‹ Les mille et une nuits parisiennesChapitre 30 sur 37 · DU PARADIS PERDU · texte numérisé non relu

DU PARADIS PERDU

lent plus, car elles se couvrent de transparences.» Ces transparences coûtent très-cher ; mais quand les femmes se cachent sous la soie, ce n'est pas Lon marché. Les Chinois ont raison d'appeler le mûrier /'arfir^ d*or. Mais est-ce bien l'arbre doué de la bénédiction de Dieu ? Combien de malédictions conjugales !

le luxe ! effroi et sauvegarde des nations !

LuxuSy luxuriari, luxe, luxure, luxuriant. C'est le même mot, c'est la même fête des yeux, c'est la même surexcitation et le même énervement.

Adorable et fatale superfluité, terrible et voluptueuse luxuriance ! Jésus-Christ s'est habillé de sa croix pour consoler ceux qui portent le manteau de saint Martin et pour prêcher ceux qui s'enroulent dans les étoffes somptueuses : « Malheur à vous, riches ! Vous ne trouverez que le néant sur la terre. » Et saint Paul a dit aux Romaines : « Vous toutes qui avez deux robes, n'oubliez pas celles qui vont toutes nues. » Que dirait saint Paul aujourd'hui aux Parisiennes qui ont quatre robes ?

Et pourtant, qui oserait plaider tout haut contre le luxe? L'Egypte, la Perse, la Grèce, l'Italie ne deviennent de grandes nations que

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dans les enivrements du luxe. On peut répondre aux Spartiates par les Athéniens. Cyrus a vaincu les fastueux Assyriens; mais César le fastueux n'a-t-il pas vaincu les barbares? Les Sybarites ne furent pas des conquérants, mais le Sybarite qui s'appelait le maréchal de Saxe passait comme la foudre à travers l'ennemi.

Ne croyez pas qu'il ne faille accuser que les femmes ; les hommes ont aussi la fureur du luxe visible.

Autrefois, c'était le bon temps; les hommesn'avaient d'autres soucis que de se décorer la boutonnière de fleurs naturelles : c'était le sourire de la nature. Aujourd'hui, il leur faut des rubans de toutes les couleurs. Ils ne dédaigneraient même pas la faveur rose. Il n'y a pas de principauté en miniature, comme Monaco; il n'y a pas de république invraisemblable, comme celle du Honduras, qui ne fasse porter ses couleurs à toute la légion des vaniteux, au point que n'être pas décoré c'est une distinction.

Ce n'est pas tout. Ceux qui ne peuvent pas porter les couleurs du Honduras ou de Monaco, ceux qui n'ont ni la médaille de Sainte-Hélène, ni la médaille militaire, ni la médaille de sauve-

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