‹ Les milles et une nuits, contes arabes;Chapitre 10 sur 41 · LXX^ NUIT · texte numérisé non relu

LXX^ NUIT

« Sire, votre majesté peut aisément s'ima[;iner qu'HindJ^ad ne fut pas peu surpris du compliment qu'on lui faisait. Après le discours qu'il venait de tenir , il avait sujet de craindre cpie Sindbad ne l'envoyât

* Le lecteur ne Irouvcra plus à chaque nuit : 3/a chère seeiir, si tous ne dormez pas , etc. Comme cette répétition a choqué plusieurs personnes d'esprit, on l'a rjlranchce pour s'acconiU:Cder à leur délicatesse. Le traducteur espère que les savans lui pardonneront l'infidélité qu'il fait en cela h son original , puisqu'il a d'ailleurs si relif^ieusement conservé le caractère de ces contea, et qu'il a rendu pav là son ouvrage digne de leur bibliothèque.

chercher pour lui faire quelque mauvais traitement : c'est pourquoi il voulut s'excuser sur ce qu'il ne pouvait abandonner sa charge au milieu de la rue ; mais le valet de Sindbad l'assura qu'on y prendrait garde , et le pressa tellement sur l'ordre dont il était chargé , que le porteur fut obligé de se rendre à ses instances.

Le valet l'introduisit dans une grande salle , où il y avait un bon nombre de personnes autour d'une table couverte de toutes sortes de mets délicats. On voyait à la place d'honneur un personnage grave , bien fait , et vénérable par mie longue barbe blanche ; et , derrière lui , était debout mie foule d'officiers et de domestiques , fort empressés à le servir. Ce personnage était Sindbad. Le porteur , dont le trouble s'augmenta à la vue de tant de monde et d'un festin si superbe , salua la compagnie en tremblant. Sindbad lui dit de s'approcher ; et , après l'avoir fait asseoir à sa droite , il lui servit à manger lui-même ; et lui fit donner à boire d'un excellent vin , dont le buffet était abondamment garni.

Sur la fin du repas, Sindbad , remai'quant

que ses convives ne mangeaient plus , prit la parole , et , s'adressant à Hindbad , qu'il traita de frère , selon la coutume des Araires lorsqu'ils se parlent familièrement , lui demanda comment il se nommait , et quelle était sa profession. « Seigneur , lui répondit-il , je m'appelle Hindbad. » « Je suis bien aise de vous voir , reprit Sindbad , et je vous réponds que ma compagnie vous voit aussi avec plaisir ; mais je souhaiterais d'apprendre de vous-même ce que vous disiez tantôt dans la rue. » Sindbad , avant que de se mettre à table , avait entendu tout son discours par la fenêtre : et c'était ce qui l'avait engagé à le faire appeler.

A cette demande, Hindbad, plein de confusion , baissa la tête , et repartit : « Seigneur , je vous avoue que ma lassitude m'avait mis en mauvaise humeur, et il m'est échappé quelques paroles indiscrètes, que je vous supplie de me pardonner. » « Oh I ne croyez pas , reprit Sindbad , que je sois assez injuste pour en conserver du ressentiment. J'entre dans votre situation : au lieu de vous reprocher vos mur-

mures, je vous plains; mais il faut que je vous tire d'une erreur où vous me paraissez être à mon égard. Vous vous imaginez , sans doute , que j'ai acquis sans peine et sans travail toutes les commodités et le repos dont vous voyez que je jouis; désabusez-vous. Je ne suis parvenu à un état si heureux, qu'après avoir soufYert, durant plusieurs années , tous les travaux du corps et de l'esprit que l'imagination peut concevoir. Oui, seigneurs, ajouta-t-il, en s'adressant à toute la compagnie , je puis vous assurer que ces travaux sont si extraordinaires , qu'ils sont capables d'ôter aux hommes les pins avides de richesses l'envie fatale de traverser les mers pour en acquérir. Yous n'avez peut-être entendu parler que confusément de mes étranges aventures , et des dangers que j'ai courus sur mer dans les sept voyages que j'ai faits ; et puisque l'occasion s'en présente , je vais vous en faire un rapport fidèle : je crois que vous ne serez pas fLichés de l'entendre. »

« Comme Sindbad voulait raconter son histoire particulièrement à cause du por-

teur, avant, ciue de comniencer , il ordonna qu'on fit apporter la charge qu'il avait laissée dans la rue , au lieu où Ilindbad marqua qu'il souhaitait qu'elle fut portée. Après cela il parla dans ces termes :

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