‹ Les mille et une nuits parisiennesChapitre 18 sur 37 · LA ROBB DE LA · texte numérisé non relu

LA ROBB DE LA

a«S ABAME Radegonde faisait bien les choses SIEb quand elle était éblouie par un diamant. Quoique fort peu yêtue, elle monta deux étages pour réveiller sa cuisinière.

Cette âlle descendit presque aussitôt pour faire un simulacre de souper, un vrai souper de théâtre avec des fleurs et des fruits artiâciels.

On avait eu le pot-au-feu pour diner; la cuisinière ât un bœuf à la vinaigrette panaché de sardines et d'œufs durs.

Il restait même un bouquet de persil pour donner un air cliampètre. Jamais salade russe n'avait fait plus de plaisir à Robert. Naturelle-

ment on arrosa cela d'une bouteille de vin de Champagne. Les marchandes à la toilette en ont toujours en réserve pour fournir à ces dames. M""^ Radegonde s'était attablée à droite de Robert, qui avait à sa gauche Mathilde. Robert ne lui fit qu'une bien petite part et Mathilde lui donna la moitié de la sienne. Le souper fut très-gai. On retrouva un pot de confitures que Mathilde et Robert mangèrent dans la même cuiller « à tour de bec, » comme disait M™® Radegonde.

On eût bien bu une seconde bouteille de vin de Champagne, mais il n'y en avait qu'une à la maison cette nuit-là. On ne fut donc pas heureux jusqu'à perdre la tète.

— Après cela, dit la marchande à la toilette, quand on est amoureux on n'a pas besoin de vin de Champagne pour se griser.

Robert se demanda sérieusement s'il était amoureux de Mathilde.

La belle chiffonnière avait baissé les yeux et semblait elle-même questionner son cœur.

— Une lettre ! dit-elle tout à coup. Robert et M™^ Radegonde, qui ne comprirent

pas, se tournèrent vers Mathilde avec curiosité.

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— Oui, une lettre que je viens de trouver dans la poche de la robe.

Elle n'osait encore dire de ma robe.

— Elle est bien bonne, celle-là, dit la marchande à la toilette.

— Une lettre avec un cachet, reprit Mathilde. Voyez !

Elle passa la lettre à Robert.

— Oh! oh! dit-il, un cachet en cire bleu de ciel avec une couronne de comte.

— Je vois ce que c'est, dit M"^® Radegonde.

— Comment vous voyez ce que c'est, est-ce que vous êtes somnambule ?

— Pardieu, il ne faut pas être bien maligne, sans être somnambule, pour comprendre comment cette lettre était dans la poche de la robe. La princesse n'aura pas voulu la lire, parce qu'elle savait déjà la chanson.

— Mais comment devinez-vous cela ?

Mathilde ouvrait de grands yeux, comme

si on parlait une langue qu'elle comprit mal.

— Vous voyez bien, reprit à la marchande la toilette, que, puisque cette lettre porte un cachet de comte, ce n'était pas le duc qui écrivait à la princesse.

— On lit toujours une lettre amoureuse, dit Robert.

— Excepté quand on sait ce qu'il y a dedans.

— On ne sait jamais, puisque l'amour est toujours l'imprévu du lendemain.

— L'imprévu pour les ignorants, mais pour ceux qui ont fait leurs humanités dans le sacré collège.

Robert retournait la lettre, il relisait la suscription :

Madame ,

Madame la Duchesse Charlotte

en son hôtel.

— Comme cette lettre sent bon, n'est-ce pas?

dit Matliilde à Robert.

— C'est un miel. On en mangerait.

— Et quel papier? dit M™^ Radegonde en prenant la lettre à son tour. Du vrai parchemin. Papier anglais. Mes enfants, voyez-vous, tout ce qui se fait de bien vient de là-bas : demandez à Cora Pearl.

■— Mais non, puisqu'elle est venue faire Tamour

— Mon panier a été souvent une boite aux lettres, dit Mathilde en s'animant; c'étaient mes romans, je lisais cela avec passion quand c'étaient des lettres d'amour, mais seulement quand c'étaient des lettres de gens bien élevés. Par malheur, — je n'en avais. que des morceaux, — comme pour mes robes.

— Je vous parie , reprit M™® Radegonde,

que cette lettre à la duchesse est une lettre brûlante.

— Qui vous dit que ce n'est pas une lettre d'une comtesse à une duchesse?

— Allons donc, ce n'est pas là une écriture de femme, c'est une écriture d'homme, — et une écriture d'homme amoureux. Je m'y connais, car dans mon temps — et il n'y a pas un siècle — j'ai reçu des lettres en veux-tu en voilà, tu n'en veux plus, en voilà encore.

— C'est une écriture bête, dit Robert.

— C'est une écriture à coups de sabre, dit M«»® Radegonde.

— Certes, reprit Robert, Don Juan ni Lovelace n'écrivaient ainsi. C'est peut-être pour

cela que la dame n'a pas décacheté la lettre.

M™® Radegonde fit cette réflexion que peut-être la princesse avait reçu la lettre au moment où son mari rentrait, ou pendant que son confesseur était là, — ou à Tlieure des visites. — Elle l'avait cachée dans sa poche. Et elle l'avait oubliée. Et elle avait donné sa robe à sa femme de chambre. Et la femme de chambre, bien convaincue qu'il n'y avait pas de billets de banque dans la poche, avait vendu la robe sans même y fouiller. Le hasard des choses !

Là-dessus, M™*' Radegonde passa la lettre à Mathilde en lui disant :

— Ma belle enfant, c'est à vous à la lire.

— Jamais, dit Mathilde, nous n'avons pas le droit de lire cette lettre, il faut la porter à la princesse.

Robert regarda M'^<^ Radegonde, comme pour lui dire : « Eh bien, ma chère, c'est pourtant une chiffonnée ramassée dans le ruisseau qui nous donne une façon de savoir-vivre. » En effet, sans le cri de conscience de Mathilde, on eût brisé le cachet pour arracher un secret à la princesse.

— Mais moi, dit Marguerite, j'étais comme

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un confesseur. Je n'ai jamais révélé ce que je lisais dans les lettres déchirées. J'étais coupable de curiosité, mais je gardais cela pour moi. Il faut bien que tout le monde vive. Je n'avais pas autre chose pour amuser mon cœur.

Robert regarda Marguerite avec admiration.

Il pensa que celle qui parlait ainsi d'amuser son cœur n'était pas la première venue.

— Qui sait, dit-il, si je n'ai pas mis la main sur une vraie femme !

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