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LES MENUS-PLAISIRS DE L’ANNÉE

Revue à spectacle en trois actes et dix-sept tableaux, par M. Clairville.

La revue du théâtre des Menus-Plaisirs est une des plus amusantes et des mieux montées qu’on ait vues depuis longtemps.

A quoi tient le succès de ces sortes de panoramas rétrospectifs qui vous rappellent les menus événements de l’année qui va finir? A bien peu de chose, à un rien qui est tout, comme dans le kaléidoscope : au choix des couleurs, à l’agencement des graines colorées qui roulent Tune sur l’autre sans lien et sans plan. Un couplet réussi, un mot piquant, une rencontre heureuse, de Là-propos, çà et là un peu d’esprit, — pas trop, cela gâterait le plaisir comme l’excès de citron fait tourner les mayonnaises, — voilà qui suffît à plaire au public, à défaut de pièce, d’action et d’intérêt. On serait embarrassé de prétendre que le cadre de la revue des Menus-Plaisirs soit plus ou moins nouveau ; car il n’existe pas. Tout ce que j’ai compris c’est que le Soleil vient visiter la Terre qu’il ne connaissait que de loin, en compagnie de la planète Mars, qui cherche sa Lune dérobée par l’Observatoire.

Devant ces deux compères, défilent les menus plaisirs de l’année etmême quelques-uns des années précédentes. L’Exposition universelle, le discours d’Alexandre Dumas sur le prix de vertu, les Nubiens du Jardin d’acclimatation, V Assommoir de M. Émile Zola, la salle des dépêches du Figaro , les petits journaux à un sou,

les cafés chantants, etc., etc., défrayent, l’un après l’autre, la verve de cet inépuisable chansonnier qui s’appelle Clairville.

La revue des Menus-Plaisirs comporte une cinquantaine de personnages, représentés par quelques-uns des meilleurs artistes des Variétés : Mmes Thérésa, Gabrielle Gauthier, Angèle, Berthe Legrand, Leriche, Stella; MM. Dailly, Guyon, Deltombe, Daniel Bac, Deschamps, Blanchet, etc., etc.

On s’est beaucoup amusé à la scène de l’Assommoir, où Mmc Thérésa joue Gervaise, M. Guyon Coupeau, M. Deschamps Lantier, et M. Deltombe Mes Bottes. Il était bon de faire apparaître au naturel ces quatre héros de M. Emile Zola dans une parodie, ne fût-ce que pour démontrer qu’on ne les supporterait pas au sérieux. Un rondeau, qui raconte la vie de Gervaise, chanté par Mme Thérésa avec un accent presque tragique, a été redemandé.

La chanteuse populaire a dit ensuite une pochade de son ancien genre, la Femme-Canon, qu’elle chante au milieu des spectateurs de la première galerie avec sa crâne rie ordinaire.

Mme Gabrielle Gauthier a fait bisser l’amusante romance du Nubien, qu’elle dit avec beaucoup de grâce et d’esprit.

Mlle Angèle, chargée des trois rôles de la Bevue, de la Femme-avocat et du Fandango, y est fort agréable à voir sous de pittoresques costumes, et chante avec verve le rondeau qui consacre le succès du ballet de Gaston Salvayre.

Enfin, Mlle Berthe Legrand a eu sa part de succès dans une imitation très fine et très réussie de Mmc Chaumont dans le premier acte de la Cigale. Le public parisien a la passion de ces interprétations d’une artiste par une autre; il aime à ressaisir ainsi l’ombre du plaisir qu’il a déjà goûté.

Il y a beaucoup de costumes, très riches et très gais, et de nombreux décors passablement brossés, avec des changements à vue; tout ce qu’il faut pour ramener la foule au théâtre des Menus-Plaisirs.

DX

Théatre-Italien. 10 décembre 1877.

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