CCCCLIII
Théâtre Cluny.
1er mai 1877.
Reprise de LES COMPAGNONS OU LA MANSARDE DE LA CITÉ
Drame en cinq actes et sept tableaux, par MM. d’Ennery et Cormon.
Lorsque le drame de MM. d’Ennery et Cormon fut représenté pour la première fois sur le théâtre de la Gaîté, le 14 février 1846, il était « mêlé de chant ». Il appartenait par conséquent au genre, présentement démodé, du drame-vaudeville. Le Théâtre Cluny, en reprenant les Compagnons, a supprimé tous les couplets et presque toutes les romances. Cette mesure prudente était commandée par les facultés vocales de la troupe actuelle du Théâtre Cluny; il y a là quelques larynx, à en juger par ceux de MM. Beulé et Constant, à la réparation desquels les plus fameux spécialistes, le docteur Mandl, le docteur Fauvel, le docteur Lowe, useraient vainement leur science.
Malheureusement, ce que gagnent les oreilles du spectateur, c’est le drame qui le perd. Le public de 1846 trouvait mille agréments à entendre chanter des airs de Loïsa Puget par Mlles Freineix et Léontine;
Desliayes l’ancien soupirait de sa voix grasseyante la Prière de ma Mère , toujours de Mlle Puget. Il y avait des couplets sur un « air connu» pour M. Surville et une chanson d’Auvergne pour l’organe enchanteur de M. Serres, l’illustre créateur de Bertrand dans V Auberge des Adrets. A Cluny, la musique disparaît, la prose reste et le drame paraît bien enfantin.
On retrouve, cependant, dans cette invraisemblable histoire de jeune fille jetée à l’eau, puis repêchée par un compagnon charpentier qui finit par être aimé d’elle et par l’épouser avec une dot d’un million, beaucoup d’éléments d’intérêt et de terreur dont M. d’Ennery a su tirer meilleur parti dans d’autres ouvrages d’une facture plus serrée.
Il n’y a rien à dire des pauvres acteurs qui viennent de jouer les Compagnons au Théâtre Cluny. Ceux qui ne paraissent pas dénués d’intelligence, tels que Mmes Jeanne Mourot et Dupont et M. René Robert, n’étaient guère sûrs de leurs rôles; une débutante, Mlle Lamblin, qui ne sait nj parler, ni se taire, ni marcher, ni regarder, ni s’en aller, ni se tenir en place, a produit quelques-uns de ces effets qui comptent dans la carrière d’un artiste.
Sérieusement, nous n’avons jamais vu de représentation plus décousue; la pièce n’était pas sue, tout allait de travers. La direction de M. Paul Clèves nous avait habitués à plus de soin et de tenue. On se serait cru dans un théâtre forain â Viroflay, ou à la foire au pain d’épice.
Bouffes-Parisiens. 2 mai 1877.