‹ Les mille et une nuits: contes arabes (volume 4)Chapitre 5 sur 15 · CCXV« NUIT · texte numérisé non relu

CCXV« NUIT

Sire, Danhasch s'éloigna de la fée, se rendit à la Chine, et revint avec une diligence incroyable, chargé de la belle princesse endormie. Maimoune le reçut et l'introduisit dans la chambre du prince Camaralzaman, où ils la posèrent ensemble sur son lit à côté de lui.

Quand le prince et la princesse furent ainsi à côté l'un de l'autre, il y eut une grande contestation, sur la préférence de leur beauté, entre le génie et la fée. Ils furent quelque temps à les admirer et à les comparer ensemble sans parler. Danhasch rompit le silence : « Vous le voyez, dit-il à Maimoune, et je vous l'avois bien dit que ma princesse étoitplus belle que votre prince. En doutez-vous présentement ?

— Comment l si j'en doute? reprit Maimoune.

Oui vraiment, j'en doute. Il faut que tu sois aveugle pour ne pas voir que mon prince l'emporte de beaucoup au-dessus de ta princesse. Ta princesse est belle, je ne le désavoue pas; mais ne te presse pas, et compare-les bien l'un avec l'autre sans prévention, tu verras que la chose est comme je le dis.

— Quand je mettrois plus de temps à les comparer davantage, reprit Danhasch, je n'en pense-

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rois pas autrement que ce que j'en pense. J'ai tu ce que je vois du premier coup d'œil, et le temps ne me feroit pas voir autre chose que ce que je vois. Cela n'empêchera pas néanmoins, charmante Maimoune, que je ne vous cède, si vous le souhaitez. — Cela ne sera pas ainsi, repartit Maimoune : je ne veux pas qu'un maudit génie comme toi me fasse de grâce. Je remets la chose à un arbitre y et, si tu n'y consens, je prends gain de cause sur toa refus. »

Danhasch, [qui étoit prêt à avoir toute autre complaisance pour Maimoune, n'eut pas plutôt donné son consentement que Maimoune frappa la terre de son pied. La terre s'entr'ouvrit, et aussitôt il en sortit un génie hideux, bossu, borgne et boiteux, avec six cornes à la tête, et les mains et les pieds crochus. Dès qu'il fut dehors, que la terre se fut rejointe, et qu'il eut aperçu Maimoune, il se jeta à ses pieds, et, en demeurant un genou en terre, il lui demanda ce qu'elle souhaitoit de son très humble service.

« Levez-vous, Caschcasch, lui dit-elle (c'étoit le nom du génie), je vous fais venir ici pour être juge d'une dispute que j^ai avec ce maudit Danhasch. Jetez les yeux sur ce lit, et dites-nous sans partialité qui vous paroit plus beau du jeune homme ou de la jeune dame. »

Caschcasch regarda te prince et la princesse avec

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des marques d'une surprise et 'd'une admiration ez<traordinaires. Après qu'il les eut bien considérés sans pouvoir se déterminer : « Madame, dit-il à Maîmoune, je vous avoue que je vous tromperois et que je me trahirois moi-même si je vous disois que je trouve Tun plus beau que l'autre. Plus )e les examine, et plus il me semble que chacun possède au souverain degré la beauté qu'ils ont en partage, autant que je puis m'y connoître, et l'un n''a pas le moindre défaut par où l'on puisse dire qu'il cède à l'autre. Si l'un ou l'autre en a quelqu'un, il n'y a, selon mon avis, qu'un moyen pour «o être éclairci. C'est de les éveiller l'un après l'autre, et que vous conveniez que celui qui témoignera plus d'amour par son ardeur, par son empressement, et même par son emportement l'un pour l'autre, aura moins de beauté en quelque chose. » .

Le conseil de Caschcasch plut également à Maîmoune et à Danhasch. Maimoune se changea en puce, et sauta au cou de Camaralzaman. £lle le piqua si vivement qu'il s'éveilla et y porta la main; mais il ne prit rien. Maimoune avoit été prompte à faire un saut en arrière, et à reprendre sa forme ordinaire, invisible néanmoins comme les deux génies, pour être .témoin de ce qu'il alloic faire.

En retirant la main» le prince la laissa tomber

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sur celle de la princesse de la Chine. Il ouvrit tes yeux, et il fut dans la dernière surprise de voir une dame couchée près de lui, et une dame d'une si grande beauté. Il leva la tête et s'appuya du coude pour la mieux considérer. La grande jeunesse de la princesse et sa beauté incomparable l'embrasèrent en un instant d'un feu auquel il n'avoit pas encore été sensible, et dont il s'étoit gardé jusqu'alors avec tant d'aversion.

L'amour s'empara de son cœur de la manière la plus vive, et il ne put s'empêcher de s'écrier : « Quelle beauté ! quels charmes ! mon cœur I mon âmel » Et, en disant ces paroles, il la baisa au front, aux deux joues et à la bouche avec si peu de précaution qu'elle se fût éveillée si elle n'eût dormi plus fort qu'à l'ordinaire par l'enchantement de Danhasch.

« Quoi! ma belle dame, dît le prince, vous ne vous éveillez pas à ces marques d*amour du prince Camaralzaman I Qui que vous soyez, il n'est pas indigne du vôtre. » Il alloît l'éveiller tout de bon; mais il se retint tout à coup. « Ne seroit-ce pas, dit-il en lui-même, celle que le sultan mon père vouloit me donner en mariage? II a eu grand tort de ne me la pas faire voir plus tôt. Je ne l'aurois pas offensé par ma désobéissance et par mon emportement si public contre lui, et il se fût épargné à lui-même la confusion que je lui ai donnée. Le

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prince Camaralzaman se repentit sincèrement de la faute qu'il avoit commise, et il^fut encore sur le point d'éveiller la princesse de la Chine. « Peutêtre aussi, dit-il en se reprenant, que le sultan mon père veut me surprendre : sans doute qu'il a envoyé cette jeune dame pour éprouver si j'ai véritablement autant d'aversion pour le mariage que je lui en ai fait paroître. Qui sait s'il ne l'a pas amenée lui-même, et s'il n'est pas caché pour se faire voir et me faire honte de ma dissimulation? Cette seconde faute seroit de beaucoup plus grande que la première. A tout événement, je me contenterai de cette bague pour me souvenir d'elle. »

C'étoit une fort belle bague que la princesse avoit au doigt. Il la tira adroitement et mit la sienne à la place. Aussitôt il lui tourna le dos, et il ne fut pas longtemps à dormir d'un sommeil aussi profond qu'auparavant, par Tenchantement des génies.

Dès que le prince Camaralzaman fut bien endormi, Danhasch se transforma en puce à son tour, et alla mordre la princesse au bas de la lèvre. Elle s'éveilla en sursaut, se mit sur son séant, et, en ouvrant les jeux, elle fut fort étonnée de se voir couchée avec un homme. De l'étonnement elle passa à l'admiration, et de l'admiration à un épanchement de joie qu'elle fit paroître dès qu'elle

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eut VU que c'étoit un jeune homme sî bien fait et sî aimable.

« Quoi I s'écria-t-elle, est-ce vous que le roi mon père m'avoit destiné pour époux? Je suis bien malheureuse de ne l'avoir pas su : je nel'aurois pas mis en colère contre moi, et je n'aurois pas été si longtemps privée d*un mari que je ne puis m'empêcher d'aimer de tout mon cœur. Éveillez-vous, éveillez-vous : il ne sied pas à un mari de tant dormir la première nuit de ses noces. »

£n disant ces paroles, la princesse prit le prince Camaralzaman par le bras, et l'agita si fort qu'il se fût éveillé, si dans le moment Maimoune n'eût augmenté son sommeil en augmentant son enchantement. Elle l'agita de même à plusieurs reprises, et, comme elle vit qu'il ne s'éveilloit pas : « Eh quoi ! reprit-elle, que vous est-il arrivé? Quelque rival, jaloux de votre bonheur et du mien^ auroit-il eu recours àMa magie, et vous auroit-il jeté dans cet assoupissement insurmontable, lorsque vous devez être plus éveillé que jamais? » Elle lui prit la main, et, en la baisant tendrement, elle s'aperçut de la bague qu'il avoit au doigt. Elle la trouva si semblable à la sienne qu'elle fut convaincue que c'étoit elle-même, quand elle eut vu qu'elle en avoit une autre. Elle ne comprit pas comment cet échange s'étoit fait, mais elle ne douta pas que ce ne fût la marque certaine de leur mariage. Lassée

de la peine inutile qu'elle avoît prise pour Tëveiller et assurée, comme elle le pensoit, qu'il ne lui échapperoit pas : « Puisque je ne puis venir à bout de vous éveiller, dit-elle, je ne m'opiniâtre pas davantage à interrompre votre sommeil : à nous revoir. » Après lui avoir donné un baiser à la joue en prononçant ces dernières paroles, elle se recoucha, et mit très peu de temps à se rendormir. Quand Maimoune vit qu'elle pouvoit parler sans craindre que la princesse de la Chine se réveillât : a Hé bien, maudit, dit-elle à Danhasch, as-tu vu? £s-tu convaincu que ta princesse est moins belle que mon prince ? Va, je veux bien te faire grâce de la gageure que tu me dois. Une autre fois, crois-moi quand je t'aurai assuré quelque chose. » En se tournant du côté de Caschcasch : « Pour vous, ajouta-t-elle, je vous remercie. Prenez la princesse avec Danhasch, et reportez-la ensemble dans son lit, où il vous mènera. » Danhasch et Caschcasch exécutèrent l'ordre de Maimoune, et Maimoune se retira dans son puits

Le jour qui commençoit de paroître imposa silence à la sultane Scheherazade. Le sultan des Indes se leva; et, la nuit suivante, la sultane continua de lui raconter le même conte en ces termes :

Us Mille et une Nuits. V.

HISTOIRE DE CAMARALZAMAN

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Sircy dit-elle^ le prince Camaralzaman , en s*éveillant le lendemain matin, regarda à côté de lui si la dame qu'il avoit vue la même nuit y étoit encore. Quand il vit qu'elle n'y étoit plus : « Je l'avois bien pensé, dit-il en lui-même, que c'étoit une surprise que le roi mon père vouloit me faire : je me sais bon gré de m'en être gardé. » Il éveilla l'esclave, qui dormoit encore, et le pressa de venir rhabiller, sans lui parler de rien. L'esclave lui apporta le bassin et l'eau; il se lava, et, après avoir fait sa prière, il prit un livre et lut quelque temps.

Après ses exercices ordinaires, Camaralzaman appela l'esclave : « Viens çà, lui dit-il, et ne mens pas. Dis-moi comment est venue la dame qui a couché cette nuit avec moi, et qui l'a amenée.

— Prince, répondit l'esclave avec un grand étonnement, de quelle dame entendez-vous parler? — De celle, te dis-je, reprit le prince, qui est venue, ou qu'on a amenée ici cette nuit, et qui a couché avec moi. — Prince, repartit l'esclave, je vous jure que je n'en sais rien. Par où cette dame seroit-elle venue, puisque je couche à la porte ?

— Tu es un menteur, maraud, répliqua le prince, et tu'es d'intelligence pour m'afiBiger da-

vantage et me faire enrager. » £a disant ces mots, il lui appliqua un soufflet dont il le jeta par terre, et, après l'avoir foulé longtemps sous les pieds, il le lia au-dessous des épaules avec la corde du puits, le descendit dedans, et le plongea plusieurs fois dans Teau par-dessus la tête : a Je te noierai, s'écria-t-il^ si tu ne me dis promptement qui est la dame, et qui Ta amenée. »

L'esclave, furieusement embarrassé, moitié dans l'eau, moitié dehors, dit en lui-même ; « Sans doute que le prince a perdu l'esprit de douleur, et je ne puis échapper que par un mensonge.

Prince, dit -il d'un ton suppliant, donnez -moi la vie, je vous en conjure : je promets de vous dire la chose comme elle est. »

Le prince retira l'esclave, et le pressa de parler. Dès qu'il fut hors du puits : a Prince, lui dit l'esclave en tremblant, vous voyez bien que je ne puis pas vous satisfaire dans l'état où je suis ; donnezmoi le temps d'aller changer d'habit auparavant. — Je te l'accorde, reprit le prince ; mais fais vite, et prends bien garde de ne me pas cacher la vérité. »

L'esclave sortît, et, après avoir fermé la porte sur le prince, il courut au palais dans l'état où il. étoit. Le roi s'y entretenoit avec son premier vizir, et se plaignoit à lui de la mauvaise nuit qu'il avoit passée au sujet de la désobéissance et de

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l'emportement si criminel du prince son fils, en s'opposant à sa volonté.

Ce ministre tâchoit de le consoler et de lui faire comprendre que le prince lui-même lui avoit donné lieu de le réduire. « Sire, lui disoit-il, Votre Majesté ne doit pas se repentir de l'avoir fait arrêter. Pourvu qu'elle ait la patience de le laisser quelque temps dans sa prison, elle doit se persuader qu'il abandonnera cette fougue de jeunesse, et qu'enfin il se soumettra à tout ce qu'elle exigera de lui. »

Le grand-vizir achevoit ces derniers mots, lorsque l'esclave se présenta au roi Schahzaman.

« Sire, lui dit-il, je suis bien fâché de venir annoncer à Votre Majesté une nouvelle qu'elle ne peut écouter qu'avec un grand déplaisir. Ce qu'il dit d'une dame qui a couché cette nuit avec lui, «t l'état où il m'a mis, comme Votre Majesté le peut voir, ne font que trop connoître qu'il n'est plus dans son bon sens. » Il fît ensuite le détail de tout ce que le prince Camaralzaman avoit dit, et de l'excès dont il l'avoit traité, en des termes qui donnèrent créance à son discours.

Le roi, qui ne s'attendoit pas à ce nouveau sujet d'affliction : « Voici, dit-il à son premier ministre, un incident des plus fâcheux, bien différent de l'espérance que vous me donniez tout à l'heure. Allez, ne perdez pas de temps : voyez vous-même ce que c'est, et venez m'en informer. »

ET DB LA PRINCESSE BADOURE ij

Le grand-YÎzîr obéit sur-le-champ , et, en entrant dans la chambre du prince, il le trouva assis et fort tranquille, avec un livre à la main, qu'il lisoit. Il le salua, et, après qu'il se fut assis près de ]ui : « Je veux un grand mal à votre esclave, lui dit-il, d'être venu effrayer le roi votre père par la nouvelle qu'il vient de lui apporter.

— Quelle est cette nouvelle, reprit le prince, qui peut lui avoir donné tant de frayeur ? J'ai un sujet bien plus grand de me plaindre de mon esclave.

— Prince, repartit le vizir, à Dieu ne plaise que ce qu'il a rapporté de vous soit véritable ! Le bon état où je vous vois, et où je prie Dieu qu'il vous conserve, me fait connoître qu'il n'en est rien. — Peut-être , répliqua le prince , qu'il ne s'est pas bien fait entendre. Puisque vous êtes venu, je suis bien aise de demander à une personne comme vous, qui devez en savoir quelque chose, où est la l^me qui a couché cette nuit avec moi.»

Le grand -vizir demeura comme hors de luimême à cette demande. « Prince, répondit-il, ne soyez pas surpris de l'étonnement que je fais paroître sur ce que vous me demandez. Seroit-il possible, je ne dis pas qu'une dame, mais qu'aucun homme au monde eût pénétré de nuit jusqu'en ce lieu, où l'on ne peut entrer que par la porte et qu'en marchant sur le ventre de votre esclave? De

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grâce, rappelez votre mémoire, et vous trouverez que vous avez eu un songe qui vous a laissé cette forte impression.

— Je ne m'arrête pas à votre discours, reprit le prince d'un ton plus haut : je veux savoir absolument qu'est devenue cette dame; et je suis ici dans un lieu où je saurai me faire obéir. »

A ces paroles fermes , le grand-vizir fut dans un embarras qu'on ne peut exprimer, et il songea au moyen de s'en tirer le mieux qu'il lui seroit possible. Il prit le prince par la douceur, et il lui demanda dans les termes les plus humbles et les plus ménagés si lui-même il avoit vu cette dame.

a Oui, oui, repartit le prince, je l'ai vue, et je me suis fort bien aperçu que vous l'avez apostée pour me tenter. Elle a fort bien joué le rôle que vous lui avez prescrit, de ne pas dire un mot, de faire la dormeuse, et de se retirer dès que je serois rendormi. Vous le savez sans doute, et elle n'aura pas manqué de vous en faire le récit.

— Prince, répliqua le grand-vizir, je vous jure qu'il n'est rien de tout ce que je viens d'entendre de votre bouche, et que le roi votre père et moi nous ne vous avons pas envoyé la dame dont vous parlez : nous n'en avons pas même eu la pensée. Permettez-moi de vous dire, encore une fois, que vous n'avez vu cette dame qu'en songe.

— Vous venez donc pour vous moquer aussi de

moi, répliqua encore le prince en colère, et pour me dire en face que ce que je vous dis est un songe ?» Il le prit aussitôt par la barbe, et il le chargea de coups aussi longtemps que ses forces le lui permirent.

Le pauvre grand-vizir essuya patiemment toute la colère du prince Camaralzaman par respect. « Me voilà, dit-il en lui-même, dans le même cas que l'esclave : trop heureux si je puis échapper comme lui d*un si grand danger ! » Au milieu des coups dont le prince le chargeoit encore : « Prince, s'écria-t-il, je vous supplie de me donner un moment d'audience. » Le prince, las de frapper, le laissa parler.

« Je vous avoue, Prince, dit alors le grand-vizir en dissimulant, qu'il est quelque 'chose de ce que vous croyez. Mais vous n'^ignorez pas la nécessité où est un ministre d'exécuter les ordres du roi son maître. Si vous avez la bonté de me le permettre, je suis prêt d'aller lui dire de votre part ce que vous m'ordonnerez. — Je vous le permets, lui dit le prince : allez, et dites-lui que je veux épouser la dame qu'il m'a envoyée ou amenée, et qui a couché cette nuit avec moi. Faites promptement, et apportez-moi la réponse. » Le grand-vizir fît une profonde révérence en le quittant, et il ne se crut délivré que quand il fut hors de la tour et qu'il eut refermé la porte sur le prince.

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Le grand-vizir se présenta devant le roi Schahzaman avec une tristesse qui TafiBigea d'abord. « Hé bien I lui demanda ce monarque, en quel état avez-vous trouvé mon fils ? — Sire, répondit ce ministre, ce que Tesclave a rapporté à Votre Majesté n'est que trop vrai. » Il lui fit le récit de l'entretien qu'il avoit eu avec Camaralzaman, de l'emportement de ce prince dès qu'il eut entrepris de lui représenter qu'il n'étoit pas possible que la dame dont il parloit eût couché avec lui, du mauvais traitement qu'il avoit reçu de lui, et de l'adresse dont il s'étoit servi pour échapper de ses mains.

Schahzaman, d'autant plus mortifié qu'il aimoit toujours le prince avec tendresse, voulut s'éclaircîr de la vérité par lui-même ; il alla le voir à la tour, et mena le grand-vizir avec lui....

c Mais, Sire, dit ici la sultane Scheherazade en s'interrompant , je m'aperçois que le jour commence de paroître. » Elle garda le silence, et la nuit suivante, en reprenant son discours, elle dit au sultan des Indes :

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