en empêchai ; elle saisit ma main , la couvrit de baisers , et l'arrosa de ses larmes , en m'exprimant sa reconnaissance dans les termes les plue passionnés et les plus énergiques ; et levant ensuite les yeux vers le ciel : « Grand Dieu, s'écria-t-elle , * je te rends mille actions de grâce de m'avoir envoyé cet ange.» Puis se tournant vers moi, elle ajouta : « Seigneur, je compte beaucoup sur votre générosité; ayez pitié d'une princesse malheureuse. »
« Je tâchai de la tranquilliser par les propos les plus .doux et les plus affables , sans cependant trahir mon déguisement , ni lui donner le moindre soupçon sur mon sexe. Malgré l'assaut qu'elle venait d'essuyer, elle ne paraissait pas avoir d'éloignement pour ma personne ; il est vrai que je n'étais pas de la même couleur que l'esclave. Quand elle fut un peu remise de sa frayeur , je lui serrai affectueusement la main , en lui demandant quel était son royaume , et comment elle se trouvait dans une pareille aventure? je vous la dirai volontiers , me répondit-elle , en me regardant avec complaisance; et sans ôter sa main de la mienne , elle commença en ces termes :
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