‹ Les Mille et une nuits, contes arabes (volume 2)Chapitre 15 sur 17 · IV. a · texte numérisé non relu

IV. a

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lui ; et dans les méoies termes que ncx» avons déjà rapportés y il lui demanda ce qu'il avoit à lui commander, en marquant qu'il étoît prêt à le servir. Âladdin lui dit : «Le sultan me donne la princesse sa fille en mariage ; mais auparavant il me demande quarante grands bassina d'cr massif et bien pesans, pleins à comble des. fruits du jardin où j'ai pris la lampe dont tu es escdave. Il exige aussi de moi que ces quarante bassins soient portés par autant d'escbves noirs, pré* cédés par quarante esclaves blancs j jeunes, bien faits, de belle taille, et habillés très richement Va, et apiène^moi ce présent au plus tôt, afin que je l'envoie au sultan avant qu'il lève la séance du divan. » Le génie lui dit que son commandement alloit être exécuté incessamment ^ et il disparut.

Très peu de temps af» es ,. le génie se fit revoir accompagné des quarante esdaves noirs, chacun chargé d'un bassin d'or massif du poids de vingt marcs smr la tête, pleins de peri[es,de diamans, de rubis et d'émeraudes mieux choisies , même pour la beauté et pour la grosseur, que celles qui avoient déjà été présentées au sultan.; chaque bassin étoit couvert d'ime toile d'argent à fleurons d'or. Tous ces esclaves, tant noirs que blancs, £^vec les plats d'or, occupoient presque toute la maison , qui étoit assex médiocre, avec

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une petite conr sur le devant , et un petit jardin sur le derrière. Le génie demanda à Aladdin s'il étoit content, et s'il avoit encore quelque autre commandement à hii faire. Aladdin lui dît qu'il ne lui demandoit rien davantage, et il disparut anssitÀt

' La mère d' Aladdin revint du marché ; et en entrant elle fut dans une grande surprise de voir tant de monde et tant de richesses. Quand elle se fut déchargée des provi^ons qu'elle apportoit, elle voulut oter le voile qui lui coovroit le visage; mais Aladdin l'en empêcha. «Ma mère, dit-il, il n'y a pas de temps à perdre : avant que le sultan achève de tenu* le divan , il est important que vous retourniez au palais , et que vous j con-* duis^ incessanunent le présent et la dot de la princesse Badroulboudour qu'il m'a demandés , afin qu'il juge par ma diligence et par mon exactitude, du zèle ardent et sincère que j'aî de me procurer l'honneur d'entrer dans son alUance. »

Sans attendre la réponse de sa mère , Aladdin ouvrit la p<n*te sur la rue; et il fit défiler succès*sivement tous ces esclaves, en faisant toujours marcher un esclave blanc suivi d'un esclave noir, chargé d'un bassin d'or sur la tête, et ainsi jusqu'au dernier. Après que sa mère fiit sortie en suivant le dernier esclave noir, il ferma la

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porte , et il demeura tranquillement dans sa chambre, avec l'espérance que le sultan, après ce présent tel quil l'avoit demandé, voudroit bien le recevoir enfin pour son gendre.

Le premier esclave blanc qui étoit sorti de la maison d'Aladdin avoit fait arrêter tous les passans qui l'aperçurent ; et avant que les quatrevingts esclaves , entremêlés de blancs et de noirs , eussent achevé de sortir , la rue se trouva pleine d'une grande foule de peuple qui accouroit de toutes parts pour voir un spectacle si magnifique et si extraordinaire. L'habillement de chaque esclave étoit si riche en étoffes et en pierreries^ que les meilleurs connoisseurs ne crurent pas se tromper en faisant monter chaque habit à plus d'un million. La grande propreté , l'ajustement bien entendu de chaque habillement, la bonne grâce, le bel air, la taille uniforme et avantageuse de chaque esclave , leur marche grave à une distance égale les uns des autres, avec l'éclat des pierreries d'une grosseur excessive enchâssées autour de leurs ceintures d'or massif dans une belle symétrie, et les enseignes aussi de pierreries attachées à leurs bonnets qui étoient d'un goût tout particulier, mirent toute cette foule de spectateurs dans une admiration si grande, qu'ils ne pouvoient se lasser de les regarder et de les conduire des yeux aussi loin qu'il

leur étoit possible. Mais les rues étoient tellement bordées de peuple , que chacun étoit contraint de rester dans la place où il se trouvoit.

Comme il falloit passer par plusieurs rues pour arriver au palais , cela fit qu'une bonne partie de la ville, gens de toutes sortes d'états et de conditions, furent témoins d'une pompe si ravissante. Le premier des quatre-vingts esclaves arriva à la porte de la première cour du palais ; et les portiers qui s'étoient mis en haie dès qu'ils s'étoient aperçus que cette file merveilleuse approchoit, le prirent pour un roi, tant il étoit richement et magnifiquement habillé ; ils s'avancèrent pour lui baiser le bas de sa robe ; mais l'esclave, instruit par le génie, les arrêta, et il leur dit gravement : «Nous ne sommes que des esclaves ; notre maître paroîtra quand il en sera temps. »

Le premier esclave, suivi de tous les autres, avança jusqu'à la seconde cour qui étoit très spacieuse, et où la maison du sultan étoit rangée pendant la séance du divan. Les officiers, à la tête de chaque troupe , étoient d'une grande magnificence ; mais elle fut effacée à la présence des quatre-vingts esclaves porteurs du présent d' Aladdin. Rien ne parut si beau ni si éclatant dans toute la maison du sultan ; et tout le brillant des sei* gneurs de sa cour, qui l'environnoient , n'étoit

lien en comparaisan de ce qui se pirésenloît alors à sa vue.

Comme le sultan avoît été averti de lamardie et de larrivée de ces esclaves, il avoit donné ses ordres pour les faire entrer. Ainsi, dès qu'ils se présentèrent 9 ils trouvèrent Fenfrée du divan libre , et ils y entrèrent dans un bel ordre, une partie à droite, et l'autre à gauche. Après qu'ib furent tous entrés et qu'ils eurent formé un grand demi-cercle devant le trône du sultan ^ les «daves noirs posèrent chacun le bassin qu'ils pCTtoient sur le tapis de pied. Ils se pro&^ ternèrent tous ensemble en frappant du front contre le tapis. Les esclaves blancs firent la même chose eh même temps. Us se relevèrent tous ; et les noirs , en le faisant, découvrirent adroitement les bassins qui étoient devant eux , et tous demeurèrent debout, les mains croisées sur la poitrine, avec une grsmde modestie.

La mère d'Aladdin , qui cependant s'étoit avancée jusqu'au pied du trône , dit au sultan ^ nptès s être prost^née : « Sire , Aiaddin mon fils n'ignore pi^ que ce présent qu'il envoie a votre majesté ne soit beaucoup au-dessous de ce que mérite la princesse Badroulboudour ; il espère néanmoins que votre majesté l'aura pour agréa-^ ble , et qu'eUe voudra bien le faire agréer aussi à la princesse , avec d'autant plus de confiance ,

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qu'il a tâché de se conformer à la ooudition qu'il lui a plu de lui imposer. »

Le sultan n'étoit pas en état de faire attention au compliment de la mère d'Aladdin. Le prunier coup d'œil jeté sur les quarante bassins d'or, pleins à comble des joyaux les plus brillans, les plus éclatans, les plus précieux que Ton eut ja-* mais vus au monde , et sur les quatre-vingts esclaves qui paroissoient autant de rois , tant par leur bonne mine que par la richesse et la magnificence surprenante de leur habillement, l'avoit tellement frappé qu'il ne pouvoit revenir de son admiration. Au lieu de répondre au compliment de la mère d'Aladdin, il s'adressa au grand-vizir, qui ne pouvoit comprendre lui* même d'où une si grande profusion de richesses pouvoit être venue, a Hé bien , vizir , dit-il publiquement, que pensez-vous de celui, quel qu'il puisse être , qui m'envoie un présent si riche et si extraordinaire , et que ni moi ni vous ne connoissons pas ? Le croyez-vous indigne d'épouser la princesse Badroulboudour ma fille ? »

Quelque jalousie et quelque douleur qu'eût le grand-vizir de voir qu'un inconnu alloit devenir le gendre du sultan préférablement à son fils , il n'osa néanmoins dissimuler son sentiment. Il étoit trop visible que le présent d'Aladdin étoit plus que suffisant pour mériter qu'il jut reçu

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dans une si haute alliance. Il répondit donc au sultan , et en entrant dans son sentiment: «Sire, dit-il , bien loin d'avoir la pensée que celui qui fait à votre majesté un présent si digne d'elle, soit indigne de l'honneur qu'elle veut lui faire, j'oserois dire qu'il mériteroit davantage, si je n'étois persuadé qu'il n'y a pas de trésor au monde assez riche pour être mis dans la balance avec la princesse fille de votre majesté.» Les seigneurs de la cour qui étoient de la séance du conseil témoignèrent par leurs applaudissemens que leurs avis n'étoient pas diff érens de celui du grand-vizir.

Le sultan ne différa plus; il ne pensa pas même à s'informer si Aladdin avoit les autres qualités convenables à celui qui pouvoit aspirer à devenir son gendre. La seule vue de tant de richesses immenses , et la diligence avec laquelle Aladdin venoit de satisfaire à sa demande, sans avoir formé la moindre difficulté sur des conditions aussi exorbitantes que celles qu'il lui avoit imposées , lui persuadèrent aisément qu'il ne lui manquoit rien de tout ce qui pouvoit le rendre accompli et tel qu'il le désiroit. Ainsi , pour renvoyer la mère d' Aladdin avec la satisfaction qu'elle pouvoit désirer , il lui dit : «Bonne femme, allez dire à votre fils que je l'attends pour le recevoir à bras ouverts et pour l'em-

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brasser , et que plus il fera de diligence pour venir recevoir de ma main le don que je lui fais de la princesse ma fille, plus il me fera de plaisir. »

Dès que la mère d' Aladdin se fut retirée avec la joie dont une femme de sa condition peut être capable en voyant son fils parvenu à une si haute élévation contre son attente, le sultan mit fin à l'audience de ce jour ; et en se levant de son trône , il ordonna que les eunuques attachés au service de la princesse vinssent enlever les bassins pour les porter à l'appartement de leur maîtresse, où il se rendit pour les examiner avec elle à loisir ; et cet ordre fut exécuté sur4e-champ par les soins du chef des eunuques.

Les quatre-vingts esclaves blancs et noirs ne furent pas oubliés : on les fit entrer dans l'intérieur du palais; et quelque temps après, le sultan qui venoit de parler de leur magnificence à la princesse Badroulboudour , commanda qu'on les fît venir devant l'appartement, afin qu'elle les considérât au travers des jalousies , et qu'elle connût que bien loin d'avoir rien exagéré dans le récit qu'il venoit de lui faire , il lui en avoit dit beaucoup moins que ce qui en étoit.

La mère d'Aladdin cependant arriva chez elle avec un air qui marquoit par avance la bonne nouvelle quelle apportoit à son fils, n Mon fils, lui dit-elle , •vous avez tout sujet d'être

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content : vous êtes arrivé à laccompiisseinent de vos souhaits contre mon attente , et vous savez ce que je vous en avois dit Afin de ne vous pas tenir trop long-temps en suspens, le sultan, avec 1 applaudissement de toute sa cour, a déclaré que vous êtes digne de posséder la princesse Badroulboudour. Il vous attend pour vous embrasser et pour conclure votre mariage. C'est à vous de songer aux préparati& pour cette entrevue , afin qu eUe réponde à la haute opmion qu'il a conçue de votre personne^ mais après ce que j'ai vu des merv^les que vous savez faire, je suis persuadée que rien n'y man^ quera. Je ne dois pas oublier de vous dire encore que le sultan vous attend avec impatience ; ainsi ne perdez pas de temps à vous rendre auprès de lui. »

Aladdin, charmé de cette nouvelle, et tout plein de l'objet qui Tavoit enchanté, dit peu de paroles à sa mère, et se retira dans sa chambre. Là , après avoir pris la lampe qui lui avoit été si officieuse jusqu'alors en tous ses be» soins et en tout ce qu'il avoit souhaité , il ne l'eut pas plus tôt frottée , que le génie continua de marquer son obéissance, en paroissant d'abord sans se faire attendre. « Gâiie , lui dit Aladdîn , je t'ai appelé pour me faire prendre le bain tout à l'heure ^ et^uand je Taurai pris ,

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je veuK que tu me tiennes prêt un habillement le plus riche et le plus magnifique que jamais monarque ait porté. >» Il eut à peine achevé de parier, que le génie , en le rendant invisible comme lui, 1 enleva et le transporta dans un bain tout de marbre le plus fin , et de différentes couleurs les plus belles et les plus diversifiées. Sans voir qui le servoit , il fiit déshabillé dans un salon spacieux et d'une grande propreté. Du salon, on le fit entrer dans le bain , qui étoit d'une chaleur modérée ; et là il fut frotté et lavé avec plusieurs sortes d'eaux de senteur. Après l'avoir fait passer par tous les degrés de chaleur, selon les différentes pièces du bain , il en sortit, mais tout autre que quand il y étoit entré : son teint se trouva frais , blanc , vermeil, et son corps beaucoup plus léger et plus dispos. Il rentra dans le salon , et il ne trouva plus l'habit qu'il y avoit laissé : le génie avoit eu soin de mettre en sa place celui qu'il lui avoit demandé. Âladdin fut surpris en voyant la magnificence de l'habit qu'on lui avoit subsûtué* Il s'habilla avec l'aide du génie , en ad* mirant chaque pièce à mesure qu'il la prenoit , tant elles étoient toutes au-delà de ce qu'il auroit pu s'imaginer. Quand il eut achevé, le génie le reporta chez lui dans la même chambre où il l'avoit pris. Alors il lui demanda s'il avoit

autre chose à lui commander. « Ouï , répondit Aladdin ; j'attends de toi que tu m'amènes au plus tôt un cheval qui surpasse en beauté et en bonté le cheval le plus estimé qui soit dans l'écurie du sultan , dont la housse , la selle , la bride et tout le harnois vaille plus d'un million. Je demande aussi que tu me fasses venir en même temps vingt esclaves, habillés aussi richement et aussi lestement que ceux qui ont apporté le présent , pour marcher à mes côtés et à ma suite en troupe , et vingt autres semblables pour marcher devant moi en deux files. Fais venir aussi à ma mère six femmes esclaves pour la servir, chacune habillée aussi richement au moins que les femmes esclaves de la princesse Badroulboudour , et chargées chacune d'un habit complet aussi magnifique et aussi pompeux que pour la sultane. J'ai besoin de dix mille pièces d'or en dix bourses. Voilà, ajouta-t-il, ce que j'avois à te commander. Va, et fais diligence. »

Dès qu' Aladdin eut achevé de donner ses ordres au génie, le génie disparut, et bientôt après il se fit revoir avec le cheval, avec les quarante esclaves, dont dix portoient chacun une bourse de mille pièces, d'or, ef avec six femmes esclaves , chargées sur la tête chacune d'un habit différent pour la mère d' Aladdin ,

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enveloppé dans une toile d'argent , et le génie présenta le tout à Aladdin^

Des dix bourses, Aladdin n en prit que quatre qu'il donna à . sa mère , en lui disant que c'étoit pour s'en servir dans ses besoins. Il laissa les six autres entre les mains des esclaves qui les portoient, avec ordre de les garder, et de les jeter au peuple par poignées en passant par les rues , dans la marche qu'ils dévoient faire pour se rendre au palais du sultan. Il ordonna aussi qu'ils marcheroient devant lui avec les autres, trois à droite et trois à gauche. Il présenta enfin à sa mère les six femmes esclaves, en lui disant qu'elles étoient à elle , et qu'elle pouvoit s'en servir comme leur maîtresse, et que les habits qu'elles avoient apportés, étoient pour son usage.

Quand Aladdin eut disposé toutes ses affaires, il dit au génie en le congédiant , qu'il l'appelleroit quand il auroit besoin de son service, et le génie disparut aussitôt. Alors Aladdin ne songea plus qu'à répondre au plus tôt au désir que . le sultan avoit témoigné de le voir. Il dépécha au palais un des quarante esclaves, je ne dirai pas le mieux fait, ils l'étoient tous également, avec ordre de s'adresser au chef des huissiers, et de lui demander quand il pourroit avoir l'honneur d'aller se jeter aux pieds du sultan. L'esclave ne fut pas long-temps à s'acquitter de

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son message : il af^rta pour réponse , que le sultan l'attendoit avec impatience.

Aladdin ne différa pas de monter à cheval, et de se mettre en marche dans Tordre que nous avons marqué. Quoique jamais il n eût mcmté à cheval , il y parut néanmoins pour la première fois avec tant de bonne grâce, que le cavalier le plus expérimenté ne l'eût pas pris pour un no* vice. Les rues par où il passa furent remplies presque en un moment dfune foule innombra-» ble de peuple , qui faiisoit retentir l'air d'acclamations , de cris d'admiration , et de bénédio tions, chaque fois particulièrement que les six esclaves qui avoient les bourses fais<HeDt voler des poignées de pièces d'or en l'air à droite et à gauche. Ces acclimations néanmoins ne venoient pas de la part de ceux qui se poussoient et qui se baissoient pour ramasser de ces fûèces y mais de ceux qui d'un rang au-dessus du menu peuple, ne pouvoient s'empêcher de donner pth bliquement à la libéralité d' Aladdin les louanges quelle méritoit. Non seulement ceux qui se souvenoient de l'avoir vu jouer dans les rues dans un âge déjà avancé, comme vagabond^ ne le reconnoissoient plus; ceux mêmes qui Favomit vu il n^y avoit pas long-temps, avoient de la peine à le remettre , tant il avoit les traît& cluvagés. Cek venoit de ce que la lampe avoit cette

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propriété de proearer par degrés à ceux qui la possédoient , les perfections cdhveDables à Fétat auquel ils parvenoient par le bon usage qu'ils en £siisoie»t. On fit alors beaucoup plus d'attention à la personne d' Aladdin qu'à la pompe qui l'acccmi* pagnoit, que la plupart avoient déjà remarquée le même jour dans la marche des esclaves qui avoient porté ou accompagné le présent Le cheval néanmoins fut admiré par les bons connoisseurs, qui surent en distinguer la beauté, sans se laisser éblouir ni par la richesse ni par le brillant des diamans et des autres pierreries dont il étoit couvert. Comme le bruit s'étoit répandu que le sultan donnoit à Aladdin la princesse Badroulboudour en mariage, personne, sans avoir égard à sa naissance, ne porta envie à sa fortune ni à son élévation, tant il en parut digne. Aladdin arriva au palais, où tout étoit disposé pour le recevoir. Quand il fiit à la se-» conde porte, il voulut mettre pied à terre, pom* se conformer à l'usage observé par le grandvizir, par les généraux d'armées et les gouverneurs de provinces du premier rang ; mais le chef des huissiers qui l'y attendoit par ordre du sultan , l'en empêcha et l'accompagna jusque près de la salle du conseil ou de l'audience, où il l'aida à descendre de cheval , quoique Aladdin s'y opposât fortement , et ne le voulût pas souf*

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frir; mais il n'en fut pas le maître. Cependant les huissiers faisoient une double haie à l'entrée de la salle. Leur chef mit Aladdin à sa droite; et après l'avoir fait passer au milieu, il le conduisit jusqu'au trône du sultan.

Dès que le sultan eut aperçu Aladdin , il ne fut pas moins étonné de le voir vêtu plus richement et plus magnifiquement qu'il ne l'avoit jamais été lui-même , que surpris de sa bonne mine , de sa belle taille , et d'un certain air de grandeur fort éloigné de l'état de bassesse dans lequel sa mère avoit paru devant lui. Son étonnement et sa surprise néanmoins ne l'empêchèrent pas de se lever, et de descendre deux ou trois marches de son trône assez promptement pour empêcher Aladdin de se jeter à ses pieds, et pour l'embrasser avec une démonstration pleine d'amitié. Après cette civiUté , Aladdin voulut encore se jeter aux pieds du sultan , mais le sultan le retint par la main, et l'obligea de monter et de s'asseoir entre le vizir et lui.

Alors Aladdin prit la parole : « Sire , dit-il , je reçois les honneurs que votre majesté me fait , parce qu'elle a la bonté et qu'il lui plaît de me les faire; mais elle me permettra de lui dire que je n'ai point oublié que je suis né son esclave, que je connois la grandeur de sa puissance, et que je n'ignore pas combien ma. naissance me

met âu-dessous de la splendeur et de l'éclat dit rang suprême où elle est élevée. S'il y a quelque endroit, continiia-t-il, par où je puisse avoir mérité un accueil si favorable , j'avoue que je ne le dois qu'à la hardiesse qu'un pur hasard m'a fait naître, d'élever mes yeux, mes pensées et mes désirs jusqu'à la divine princesse qui fait l'objet de mes souhaits. Je demande pardon à votre majesté de ma témérité ; mais je ne puis dissimuler que je mourrois de douleur; si je perdois l'espérance d'en voir l'accomplisse-^ ment

(c Mon fils , répondit le sultan en l'embrassant une seconde fois, vous me feriez tort de douter un seul moment de la sincérité de ma parole. Votre vie m'est trop chère désormais pour ne vous la pas conserver, en vous présentant le remède qui est en ma disposition. Je préfère le plaisir de vous voir et de vous entendre , à tous mes trésors joints avec les vôtres. »

En achevant ces paï*oles^ le sultan fit un si-* gnal , et aussitôt on entendit l'air retentir du son des trompettes, des hautbois et des timbales, et en même temps le sultan conduisit Aladdin dans un magnifique salon où l'on servit un superbe festin» Le sultan mangea seul avec Âladdin. Le grand-vizir et les seigneurs de la cour, chacun selon leur dignité et selon leur

rang , les accompagnèrent pendant le repas. Le sultan, qui avoit toujours les yeux sur Aladdin, tant il prenoit plaisir à le voir, fit tombai* le discours sur plusieurs sujets différens. Dans la conversation qu'ils eurent ensemble pendant le repas, et sur quelque matière quil le mit, il parla avec tant de connoissance et de sagesse, qu'il acheva de confirmer le sultan dans la bonne opinion qu'il avoit conçue de lui d'abord.

Le repas achevé, le sultan fit appeler le premier juge de sa capitale , et lui commanda de dresser et de mettre au net sur-le-champ le* contrat de mariage de la princesse Badroulbou* dour sa fille et d'Aladdin. Pendant ce temps-là, le sultan s'entretint avec Aladdin de plusieurs choses indifférentes, en présence du grandvizir et des seigneurs de sa cour, qui admirèrent la solidité de son esprit, la grande £aci- Uté qu'il avoit de parler et de s'énoncer, et les pensées fines et délicates dont il assaisonnoit son discours.

Quand le juge eut achevé le contrat dans toutes les formes requises , le sultan demanda à Aladdin s'il vouloit rester dans le palais pour terminer les cérémonies du mariage le même jour: «Sire, répondit Aladdin, quelque impatience que j'aie de jouir pleinement des bontés de votre majesté, je la supplie de vouloir bien

permettre que je les diffère jusqu'à ce que j'aie fait bâtir un palais pour y recevoir la princesse selon son mérite et sa dignité. Je le prie, pour cet effet, de m'accorder une place convenable dans le sien , afin que je sois plus à portée de lui faire ma cour. Je n'oublierai rien pour feire en sorte qu'il soit achevé avec toute la diligence possible. — Mon fils , lui dit le sultan , prenez tout le terrain que vous jugerez à propos; le vide est trop grand devant mon palais, et j'avois déjà songé moi-même à le remplir; mais souvenez-vous que je ne puis assez tôt vous voir uni avec ma fille , pour mettre le comble à ma joie* » En achevant ces paroles , il embrassa encore Aladdin, qui prit congé du sultan avec la même politesse que s'il eût été élevé et qu'il eût toujours vécu à la cour.

Aladdin remonta à cheval, et il retourna chez lui dans le même ordre qu'il étoit venu , au travers de la même foule , et aux acclamations du peuple qui lui souhaitoit toute sorte de bonheur et de prospérité. Dès qu'il fut rentré et qu'il eut mis pied à terre , il se retira dans sa chambre en particulier; il prit la lampe, et il appela le génie comme il en avoit la coutume. Le génie ne se fit pas attendre ; il parut , et il lui fit offre de ses services. « Génie , lui dit Aladdin , j'ai tout sujet de me louer de ton exactitude à

exécuter ponctuellenient tout ce que j ai esigé de toi jusqu'à présent , par la puissance de cette lampe ta maîtresse. Il s'agit aujourd'hui que pour Tamour d'elle, tu fasses paroître, s'il est possible, plus de zèle et plus de diligence que tu n'as encore fait. Je te demande donc qu'en aussi peu de temps que tu le pourras, tu me fasses bâtir vi&4-vis du palais du sultan , à une juste distance, un palais digne d'y recevoir la princesse Badroulboudour mon épouse. Je laisse à ta liberté le choix des matériaux , c'est-à-dire du porphyre, du jaspe, de l'agate, du lapis et du marbre le plus fin, le plus varié en couleurs, et du reste de l'édifice ; mais j'entends qu'au plus haut de ce palais tu fasses élever un grand salon en dôme, à quatre faces égales, dont les assises ne soient d'autres matières que d'or et d'argent massif, posées alternativement , avec douze croisées, six à chaque face, et que les jalousies de chaque croisée, à la réserve d'une seule que je veux qu'on laisse imparfaite , soient enrichies, avec art et symétrie, de diamans, de rubis et d'éiiieraudes, de manière que rien de^ pareil en ce genre n ait été vu dans le monde. Je veux aussi que ce palais soit accompagné d'une avant^cour , d'une cour , d'un jardin ; mais sur toutes choses, qu'il y ait, dans un endroit que tu me diras , un trésor bien rempli d'or

et d'argent monnoyé. Je veux aussi qu'il y ait dans ce palais, des cuisines, des offices, des magasins, des garde-mêubles garnis de meubles précieux pour toutes les saisons, et proportionnés à la magnificence du palais; des écuries remplies* des plus beaux chevaux, avec leurs écuyers et leurs palefreniers, sans oublier un équipage de chasse. Il faut qu'il y ait aussi des officiers de cuisine et d'office , et des femmes esclaves, nécessaires poiu* le service de la princesse. Tu dois comprendre quelle est mon intention : va, et reviens quand cela sera fait.»

Le soleil venoit de se coucher quand Aladdin acheva de charger le génie de la construction du palais qu'il avoit imaginé. Le lendemain , à la petite pointe du jour, Aladdin, à qui l'amour de la princesse ne permettoit pas de dormir tranquillement , étoit à peine levé , que le génie se présenta à lui : «Seigneur, dit-il, votre palais est achevé, venez voir si vous en êtes content. » Aladdin n'eut pas plus tôt témoigné qu'il le vouloit bien , que le génie l'y transporta en un instant. Aladdin le trouva si fort au-dessus de son attente , qu'il ne pouvoit assez l'admirer. Le génie le conduisit en tous les endroits; et partout il ne trouva que richesses , que propreté et que magnificence, avec des officiers et des esclaves, tous habillés selon leur rang et selon les services

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auxquels ils étoient destinés. Il ne manqua pas , comme une des choses principales , de lui faire voir le triésor , dont la porte fut ouverte par le trésorier, et Aladdin y vit des tas de bourses de différentes grandeurs, selon les sommes qu'elles contenoient, élevés jusqu'à la voûte, et disposés dans un arrangement qui faisoit plaisir à voir. En sortant, le génie l'assura de la fidélité du trésorier. Il le mena ensuite aux écuries ; et là , il lui fit remarquer les p|us beaux chevaux qvi'il y eût au moi^de, et Ips palefrepiers dans un grand mouvement, occupés à les pauser. Il le fit passer ensuite par des magasins remplis de toutes les provisions nécessaires, tant pov^r les prnemens des chevaux que pour leur pourriture.

Quand Aladdin eut examiné tout le palais, d'appartement en appartement, et de pièce eu pièce, depuis le haut jusqu'au bas , et particulièrement le salon à vingt- quatre croisées, et qu'il y eut trouvé 4es richesses et de la magnificence, avec toutes sortes de comniodités audelà de ce qu'il s'en étoiit promis , il dit au génie : « Génie , on ne peut être plus content que je le suis ; et j'aurois tort de me plaindre. Il reste une seule chose dont je ne t'ai rien dit, parce que je ne m'en étois pas avisé : c'est d'étendre depuis la porte du palais du sultan jusqu'à

la porte de l'appartement destiné pour la princesse dans ce palais -ci, un tapis du plus beau velours, afin qu'elle marche dessus en venant du palais du sultan. — Je reviens dans un moment , dit le génie. » Et comme il eut disparu , peu de temps après, Aladdin fut étonné de voir ce qu'il avoit souhaité exécuté sans savoir comment cela s'étoit fait. Le génie réparut, et il reporta Aladdin chez lui dans le temps qu'on ouvToit la porte du palais du sultan.

Les portiers du palais qui venoient d'ouvrir la porte, et qui avoient toujours eu la vue libre du côté où étoit alors le palais d' Aladdin , furent fort étonnés de la voir bornée, et de voir Un tapis de velours qui vetioit de ce côté-là jusqu'à la porte de celui du sultan. Us ne distinguèrent pas bien d'abord ce que c'étoit;mais leur surprise augmenta quand ils eurent aperçu distinctement le superbe palais d' Aladdin. La nouvelle d'une merveille si surprenante fut répandue dans tout le palais en très peu de temps. Le grand-vizir qui étoit arrivé presque à l'ouverture de la porte du palais, n'avoit pas été moins surpris de cette nouveauté que les autres ; il en fit p»t au sultan le premier, mais il voulut Im faii^ passer la chose pour un enchantement «Vizir, reprit le sultan , pourquoi voulez-vous que ce soit un enchantement? Vous savez aussi -bien que moi que

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c'est le palais qu Âladdin a fait bâtir par la permission, que je lui en ai donnée en votre présence, pour loger la princesse ma fille. Après l'échantillon de ses richesses que nous avons vu , pouvons-nous trouver étrange qu'il ait fait bâtir ce palais en si peu de temps ? Il a voulu nous surprendre, et nous faire voir qu'avec de l'argent comptant on peut faire de ces miracles d'un jour à l'autre. Avouez avec moi que l'enchantement dont vous avez voulu parler, vient d'un peu de jalousie. » L'heure d'entrer au conseil l'empêcha de continuer ce discours plus long-temps.

Quand Aladdin eut été reporté chez lui, et qu'il eut congédié le génie, il trouva que sa mère étoit levée, et qu'elle commençoit à se parer d'un des habits qu'il lui avoit fait apporter. A peu près vers le temps (jue le sultan venoit de sortir du conseil, Aladdin disposa sa mère à aller au palais avec les mémea femmes esclaves qui lui étoient venues par le ministère du génie. Il la pria , si elle voyoit le sultan, de lui marquer qu'elle venoit pour avoir Thonneiiip d'accompagner la princesse vers le soir, quand elle seroit en état de passer à son palais. Elle partit; mais quoiqu'elle et ses femmes esclaves qui la suivoient dissent habillées en sultanes, la, foule néanmoins fut d'autant moins

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grande à les voir passer, qu'elles étoient voilées, et qu'un surtout convenable couvroit la richesse et la magnificence de leurs habillemens. Pour ce qui est d'Aladdin, il monta à cheval; et après être sorti de sa maison paternelle , pour n'y plus revenir , sans avoir oublié la lampe merveilleuse, dont le secours lui avoit été si avantageux pour parvenir au comble de son bonheur^ il se rendit publiquement à son palais avec la même pompe qu'il étoit allé se présenter au sultan le jour précédent.

Dès que les portiers du palais du sultan eurent aperçu la mère d'Aladdin , ils en avertirent le sultan. Aussitôt l'ordre fut donné aux troupes de trompettes, de timbales, de tambours, de fifres et de hautbois, qui étoient déjà postées en différens endroits des terrasses du palais ; et en un moment l'air retentit de fanfares et de concerts qui annoncèrent la joie à toute la ville. Les marchands commencèrent à parer leurs boutiques de beaux tapis, de coussins et de feuillages, et à préparer des illuminations pour la nuit. Les artisans quittèrent leur travail , et le peuple se rendit avec empressement à la grande place , qui se trouva alors entre le palais du sultan et celui d'Aladdin. Ce dernier attira d'abord leur admiration, non tant k cause qu'ils étoient accoutumés à voir celui

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du sultan , que parce qu'il ne pouvoit entrer en comparaison avec celui d' Aladdin ; mais le sujet de leur plus grand étonnement fut de ne pouvoir comprendre par quelle merveille inouïe ils voyoient un palais si magnifique dans un lieu où le jour d'auparavant il n'y avoit ni matériaux ni fondemens préparés.

La mère d'Aladdin fut reçue dans le palais avec honneur , et introduite dans l'appartement de la princesse Badroulboudour par le chef des eunuques. Aussitôt que la princesse l'aperçut^ elle alla l'embrasser, et lui fit prendre place sur Sun sofa ; et pendant que ses femmes achevoient de l'habiller et de la parer des joyaux les plus précieux dont Aladdin lui avoit fait présenta-elle la fit régaler d'une collation magnifique. Le sultan , qui venoit pour être auprès de la princesse sa fille le plus de temps qu'il pourroit, avant qu'elle se séparât d'avec lui pour passer au palais d'Aladdin , lui fit aussi de grands honneurs. La mère d'Aladdin avoit parlé plusieurs fois au sultan en public ; mais il ne l'avoit point encore vue sans voile, comme elle étoit alors. Quoiqu'elle fût dans un âge im peu avancé, on remarquoit encore sur son visage des traits qui faisoient assez connoître qu'elle avait été du nombre des belles dans sa jeunes^. Le sultan qui l'avoit toujours vue habillée fort simpk-

ment, pour ne pas dire pauvrement, étoit dans Fadmiration de la voir aussi richement et aussi magnifiquement vêtue que la princesse sa fille. Cela lui fit faire cette réflei^ion, qu'Aladdiu étoit également prudent, sage et entendu en toutes choses.

Quand la nuit fut venue, la princesse prit congé du sultan son père. Leurs adieux furent tendres et mêlés de l^mes ; ils s'embrassèrent plusieurs fois sans se rien dire , et enfin la princesse sortit de son appartement, et se mit en marche avec la mère d'Aladdin à sa gauche, suivie de cent femmes esclaves, habillées d'une magnificence surprenante. Toutes Içs troupes d'instrumens qui n'avoient cessé de se faire entendre depuis l'arrivée dç la îiîère d'Aladdin, s'étoient réunies et commençaient cette marche; elles étoient suivies par cent chiaoux % et par un pareil nombre d'eunuques noirs en deux files, avec leurs officiers à leur tête, (^latre cents jeunes pages du sultan , eu deux bandes, qui marchoient sur les côtés en tenant chacun un flambeau à la main , faisoieut une lumière, qui, jointe aux illuminations , ta>n| du palais du sultan que de celui d'Aladdin,, s^ppléoit merveiUeusement au défaut du jour-

Dans cet ordrç,^ la princesse marcha sur le

* Espèce d'huissiers.

tapis étendu depuis le palais du sultaû jusqu'au palais d' Aladdin ; et à mesure qu'elle avançoit , les instrumens qui étoient à la tête de la marche , en s'approchant et se mêlant avec ceux qui se faisoient entendre du haut des terrasses du palais d' Aladdin , formèrent un concert, qui, tout extraordinaire et confus qu'il paroissoit, ne laissoit pas d'augmenter la joie , non-seulement dans la place remplie d'un grand peuple , mais même dans les deux palais , dans toute la Ville , et bien loin au dehors.

La princesse arriva enfin au nouveau palais, et Aladdin courut avec toute la joie imaginable à l'entrée de l'appartement qui lui étoit destiné, pour la recevoir. La mère d' Aladdin avoit eu soin de faire distinguer son fils à la princesse, au milieu des officiers qui l'environnoient ; et la princesse , en l'apercevant , le trouva si bien fait qu'elle en fut charmée, a Adorable princesse , lui dit Aladdin en l'abordant et en la saluant très respectueusement, si j'avois le malheur de vous avoir déplu par la témérité que j'ai eue d'aspirer à la possession d'une si aimable princesse, fille de mon sultan , j'ose vous dire que ce seroit à vos beaux yeux et à vos charmes que vous de* vriez vous en prendre , et non pas à moi. — Prince , que je suis en droit de traiter ainsi à présent, lui répondit la princesse , j'obéis à la

volonté du sultan mon père ; et il me suffit de vous avoir vu , pour vous dire que je lui obéis sans répugnance, n

Aladdin , charmé d'une réponse si agréable et si satisfaisante pour lui , ne laissa pas plus long-temps la princesse debout après le chemin qu elle venoit de faire , à quoi elle n'étoit point accoutumée ; il lui prit la main , qu'il baisa avec une grande démonstration de joie , et il la con-* duisit dans un grand salon éclairé d'une infinité de bougies, où, par les soins du génie, la table se trouva servie d'un superbe festin. Les plats étoient d'or massif, et remplis de viandes les plus délicieuses. Les vases, les bassins, les gobelets, dont le buffet étoit très bien garni , étoient aussi d'or et d'un travail exquis. Les autres ornemens et tous les embellissemens du salon répondoient parfaitement à cette grande richesse. La prin-cesse, enchantée de voir tant de richesses rassemblées dans un même lieu , dit à Aladdin : a Prince , je croyois que rien au monde n'étoit plus beau que le palais du sultan mon père ; mais à voir ce seul salon , je m'aperçois que je m'étois trompéCi — Princesse , répondit Aladdin en la faisant mettre à table à la place qui lui étoit destinée , je reçois une si grande honnêteté , comme je le dois ; mais je sais ce que je dois croire. »

La princesse Badrôulboudour , Aladdin et sa

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mère se mireût à table ; et aussitôt un chœur d'ÎBfstruinens les plus harmonieux , touchés et accompagnés de très belles voix de femmes , toutes d une grande beauté, commença un concert qui dura sans interruption jusqu'à la fin du repas. La princesse en fut si charmée, qu'elle dit qu'elle n'avoit rien entendu de pareil dans le palms dii sultan son père. Mais elle ne savait pas que ces musiciennes et oient des fées choisies par le génie , esclave de la lampe.

Quand le souper fut achevé /et que Ton eut desservi en diligence , une troupe de danseurs et de danseuses succédèrent aux musiciennes. Ils dansèrent plusieurs sortes de danses figurées ^ selon la coutume du pays , et ils finirent par un danseur et une danseuse , qui dansèrent seuls avec une légèreté surprenante , et firent paroître chacun à leur tour toute la bonne grâce et l'adresse dont ils étoient capables. Il étoit près de minuit quand, selon la coutume de la Chine dans ce temp&-là, Aladdin se leva et présenta la main à la princesse Badroulboudour pour danser ensemble , et terminer ainsi les cérémonies de leurs noces. Ils dansèrent d'un si bon air, qu'ils firent l'admiration de toute la compagnie. En achevant, Aladdin ne quitta pas la main de la princesse, et ils passèrent ensemble dans l'appartement où le lit nuptial étoit préparé. Les

femmes de la princesse servirent à la déshabiller, et la mirent au lit^ et les officiers d'Aladdin en firent autant , et chacun se retira. Ainsi furent terminées les cérémonies et les réjouissances^ des noces d'Aladdin et de la princesse Badroulboudour.

Le lendemain, quand Aladdin fiit éveillé, ses valets de chambre se présentèrent pour l'ha* biller. Ils lui mirent un habit différent de celui du jour des noces, mais aussi riche et aussi magnifique^ Ensuite il se fit amener un des chevaux destinés pour sa personne. Il le monta, et se rendit au palais du sultan , au milieu d une grosse troupe d'esclaves qui mar choient devant lui, à ses cotés et à sa suite. Le sultan le reçut avec les mêmes honneurs que la première fois; il l'em^ brassa ; et après l'avoir fait asseoir près de lui sur son trône , il commanda qu'on servit le déjeûner. « Sire , lui dit Aladdin , j.e supplie votre majesté de me dispenser aujourd'hui de cet honneur : je viens la prier de me faire celui de venir prendre un repas dans le palais de la princesse, avec son grand-vixir et les seigneurs de sa cour. » Le sultan lui accorda cette grâce avec plaisir. Il se kva à rheiu*e même ; et comme le chemin n'étoit pas long, il voulut y aller à pied. Ainsi il sortit avec Aladdin à sa droite , le grand-vizir à sa gauche, et les seigneurs à sa suite, précédé

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par lés chiaoux et par les principaux ofEciers de sa maison»

Plus le sultan approchoit du palais d'Aladdin , plus il étoit frappé de sa beauté. Ce fut tout autre chose quand il fut entré : ses acclamations ne cessoient pas à chaque pièce qu'il voyoit. Mais quand ils furent arrivés au salon à vingt' quatre croisées, où Aladdin Tavoit invité à monter , qu'il en eut vu les ornemens , et surtout qu'il eut jeté les yeux sur les jalousies enrichies de diamans, de rubis et d'émeraudes, toutes pierres parfaites dans leur grosseur proportion-^ née, et qu' Aladdin lui eut fait remarquer que la richesse étoit pareille au dehors, il en fut tel-^ lement surpris , qu'il demeura comme immobile. Après avoir resté quelque temps en cet état: « Vizir , dit-il à ce ministre qui étoit près de lui ^ est-il possible qu'il y ait en mon royaume , et si près de mon palais, un palais si superbe, et que je l'aie ignoré jusqu'à présent? — Votre majesté, reprit le grand -vizir, peut se souvenir qu'avant-hier elle accorda à Aladdin, qu'elle venoit de reconnoître pour son gendre, la permission de bâtir un palais vis-à-vis du sien; le même jour , au coucher du soleil , il n'y avdit pas encore de palais en cette place; et hier j'eus l'honneur de lui annoncer le premier que le palais étoit fait et achevé. — - Je m'en souviens , re-

partit le sultan ; mais jamais je ne me fusse imaginé que ce palais fût une des merveilles du monde. Où en trouve-t-on dans tout l'univers qui soient bâtis d'assises d'or et d'argent massif, au lieu d'assises de pierre ou de marbre , dont les croisées aient des jalousies jonchées de diamans, de rubis et d'émeraudes? Jamais au monde il n'a été fait mention de chose semblable!»

Le sultan voulut voir et admirer la beauté des vingt-quatre jalousies. En les comptant, il n'en trouva que vingt-trois qui fussent de la même richesse, et il fut dans un grand étonnement de ce que la vingt-quatrième étoit demeurée imparfaite, a Vizir, dit-il (car le grand-vizir se faisoit un devoir de ne pas l'abandonner), je suis surpris qu'un salon de cette magnificence soit demeuré imparfait par cet endroit. — Sire, reprit le grand-vizir , Aladdin apparemment a été pressé, et le temps lui a manqué pour rendre cette croisée semblable aux autres ; mais on peut croire qu'il a les pierreries nécessaires, et qu'au premier jour il y fera travailler. »

Aladdin , qui avoit quitté le sultan pour donner quelques ordres, vint le rejoindre en ces entrefaites, (c Mon fils , lui dit le sultan , voici le salon le plus digne d'être admiré. de tous ceux qui sont au monde. Une seule chose me surprend : c'est de voir que cette jalousie soit de-

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