IV. ag
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meurée imparfaite. Est-ce par oubli , ajoutsK-il , par négligence , ou parce que les ouvriers n'ont pas eu le temps de mettre la dernière piain à un si beau morceau d'architecture ? •— Sire , répondit Aladdin , ce n'est par aucune de ces raisons que la jalousie est restée dans l'état où votre majesté la voit. La chose a été faite à dessein, et c'est par mon ordre que les ouvriers n'y ont pas touché : je voulois que votre majesté eut la gloire de faire achever ce salon et le palsds en même temps. Je la supplie de vouloir bien agréer ma bonne intention , afin que je puisse me souvenir de la faveur et de la grâce que j'aurai reçue d'elle. — Si vous l'avez fait dans cette intention , reprit le sultan , je vous en sais bon gré ; je vais dès l'heure même donner les ordres pour cela, d En effet , il ordonna qu'on fît venir les joailliers les mieux fournis de pierreries, et les orfèvres les plus habiles de sa capitale.
Le sultan cependant descendit du $alon , et Aladdin le conduisit dans celui où il ayoit régalé la princesse Badroulboudour le jour de^ noces. La princesse arriva un moment après ; elle reçut le sultan son père d'un air qui lui fit connoître combien elle étoit contente de son mariage. Deux tables se trouvèrent fournies des mets les plus délicieux, et servies tout en vaisselle d'or. Le sultan se mit à la première , et mangea avec
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la princesse sa fille, Aladdin et le grand'^vizir. Tous les seigneurs de la cour furent régalés à la seconde, qui étoit fort longue. Le suUam trouva les mets de bon goût , et il avoua que ja** mais il n'avoit rien mangé de plus excellent. Il dît la même chose du vin , qui étoit en effet très délicieux. Ce qu'il admira davantage, furent quatre grands buffets garnis et chargés à profusion de flacons, de bassins et de coupes d'or massif, le tout enrichi de pierreries. Il fut charmé aussi des chœurs de musique qui étoient disposés dans le salon , pendant que les fanfares de trompettes accompagnées de timbales et de tambours retentissoient au dehors à une distance proportionnée , pour en avoir tout l'agrément.
Dans le temps que le sultan venoit de sortir de table , on l'avertit que les joailliers et les orfèvres qui avoient été appelés par son ordre, étoient arrivés. Il remonta au salon à vingtquatre croisées ; et quand il y fut , il montra aux joailliers et aux orfèvres qui l'avoient suivi , la croisée qui étoit imparfaite : «Je vous ai fait venir ^ leur dit-il , afin que vous m'accommodiez cette croisée, et que vous la mettiez dans la même perfection que les autres; examinez-les, et ne perdez pas de temps à me rendre celle-ci toute semblable. »
Les joailliers et les orfèvres examinèrent les
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vingt-trois autres jalousies avec une grande attention ; et après qu'ils eurent consulté ensemble, et qu'ils furent convenus de ce dont ils pouvoient contribuer chacun de leur côté , ils revinrent se présenter devant le sultan ; et le joaillier ordinaire du palais , qui prit la parole , lui dit ; ce Sire, nous sommes prêts à employer nos soins et notre industrie pour obéir à votre majesté ; mais entre tous tant que nous sommes de notre profession , nous n'avons pas de pierreries aussi précieuses ni en assez grand nombre pour fournir à un si grand travail. — J'en ai , dit le sultan , et au-delà de ce qu'il en faudra ; venez à mon palais, je vous mettrai à même, et vous choisirez. »
Quand le sultan fut de refour à son palais , il fit apporter toutes ses pierreries , et les joailliers en prirent une très^ande quantité, particulièrement de celles qui venoient du présent d'Aladdin. Ils les employèrent sans qu'il parût qu'ils eussent beaucoup avancé. Ils revinrent en prendre d'autres à plusieurs reprises , et en nu mois ils n'avoient pas achevé la moitié de l'ouvrage. Us employèrent toutes celles du sultan ,' avec ce que le grand-vizir lui prêta des siennes ; et tout ce qu'ils purent faire avec tout cela, fut au plus d'achever la moitié de la croisée.
Aladdin , qui connut que le sultan s'efforçoit
inutileinent de rendre la jalousie semblable aux* autres, et que jamais il n'en viendroit à son hon^ neur, fit venir les orfèvres, etleiu: dit non seulement de cesser leur travail, mais même de défaire tout ce qu'ils avoient fait, et de reporter au sultan toutes ses pierreries avec celles qu'ils avoit empruntées du grand- vizir.
L'ouvrage que les joailliers et les orfèvres avoient mis plus de six semaines à faire, fut détruit en peu d'heures. Ils se retirèrent, et laissèrent Aladdin seul dans le salon. Il tira la lampe qu'il avoit sur lui , et il la frotta. Aussitôt le génie se présenta: «Génie, lui dit Aladdin, je t'avois ordonné de laisser une des vingt-quatre jalousies de ce salon imparfaite , et tu avois exécuté mon ordre; présentement je t'ai fait venir pour te dire que je souhaite que tu la rendespareille aux autres. » Le génie disparut, et Aladdin descendit du salon. Peu de momens après, comme il y fut remonté, il trouva la jalousie dans l'état où il l'avoit souhaitée , et pareille aux autres.
Les joailliers et les orfèvres cependant arrivèrent au palais, et furent introduits et présentés au sultan dans son appartement. Le premier joaillier, en lui présentant les pierreries qu'ils lui rapportoient, dit au sultan au nom de tous : « Sire , votre majesté sait combien il y a de temps .que nous travaillons de toute notrç
industrie à finir l'ouvrage dont elle nous a chargés. Il étoit déjà fort avancé, lorsque Aladdin nous a obligés non seulement de cesser, mais même de défaire tout ce que nous avions fait , et de lui rapporter ces pierreries et celles du grand-vizir. » Le sultan leur demanda si Aladdin ne leur en avoit pas dit la raison ; et comme ils lui eurent marqué qu'il ne leur en avoit rien témoigné, il donna ordre sur-le-champ qu'on lui amenât un cheval. On le lui amène, il le monte , et part sans autre suite que quelques uns de ses gens , qui l'accompagnèrent à pied. Il arrive au palais d' Aladdin , et il va mettre pied à terre au bas de l'escalier qui conduisoit au salon à vingt-quatre croisées. Il y monte sans faire avertir Aladdin ; mais Aladdin s'y trouva fort à propos , et il n'eut que le temps de recevoir le sultan à la porte.
Le sultan , sans donner à Aladdin le temps de se plaindre obligeamment de ce que sa majesté ne l'avoit pas fait avertir , et qu'elle Favoit mis dans la nécessité de manquer à son devoir, lui dit : «Mon fils, je viens moi-même vous demander quelle raison vous avez de vouloir laisser imparfait un salon aussi magnifique et aussi singulier que celui de votre palais. »
Aladdin dissimula la véritable raison , qui étoit que le sultan n'étoit pas assez riche en
pierreries pour faire une dépensé si grande. Mais afin de lui faire connoître combien le palais, tel qu'il étoit, surpassoit, non seulement le sien , mais même tout autre palais qui fût au monde, puisqu'il n'avoit pu l'achever dans la moindre de ses parties , il lui répondit : ce Sire , il est vrai que votre majesté a vu ce salon imparfait ; mais je la supplie de voir présentement si quelque chose y manque. y>
Le sultan alla droit à la fenêtre dont il avoit vu la jalousie imparfaite ; et quand il eut remarqué qu'elle étoit semblable aux autres , il crut s'être trompé. Il examina, non seulement les deux croisées qui étoient aux deux côtés , il les regarda même toutes l'une après l'autre; et quand il fut convaincu que la jalousie à laquelle il avoit fait employer tant de temps , et qui avoit coûté tant de journées d'ouvriers, venoit d'être achevée dans le peu de temps qui lui étoit connu , il embrassa Aladdin , et le baisa au front entre les deux yeux. « Mon fils , lui dit-il , rempli d'étonnement , quel homme êtes-vous, qui faites des choses si surprenantes , et presque en un clin d'œil? Vous n'avez pas votre semblable au monde ; et plus je vous connois , plus je vous trouve admirable!»
Aladdin reçut les louanges dii sultan avec beaucoup de modestie, et il lui répondit en
ces tenues : «Sire, c'est une grande gloire pour moi de mériter la bienveillance et l'approbation de votre majesté. Ce que je puis lui assurer , c'est que je n'oublierai rien pour mériter l'une et l'autre de plus en plus. »
Le sultan retourna à son palais de la manière qu'il y étoit venu , sans permettre à Aladdin de l'y accompagner. En arrivant, il trouva le grandvizir qui l'attendoit. Le sultan, encore tout rempli d'admiration de la merveille dont il venoit d'être témoin , lui en fit le récit en des termes qui ne firent pas douter à ce ministre que la chose ne fût comme le sultan la racon-. toit, mais qui confirmèrent le vizir dans la croyance où il étoit déjà, que le palais d' Aladdin étoit l'effet d'un enchantement : croyance dont il avoit fait part au sultan presque dans le moment où ce palais venoit de paroître. Il voulut lui répéter la même chose. «Vizir, lui dit le sultan en l'interrompant, vous m'avez déjà dit la même chose ; mais je vois bien que vous n'avez pas encore mis en oubli le mariage de ma fille avec votre fils. »
Le grand-vizir vit bien que le sultan étoit prévenu : il ne voulut pas entrer en contestation avec lui, et il le laissa dans son opinion. Tous les jours, règlement, dès que le sultan étoitlevé, il ne manquoit pas de se rendre dans un cabi^
net d'où Ton découvroit tout le palais d'Aladdin, et il y alloit encore plusieurs fois pendant la journée , pour le contempler et Fadmirer.
Aladdin ne demeuroit pas renfermé dans son palais : il avoit soin de se faire voir par la ville plus d'une fois chaque semaine; soit qu'il allât faire sa prière tantôt dans une mosquée , tantôt dans une autre, ou que de temps en temps il allât rendre visite au grand-vizir , qui affectoit d'aller lui faire sa cour à certains jours réglés, ou qu'il fît l'honneur aux principaux seigneurs, qu'il régaloit souvent dans son palais, d'aller les voir chez eux. Chaque fois qu'il sortoit, il faisoit jeter par deux de ses esclaves qui marchoient en troupe autour de son cheval, des pièces d'or à poignées, dans les rues et dans les places par où il passoit , et où le peuple se rendoit toujours en grande foule.
D'ailleurs, pas un pauvre ne se présentoit à la porte de son palais, qu'il ne s'en retournât content de la libéralité qu'on y faisoit par ses ordres.
Comme Aladdin avoit partagé son temps de manière qu'il n'y avoit pas de semaine qu'il n'allât à la chasse au moins une fois, tantôt aux environs de la ville, quelquefois plus loin, il exerçoit la même libéralité par les chemins et par les villages. Cette inclination généreuse
]ui jfit donner par tout le peuple mille bénédictians, et il étoit ordinaire de ne jurer que par sa. tête. Enfin, sans donner aucun ombrage au sultan , à qui il faisoit fort régulièrement sa cour, on peut dire qu Aladdin s'étoit attiré par ses manières affables et libérales toute laffectîon du peuple, et que généralement, il étoit plu$ aimé que le sultan même. Il joignit à toutes ces belles qualités une valeur et un zèle pour le bien de l'état qu'on ne sauroit assez louer. Il en donna même des marques à Toccasion d'une révolte vers les confins du royaume. Il n'eut pas plus tôt appris que le sultan levoit une armée pour la dissiper, qu'il le supplia de lui en donner le commandement. Il n'eut pas de peine à l'obtenir. Sitôt qu'il fut à la tête de l'armée , il la fit marcher contre les révoltés ; et il se conduisit en toute cette expédition avec tant de' diligence , qiie le sultan apprit plus tôt que les révoltés avoient été défaits, châtiés ou dissipés, (Jue son arrivée à Tarmée. Cette action , qui rendit son nom célèbre dans toute l'étendue du royaume , ne changea point son cœur. Il revint victorieux, mais aussi affable qu'il avoit toujours été.
Il y avoit déjà plusieurs années qti' Aladdin se gouvernoit comme nous venons de le dire, quand le magicien , qui lui avoit donné sans y
penser, le moyen de s'élever à une si haute fortune, se souvint de lui en Afrique où il étoit retourné. Quoique jusqu'alors il se fût persuadé qu'Aladdin étoit mort misérablement dans le souterrain où il Tavoit laissé, il lui vint néanmoins en pensée de savoir précisément quelle avoit été sa fin. Comme il étoit grand géomancien , il tira d'une armoire un carré en forme de boite couverte , dont il se servoit pour faire ses observations de géomance. Il s'asseoit sur son sofa , met le carré devant lui, le découvre; et après avoir préparé et égalé le sable , -avec l'intention de savoir si Aladdin étoit mort dans le souterrain, il jette ses points, il en tire les figures, et il en forme l'horoscope. En examinant l'horos<ïope pour en porter jugement, au lieu de découvrir qu'Aladdin fût mort dans le souterrain, il découvre qu'il en étoit sorti , et qu'il vivoit sur terre danfe une grande splendeur, puissamment riche, mari d'une princesse , honoré et respecté. Le magicien africain n'eut pas plus tôt appris par les règles de son art diabolique , qu'Aladdin étott dans cette grande élévation, que le feu lui, en monta an visage. De rage il dît en lui-même : «c Ce misérable fils de tailleur a découvert le secret et la vertu de la lampe! J'avois cru sa mort certaine, et le voilà qui jouit du fruit de mes travaux et de mes veilles! J'em-
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pécherai qu'il n'en jouisse long-temps , ou je pé-; rirai. » Il ne fut pas long-temps à délibérer sur le parti qu'il avoit à prendre. Dès le lendemain^ matin il monta un barbe ^ qu'il avoit dans son écurie , et il se mit en chemin. De ville en ville et de province en province , sans s'arrêter qu'autant qu'il en étoit besoin pour ne pas trop fatiguer son cheval, il arriva à la Chine, et bientôt' dans la capitale du sultan dont Aladdin avoit' épousé la fille. Il mit pied à terre dans un khan ou hôtellerie publique , où il prit une chambre k louage. Il y demeura le reste du jour et la nuit suivante , pour se remettre de la fatigue de son voyage.
Le lendemain , avant toutes choses, le magicien africain voulut savoir ce que l'on disoit d' Aladdin. En se promenant par la ville , il entra dans le lieu le plus fameux et le plus fréquenté par les personnes de grande distinction , on l'on s'assembloit pour boire d'une certaine boisson chaude * qui lui étoit connue dès son premier voyage. Il n'y eut pas plus tôt pris place , qu'on lui versa de cette boisson dans une tasse , et qu'on la lui présenta. En la prenant, comme il prétoit l'oreille à droite et à gauche, il en-
' Cheval de cette partie de la côte d'Afrique, qu'on appelle la Barbarie.
* Du thé.
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tendit qu'on s'entretenoit du palais d'Aladdin. Quand il eut achevé , il s^pprocha d'un de ceux quis'en entretenoient; et,en prenant son temps, il lui demanda en particulier ce que c'étoit que 'ce palais dont on parloit si avantageusement. « D'où venez-vous ? lui dit celui à qui il s'étoit adressé. Il faut que vous soyez bien nouveau venu, si vous n'avez pas vu, ou plutôt si vous n'avez pas encore entendu parler du palais du prince Aladdin. » On n'appeloit plus autrement Âladdin depuis qu'il avoit épousé la princesse Badroulboudour. « Je ne vous dis pas, continua cet homme, que c'est une des merveilles du monde, mais que c'est la merveille unique qu'il y ait au monde : jamais on n'y a rien vu de si grand, de si riche, de si magnifique! Il faut que vous veniez de bien loin , puisque vous n'en avez pas encore entendu parler. En effet, on en doit parler par toute la terre, depuis qu'il est bâti. Voyez-le, et vous jugerez si je vous en aurai parlé contre là vérité. — Pardonnez à mon ignorance , reprit le magicien africain ; je ne suis arrivé que d'hier, et je viens véritablement de si loin , je veux dire de l'extrémité de l'Afrique, que la renommée n'en étoit pas encore venue jusque-là quand je suis parti. Et comme, par rapport à l'affaire pressante qui m'amène, je n'ai eu d'autre vue dans mon
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voyage que d'arriver au phis tôt sans m'arrêter et sans faire aucune connoissance , je n'en savois que ce que vous venez de m'^prendre. Mais je ne manquerai pas de l'aller voir : l'im^ patience que j'en ai est si grande, que je suis prêt à satisfaire ma curiosité dès à présent, si voys voulez bien me faire la grâce de m'en enseigner le chemin. »
Celui à qui le magicien africain s'étoit adressé, se fit im plaisir de lui enseigner le chemin par où il falloit qu'il passât pour avoir la vue du palais d'Aladdin; et le magicien africain se leva et partit dans le moment Quand il fut arrivé , et qu'il eut examiné le palais de près et de tous les côtés , il ne douta pas qu Aladdin ne se fût servi de la lampe pour le faire bâtir. Sans s'arrêter à l'impuissance d'Aladdin , fils d'un simple tailleur, il savoit bien qu'il n'appartenoit de faire de semblables merveilles qu'à des génies esclaves de la lampe, dont l'acquisition lui avoit échappé. Piqué au vif du bonheur et de la gratt<> deur d'Aladdin , dont il ne faisoit presque pas de différence d'avec celle du sultan , il retourna au khan où il avoit pris logement
Il s'agissoit de savoir où étoit la lampe, si Aladdin la portoit avec lui , ou en quel lieu il la conservoit , et c'est ce qu'il falloit que le magicien découvrit par une opération de géoiOance.
Dès qu'il fut ai:rivé où il logeoit, il prit son carré et son sable, qu'il portoit en tous ses voyages. L'opération achevée , il connut que la lampe étoit dans le palais d'Aladdîn ; et il eut une joie si grande de cette découverte, qua peine il se sentoit lui-même, ce Je l'aurai cette lampe, dit-il, et je défie Aladdin de m'eropêcher de la lui enlever, et de le faire descendre jusqu'à la bassesse d'où il a pris un si haut vol.» Le malheur pour Aladdin voulut qu'alors il étoit allé à une partie de chasse pour huit jours, et qu'il n'y en avoit que trois qu'il étoit parti; et voici de quelle manière le magicien africain en fut informé. Quand il eut fait l'opération qui venoit de lui donner tant de joie, il alla voir le concierge du khan, sous prétexte de s'entretenir avec lui ; et ij en aypit un fort naturel, qu'il n'étoit pas besoin d'amener de bien loin. 11 lui dit qu'il venoit de voir le palais d' Aladdin; et après lui avoir exagéré tout ce qu'il y avoit remarqué de plus surprenant et tout ce qui l'avoit frappé davantage , et qui frappoit généralement tout le monde : « Ma curio^ site, ajouta-t-il, va plus loin, et je ne serai pas satisfait que je n'aie vu le maître à qui appartient un édifice si merveilleux. — Il ne vous sera pas difficile de le voir, reprit le concierge; il n'y a presque pas de jour qu'il n'en donne occasion
quand il est dans la ville ; mais il y a trois jours qu'il est dehors pour une grande chasse qui en doit durer huit. »
Le magicien africain ne voulut pas en savoir davantage; il prit congé du concierge; et en se retirant : « Voilà le temps d'agir, dit-il en luimême ; je ne dois pas le laisser échapper. » Il alla à la boutique d'un faiseur et vendeur de lampes* «Maître, dit- il, j'ai besoin d'une douzaine de lampes de cuivre; pouvez-vous me la fournir? » Le vendeur lui dit qu'il en manquoit quelques unes , mais que s'il vouloit se donner patience jusqu'au lendemain , iï la fourniroit complète à l'heure qu'il voudroit. Le magicien le voulut bien ; il lui recommanda qu'elles fussent propres et bien polies ; après lui avoir promis qu'il le payeroit bien , il se retira dans son khan.
Le lendemain, la douzaine de lampes fiit livrée au magicien africain, qui les paya au prix qui lui fut demandé, sans en rien diminuer. II les mit dans un panier dont il s'étoit pourvu exprès ; et avec ce panier au bras il alla vers le palais d'Aladdin, et quand il s'en fiit approché, il se mit à crier ;
«Qui veut changer des vieilles lampes pour des neuves?»
A mesure qu'il avançoit', et d'aussi loin que les petits enfans qui jouoient dans la place l'en-
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teiidirent , ils accoururent, et ils s'assemblèrent autour de lui avec de grandes huées , et le regar-» dèrent comme un fou. Les passans rioient même de sa bétisé, à ce qu'ils s'imaginoient « Il faut^ disoient-ils, qu'il ait perdu l'esprit j pour offrir dé changer des lampes neuves contre des vieilles.» Le magicien africain ne s'étonna lii des huées des enfans^ ni de tout ce qu'on pouvoit dire de lui ; et pour débiter sa marchandise , il con-i tinua de crier i
«Qui veut changer de vieillels lampes pour des neuves ?ï>
Il répéta si souvent là ménie chose en allant et venant dans la place ^ devant le palais et à l'entour ^ que la princesse Badrbulbbudour , qui étoit alors dans le salon aux vingt-quatre croisées y entendit la voix d'un homme ; mais comme elle ne pouvoit distinguer ce qu'il crioit^ à causô des huées des enfans qui le suivoient , ek dont le nombre aùgmentoit de moment eh moment, elle envoya une de ses femmes esclaves qui Tap-* prochoit de plus près , pour voir ce que c'étoit que ce bruit.
Là femme esclâVe ne fut j^as long-temps à re^ monter ; elle entra dans le salon avec de grands éclats de rire& Elle rioit de si bonne grâce , que la princesse ne put s'empêcher de rire ellemême en la regardant; <c Hé bien^ folle , dit la