IV. II
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gnés de la i ville. 11 y avoit déjà long-temps qu'on savoit quiU se préparoient à faire la guerre, mais on ne s'étoit point alarmé de leurs préparatifs. Cette nouvelle causa une consternation générale , et fournit une occasion de regretter de nouveau Codadad, parce que ce prince s'étoit signalé dans la guerre précédente contre ces mêmes ennemis. Ah! disoient-ils, si le généreux Codadad vivoit encore, nous nous mettrions peu en peine de ces princes qui viennent nous surprendre. » Cependant le roi , au lieu de s'abandonner à la crainte, lève du monde à la hâte, fprine une armée assez considérable; et trop courageux pour attendre dans les murs que ses ennemis l'y reviennent chercher, il sort et marche aunlevant d'eux. Les ennemis, de leur côté^ ayant appris par leurs coureurs que le roi de Hârran s'avançoit poiu* les combattre, s'arrêtèrent dans une plaine et mirent leur armée en bataille.
Le roi ne les eut pas plus tôt aperçus , qu'il range aussi et dispose ses troupes au combat ; il fait sonner la charge, et attaque avec une extrême vigueur : on lui résiste de même. Il se répand de part et d'autre beaucoup de sang, et la victoire demeure long-temps incertaine. Mais enfin elle alloit se déclarer pour les ennemis du roi de Harran, lesquels étant en plus grand nombre
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eiUoient l'envelopper, lorsqu'on vit paroi tre dans la plaine une grosse troupe de cavaliers qui s'approchoient des combattans en bon ordre. La vue de ces nouveaux soldats étonna les deux partis, qui ne savaient ce qu'ils en dévoient penser. Mais ils ne demeurèrent pas long-temps dans Yin-^ certitude : ces cavaliers vinrent prendre en flanc les ennemis du roi de Harran , et les chargèrent avec tant de furie , qu'ils les mirent d'abord en désordre , et bientôt en déroute. Us n'en demeu* rèrent pas là : ils les poursuivirent vivement , et les taillèrent en pièces presque tous.
Le roi de Harran, qui avoit observé avec beaucoup d'attention tout ce qui s'étoit passé , avoit admiré l'audace de ces cavaliers dont le secours inopiné venoit de déterminer la victoire en sa laveur. Il avoit »irtout été charmé de leur chef, qu'il avoit vu combattre avec une valeur extrême ; il souhaitoit de savoir le nom de ce héros généreux. Impatient de le voir et de le remercier, il cherche à le joindre; il s'aperçoit qu'il avance pour le prévenir. Ces deux princes s'approchent ; et le roi de Harran reconnoissant Godadad dans ce brave guerrier qui venoit de le secourir , ou plutôt de battre ses ennemis, il demeura immolûle de surprise et de joie. « Seigneur, lui dit Codadad, vous avez sujet, sans doute, d'être étonné de voir paroître tout, à coup devant votre
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majesté un homme que vous croyiez peut-être sans vie. Je le serois si le ciel ne m'avoit pas conservé pour vous servir encore contre vos ennemis. — Ah , mon fils ! s'écria le roi , est-il bien possible que vous me soyez rendu ? Hélas ! je désespérois de vous revoir. » En disant cela, il tendit les bras au jeune prince, qui se livra à un embrassement si doux.
ce Je sais tout, mon fils, reprit le roi, après l'avoir tenu long-temps embrassé ; je sais de quel prix vos frères ont payé le service que vous leur avez rendu en les délivrant des mains du nègre ; mais vous serez vengé dès demain. Cependant allons au palais; votre mère, à qui vous avez coûté tant de pleurs , m'attend pour se réjouir avec moi de la défaite de nos ennemis. Quelle joie nous lui causerons en lui apprenant que ma victoire est votre ouvrage ! — Seigneur, dit Codadad, permettez-moi de vous demander comment vous avez pu être instruit de l'aventure du château. Quelqu'un de mes frères, poussé par ses remords , vous l'auroit-il avouée ? -— Non , répondit le roi , c'est la princesse de Deryabar qui nous a informés de toutes choses; car elle est venue dans mon palais , et elle n'y est venue que pour me demander justice du crime de vos frères. » Codadad fut transporté de joie en apprenant que la princesse sa femme étoit à la
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cour. « Allons , seigneur, s'écriat-il avec transport, allons trouver ma mère qui nous attend; je brûle d'impatience d'essuyer ses larmes , aussibien que celles de la princesse de Deryabar. »
Le roi reprit aussitôt le chemin de la ville avec son armée qu'il congédia; il rentra victorieux dans son palais , aux acclamations du peuple qui le suivoit en foule , en priant Dieu de prolonger ses années , et portant jusqu'au ciel le nom de Codadad. Ces deux princes trouvèrent Pirouzé et sa belle-fille qui attendoient le roi pour le féliciter; mais on ne peut exprimer tous les transports de joie dont elles furent agitées lorsqu'elles virent le jeune prince qui l'accompagnoit. Ce furent des embrassémens mêlés de larmes bien différentes de celles qu elles avoient déjà répandues pour lui. Après que ces quatre personnes eurent cédé à tous les mouvemens que le sang et l'amour leur inspiroient , on de-» manda au fils de Pirouzé par quel miracle il étoit encore vivant.
11 répondit qu'un paysan monté sur une mule, étant entré par hasard dans la tente où il étoit évanoui, le voyant seul et percé de coups, l'avoit attaché sur la mule et conduit à sa maison , et que là il avoit appliqué sur ses blessures certaines herbes mâchées qui l'avoient rétabli en peu de jours. « Lorsque je me sentis guéri ,^ ajouta-t-il,
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je remerciai le paysan, et lui donnai tous les diamans que j'avois. Je m'approchai ensuite de la ville de Harran; mais ayant appris sur la route que quelques princes roisins avoient assemblé des trompes et renoient fondre sur les sujets du roi, je me suis fait connoître dans les villages, et j'excitai le zèle de ses peuples à prendre sa défense. J'armai un grand nombre de jeunes gens; et me mettant à leur tête, je suis arriyé dans le temps que les deux armées étoient aux mains. »
Quand il eut achevé de parler, le roi dit: « Rendons grâces à Dieu de ce qu'il a conservé Codadad ; mais il faut que les traîtres qui l'ont voulu tuer périssent aujourd'hui. — Seigneur, reprit le généreux fils de Pirouzé , tout ingrats et tout méchatis qu'ils sont, songez qu'ils sont formés de votre sang : ce sont mes frères , je lent pardonne leur crime , et je vous demande grâce pour eux. »
Ces nobles sentimens arrachèrent des larmes au roi , qui fit assembler le peuple , et déclara Codadad son héritier. Il ordonna ensuite qu'on fit venir les princes prisonniers, qui étoient tous chargés de fers. Le fils de Pirouzé leur ôta leurs chaînes et les embrassa tous les uns après les autres, d'aussi bon cœur qu'il avoit fait dans la cour du château du nègre. Le peuple fut charmé
du naturel de Codadad y et lui donna mille applaudissemens. Ensuite on combla de bietis le chirurgien , pour reconnoître les sertices qu'il avoit rendus à la princesse de Deryabar.
La sultane Scheherazade avoit raconté lliistoire de Ganem avec tant d'agrémens, que le sultan des Indes, son époux, ne put s'empêcher de lui témoigner, une seconde fois, qu'il l'avoit entendue avec un très grand plaisir.
cr Sire , lui dit la sultane , je ne doute pas que votre majesté n'ait eu bien de la satisfaction d'avoir vu le calife Haroun al-Baschid changer de sentiment en faveur de Ganem , de sa mère et de sa sœur Force des cœurs, et je crois qu elle doit avoir été touchée sensiblement des disgrâces des uns et des mauvais traitemens faits aux autres ; mais je suis persuadée que si votre majesté vouloit bien entendre l'histoire du Dorineur éveillé, au lieu de tous ces mouvemens d'indignation et de compassion que celle de Ganem doit avoir excités dans son cœur, celle-ci au contraire ne lui inspireroit que de la joie et du plaisir, v
Au seul titre de l'histoire dont la sultane venoit de lui parler, le sultan, qui s'en promettait des aventures toutes nouvelles et toutes réjouissantes , eût bien voulu en entendre le ^écit dès le même jour ; mais il étoit temps qu'il se levât : c'est pourquoi il remit au lendemain à entendre
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la sultane Scheherazade , à qui cette histoire ser* vit à se faire prolonger la vie encore plusieurs puits et plusieurs jours. Ainsi, le jour suivant, après que Dinarzade l'eut éveillée, elle corn» mença à la lui raconter en cette manière :