‹ Les mille et une nuits parisiennesChapitre 20 sur 37 · QUAND ON NE S*AIM£ PAS · texte numérisé non relu

QUAND ON NE S*AIM£ PAS

égorger nos voisines, dit la marchande à la toilette. Passez dans le salon ; cachez M"® Mathilde dans une armoire à robe. Au moins, s*il le faut, nous irons prêter main-forte à Fleur du Mal.

— Oui, dit Robert en s*élançant vers la porte d'entrée.

Dès qu'il l'eut ouverte, une femme ensanglantée entra précipitamment.

— Le lâche, dit-ellè à plusieurs reprises, il m'a battue comme un chien.

M"® Fleur du Mal était encore jolie, quoiqu'elle eût un œil poché et le nez en sang.

Robert allait suivre la nouvelle venue quand il entendit du bruit dans l'escalier.

C'était l'amoureux.

Il alla droit à lui.

— Monsieur, on ne bat plus les femmes.

— Monsieur, je donne des leçons et je n'en reçois pas. Allez vous coucher.

L'amoureux de Fleur du Mal avait une canne, Robert avait un bougeoir.

Sur ce mot, allez vous coucher, Robert s'imaginant qu'il avait affaire à un homme mal élevé, lui passa le bougeoir sous la moustache.

172 COMMENT ON s'AIME

L'amoureux leva sa canne, mais Robert la saisit.

— Monsieur, dit l'amoureux, de quoi vous mêlez-vous? Est-ce que'vous êtes un officier de paix?

-*- Non, monsieur, j'aime la guerre; vous le voyez bien, puisque je vous désarme, mais demain, si vous n'êtes pas le dernier des hommes, je vous donnerai un coup d'épée.

L'amoureux, qui s'était un peu grisé de vin de Champagne, d'amour, de jalousie et de colère, parut comprendre la gravité de l'aventure.

Il prit une carte et la remit à Robert.

— Tenez, monsieur, maintenant vous pouvez me rendre ma canne.

Ce que fit gracieusement Robert en regardant la carte.

Le Vicomte DE VIELCHATEL

3, rue de l'Université.

QUAND ON NE s'AIME PAS. 173

Après avoir lu, Robert passa sa carte à son tour.

ROBERT AMILTON

lo, rue du Cardinal Fesch.

Le comte de Vielchâtel lut ce nom jusqu'à trois fois, tout en regardant Robert, qui avait meilleure mine que son nom.

— Il manque un H, dit-il avec une pointe d'impertinence.

— Peut-être, dit Robert en souriant, mais l'épée ne fera pas défaut.

Robert rentrait dans l'appartement quand il s'aperçut que M. de Vielchâtel le suivait.

— Mais, monsieur, vous n'avez que faire ici.

— Comment, je n'ai que faire ici? Est-ce que vous avez la prétention de vous constituer gardien de ma maîtresse ?

— Ce n'est plus votre maîtresse, puisque vous l'avez battue comme un cocher de fiacre ne battrait pas la sienne.

174 COMMENT ON s'AIME

— Voyons, monsieur, je consens à un duel avec vous, bien qu'il manque quelque chose à votre nom ; mais, de grâce, ne vous faites pas avec moi professeur de belles manières. Vous comprenez bien que si je veux revoir cette femme, ce n'est plus pour la battre.

— Ah! si c'est pour la panser, j'y consens.

On fit deux pas en avant. On entendait

M"® Fleur du Mal qui parlait très-haut et qui racontait d'une voix entrecoupée de sanglots qu'elle était la plus malheureuse des femmes.

La lumière du bougeoir frappa à vif sur la table de la salle à manger, où M™« Radegonde avait laissé la lettre de Roméo à Juliette.

Quoique le vicomte de Vielchâtel ne s'inquiétât pas beaucoup à cette heure du mobilier de l'appartement, le hasard fit tomber ses yeux sur cette lettre.

Il s'arrêta, il regarda mieux et se pencha pour la saisir.

— Qu'est-ce que cela ! dit-il tout surpris, une lettre adressée à la princesse Charlotte.

Il commença à lire.

— Que faites-vous? dit sévèrement Robert.

— Monsieur, cette lettre est à moi.

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