‹ Les mines d'étain de Pérak: (presqu'île de Malacca)Chapitre 14 sur 25 · PRÉPARATION MECANIQUE DES MINERAIS · texte numérisé non relu

PRÉPARATION MECANIQUE DES MINERAIS

En raison même de la nature des dépôts stannifères, le traitement mécanique est une opération des plus élémentaires.

Un triage grossier et un simple lavage suffisent pour séparer rétain des matières qui raccompagnent: quartz » feldspath, mica^ tourmaline et fer.

Triage. — Un premier triage se fait dans la mine même, avant que le minerai soit élevé à la surface. A cet efifet, un ouvrier armé d'un râteau à longues dents et placé derrière les mineurs ratisse les matières abattues et élimine les galets et les substances stériles trop volumineuses; les terres sont ensuite chargées dans les paniers et portées aux appareils de lavage.

Ceux-ci varient en forme et en dimensions, mais tous sont établis sur le même principe, consistant à utiliser un courant d'eau qui entraîne les matières légères et laisse se déposer les éléments plus lourds d'oxyde d'élaîn.

Canaux de lavage. — Dans les petites exploitations de montagne, appelées lampang , dont nous nous occuperons plus loin , le minerai est simplement jeté dans un fossé où un courant d'eau opère un premier enrichissement. La matière est ensuite reprise et concentrée définitivement par un lavage au plat; ce plat est identique à celui que nous avons déjà décrit pour le traitement de l'or.

Dans d'autres travaux, comme à Pappan par exemple, le fossé est garni de planches sur une longueur de 20 à 3o mètres et le lavage est facilité par un brassage au moyen d'un outil appelé chankol (fig. 3, pi. VH), qui se manœuvre comme la curette des maçons dans la préparation du mortier.

Dans les mines d'une certaine importance , le traitement mécanique se fait dans un appareil semblable à celui qui est employé dans les placers de Californie et d'Australie, et connu sous le nom de sluice-hox.

Caisse de lavage. ^-^ Aux mines de Kong-Loon, qui nous inté* ressent plus particulièrement, cet appareil consiste en une caisse en bois (fig. 1 et 2, pi. VII) formée de trois planches d'un seul jet»

de 1 2 mètres de loDg et de 4 centimètres d'épaisseur; sa laideur est de i",2 à ]a tête et de 45 centimètres à la queue; ia hauteur des parois latérales est de 8o centimètres dans la partie supérieure et de 45 centimètres à Textrémité inférieure. Elle est horizontale à la tête et se raccorde avec un petit caisson formant réservoir qui régularise le débit de Teau. L'appareil est posé à plat sur le sol avec une inclinaison variable, mais ne dépassant jamais lo degrés; la pente ordinaire est d'environ 5 degrés.

Le réservoir est séparé du reste de la caisse par un petit seuil de i8 centimètres de hauteur; trois autres traverses en bois de i6, i5 et lo centimètres sont échelonnées sur la longueur de l'appareil.

Enfin, sur le côté et à la tête du sluice est disposé un petit caisson de débourbage qui communique d'un câté avec le radier d'amont et de l'autre avec la caisse, par une petite coupée ménagée à quelques centimètres au-dessous du seuil.

Une vanne règle la dépense et maintient un niveau constant dans le réservoir. Afin d'empêcher le fond de s'user, on le recouvre quelquefois d'une doublure en zinc.

Tout l'appareil est placé sous un toit en paillotte qui abrite les ouvriers (pi. VIII).

Une caisse de ce genre coûte de 20 à 25 dollars (100 à i25 fr.] et 3p dollars (x5o francs} avec son abri.

Marche de Vopération, — Les terres à laver arrivent directement de la mine et sont jetées dans le caisson de débourbage , où trois hommes armés de râteaux les remuent et retirent les cailloux qui ont échappé au premier triage.

De là, le courant entraine les matières dans la caisse; deux laveurs placés les pieds dans l'eau (en a et 6] et munis de chankols (fig. 3) brassent le sable en tous sens, le ramenant toujours au pied du seuil : c'est là que se réunissent les parties les plus lourdes d'étain, pendant que les particules plus fines sont entraînées avec les gangues.

Un homme placé en c sur le bord de la caisse enlève avec un râteau plus petit les pierres de moindre volume qui ont franchi la première traverse. Enfin, deux autres laveurs (en d et e) reprennent sans cesse les matières qui passent, et ramènent le sable d'étain au pied des traverses.

Le personnel de chaque caisse est complété par quatre coolies occupés à dégager le radier d*aval et à enlever les matières stériles qui s'accumulent constamment à la queue de Tappareil.

Lorsqu'une certaine quantité de minerai a été amassée aq pied des traverses, celles-ci sont enlevées; les matières sont brassées de nouveau et ramenées une dernière fois contre le seuil supérieur, la vanne est fermée, et le sable d*étain recueilli est porté dans un entrepôt.

Une prise d'essai faite sur le tout^-venant apporté au caisson de débourbage nous a donné une teneur de o.g3 p. o/o eu étain; le minerai produit avait atteint 61 p. 0/0; mais cette richesse n'est pas considérée comme suffisamment élevée; aussi le minerai , avant de passer à la fonderie, est-il rapporté aux caisses, où il subit un second lavage.

Pourquoi ce complément de traitement ne se fait pas immédiatement après le premier lavage, est un mystère dont les Chinois eux-mêmes n'ont pu nous donner l'explication.

Cette dernière opération ne donne qu'un enrichissement assez faible, le minerai atteignant définitivement une teneur de 66 p. 0/0, qui peut être considérée comme la richesse moyenne des minerais de Larout.

Dans d'autres districts^ ceux de Kinta par exemple, où les grains d'étain sont plus volumineux, la séparation se fait plus facilement et les minerais dépassent parfois 76 p. 0/0.

Ce système très simple de traitement mécanique est excellent pour des matières dont les éléments offrent des différences de densité bien marquées, mais il est défectueux pour le lavage des dépôts éloignés des montagnes, qui renferment l'étaiu à l'étal de sable souvent très fin dont une quantité considérable est entraînée par le courant.

Les Chinois connaissent très bien les défauts du système et s'efforcent d'y remédier en faisant varier l'inclinaison de la caisse, la hauteur des traverses et la dépense d'eau, suivant la nature du minerai à traiter; mais les pertes sont néanmoins assez fortes.

A la mine de Kong-Loon , un échantillon de schlamms recueilli dans le radier d'aval renfermait jusqu^à 7.60 p. 0/0 d'étain^.

' Les indigènes ne prennent aucun souci de cette perte. Cet étain , à Tétat de poussière très fine, est appdé par eux ctima moudai (étain jeune); ils assurent qu'il grossira et que leurs descendants en profiteront plus tard.

Frais de préparation mécanique. 7— Le matériel de lavage de cette exploitatioD comprend cinq des appareils que nous venons de décrire; chaque caisse produit en moyenne, et par journée « 5 baquets de 180 kattis (11 2^^600), soit 9 pikouls (562'^5oo).

Le personnel est de 12 hommes par caisse, recevant chacun une rétribution de 27 cents (1 fr. 35 cent.) par jour, soit 3^, 20 (16 fr. 20 cent.).

Les frais de traitement mécanique s'élèvent donc à 35 cents par pikoul, ou 28 fr. 80 cent, par tonne de minerai de 66 p. 0/0.

Frais d* exploitation^ — La production journalière des cinq appareils est de 45 pikouls (2\8 12^^). Cette quantité de minerai a été produite par 1,200 ouvriers à 27 cents (i fr. 35 cent.), soit une dépense totale de 324 dollars (1,620 francs) par jour.

Les frais combinés d'extraction et de lavage sont donc de 7^20 par pikoul, ou bien 576 francs par tonne.

Si nous en déduisons les dépenses de traitement mécanique, il nous reste pour Tabatage et l'extraction le chiffre de 6|i,85 cents par pikoul, ou 547 f^« 20 cent, par tonne.

Prix de revient du minerai. — En résumé, les frais d'exploitation et de lavage sont ainsi répartis :

PAR PIKOUL. PAR TORNB.

doUtfs. francs.

Abatage et extraction 6 85 547 ao

Épuisement o 87 39 60

Traitement mécanique • o 35 ^8 80

Total 7 57 6o5 60

qui est le prix de revient définitif d'une tonne de minerai de 66 p. 0/0.

Si nous nous plaçons au point de vue du métal produit, nous avons :

PAR PIKODL. PAR TONNÉ, dolian. francs.

' Abatage , extraction , épuisement 10 94 875 20

. Traitement mécanique o 53 4 3 4o

Total 11^7 917 60

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