‹ Les mines d'étain de Pérak: (presqu'île de Malacca)Chapitre 3 sur 25 · HISTORIQUE. — SITUATION GEOGRAPHIQUE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — SITUATION GEOGRAPHIQUE ET POLITIQUE

De tout temps, les récits des voyageurs ont célébré les richesses métalliques de la Malaisie. D'anciens historiens parlent d'un commerce actif existant, longtemps avant Tère chrétienne, entre les peuples de l'Inde et les contrées occidentales, l'Arabie, l'Egypte » la Grèce, etc.

L'histoire sacrée nous montre les flottes du roi Salomon partant du port d'Aziongaber^, dans la mer Rouge, pour le pays d'Ophir, d'où elles revenaient, après un voyage de trois ans, chargées d'or, d'argent, d'ivoire, de bois odorants et autres produits rares, dont l'ensemble ne pouvait se rencontrer que dans les îles de l'Inde méridionale. De savants conmientateurs ont placé cet Eldorado dans l'île de Sumatra, connue autrefois sous le nom de l'ife à* Or, et des voyageurs modernes ont, aux sources mêmes, re-

^ Rois, liv. m, chap. ix, vers. 17 et 18; chap. x, vers. 11 et aa.

cueilli des légendes qui sembleraienl donner un certain poids à cette opinion. Un navigateur portugais, Fernand Mendez Pinto, qui explorait en iSSy Farchipel de la Sonde, nous dit, en parlant de Sumatra ^ : • Les habitants adirment que leurs chroniques font foi qu'en cette même ville de Lampong^ il y avait anciennement un bureau de marchands établi par la reine de Saba, dont quelques-uns tiennent qu'un bienfaiteur nonamé Naulem lui envoya une grande quantité d'or, quelle fit depuis porter au temple de Jérusalem lorsqu'elle y fut voir le sage roi Salomon. »

La presqu'île de Malacca était tout aussi connue et non moins bien partagée que sa voisine au point de vue des richesses minérales, car on la voit figurer sur les cartes de Strabon et de Ptolémée sous le» nom très significatif de Chersonèse d*Or.

Les relations commerciales de la presqu'île avec l'Occident ne firent que s'accroître avec les progrès de la navigation, et déjà à la fin du XVI® siècle les voyageurs nous représentent Malacca comme le centre le plus important de l'Inde transgangétique. Le Hollandais Jean Hugues de Linschott nous dit en effet dans ses narrations' : «On y envoie (à Malacca) tous les ans de Portugal un navire qui se met en mer un mois devant lies autres qui vont aux Indes et n'aborde en nul endroit des Indes, sinon par nécessité, mais se vient droit à Malacca pour y recevoir sa charge, qu'il remporte plus riche que nuls autres navires ne sauraient remporter. •

Entre tous les produits métalliques , l'or et l'étain étaient l'objet d'un commerce important. L'étain , qui nous occupe plus spécialement, semble avoir été surtout exploité dans le royaume de Pérak; tous les voyageurs, en effet, sont unanimes sur ce point. Celui que nous venons de citer, J.-H. de Linschott, nous dit dans son chapitre xvii : * . . . De Queda^, continuant la même côte, aa sud-sud-est, sur la longueur de 4o lieues, est la ville de

^ Voyage dé F. M'. Pinto, trad. fr., fol. 90 (Mathurin Henault, Paris, 1628).

* Lampong, aujourd'hui un district de l'extrême pointe sud-est de Sumatra, sur le détroit de la Sonde.

* Histoire de la navigation et des voyages de J.-H. de Linschott, trad. fr., chap. XVIII (Cloppenburch , Amsterdam , 1619).

* Qaeda, petit Etat indigène, situé sur la côle occidentale de la presqu'île, audessus de Pérak.

Péra sous le 4® degré et demi. Là se trouve quantité de calaëm ^, matière semblable à Tétain »

Quelques années plus tard, au conmiencement du xyn* siècle, un métis portugais, Manuel Godinho de Eredia, venu de Goaà Malacca en qualité de descohridor (explorateur) officiel des possessions portugaises en Malaisie, vient confirmer le dire de Linschott et nous fournit des détails fort intéressants ^ sur la minéralogie de la presqu'île : « La terre de Viontana^, dit-il dans ses notes, produit, outre l'or, de Targent, du mercure, du cakm, de Tétain et de grandes quantités de fer. . . L'or se trouve en grains ou en poussière dans les mines de matte. En lavant les minerais de mattê dans l'eau du fleuve, on sépare la matte et Ton recueille Tor. Il y a de Tor aussi dans les mines de sable rouge, comme celles qui se trouvent à Gelé, dans le royaume de Pam*. »

Godinho de Eredia ajoute un peu plus loin, au sujet du mercure : «Ils en tirent surtout des mines, très fertiles en calem, de Perath et de Calan ^ et de maints autres endroits. »

Un autre témoignage, encore plus récent , nous est fourni, cette fois, par le célèbre voyageur français J.-B. Tavernier, qui visita les Indes soixante-dix ans après Godinho. Nous lisons dans son

Traité des monnaies des Indes ^ : « Les monnaies de Cheda

et Pera sont d'étain et c'est le roi qui les fait fabriquer. Il ne fait point battre d'autres monnaies que Tétain. Depuis peu d'années, il en a trouvé /orce mines. Cette pièce d'étain pèse une once et demie et passe dans le pays pour la valeur de deux de nos sols ^ »

^ Galaêm du calem, du mot calm, qui, en hindou, signifie «étain».

' Malacca, l'Inde méridionale et le Caihay, trad. de M. Léon Janssen , chap. xxii, fol. 46 (Bruxelles, i88a).

^ Le nom de Yiontana, appliqué à la presqu'île, est sans doute une corruption de Vjon-Tana ou Ujon-Tana, tel qu'il est d'ailleurs écrit sur certaines cartes de Ëredia. Il vient de Tana («territoire», en malais) et de Vjon, qui est le nom d'une rivière importante au nord-ouest de Malacca. Ce district, aujourd'hui sous le protectorat anglais, est connu sous le nom de Soungi Ujong.

* Pam n'est autre que l'Etat indigène de Pahang, sur la côte ouest de la presqu'île. Gelé ou Jelei est situé sur l'un des affluents de la rivière de Pahang, et il est signalé , encore de nos jours , pour sa richesse en or.

* Perath est évidemment pour Pérak. Calan ou Kalang est l'une des principales rivières de l'Etat de Selangor.

* Voyages de J.'B, Tavernier, 2" partie (Paris, 1677).

' L'once valait 3o gr. 60 cent, et le sol était de à liards. La valeur de l'étain à

Ces mines dont paiie Tavernier prennent bientôt une extension considérable; le roi ne se contente plus d'exploiter Tétain pour battre monnaie, mais bien pour le livrer au commerce et à l'exportation, et nous voyons, à la fin du xviii" siècle, le royaume de Pérak prendre rang parmi les pays industriels.

Un historien^ du siècle dernier nous apprend, en effet, que : «Perah, pays au sud de Quedah, fournit plus d'élain qu'aucun pays des Indes. Plusieurs autres places de la côte de Malacca fournissent aussi de l'étain; Selangor et Parselor^ en sont les principales, mais les Européens y fréquentent peu, parce que les habitants ne sont guère meilleurs que ceux de Perah. »

Tous ces documents que nous ont légués les navigateurs passés, toutes ces notes de voyageurs échelonnés de siècle en siècle , nous prouvent surabondamment que depuis longtemps les peuples malais de la presquile ont signalé les métaux les plus usuels connus de nos jours et dont leur langue donne en effet une énumération assez complète :

Le fer, hesi;

L'or, amass ou mass;

L'argent, p^raA;

Le cuivre, iemhaga (emprunté à l'hindou);

Le mercure, ayer pérak (argent liquide);

Le plomb, ftma itam (plomb noir) ;

L'étain, tima poutéh (plomb blanc).

Il est à remarquer que les noms donnés à ces deux derniers métaux correspondent d'une manière frappante à ceux que leur assignaient les anciens.

Pline ', en effet, les considérait comme deux variétés d'un même métal type : •plamham», le tima des Malais. L'une des variétés, l'étain, nommée par lui ^plumbum candidunut ou ^i album 9, n'est autre que le tima pouteh (plomb blanc) de la Malaisie, tandis que

Pérak était donc, à cette époque (vers 1670), d'environ 2,200 francs la tonne, prix peu différent du taux moyen actuel.

* Histoire nniverselle,\ïv.XlV y chap. vm (Moutard, Paris, 1783).

* Parselor ou Parcdar, localité située près de Tembouchure de la rivière Kalang , dans l'État de Selangor.

* C. Plinius Secundus, Histor. mundi, lib. XXXfV, cap. xlvii : «De plumbi

metaUis ; de plumbo albo ; de nigri origine duplici Sequitur natura

plumbi, cujus duo gênera, nigrum atque candidum. Pretiosissimum candidum, a Grœcii appellatum cassiteron»

la seconde variété, ^plumham nigrum*^ correspond exactement au tima itam (plomb noir), noire plomb actuel.

Ainsi que nous le disions plus haut, Tor el Tétain étaient, de tous ces produits, ceux dont traGquaient le plus les Malais, et leurs centres les plus productifs étaient Pérak et Larout.

Situation géogmphique, — Le royaume de Pérak, qui comprend le district de Larout, est aujourd'hui Fun des plus considérables des petits Etats indigènes de la presqu'île et occupe sur la côte occidentale, un peu au-dessous de Poulo-Pinang, une région comprise entre i*" 5o' et 5° lo' de latitude nord par 99 degrés de longitude est.

Il est limité : au nord , par la province anglaise de Wellesley et le territoire de Kedah, tributaire de Siam; à Test, par les États indigènes de Kélantan et de Pabang; enfin, au sud, il est séparé de celui de Selangor par la rivière de Bernam.

Sa plus grande longueur est de 1 5o kilomètres environ sur 80 kilomètres de profondeur, offrant ainsi une superficie de 12,000 kilomètres carrés.

Topographie. — Son aspect topographique présente trois chaînes de montagnes, parallèles à la mer et d'une altitude variant de 1,000 à 2,5oo mètres.

Ces massifs montagneux, asses rapprochés les uns des autres, déterminent trois longues plaines qu'arrosent de nombreux cours d'eau, dont le plus important est Soungi^ Pérak (la rivière d'argent) , qui a donné son nom au pays.

Ce fleuve magnifique offre d'abord un parcours d'environ 70 kilomètres perpendiculaire à la mer; puis, faisant un coude à la hauteur de Dourian-Sebatang, il se dirige vers le nord, parallèlement à la côte, jusqu'aux montagnes de Patani, où il prend sa source, à une distance de 25o kilomètres de son embouchure. Le cours en est presque entièrement navigable pour des embarcations malaises, mais n'est abordable que jusqu'à Dourian-Sebatang pour des navires de fort tonnage, tels que des steamers de 5oo ou 600 tonneaux.

Les rivières Piuss et Kinta sdnt les affluents les plus importants

* Soungi, en malais, «rivière».

du Soungi Pérak et prennent toutes deux leur source au Gounong^ Rayam, dans la troisième chaine de montagnes.

. Le district de Larout, qui occupe le nord du royaume, a luimême emprunté son nom à un petit cours d eau , Soungi Larout, d'un parcours restreint, mais offrant une embouchure très large où les navires d'un petit tonnage trouvent un excellent abri.

Ces cours d'eau sont les routes naturelles du pays, pays difficile, couvert de forêts, de jungles et de marais, et qui autrement serait complètement fermé au commerce et à l'industrie.

Climat — Les conditions ciimatériques de la contrée sont excellentes, bien meilleures surtout que dans les régions méridionales de la presqu'île, où les marécages qui entourent la ville de Mdacca ont fait une triste réputation à cette partie de la Malaisie.

On n'y connaît que deux saisons : la saison pluvieuse, commençant en septembre et finissant en février, et la saison sèche, de février à septembre. Ces changements de saison n'ont guère d'influence sur la température, qui reste sensiblement la même pendant toute l'année, ne dépassant presque jamais 36 degrés et descendant rarement au-dessous de 2 4 degrés.

Situation politique, — Le royaume de Pérak a été longtemps un État absolument indépendant sous la domination de sultans et de quelques chefs, dont l'un des plus influents était leMountri ou gouverneur de Larout, chaîné plus spécialement de maintenir Tordre parmi les mineurs et de faire rentrer les impôts pour le compte du sultan.

Le travail des mines convenait peu au caractère paresseux et indolent des Malais; aussi les gouverneurs de Larout, désireux d'augmenter les revenus de l'Élat, dans lesquels ils savaient se tailler une large part, encourageaient-ils de tout leur pouvoir l'immigration des mineurs chinois. Ceux-ci arrivèrent en petit nomibre d'abord. C'étaient pour la plupart des fugitifs ayant pris part à la fameuse révolte des Thaïpeng en Chine, ou des criminels, gens de sac et de corde, fuyant la justice de leur pays. Ils vinrent et posèrent les premiers fondements de la ville chinoise à laquelle

* Gounong, «montagne»..

ils donnèrent le nom de Thaïpeng et qui est mai»lenant la caipitale commerciale de Pérak.

Tout alla bien dans les commencements : la r^on minière était vaste; les mineurs, peu nombreux, travaillaient paisiblement cote à côte, n ayant qu'une préoccupation , celle de faire fortune. Mais cet état de choses ne dura pas longtemps : à mesure que se propageait le bruit des riches découvertes faites à Larout, de nouvelles bandes arrivaient du Céleste Empire, nombreuses et rapaces, et bientôt le pays fut livré à des discordes de tous genres.

Aucune loi ne réglait l'exploitation des mines, et en eût-il existé une, le Moantri n'avait pas à sa disposition les forces nécessaires pour l'appliquer et pour maintenir Tordre dans une population turbulente et batailleuse qui, en 1871, avait atteint le chiffre de 10,000 âmes.

Chaque arrivant choisissait un terrain à son gré et l'exploitait comme il l'entendait, s'occupant fort peu des dommages qu'il pouvait causer à ses voisins; de là des disputes continuelles, qui bientôt dégénérèrent en rixes sanglantes.

Les mineurs se partagèrent en deux camps : les Sé-Kwang et les Go'Kwang, sous la direction de deux capitaines expérimentés.

Ce fut alors la guerre organisée, une gueiTe de tous les jours et de tous les instants, sans trêve ni repos.

Le Moantri, soucieux de ses intérêts « prit parti pour les plus forts, les Sé-Kwang, qui dans une journée mémorable repoussèient complètement leurs rivaux et restèrent maîtres du terrain.

Ceci se passait au commencement de l'année 1872. Quelques mois plus tard, à l'automne suivant, les Go-Kwang débarquèrent de nouveau , plus nombreux et plus acharnés que jamais. Hs s'étaient procuré des armes perfectionnées, des canons, et avaient même appelé de Chine, à grands frais, des guerriers spéciaux destinés à défendre leur cause. Ils attaquèrent les Sé-Kwang et les battirent complètement dans un combat terrible où périrent, dit-on, plus de 3,000 Chinois. Les vaincus prirent la fuite , achetèrent des vaisseaux, se firent pirates et bloquèrent la côte de Pérak.

Le Moantri, sauvegardant toujours ses intérêts, changea encore une fois d'avis et, abandonnant ses anciens amis, se prononça en faveur des vainqueurs; mais le sultan comprit qu'il ne pouvait rien contre de pareilles discordes et sollicita l'appui du gouvernement anglais. Celui-ci expédia quelques navires de guerre qui

eurent bientôt purgé la côte des pirates qui Tinfestaient. A la demande du sultan, un résident aurais, M. Birch, fut placé à sa cour, pendant qu'un assistant-résident était chargé de maintenir l'ordre à Larout; puis l'Angleterre retira ses vaisseaux, après s'être fait payer son concours par la cession de l'île de Pangkore et d'une bande de terre située vis-à-vis, sur la côte de Pérak.

A partir de cette époque, les Chinois se tinrent à peu près tranquilles. Il n'en fut malheureusement pas de même des Malais : des dissentiments éclatèrent bientôt entre la cour du sultan et le résident, et finalement celui-ci fut assassiné (2 novembre 1875).

Le gouvernement anglais expédia aussitôt un détachement de troupes. Quelques-uns des coupables furent pris et pendus; le sultan, convaincu d'avoir laissé faire, sinon encouragé le crime, fut déporté aux îles Seychelles, ainsi que trois autres personnages, parmi lesquels se trouvait le Maanin de Larout.

L'Angleterre imposa son protectorat et confia le pouvoir au rajah Mouda Yusuph, l'héritier présomptif, qui prit le titre de régent

C'est le souverain actuel; à ses côtés, l'aidant de ses lumières et de ses conseils, est un nouveau résident, M. Hugh Low, dont la grande habileté et la profonde connaissance du caractère malais sont des garanties de sécurité et de progrès. La haute direction et le contrôle des affaires du pays appartiennent au gouvernement des « Straits Settlements • établi à Singapore. •

Un Conseil d'État, présidé parle rajah Mouda et composé du résident, de l'assistant-résident et de quelques notables malais et chinois, est chargé d'étudier les besoins du pays et d'élaborer les lois.

Les difiércnts districts ont été placés sous l'administration de fonc^ tionnaires européens, ayant sous leurs ordres des chefs indigènes ralliés au nouveau régime. Un corps de police armée, composé d'hommes originaires des Indes anglaises et répartis sur plusieurs points, assure la sécurité la plus complète dans toute l'étendue du royaume. Des routes ont été construites, des rivières rendues navigables; des communications postales et télégraphiques ont été établies entre les points importants.

Sous cette impulsion, les districts miniers de Larout ont pris un développement considérable; d'autres, plus riches encore, ont été découverts dans la région de Kinta. La population chinoise, abandonnant ses passions et son humeur belliqueuse, s'est mise

sérieusement au travail et maintenant le petit État de Pérak est en bonne voie de devenir le centre de production d'étain le plus considérable du monde.

DESCRIPTION GEOLOGIQUE.

Les caractères géologiques de la presqu'île de Malacca ne sont encore que fort peu connus; la principale cause de cette lacune se trouve daos les di£Qcultés d'accès à l'intérieur du pays et surtout dans les difficultés d'observation inhérentes aux régions tropicales. Une végétation dense et serrée recouvre complètement les plaines et couronne les sommets les plus élevés, rendant ti'ès difficile la tâche du géologue.

On en est donc réduit aux observations isolées des quelques rares voyageurs qui ont exploré certains districts et aux on-dit des indigènes qui apportent parfois de l'intérieur des échantillons de roches ou de minerais.

On peut néanmoins conclure d'une façon générale que le caractère le plus saillant est la prédominance des terrains granitiques qui forment les grandes chaînes de la presqu'île.

Dans la région de Pérak, des mines nombreuses et les défrichements qui les précèdent ont, en certains points, dépouillé la nature de son voile et facilité le travail de l'observateur.

La formation de cette partie de la péninsule comprend trois groupes : les terrains éruptifs, qui constituent les massifs montagneux; les terrains de sédiment, qui apparaissent à de rares intervalles par lambeaux détachés; enfin les terrains de transport, qui recouvrent complètement les plaines.

Terrains éruptifs. — Les terrains d'origine ignée de ce groupe sont représentés par des roches granitoïdes , offrant des caractères divers suivant les localités.

En procédant de l'ouest à l'est par une coupe en travers du pays, on distingue tout d'abord (coupe n° i, pi. II) les roches qui forment la base de la petite colline d'Assam-Koumbaug, près de Thaïpeng, au centre même du district minier de Larout.

Ces roches granitoïdes présentent une texture grossière où l'élément dominant est un feldspath empâtant des cristaux de quartz

vitreux associé à de rares lamelles de mica Doir et renfermant en assez forte proportion une tourmaline brune à petits cristaux qui tapisse surtout les surfaces des fissures; des paillettes de pyrite de fer sy rencontrent accidentellement.

A mesure que Ton s'avance vers le massif montagneux qui domine la plaine de Larout, le granité se modifie et passe à l'état porphyroïde, présentant de gros cristaux prismatiques de feldspath qui donnent aux surfaces exposées à Tair une physionomie particulière; sous Tinfluencedes agents atmosphériques, les petites masses répandues dans la pâte granitique se sont décomposées les premières, laissant à nu les gros cristaux plus durs qui, s arrondissant peu à peu, font saillie sur la masse générale. Dans ces roches, le mica noir est plus abondant, ainsi que la tourmaline qui s'y rencontre en cristaux plus volumineux.

Ce même caractère porphyroïde se retrouve, non seulement dans toute la longueur de la chaîne, mais aussi dans les deux autres massifs principaux du pays et à certains points d affleurements au milieu des plaines et des vallées.

Tous ces granités sont traversés par des filons de quartz qui les parcourent en tous sens et qui sont les véritables gîtes de rétain.

Les points où nous avons noté ces roches dans la coupe n° i sont, après la passe de Gapis : quelques îlots de la rivière Pérak, Gounong Sengan, Tchangkat^ Lahat, les collines qui bordent la petite vallée de Gopeng, le massif de Boujang-Malacca et enfin les affleurements près de Tappa dans le district de Batang-Padang.

Une seconde coupe (coupe n** 2 , pi, U) , dirigée plus au nord, prend son point de départ dans le petit vallon de Kamounting, près de Thaïpeng, traverse les granités de Gounong Blakan-Parang, qui sont analogues à ceux de la chaîne principale, croise celle-ci à Gounong Biong et suit la rivière Pluss, où elle rencontre les petites collines qui bordent ce cours d'eau; mais ici les roches éruptives ont subi une décomposition , le mica y devient plus rare et disparaît même en certains endroits.

Nous avons noté le même phénomène de métamorphisme dans la passe de Gapis, où, sur une largeur de 5oo mètres environ, la roche est complètement décomposée.

' Tchanghat t. coWine 9.

Terrains de sédiment. — Les terrains de ce groupe sont représentés par des grès, des calcaires, des schistes chlorileux et des talc-scbistes.

Grès. — Les grès sont répandus par petits îlots surmontant le granité à Bouket Assam-Koumbang (coupe n® i) et à Gounong Blakan-Parang (coupe n° 2). Ce sont des arkoses très quartzeuses, qui ont subi une altération notable au contact des masses granitiques; leur surface a été décomposée et a pris une coloration jaune, tandis que le noyau intérieur a conservé son aspect primitif.

Ces grès sont complètement dépourvus de fossiles, il est donc impossible de déterminer leur âge; mais ils sont certainement plus anciens que les granités sur lesquels ils reposent, contournés et disloqués.

Schistes chloriteux, — Nous n'avons remarqué de schistes chloriteux que dans la rivière de Kerbow, où ils viennent affleurer et former de petites îles qui s'élèvent à peine au-dessus du niveau des eaux. Ce sont des schistes très feuilletés et empâtant de nombreux grains de quartz vitreux; ils traversent le cours d'eau du sud-est au nord-ouest et plongent au sud sous un un angle de 5o degrés, présentant des stratifications bien caractérisées.

Talc-schistes . — Les talc-schistes sont aussi rares que les roches sédimentaires qui précèdent. Nous ne les avons signalés que dans le voisinage de Tappa (coupe n** 1), où ils viennent affleurer au pied de la petite colline de Chemor, entre les granités qui en forment la base et les argiles ferrugineuses qui couronnent le sommet; ils sont d'un gris ardoise, assez feuilletés, mais n'offirent, du reste, aucun caractère particulier.

; Calcaires. — Les terrains calcaires représentent, dans le pays de Pérak , la seule formation sédimentaire ayant quelque importance. Nous les avons rencontrés disséminés un peu partout, par lambeaux détachés et complètement indépendants les uns des autres. Dans le voisinage de Larout, ils ne sont signalés qu'en deux points : à Gounong Pondoq, près de Gapis, sur la route de Thaïpeng à Kwala-Kangsa , et à Gounong Kourow, dans la vallée du même nom.

Gounong Pondoq, — C'est un gigantesque rocher (coupe n* i et pi. III), qui s'élève verticalement au-dessus de la plaine à une hauteur de 5oo mètres. Sa partie constituante a subi une altération profonde au contacl des roches éruptives qui l'avoisinent, et s'est transformée en un véritable marbre blanc saccharoïde, présentant en certains points de belles masses cristallines. Dans les fissures, il est recouvert d'un enduit d'ocre rouge, et les concrétions mamelonnées qui tapissent les anfractuosités renferment souvent des coquilles terrestres, des Mélanies qui sont modernes. La masse est absolument disloquée et ne présente aucune trace de stratification. Ainsi que les grès, ce calcaire est dépourvu de fossiles; son âge est donc incertain; mais il est certainement antérieur aux granités qui l'ont soulevé et métamorphisé.

Il est fort probable que cet îlot calcaire n'est pas aussi isolé qu'il le parait, et qu'il existe dans son voisinage et en d'autres points de la plaine de Pérak d'autres masses qui ont dû être nivelées par les phénomènes d'érosion et recouvertes par les alluvions, ainsi qu'on peut l'observer dans la vallée de Kinta.

Gounong Kourow, — Dans la plaine de Kourow, nous avons trouvé un deuxième pic calcaire (coupe n** 2), qui est absolument isolé au milieu des terrains granitiques et des alluvions qui recouvrent la vallée. Son aspect est le même que celui de Gounong Pondoq; il a subi les mêmes modifications et pourrait fournir un très beau marbre blaoc veiné de noir.

Vallée de Kinta. — Ces mêmes caractères se retrouvent dans la vallée de Kinta : an nord , à Gounong Jalong et à Gounong Plias (coupe n** 2), qui bordent la rivière de Kerbow, et au sud, dans toute la contrée comprise entre la chaîne de Sengan et les massifs montagneux qui déterminent les frontières du royaume de Pérak.

La formation calcaire est très répandue dans toute cette région et se manifeste par les affleurements de Penkalan-Pegou et de- Penkalan-Barou; la roche y est altérée comme à Gounong Pondoq, blanche, saccharoïde et cristalline.

On la retrouve, à l'est de Gopeng, remplie de fissures etd'anfractuosités dans lesquelles sont venus se déposer des sables stannifères entraînés des masses granitiques voisines.

Au sud, entre cette dernière localité et Boujang-Malacca,.

plusieurs pics très élevés, tels que Gounong Nipari, se dressent au-dessus de la plaine, avec les mêmes caractères de métamorphisme.

En d'autres points, comme au Kampong Barou, sur la rivière de Kampar, les calcaires n'ont subi qu'une altération très faible et présentent encore l'aspect du calcaire de montagne ordinaire d'un gris foncé.

Terrains de transport. — Ces terrains offrent un intérêt tout spécial au point de vue qui nous occupe, car ce sont les seuls qui soient exploités pour l'étain.

Ces alluvions proviennent de la décomposition des terrains primitifs qui forment les chaînes principales et des terrains de sédiment qui les avoisinent.

Elles se rencontrent dans les dépressions de la contrée, recouvrant les plaines et les vallées sur une épaisseur assez constante dans les différents bassins.

Leur composition varie d'une localité à l'autre, ainsi que nous avons pu le vérifier par de nombreux sondages exécutés en plusieurs points.

District de Larout. — Au nord de Thaïpeng, dans le petit vallon de Kamounting, où se trouvent les dépôts stannifères les plus riches du district, les alluvions comprennent, en allant de haut en bas, une mince couche végétale qui recouvre immédiatement des assises argileuses diversement colorées, jaunes, rougeâtres , grises , alternant avec de petits bancs de sable et de menu gravier; cette couche, a peu près stérile , repose sur la formation stannifère composée de grains de feldspath plus ou moins décomposé, de quartz blanc et rose et de tourmaline. Ces matières sont cimentées par une argile blanche, légère et friable qui englobe en même temps le minerai d'étain; dans la région supérieure, elles sont assez fines, mais augmentent de volume dans les régions inférieures, où elles sont associées à des galets et même à de gros blocs de granité qui ont roulé des montagnes voisines. Ce dépôt à étain s'appuie enfin sur une ai^ile blanche, plastique, appelée kongtay par les Chinois et qui n'est qu'un kaolin très pur; l'épaisseur de cette couche est assez variable et dépasse 7 mètres en certains points.

Des filons de quartz blanc et. les grès signalés sur la colline

d'Âssam-Koumbang viennent traverser ces aliuvions, mais affleurent rarement à la surface.

La composition détaillée est la suivante :

Terre végétale o",20

Argile, sable, gravier 3 3o

Dépôt slannifere 2 80

Kaolin ( Variable.)

Djehong, — Si nous descendons dans la plaine de Larout, à Djebong par exemple, entre Thaïpeng et la mer, nous trouvons comme résultat moyen de nos sondages l'allure suivante :

Matière végétale, bumus i",oo

Sable argileux et micacé 2 i5

Sable quartzeux et tourmaline 2 10

Argile jaune 1 26

Argile Uanche (?)

Dans toute son épaisseur, jusqu'au kaolin, Falluvion renferme des grains d'étain très fins, mais en quantité très minime.

Kourow. — Dans la plaine de Kourow, les conditions sont un peu différentes :

Terre végétale 6'",2o

Argile jaune trës plastique 3 00

Gravier quartzeux feldspathique o 5o

Sable gris et jaune avec tourmdine d 80

Sable jaune (?)

Les sondages n ont pas dépassé ce dernier dépôt , qui parait provenir de la décomposition et de Férosion des grès de la chaîne de Blakan-Parang, qui borne à l'ouest la vallée de Kourow.

Plaine de Pérak, — Si nous passons maintenant à la plaine de Pérak, nous trouvons dans le district minier de Salak,à la pointe

nord de la chaîne de Sengan, des dépôts offrant les caractères suivants :

Terre végétale o'",25

Argile quartzeuse 2 00

Gravier quartzeux feidspathique o 3o

Argile avec nodules ferrugineux 5 00

Couche à étain 2 aS

Cette dernière assise renferme de nombreux blocs de quartz blanc.

District de Kinta. — Dans la vallée de Kinta, les aliuvions atteignent une profondeur variant de 2 à 8 niètres. Elles sont moins argileuses que les précédentes; le terrain en général est friable, léger et se désagrège facilement sous les influences atmosphériques.

Nous viendrons plus tard à la description détaillée des couches stannifères de cette région.

Miserais. — Les métaux rencontrés le plus fréquemment dans le royaume de Pérak sont : le fer, Té tain et For.

Quelques gisements de galène ont été signalés dans le nord de la contrée, mais les renseignements précis manquent absolument.

Minerais de fer. — Les minerais de fer sont très répandus dans les différents massifs montagneux, où ils forment des amas considérables. Ce sont des oxydes, des hématites et même des minerais magnétiques, dont quelques-uns sont fort beaux , mais dont il n'est tiré aucun parti : les Malais, trop apathiques pour se livrer à une exploitation régulière, préfèrent acheter à Larout et à Pinang les fers qui leur sont nécessaires pour la fabrication de leurs outils et de leurs armes. On n'a donc que peu de renseignements sur ces gisements, dont la valeur est d'ailleurs insignifiante, étant données Tabsence complète de combustible et la diflBculté d'en tirer parti sur les lieux mêmes.

Minerai iéiain. — Le minerai d'étain de Pérak est l'oxyde connu en minéralogie sous le nom de cassitérite.

Sa couleur est en général le brun foncé; mais dans quelques districts de Kinta on rencontre une variété assez rare , d'un blanc sale, gris ou rosé, à Taspect gras et légèrement translucide. Cette variété est plus pure que Toxyde brun ordinaire.

Les échantillons un peu volumineux sont souvent bien cristallisés ; mais, lorsqu'ils ont été soumis à des transports et à des frottements trop prolongés, les cristaux ont complètement disparu, et la masse arrondie présente alors l'aspect de la variété appelée étain de bois.

Gisements. — Les nombreux filons de quartz qui traversent les terrains éruptifs sont les gisements où le minerai d'étain se trouve associé à de Toxyde de fer et quelquefois à de Tor.

Ace sujet, il est curieux de noter en passant que ces gisements sont placés dans les mêmes conditions géologiques que les fameux filons d'étain de la Cornouailles, dont la roche encaissante est aussi un granité porphyroïde à grands cristaux de feldspath, identique à celui des terrains éruptifs de Pérak.

Ces filons de quartz doivent avoir, dans certaines régions, une puissance assez considérable, à en juger par les énormes blocs qui recouvrent le fond des alluvions et aussi par les échan tillons de minerai massif trouvés parfois au pîed des montagnes. Ces échantillons sont très volumineux dans le district de Chanderiong, où l'on a découvert presque à la surface du sol des blocs d'oxyde d'étain pur pesant plus de 60 kilogranunes.

Ces filons métallifères ne sont assujettis à aucune règle de direction , mais pénètrent les masses granitiques dans tous les sens et à toutes les altitudes.

Nous avons vu presque au sommet de Gounong Boubou-Anak, à une hauteur de 1,000 mètres, une source jaillissant d'une fente de la roche et entraînant au dehors un sable assez riche en étain qui dénote le voisinage d'un gisement important.

Ces minerais en place n'ont jamais été travaillés, à cause des difficultés d'accès dans un pays neuf où l'établissement d'un matériel d'exploitation souterraine et de traitement mécanique serait fort onéreux. Jusqu'à présent, les seuls travaux existants ont porté sur les alluvions provenant de la décomposition des roches encaissantes, et des filons.

Du reste, rien ne prouve que les gîtes offriraient au mineur des conditions de richesse plus avantageuses que les dépôts des plaines.

Dans les phénomènes de désagrégation et de transport quî ont donné naissance à ces dépôts, la nature a opéré un travail de sélection : les matières encaissantes du minerai, le quarlz, le feldspath, le mica et la tourmaline, offrant des densités moindres, ont été entraînées plus rapidement et plus loin dans les parties basses des plaines; Toxyde d'étain, plus lourd, s'est arrêté à une petite distance des montagnes, où il a pu se concentrer et s'enrichir par ce lavage naturel et dès lors présenter une richesse supérieure à celle de la matrice elle-même.

La puissance, la profondeur et la teneur des couches stannifères des alluvions varient dans les différentes localités, ainsi qu'on le verra plus loin dans l'étude des districts miniers.

Près de Thaïpeng, la profondeur du dépôt au -dessous de la surface du sol est de 3 à 7 mètres, le maximum se trouvant dans la partie basse de la plaine; elle se réduit à zéro au point d'affleurement au pied des montagnes.

La puissance du dépôt varie de 2 à 3 mètres, mais sa richesse offre des écarts si considérables d'un point à un autre, qu'il est impossible de poser une règle k cet égard. Il est cependant à remarquer que la richesse des dépôts a subi l'influence des circonstances qui ont présidé à la formation même des alluvions. En effet, dans les plaines où le fond est régulier, la couche d'étaîn, fort régulière aussi, n'atteint son maximum de richesse qu'à une certaine distance, un kilomètre environ, des montagnes et non pas au pied même du massif, ainsi qu'on pourrait s'y attendre. Ce phénomène pourrait s'expliquer de la façon suivante : lorsque les filons et les roches encaissantes se sont désagrégés, leurs éléments ont été entraînés avec une vitesse proportionnelle à leurs densités, ainsi que nous le disions plus haut; les parties felspathiques, plus légères, voyageant plus rapidement, sont veuues former, dans les régions basses des plaines, les assises argileuses de kaolin que l'on rencontre à peu près partout sous les dépôts stannifères; les particules d'étain ont, pendant ce temps, continué leur marche lente et ne se sont arrêtées que lorsqu'elles ont trouvé, à une certaine distance des montagnes, une surface plane sur laquelle elles ont pu s'asseoir et se concentrer. Les grains de minerai n'y sont pas aussi volumineux que dans le voisinage immédiat des montagnes, mais la teneur moyenne est plus élevée, et c'est la seule partie du dépôt qui soit sérieusement exploitée.

Dans les petites vallées et les gorges formées par les dernières ramifications des chaînes principales, les terrains de transport possèdent souvent une profondeur assez considérable , ainsi qu^on peut le voir, par exemple, à Pappan, où des exploitations sont conduites jusqu'à une profondeur de 18 et 20 mètres. Ces gîsenâents sont les plus riches, et Ton est en droit de s'y attendre, car les érosions qui les ont formés, s*étant produites sur deux versants, ont porté sur des surfaces minéralisées plus nombreuses et plus considérables, et provoqué une concentration plus grande de minerai dans des espaces relativement restreints.

Quelles que soient les conditions de formation de ces dépôts, on peut admettre que la richesse dépasse rarement 6 p. 0/0 , qui peut être considéré comme un grand maximum.

Voici du reste quelques résultats d'essai d'échantillons recueillis dans le district de Larout :

ÉTAUf.

Mine de Kong-Loon (Kamounting) 0.9 3 p. 0/0

Mine de Toualan-Lengo (trois échantillons). • . | 1.80

Dans la vallée de Lahat (région de Kinta) , la richesse, calculée sur le cube des niatières extraites et la quantité de métal produit, a atteint le chiffre de 1 p. 0/0 comme moyenne teneur du minerai disséminé dans toute l'épaisseur de Talluvion.

Une analyse complète, due à Tobligeance de M. TerreiP, aide-

^ Jusqu'à présent les chimistes avaient éprouvé de grandes difficultés à analyser par voie humide les minerais d'étaiu à gangue très siliceuse. M. Terreil , l*éminent chef du laboratoire de chimie au Muséum d'histoire naturelle, ayant hien voulu se charger d'analyser nos minerais de Pérak , a su vaincre ces difficultés en perfectionnant les méthodes employées. Les détails de son procédé, qu il nous a obligeamment communiqués et que nous donnons ici , présenteront un grand intérêt à tous ceux qui s'occupent d'étain :

«Le minerai réduit à l'état de poudre impsdpable, par la porphyrisation , est fondu au creuset d'argent avec environ cinq fois son poids de potasse caustique et l'on maintient la fusion jusqu'à ce que l'on n'aperçoive plus de matière solide dans le liquide en fusion. On laisse refroidir, on dissout la masse fondue dans l'eau, on sursature par un léger excès d'acide chlorhydrique, qui doit tout dissoudre lorsque l'attaque du minerai a été complète; puis, dans la liqueur acide, on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré qui précipite, h l'état de sulfure,

naturaliste et chef du laboratoire de chimie au Muséum d*histoire naturelle a donné :

Acide stannique ^.43

Oxyde de tungstène (Traces. ]

Oxyde de manganèse (Traces. )

Peroxyde de fer 5.45

Alumine 1 4.2 3

Alcalis non dosés (Traces.)

Silice 75.14

Ces résultats prouvent que les minerais de Pérak ont une pureté exceptionnelle et sont complètement dépourvus du soufre, de Farsenic et du wolfram que Ton rencontre si fréquemment dans les filons d'étain d'autres pays et qui rendent le traitement métallurgique si compliqué et si difficile.

Minerai d'or, — Nous avons dit plus haut que For se rencontrait accidentellement associé aux minerais d'élain.

On le trouve surtout dans la région de Batang-Padang et principalement dans les exploitations de Chemor et de Janka, près de Tappa. Il se présente sous la forme de petites paillettes ou de grains arrondis, de très petit volume, et parfois en quantité suffisante pour payer les frais d'un lavage spécial.

Ce traitement ne s'applique pas aux terres de dépôt, mais au minerai d'étain lui-même, qui a retenu tout Tor qui l'accompagnait dans le gisement.

L'opération est très simple et consiste en un simple lavage au plat. Celui-ci est en bois, de forme ronde et légèrement conique à

rétain et les traces de métaux qui raccompagnent, ainsi qu'une certaine quantité de silice.

« On recueille le précipité , on le fait digérer dans du sulfhydrate d'ammoniaque , qui ne dissout que le sulfure d'étain ; on sépare, par fiitralion, le résidu insoluble dans le réactif et Ton précipite le sulfure d'étain de sa solution, en saturant la liqueur par de Tacide cblorhydrique.

«Le sulfure d'étain , recueilli sur un filtre, est lavé et séché ; puis on ie grille dans une capsule de porcelaine pour ie transformer en acide stannique , transformation qui n'est complète qu'après avoir soumis le résidu du grillage à l'action de l'acide azotique bouillant. On cbasse, par la chaleur, l'excès d'acide employé; enfin on calcine l'acide stannique et l'on pèse. »

rintérieur; Son diamètre est d'environ 4o centimètres; il se manœuvre avec les deux mains dans un courant ou un baquet d'eau.

La richesse des minerais en métal précieux est excessivement variable et atteint parfois 1 7 grammes au pikoul , soit 272 grammes à la tonne.

Page 1