CCXVII« NUIT
Sire, le prince Camaralzaman reçut le roi son père dans la tour où il étoît en prison avec un grand respect. Le roi s'assit , et, après qu'il eut fait asseoir le prince près de lui, il lui fît plusieurs demandes auxquelles il répondit d'un très bon sens. Et de temps en temps il regardoit le grandvizir, com^e pour lui dire qu'il nevoyoit pas que le prince son fils eût perdu l'esprit, comme il l'a- Yoit assuré, et qu'il falloit qu'il l'eût perdu luimême.
Le roi enfin parla de la dame au prince : « Mon fils, lui dit-il, je vous prie de me dire ce que c'est que cette dame qui a couché cette nuit avec vous, à ce que l'on dit.
— Sire, répondit Camaralzaman, je supplie Votre Majesté de ne pas augmenter le chagrin qu'on m'a déjà donné sur ce sujet : faites-moi plutôt la grâce de me la donner en mariage.
Quelque aversion que je vous aie témoignée jusqu'à présent pour les femmes, cette jeune beauté m'a tellement charmé que je ne fais pas difficulté de vous avouer ma foiblesse. Je suis prêt de la recevoir de votre main avec la dernière obligation. »
Le roi Schahzaman demeura interdit à la réponse du prince, si éloignée, comme il le lui sem-
HISTOIRE DE CAMARALZAMÂN
bloit, du bon sens qu'il venoit de faire paroître auparavant. « Mon fils , reprit-il, vous me tenez un discours qui me jette dans un étonnement dont je ne puis revenir.
« Je vous jure par la couronne qui doit passer à vous après moi que je ne sais pas la moindre chose de la dame dont vous me parlez. Je n'y ai aucune part, s'il en est venu quelqu'une. Mais comment auroit-elle pu pénétrer dans cette tour sans mon consentement? Car, quoi que vous en ait pu dire mon grand-vizir, il ne l'a fait que pour tâcher de vous apaiser. Il faut que ce soit un songe; prenez-y garde, je vous en conjure, et rappelez vos sens.
— Sire, repartit le prince, je serois indigne à jamais des bontés de Votre Majesté si je n'ajoutois pas foi à l'assurance qu'elle me donne. Mais je la supplie de vouloir bien se donner la patience de m'écouter, et de juger si ce que j'aurai l'honneur de lui dire est un songe. »
Le prince de Camaralzaihan raconta alors au roi son père de quelle manière il s'étoit éveillé. Il lui exagéra la beauté et les charmes de la dame qu'il avoit trouvée à son côté, l'amour qu'il avoit conçu pour elle en un moment, et tout ce qu'il avoit fait inutilement pour la réveiller. Il ne lui cacha pas même ce qui T avoit obligé de se réveiller et de se rendormir ^après qu'il eut fait
l'échange de sa bague avec celle de la dame. £n achevant enfin et en lui présentant la bague qu'il tira de son doigt : « Sire, ajouta-t-il, la mienne ne vous est pas inconnue, vous l'avez vue plusieurs fois. Après cela, j'espère que vous serez convaincu que je n'ai pas perdu l'esprit, comme on vous l'a fait accroire. »
• Le roi Schahzaman connut si clairement la vérité de ce que le prince son fils venoit de lui raconter qu'il b'eut rien à répliquer. Il en fut même dans un étonnement si grand qu'il demeura longtemps sans dire un mot.
Le prince profita de ces momens : « Sire, lui dit-il encore, la passion que je sens pour cette charmante personne, dont je conserve la précieuse image dans mon cœur, est déjà si violente que je ne me sens pas assez de force pour y résister. Je vous supplie d'avoir compassion de moi et de me procurer le bonheur de la posséder.
— Après ce que je viens d'entendre, mon fils, et après ce que je vois par cette bague, reprit le roi Schahzaman, je ne puis douter que votre passion ne soit réelle et que vous n'ayez vu la dame qui l'a fait naître. Plût à Dieu que je la connusse, cette dame! vous seriez content dès aujourd'hui, et je serois le père le plus. heureux du monde. Mais où la chercher? Comment et
par où est -elle entrée ici sans que j'en aie rien su et sans mon consentement? Pourquoi j estelle entrée seulement pour dormir avec vous, pour vous faire voir sa beauté, vous enflammer d'amour pendant qu^elle dormoit, et disparoître pendant que vous dormiez? Je ne comprends rien dans cette aventure, mon fils; et, si le Ciel ne nous est favorable, elle nous mettra au tombeau, vous et moi. » En achevant ces paroles et. en prenant le prince par la main : « Venez, ajouta-t-il, allons nous affliger ensemble, vous, d'aimer sans espérance, et moi, de vous voir aflligé et de ne pouvoir remédier à votre mal. »
Le roi Schahzaman tira le prince hors de la tour^ et l'emmena au palais, où le prince, au désespoir d'aimer de toute son âme une dame inconnue, se mit d'abord au lit. Le roi s'enferma et pleura plusieurs jours avec lui, sans vouloir prendre aucune connoissance des affaires de son royaume.
Son premier ministre, qui étoit le seul à qui il avoit laissé l'entrée libre, vint un jour lui représenter que toute sa cour et même les peuples commençoîent de murmurer de ne le pas voir, et de ce qu'il ne rendoit plus la justice chaque jour, à son ordinaire, et qu'il ne répondoit pas du désordre qui pouvoit en arriver. « Je supplie Votre Majesté, poursuivit-il, d'y faire attention. Je suis
persuadé que sa présence soulage la douleur du prince, et que la présence du prince soulage la vôtre mutuellement; mais elle doit songer à ne pas laisser tout périr. Elle voudra bien que je lui propose de se transporter avec le prince au château de la petite île, peu éloignée du port, et de donner audience deux fois la semaine seulement. Pendant que cette fonction l'obligera de s'éloigner du prince, la beauté charmante du lieu, le bon air et la vue merveilleuse dont on y jouit feront que le prince supportera votre absence de peu de durée avec plus de patience. »
Le roi Schahzaman approuva ce conseil; et, dès que le château, où il n'étoit allé depuis longtemps, fut meublé, il y passa avec le prince, où il ne le quittoît que pour donner les deux audiences précisément. Il passoit le reste du temps au chevet de son lit, et tantôt il tâchoit de lui donner de la consolation, tantôt il s'afiBigeoit avec lui.
Pendant que ces choses se passoient dans la capitale du roi Schahzaman, les deux génies Danhasch etCaschcasch avoient reporté la princesse de la Chine au palais où le roi de la Chine Tavoit renfermée et Tavoient remise dans son lit.
Le lendemain matin, à son réveil, la princesse de la Chine regarda à droite et à gauche; et, quand elle eut vu que le prince Camaralzaman
aS histoire de camaralzaman
n'étoit plus près d'elle, elle appela ses femmes d'une voix qui les fit accourir promptement et environner son lit. La nourrice, qui se présenta à son chevet, lui demanda ce qu'elle souhaitoit , et s'il lui étoit arrivé quelque chose.
« Dites-moi, reprit la princesse, qu'est devenu le jeune homme, que j'aime de tout mon cœur, qui a couché cette nuit avec moi? — Princesse, répondit la nourrice, nous ne comprenons rien à votre discours, si vous ne vous expliquez davantage.
— C'est, reprit encore la princesse, qu'un jeune homme, le mieux fait et le plus aimable qu'on puisse imaginer, dormoit près de moi cette nuit ; que je l'ai caressé longtemps, et que j'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'éveiller, sans y réussir : je vous demande où il est.
— Princesse, repartit la nourrice, c'est sans doute pour vous jouer de nous ce que vous en faites. Vous plaît-il de vous lever? — Je parle très sérieusement, répliqua la princesse, et je veux savoir où il est. — Mais, Princesse, insista la nourrice , vous étiez seule quand nous vous couchâmes hier au soir, et personne n'est entré pour coucher avec vous, que nous sachions, vos femmes et moi. »
La princesse de la Chine perdit patience ; elle pnt sa.nourrice par la tête, et, en lui donnant des
soufflets et de grands coups de poing : « Tu me le diras, vieille sorcière, dit-elle, ou je t'assommerai. »
La nourrice fit de grands efforts pour se tirer de ses mains. Elle s'en tira enfin, et elle alla surle-champ trouver la reine de la Chine, mère de la princesse. Elle se présenta les larmes aux yeux et le visage tout meurtri, au grand étonnement de la reine, qui lui demanda qui l'avoit mise en cet état.
c Madame, dit la nourrice, vous voyez le traitement que m'a fait la princesse; elle m'eût assommée si je ne me fusse échappée de ses mains. » Elle lui raconta ensuite le sujet de sa colère et de son emportement, dont la reine ne fut pas moins affligée que surprise, u Vous voyez, Madame, ajouta-t-elle en finissant, que la princesse est hors de son bon sens. Vous en jugerez vous-même, si vous prenez la peine de la venir voir. »
La tendresse de la reine de la Chine étoît trop intéressée dans ce qu'elle venoit d'entendre : elle se fit suivre par la nourrice, et elle alla voir la princesse sa fille dès le même moment.
La sultane Scheherazade vouloit continuer; mais elle s'aperçut que le jour avoit déjà commencé. Elle se tut ; et, en reprenant le conte la nuit suivante, elle dit au sultan des Indes :
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CCXVIIIo NUIT.
Sire, la reine de la Chine s'assit près de la princesse sa fille en arrivant dans l'appartement où elle étoit renfermée, et, après qu'elle se fut informée de sa santé, elle lui demanda quel sujet de mécontentement elle avoit contre sa nourrice, qu'elle avoit maltraitée. « Ma fille, lui dit-elle, cela n'est pas bien, et jamais une grande princesse comme vous ne doit se laisser emporter à ces excès.
— Madame, répondit la princesse, je vois bien que Votre Majesté vient pour se moquer aussi de moi; mais je vous déclare que je n'aurai pas de repos que je n'aie épousé Taimable cavalier qui a couché cette nuit avec moi. Vous devez savoir où il est ; je vous supplie de le faire revenir.
— Ma fille, reprit la reine, vous me surprenez, et je ne comprends rien à votre discours. » La princesse perdit-le respect, a Madame, répliqua-t-el!e, le roi mon père et vous, vous m'avez persécutée pour me contraindre de me marier lorsque je n'en avois pas d'envie ; cette envie m'est venue présentement, et je veux absolument avoir pour mari le cavalier que je vous ai dit, sinon je me tuerai. »
La reine tâcha de prendre la princesse par la douceur, a Ma fille, lui dit-elle, vous savez bien
vous-même que vous êtes seule dans votre appartement et qu'aucun homme ne peut y entrer. »
MaiSy au lieu d'écouter, la princesse l'interrompît et fît des extravagances qui obligèrent la reine de se retirer avec une grande affliction, et d'aller informer le roi de tout.
Le roi de la Chine voulut s'éclaircir lui-même de la chose : il vint à l'appartement de la princesse sa fîlle, et il lui demanda si ce qu'il venoît d'apprendre étoit véritable. « Sire, répondit-elle, ne parlons pas de cela; faites-moi seulement la grâce de me rendre l'époux qui a couché cette nuit avec moi.
— Quoi ! ma fille, reprit le roi, est-ce que quelqu'un a couché avec vous cette nuit? — Comment! Sire, repartit la princesse sans lui donner le temps de poursuij/re, vous me demandez si quelqu'un a couché avec moi ? Votre Majesté ne Tignore pas. C'est le cavalier le mieux fait qui ait jamais paru sous le ciel. Je vous le redemande, ne me refusez pas, je vous en supplie. Afin que Votre Majesté ne doute pas, continua-t-elle, que je n'aie vu ce cavalier, qu'il n'ait couché avec moi, que je ne l'aie caressé, et que je n'aie fait des efforts pour l'éveiller, sans y avoir réussi, voyez, s'il vous plaît, cette bague. » Elle avança la main, et le roi de la Chine ne sut ^ue dire quand il eut vu que c'étoit la bague d'un Les Mille et une Nuits, V. 7
5b ^HISTOIRE DE CAMARALZAMAN
homme. Mais, comme il ne pouvoit rien comprendre à tout ce qu'elle lui disoit, et qu'il Tavoit fenfermée comme folle, il la crut encore plus folle qu'auparavant. Ainsi, sans lui parler davantage, de crainte qu'elle ne fît quelque violence contre sa personne ou contre ceux qui s'approcheroient d'elle, il la fit enchaîner et resserrer plus étroi* tement, et ne lui donna que sa nourrice pour la servir, avec une bonne garde à la porte.
Le roi de la Chine, inconsolable du malheur qui étoit arrivé à la princesse sa fille, d'avoir perdu l'esprit, à ce qu'il croyoit, songea aux moyens de lui procurer la guérison. Il assembla son conseil, et, après avoir exposé Fétat où elle étoit : a Si quelqu'un de vous, ajouta-t-il, est assez habile pour -entreprendre de la guérir et qu'il y réussisse, je la lui donnerai en mariage, et le f«rai héritier de mes États et de ma couronne après ma mort. »
Le désir de posséder une belle princesse et l'espérance de gouverner un jour un royaume aussi puissant que celui de la Chine firent un grand effet sur ^esprit d'un émir déjà âgé, qui étoit présent au -conseil. Comme il étoit habite dans la magie, il Bfe flatta d'y réussir, et s'offrit au roi. « J'y con* sens, reprit le roi ; mais je veux bien vous avertir Auparavant que c'est à condition de vous faire couper le cou si TOUS ne réussissez pas : il ne seroit p«s juste que vous méritassiez une si grande ré*
ET DE LA PRINCESSE BADOURE 5l
compense sans risquer quelque chose de votre côté. Ce que je dis de vous, je le dis de tous les autres qui se présenteront après vous, au cas que vous n'acceptiez pas la condition, ou que vous ne réussissiez pas.
L'émir accepta la condition, et le roi le mena lui-même chez la princesse. La princesse se couvrit le visage dès qu'elle vit paroître l'émir, ce Sire^ ditelle, Votre Majesté me surprend de m'amener un homme que je ne connois pas, et à qui la religion me défend de me laisser voir. — Ma fille, reprit le roi, sa présence ne doit pas vous scandaliser; c'est un de mes émirs qui vous demande en ma"» liage. — Sire, repartit la princesse, ce n'est pas celui que vous m'avez déjà donné, et dont j'ai reçu la foi par la bague que je porte : ne trouvez pas mauvais que je n'en accepte pas un autre. »
L'émir s'étoit attendu que la princesse feroît et diroit des extravagances. Il fut très étonné de la voir tranquille, et parler de si bon sens ; et il con-? nut très parfaitement qu'elle n'avoit pas d'autre folie qu'un amour très violent qui devoit être bien fondé. Il n'osa pas prendre la liberté de s'en expliquer au roi. Le roi n'auroit pu souffrir que la princesse eût ainsi donné son cœur à un autre que celui qu'il vouloit lui donner de sa main. Mais, en se prosternant à ses pieds : a Sire, dit*il, après ce que je viens d'entendre, il seroit inutile que j'enr
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treprisse de guérir la princesse; je n'ai pas de remèdes propres à son mal, et ma vie est à la disposition de Sa Majesté. » Le roi, irrité de l'incapacité de l'émir et de la peine qu'il lui avoit donnée , lui fît couper la tête.
Quelques jours après, afin de n'avoir pas à se reprocher d'avoir rien négligé pour procurer la guérison à la princesse, ce monarque fît publier dans sa capitale que, s'il y avoit quelque médecin, astrologue, magicien, assez expérimenté pour la rétablir en son bon sens, il n'avoit qu'à venir se présenter, à condition de perdre la tête s'il ne la guérissoit pas. Il envoya publier la même chose dans les principales villes de ses États et dans les cours des princes ses voisins.
Le premier qui se présenta fut un astrologue et magicien, que le roi fît conduire à la prison de la princesse par un eunuque. L'astrologue tira d'un sac qu'il avoit apporté sous le bras un astrolabe, une petite sphère, un réchaud, plusieurs sortes de drogues propres à des fumigations, un vase de cuivre, avec plusieurs autres choses, et demanda du feu.
La princesse de la Chine demanda ce que signifioit tout cet appareil. « Princesse, répondit l'eu* nuque, c'est pour conjurer le malin esprit qui vous possède, le renfermer dans le vase que vous voyez, et le jeter au fond de la mer.
— Maudit astrologue, s'écria la princesse, sâch'é que je n'ai pas besoin de tous ces préparatifs, que je suis dans mon bon sens, et que tu es insens'é toi-même. Si ton pouvoir va jusque-là, amènemoi seulement celui que j'aime; c'est le meilleur service que tu puisses me rendre. — Princesse, reprit l'astrologue, si cela est ainsi, ce n'est pas de moi, mais du roi votre père uniquement que vous devez l'attendre. » Il remit dans son sac ce qu'il en avoit tiré, bien fâché de s'être engagé si facilement à guérir une maladie imaginaire.
Quand l'eunuque eut ramené l'astrologue devant le roi de la Chine, l'astrologue n'attendit pas que l'eunuque parlât au roi, il lui parla lui-même d'abord. « Sire, lui dit-il avec hardiesse, selon que Votre Majesté l'a fait publier et qu'elle me l'a confirmé elle-même, j'ai cru que la princesse étoit folle, et j'étois sûr de la rétablir en son bon sens par les secrets dont j'ai connoissance; mais je n'ai pas été longtemps à reconnoître qu'elle n*a pas d'autre maladie que celle d'aimer, et mon art ne s'étend pas jusqu'à remédier au mal d'amour. Votre Majesté y remédiera mieux que per^* sonne quand elle voudra lui donner le mari qu'elle demande. » '
Le roi traita cet astrologue d'insolent, et lui fit couper le cou. Pour ne pas ennuyer Votre Majesté par des répétitions, tant astrologues que
médecins et magiciens, il s'en présenta cent cinquante, qui eurent tous le même sort, et leurs têtes furent rangées au-dessus de chaque porte de la ville.
La nourrice de la princesse de la Chine avoit un fils nommé Marzavan, frère de lait de la princesse, qu'elle avoit nourri et élevé avec elle. Leur amitié avoit été si grande pendant leur enfance, tout le temps qu'ils avoient été ensemble, qu'ils se traitoient de frère et de sœur, même après que leur âge un peu avancé eut obligé de les séparer.
Entre plusieurs sciences dont Marzavan avoit cultivé son esprit dès sa plus grande jeunesse,^ son inclination Tavoit porté particulièrement à l'étude de l'astrologie judiciaire, de la géomance et d'autres sciences secrètes, et il s'y étoit rendu très habile. Non content de ce qu'il avoit appris de ses maîtres, il s'étoit mis en voyage dès qu'il se fut senti assez de forces pour ea supporter la fatigue. Il n'y eut pas d'homme célèbre en aucune science et en aucun art qu'il n'ait été chercher dans les villes les plus éloignées, et qu'il n'ait fréquenté assez de temps pour en tirer toutes les connoissances qui étoient d^ son goût.
Après une absence de plusieurs années , Mar-: zavan revint enfin à la capitale de la Chine; et
les têtes coupées et rangées qu'il aperçut audessus de la porte par où il entra le surprirent extrêmement. Dès qu'il fut rentré chez lui, il demanda pourquoi elles y étoient, et, sur toutes choses, il s'informa des nouvelles de la princesse, sa sœur de lait, qu'il n'avoit pas oubliée. Comme on ne put le satisfaire sur la première demande sans j comprendre la seconde, il apprit en gros ce qu'il souhaitoit, avec bien de la douleur, en attendant que sa mère, nourrice de la princesse, lui en apprît davantage
Scheherazade mit fin à son discours en cet endroit pour cette nuit. Elle le reprit la suivante en ces termes, qu'elle adressa au sultan des Indes :