CHEZ ELLE
Comédie en un acte, par MM. Charles Narrey et Abraham Dreyfus.
La comédie, il serait plus exact de dire le drame de MM. Cormon et de Beauplan soutient une thèse à la fois judiciaire et sociale. Pour la discuter avec eux, il convient de l’exposer d’abord au lecteur.
La scène se passe dans une petite commune des environs de Nantes, dont le docteur Mignot est à la fois le maire, le médecin et l'idole. Ce brave homme de docteur a recueilli et élevé un enfant dont il s’est fait le parrain et le père. L’enfant répond au nom de Pierre tout court, père et mère inconnus. Il a grandi et est devenu, non seulement un beau jeune homme, mais encore un peintre de grand avenir, marqué pour la célébrité. Pierre est amoureux de Mlle Gabrielle Hardouin, fille d’un riche manufacturier, juge au tribunal de commerce ; mais il ne méconnaît pas l’immense distance qui le sépare, lui pauvre artiste sans famille, de la riche héritière déjà demandée en mariage par M. le marquis de Bussac. Cependant, on peut pressentir que Mlle Gabrielle préférerait le peintre au marquis, l’artiste prédestiné à la gloire au gentilhomme ruiné qui cherche à redorer son blason. Mlle Hardouin saisit en effet le prétexte d’une visite au docteur Mignot pour prier M. Pierre de faire son
portrait. Elle est accompagnée clans cette visite par sa gouvernante, Mme Thérèse, qui a toute la confiance de la maison.
Le docteur Mignot vient précisément de raconter à son filleul l’histoire de cette dame. Mme Thérèse est la femme d’un certain M. André Navarrette, qui, jadis, banquier à Paris, fit de mauvaises affaires et fut obligé de s’expatrier en Australie, où il entreprit de se reconstituer une fortune afin de payer intégralement ses créanciers et d’obtenir sa réhabilitation. Son courage a été récompensé, et il revient d’Australie après avoir réalisé ses capitaux. On l’attend d’un instant à l’autre. Il ne tarde pas à arriver, en effet, et après une courte scène d’effusion avec sa femme, il disparaît jusqu’au quatrième acte. A ce moment, Pierre reçoit une dépêche de Paris ; on lui annonce qu’à la suite de l’exposition de peinture, il vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur. Une pareille consécration de son talent diminue sensiblement les obstacles qui paraissaient s’opposer à ce qu’il osât lever les yeux sur Mlle Hardouin. On le félicite, on l’embrasse. « Il faut embrasser tout le monde! » lui dit le docteur, et, sur cette invitation, il embrasse Mme Thérèse, qui en paraît émue au point de se trouver mal. Si je n’avais su d’avance et par hasard que, dans la pièce nouvelle, M. Pierre Berton jouait le rôle d’un fils de Mme Doche, je n’aurais pas compris, plus que les autres spectateurs, le saisissement de Mme Thérèse.
Il faut donc vous expliquer tout de suite que Pierre n’est autre que l’enfant légitime de M. et Mme Navarrette. Les auteurs ne l’ont pas dit pour nous ménager une surprise ; mais les surprises ne réussissent pas toujours au théâtre ; car le public ne s’intéresse vraiment que lorsqu’il est dans la confidence. M. et Mme Navarrette n’ont jamais reconnu Pierre, pour ne
pas lui infliger la flétrissure d’un nom taré, et ils l’ont confié au docteur Mignot, qui leur a gardé le secret. Quelle flétrissure? Celle d’une faillite, sans doute? Non ; c’est un autre mystère qui va se dévoiler au second acte.
Décidément, Mlle Gabrielle ne veut plus du marquis de Bussac ; elle détermine son père à rompre un mariage qui lui répugne sans savoir trop pourquoi. Un incident inattendu fait subitement le jour dans son cœur. Pierre, qui est venu chez M. Hardouin pour y commencer le portrait de Gabrielle, se laisse aller à des plaintes amères contre la destinée qui ne lui a pas permis de connaître sa famille. En écoutant ces lamentations d’une âme blessée, Gabrielle comprend qu’elle aime Pierre et qu’elle en est aimée ; la jeune fille se hâte de tout dire à son père, et cet excellent M. Hardouin dit à brûle-pourpoint au jeune peintre : « Voulez-vous épouser ma fille ? » Pierre accepte avec des transports qu’on devine.
A ce moment, Mmc Thérèse annonce à M. Hardouin le retour de son mari, et s’informe auprès de lui des formalités à remplir pour parvenir à une réhabilitation. Le juge consulaire s’enquiert alors des circonstances qui ont amené la catastrophe financière de M. André Navarrette, et il apprend qu’il y a eu non pas faillite, non pas banqueroute, mais condamnation à trois ans de prison pour abus de confiance par suite de détournements de titres.
« Mais, malheureuse femme! » s’écrie M. Hardouin, « il n’y a pas de réhabilitation possible ; une grâce « du chef de l’État peut rétablir votre mari dans ses « droits civiques, mais la tache subsiste ; elle est « ineffaçable. »
En quoi ce juge consulaire montre qu’il ne connaît pas les lois de son pays. Je prends la liberté de signaler à son attention les articles 619 et 634 du Gode
d’instruction criminelle, dont le premier est ainsi conçu : « Tout condamné à une peine afflictive ou inet famante, ou à une peine correctionnelle, qui a subi « sa peine, ou qui a obtenu des lettres de grâce, peut « être réhabilité. » Chose bizarre, que des erreurs de ce genre se produisent chaque jour dans la littérature courante d’un pays où presque tout le monde est avocat ! Il est à parier que si MM. Cormon et de Beauplan écrivaient une pièce qui se passât au Kamtschatka, ils prendraient la peine de se mettre au courant des coutumes de la Sibérie orientale. Mais la France est trop, près.
Ajoutons que la méprise de M. Hardouin ne sert en rien la marche de la pièce, puisque c’est au préjugé qu'on a affaire, et que la réhabilitation même n’effacerait rien aux yeux d’un homme soucieux de l'honneur de ses proches.
La réponse de M. Hardouin vient de briser les espérances de Mme Thérèse; un autre coup la frappe subitement. Le marquis de Bussac, offensé par le refus de M. Hardouin, s’en prend à Pierre et le provoque. Mme Thérèse, instruite de ce défi, cherche à dissuader Pierre d’accepter le combat. « Je n’ai que mon honneur en ce monde », répond Pierre, « il faut bien que « je le défende. » — « Mais », insiste Mme Thérèse, « si vous aviez une mère... » — « Si j’avais une mère », s’écrie Pierre, « elle serait la première à me dire : « Tu es insulté, va te battre. » Belle scène, une des meilleures de la pièce. Le duel n’est d’ailleurs placé là que pour présenter sous une forme nouvelle les angoisses de la mère ; il n’en est plus question dans la suite.
Au troisième acte, le mariage va se célébrer, lorsque M. Hardouin finit par pénétrer le secret de Mme Thérèse. Le manufacturier refuse, avec raison, de donner suite à des projets qui donneraient à sa fille une pa-
renté si compromettante. Toutes les instances sont impuissantes à vaincre la résistance de M. Hardouin. Mais il avait compté sans le désespoir de sa fille, qui finit par perdre connaissance.
« — Encore une crise comme celle-là », lui dit le docteur Mignot, « et votre fille sera perdue. »
Au quatrième acte, M. Hardouin s’est résigné, mais à une condition, c’est que M. et Mme Navarrette ne révéleront jamais à André le mystère de sa naissance, et qu’ils s’éloigneront. Le père et la mère assistent, confondus dans la foule, au mariage de leur enfant, proclamé, à la face de la commune, fils de père et mère inconnus.
« Quel sacrifice ! » s’écrie M. Navarrette. — « Mais aussi quelle récompense ! » lui répond le docteur Mignot en lui montrant Pierre qui s’éloigne, donnant le bras à sa jeune et charmante femme.
Il fallait raconter la pièce en détail, pour faire toucher du doigt les impossibilités et, comme on dit au Palais, les nullités du point de départ. Comprenezvous la tendresse de ces parents, qui, pour soustraire leur fils aux conséquences plus ou moins éventuelles de la faute paternelle, le réduisent volontairement à la condition d’enfant trouvé? Si j’étais curieux, je voudrais savoir comment Mme Thérèse, femme légitimement mariée, s’y est prise pour dissimuler sa grossesse ou pour supprimer son enfant sans que personne s’en aperçût ni ne lui en demandât compte. Question plus embarrassante qu’on ne le croirait au premier abord, car l’abandon de Pierre implique de deux choses l’une, ou que M. et Mmc Navarrette n’avaient eux-mêmes aucune famille, ni pères, ni mères, ni frères, ni sœurs, ni oncles, ni tantes, ou bien que tout ce monde-là s’est fait complice de la suppression. Mais j’en reviens à l’abandon en lui-même. Les auteurs, aveuglés par leurs bonnes intentions, s’imaginent que
les parents de Pierre ont fait preuve d’une abnégation sublime; mais, au contraire, ils ont manqué aux devoirs les plus essentiels de la paternité et à l idée primordiale de la famille, qui repose non seulement sur l’aide et l’assistance, mais aussi sur la solidarité.
A travers ces méprises évidentes et les faux calculs qui ont porté MM. Gormon et de Beauplan à distribuer au spectateur par tranches successives des révélations qu’il aurait fallu faire complètes dès le lever du rideau, Pierre a réussi. Tous les personnages en sont bons et vertueux, même le banquier Navarrette, retour d’Australie; celui-ci paraît même si convaincu de son mérite et des égards infinis que lui doit la société, que j’ai supposé un instant qu’on le décorerait, comme son fils, de l’étoile des braves.
Le drame de MM. Gormon et de Beauplan est très bien joué par M. Pierre Berton, naturellement chargé du rôle de Pierre; par MmeDoche,qui sait mettre, avec beaucoup d’art, des nuances et des oppositions dans les angoisses peu variées et toujours contenues de Mme Thérèse; par M. Parade, dans le rôle du manufacturier Hardouin, et surtout par Mlle Réjane qui s’est montrée pleine de grâce et de sensibilité dans le rôle de Gabrielle. Elle a rendu sa scène de désespoir avec un naturel, un éclat, une spontanéité qui lui ont valu le succès le plus vif.
M. Munié est fort convenable, mais il donne au banquier qui jonglait naguère avec les titres de ses clients, des allures majestueuses et emphatiques qui ne sont pas à leur place. Il faut honorer le repentir, mais non le transformer en prix de vertu.
M. Delannoy est fort gai quand il rit; le malheur est qu’il fait rire encore quand il prêche; lorsque, ceint de l’écharpe municipale, il a prononcé d’un air pénétré le conjungo sur la tête deM. Pierre et Mlie Gabrielle, je n’ai pu m’empêcher de songer au mot épique
de Robert Macaire :.« Gomme ce gaillard-là bénit bien ! »
Le spectacle commençait par une saynète en dialogue de MM. Charles Narrey et Abraham Dreyfus, intitulée : Chez elle . C’est une variante ingénieuse et neuve de tous les dialogues possibles entre un monsieur et une dame qui ne se connaissent pas au lever du rideau et qui s’épousent vingt minutes plus tard. M. Dieudonné enlève cette bluette avec une verve étonnante, et Mlle Kolb lui donne spirituellement la réplique.
CCCCLXXXI
Théâtre Historique.
7 septembre 1877.
LE RÉGIMENT DE CHAMPAGNE Drame en cinq actes et neuf tableaux, par M. Jules Claretie.
Il est difficile de donner au courant de la plume une idée nette du drame qui s’est déroulé hier sur la scène du Théâtre Historique, entre sept heures du soir et deux heures du matin. Il renferme, en effet, plusieurs données distinctes, lesquelles se rattachent plus ou moins à l’histoire du régiment de Champagne; en même temps, M. Claretie se proposait de peindre la situation de la France, dans l’avanLdernière année du règne de Louis XIV, alors que la victoire inattendue de Denain vint relever le prestige de nos armes et sauver le pays. Cette multiplicité d’aspects et de combinaisons, qui ne me déplaît pas en elle-même, fait naître quelquefois une certaine confusion, et même
quelque fatigue dans l’esprit du spectateur qui ne trouve pas à se fixer sur un point culminant.
Au fond, le drame de M. Claretie est surtout l’histoire d’une famille de Pardaillan, qui se compose du comte Arnoul de Pardaillan, du vicomte Bernard de Pardaillan et du capitaine Roger tout court. Ces deux derniers Pardaillan sont les fils du premier; mais Bernard seul possède la qualité de l’héritier légitime, tandis que Roger est un enfant de l’amour. L’auteur s’est complu à faire du Pardaillan légitime le parangon de tous les crimes, libertin, meurtrier, apostat, traître envers son pays, et du Pardaillan naturel le prototype de toutes les vertus. A peine ai-je besoin de dire que je ne goûte pas beaucoup cette antithèse féroce, mais j’ajoute expressément que je n’en aperçois ni le sens ni la portée. Pour irrégulière que soit sa naissance, le capitaine Roger n’en est pas moins le fils des nobles Pardaillan, par conséquent ses vertus ne profitent pas plus à la démocratie que les crimes de son frère ne nuisent à la noblesse.
Entre ces deux frères, inconnus d’abord l’un à l’autre, puis ennemis, s’élève une rivalité qui serait terrible si l’on s’intéressait à celle qui en est la cause. La comtesse Éliane de Nangis, issue de protestants qui périrent victimes des rigueurs contre les religionnaires après la révocation de l’édit de Nantes, a juré la vendetta non seulement contre le roi Louis XIV, mais encore contre la France qui n’en peut mais. Cet esprit de vengeance l’a engagée au service de la coalition étrangère qu’elle sert comme espionne avec la complicité de Bernard de Pardaillan. Telle est la délicieuse personne que les deux frères poursuivent de leurs hommages. A la fin, saisie d’une folle passion pour le capitaine Roger, au moment où celui-ci, édifié sur les menées de l’espionne, ne ressent plus pour elle que de l’horreur et du mépris, la comtesse
Éliane s’empoisonne. Bernard n’en persiste pas moins dans sa trahison; il va sortir du camp français pour avertir le prince Eugène de la surprise méditée par le maréchal de Yillars sur la position de Denain, lorsqu’il est surpris par Roger. Un duel s’engage entre les deux frères, et Bernard tombe percé d’outre en outre, à la vue de son vieux père, qui paraît enchanté de cette nouvelle action d’éclat accomplie par son fils naturel.
Cependant la bataille s’engage, l’armée de la coalition est défaite, et le vieux Pardaillan se fait tuer à la tête du régiment de Champagne, dont il était devenu le colonel.
Si j’entreprenais de raconter toutes les incidences qui se jettent au travers de cette action peu vraisemblable, je n’en finirais pas. J'indique seulement en passant la séduction par Bernard de Pardaillan d’une paysanne appelée Thérèse à laquelle il a fait un enfant que le vieux comte adopte avec transport par amour de la bâtardise; puis l'assassinat, par le même Bernard, du gazetier Nicolas Chevalier, qui refusait de lui livrer les papiers constatant la filiation du capitaine Roger; et encore le petit pâtre à peu près idiot (nous l’avons connu dans les Chauffeurs ) qui révèle au capitaine Roger le secret de sa naissance.
On voit que les amateurs d’émotions fortes et nombreuses trouvent de quoi se rassasier dans le drame de M. Jules Claretie. Encore n’ai-je pas parlé de la scène épisodique entre Louis NIY et le maréchal de Yillars, parce que je la réservais comme le thème principal des reproches que je vais adresser à l’auteur.
Je passe aisément sur les défauts de structure de son drame, où des alternatives de vide et de trop-plein indiquent une main encore peu sûre. Mais M. Jules Claretie est homme de trop de talent, n’eût-il écrit d’autre roman que le Train n° i 7 et travaillé à d’autre drame qu’au Père? pour que je supporte sans crier
holà! sa manière de comprendre le drame historique à l’usage du peuple. C’est, qu’il me permette de le lui dire, un perpétuel et volontaire travestissement. Les idées et le langage visant continuellement d’autres événements et d’autres temps que la (in du règne de Louis XIY, tous ses personnages parlent comme des héros de la légende révolutionnaire, sans nul souci de la vérité contemporaine ni des traditions de notre histoire nationale. Cette préoccupation se traduit meme dans des détails purement matériels. Ainsi, le drapeau de Rocroy, de Nerwinde, de Steinkerque, de Denain et de Fontenoy n’apparaît pas une seule fois, et, par un agencement voulu d’étendards et d’enseignes bariolés, le comte de Pardaillan paraît enseveli dans une sorte de drapeau tricolore. Que dirait-on d’un dramaturge royaliste qui montrerait le drapeau blanc vainqueur sur les champs de bataille d’Austerlitz ou d’Iéna?
Ce n’est pas tout : les personnages de tout âge et de tout rang, gentilshommes, paysans, soldats du régiment de Champagne, poussent à tous propos et même hors de propos, le cri de Vive la France! Je n’y vois pas de mal ; mais je m’assure qu’à Denain on criait Vive le Roi! comme on a crié Vive la République! à Arcole et à Hohenlinden, comme on a crié Vive l'Empereur! à Wagram.
J’arrive à la scène entre Louis XIY et Yillars. Les paroles prononcées par le roi à cette occasion sont connues; elles appartiennent à ce qu’il y a de plus grand et de plus respectable dans la tradition d'un peuple.
« — Si vous êtes vaincu », avait dit en substance Louis XIY à Villars, « malgré mes soixante-quatorze (( ans, je marcherai aux frontières à la tête de l’ar- « rière-ban et nous périrons ensemble sous les ruines « de la Monarchie! » Et voilà que M. Jules Claretie
place dans la bouche du roi je ne sais quel éloge de la valeur des Parisiens, qui fait songer aux allocutions creuses des Trochu et des Jules Favre! Pour achever cette parodie, le roi Louis XIV, en habit de ville, tire sa propre épée dans son propre appartement de Marly, et se crie à lui-même : Vive la France ! comme un simple garde national. Vite, vite, mon cher confrère, remettez au fourreau cette épée de parade, et restituez à la noble vieillesse du grand roi sa majestueuse et mélancolique grandeur.
Une dernière critique. M. Claretie était à la rigueur dans son droit en attribuant au hasard, d’après les mémoires du maréchal de Villars lui-même, l’indication qui permit de saisir le point faible des lignes ennemies et de les rompre à Denain. Mais le maréchal de Villars, qui n’était point partisan de l’opération à laquelle il doit sa gloire, n’a pas dit la vérité là-dessus.
Cette vérité on la connaît aujourd’hui d’après les mémoires militaires relatifs à la succession d’Espagne publiés dans la Collection des documents inédits sur l’histoire de France ; elle a été mise en pleine lumière par une dissertation de M. L. Dussieux et clairement résumée par Sainte-Beuve dans un article de ses Nouveaux Lundis.
L’idée première de l’attaque sur Denain appartient à Louis XIV, ainsi que cela résulte d une lettre du roi au maréchal datée du 17 juillet, sept jours avant la bataille, et corroborée à la même date par une instruction détaillée du ministre de la guerre Voisin; il eût été digne d’un écrivain qui veut instruire le peuple de lui apprendre que ce fut le roi Louis XIV qui, du fond de son cabinet, aperçut et lut sur les cartes le point précis par lequel notre armée, battue mais non démoralisée, pouvait surprendre et vaincre enfin l’ennemi.
Le Régiment de Champagne est joué par une troupe
de second ordre, qui garde beaucoup d’ensemble dans sa médiocrité. M. Montai est toujours l’acteur chaleureux et improgressif de qui j’ai parlé bien souvent. Il n’a pas son pareil pour dire à une femme : « Je vous home » de manière à faire tressaillir les nouvelles couches. Gugusse reconnaît sans hésiter que c’est ainsi qu’il faut déclarer son amour aux duchesses. M. Randoux, qui paraît dans un acte seulement sous les traits de Louis XIV, y met de la dignité et des qualités de diction qui rappellent ses origines classiques.
La mise en scène est brillante et mouvementée. Je signale surtout le combat dans la ferme de Saint- Rémy au quatrième tableau; on y tire de vrais coups de fusil et de grenades dont l’explosion fait merveille. C’est un vrai tableau militaire qui rappelle l’ancien Cirque et qui fait monter dans les cerveaux l'ivresse de la poudre.
CCCCLXXXII
Gymnase.
12 septembre 1877.