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CHAPITRE 1 LA RECHERCHE ET L'EXPLORATION D'UNE MINE

Ce qu'est la vie de l'explorateur.—En quel temps faut-il faire les recherches ?—Les ennemis de l'explorateur. —L'équipement d'un parti de chercheurs.—Les outils qu'il faut.—Les provisions. — Comment on va au Témiscamingue et à Chibogomo.— L'arrivée au champ d'exploration.— L'installation. — Indications qui peuvent guider l'explorateur. — Indications géologiques, locales, archéologiques et magnétiques. — L'appréciation de la valeur d'une mine.

À ce moment où tant et tant de chercheurs de mines vont se mettre en route, nous avons cru qu'il conviendrait de leur parler un peu de la vie qu'ils s'en vont vivre dans les bois.

La vie de l'explorateur, dans notre province, comme dans tout notre pays est très intéressante, il est vrai, mais aussi irès dure parfois,

L'explorateur a le printemps, l'été et l'automne pour faire ses recherches. Nos hivers sont trop rigoureux pour qu'aucun se décide à les poursuivre durant cette saison. D'un autre côté, l'été, s’il ne souffre pas du froid, l'explorateur se voit mangé par les mouches noires ou les moustiques. Ce n'est pas tant des moustiques que des mouches que l'explorateur doit se défendre. Les mouches sont la grande terreur des coureurs de bois. Le meilleur moyen pour éviter ces insectes malfaisants, serait de retarder les explorations à l'automne.

Maintenant l'équipement d'un parti de chercheurs est chose très importante et qui demande b aucoup de soin. En s'organisant, on doit savoir quelle contrée on

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s'en va explorer, et se renseigner surtout, sur les moyens de locomotion dont or peut disposer. Si on se décide d'adopter la voie 1! on doit se munir de bons canots; dans ces .-s, les canots sont d'une très grande utilité, puisqu'ils peuvent contenir beaucoup d'effets, qui débarrassent d'autant les marcheurs. Si on prend la voie de terre, le grément devra ètre moins considérable pour ne pas retarder la marche du voyage. De quoi doit se composer le bagage d'un explorateur ?—Il est utile de le savoir. D'abord l'explorateur doit s'armer des outils nécessaires. L'attaque des mines ou des terrains qui les encaissent se fait au moyen d'outils qui peuvent être ceux du terrassier, pelle et pioche pour les terrains meubles et plus généralement ceux du mineur, pic, masse, pointerolle, coins, et aiguille infernale pour les terrains consistants. Après les outils, il faut penser aux provisions. Il faut savoir se passer des douceurs. Le stock ordinaire se compose de bacon, de lard, de farine, de quelques condiments et de thé. Un autre article indispensable, c'est le tabac ; qu'on ne l’oublie pas, Car on fume en explorant. Toutes ces provisions doivent être solidement empaquetées. Il reste à se procurer une tente : elle sera plus ou moins grande, selon le nombre des explorateurs. Maintenant, doit-on ajouter un fusil au bagage déjà indiqué ? — Autant que possible, il vaut mieux s'en exempter. On part, à la recherche d'une mine, on ne s'en va pas à la chasse. S'armer d'un fusil pour chercher une mine, cest un peu comme prendre un jeu de cartes pour s'aider à écrire une lettre d'affaires. En fait d'armes à feu, qu'on se contente de bons revolvers. L'explorateur doit ne pas manquer de se munir d'une ‘anne à pêche, s’il veut varier un peu son menu. Tous les lacs où les cours d’eau, qu'il rencontre sur son chemin sont très poissonneux,

Quand on a terminé les préparatifs, et que l'équipe- * ment est complet, on se met en route pour le champ des opérations. Si c'est vers le Témiscamingue qu'on se dirige, on prend le rapide de l'ouest vià le Pacifique Canadien qui part chaque soir à 9.40 de la Gare Windsor, à Montréal, et on arrive à Mattawa sur ‘es 7 heures ie, lendemain matin; on part de cet erdroit vers 9 heures, en route pour le Témiscamingue. Le terminus du chemin de fer est au Long-Sault, c'est-à-dire à cinquante milles de Ville-Marie. Au Long-Soult, un bateau conduit à Ville-Marie, où l'on arrive le mème soir vers 6 heures. C'est de Ville-Marie qu'on s'oriente le mieux pour se mettre à la recherche des mines: on peut aussi prendre le bois en descendant du convoi à Mattawa. Si c'est à Chibogomo qu'on veut se rendre, alors la question de transport est beaucoup plus compliquée. C'est de Québec qu'il faut partir vià le chemin de fer Québec et Lac St-Jean; le départ du train a lieu à 8 heures le matin; on est à Roberval le soir même vers 6 heures. On se met en route le lendemain matin pour Saint-Félicien ; on trouve là, où à la Pointe-Bleu, près de Roberval, les guides qui conduiront à bon port ceux qui les emploient. De Saint-Félicien cu de la Pointe Bleue on transporte par voitures les provisions et les canots jusqu'au Portage à l'Ours à 25 milles de Roberval, sur la rivière Chamachouan. C'est du Portage à l'Ours .jue s'effectue le départ. On prend alors la voie d'eau en suivant la Chamachouan (33 milles), puis la Chiboubiche (22 milles). La montée de cette rivière ne peut se faire qu'avec de petits canots de 15 à 18 pieds. Après ces 22 milles sur la Chiboubiche, on traverse le lac de ce nom, (4 m.) situé à 6 m. du lac Chamachouan (8 m.) d'où la rivière Nikaubau (20 m.) mène au lac de ce nom (6 m.) puis traverse unc suite de lacs de moindre importance conduisant jusqu'à la hauteur des terres (4 m.), de là on traverse plusieurs

autres petits lacs (5 m.) pour enfin arriver au grand lac Obatogoman (15 m.): puis après 10 milles de rivière et de portages on atteint la tête du lac Chibogomo (20 Im.) Le trajet s’'accomplit d'ordinaire en 20 jours.

Arrivés au terme de leur voyage, les explorateurs n'ont plus qu'à s'installer. Dans les territoires arpentés, c'est chose facile que de se placer au bon endroit, mais il n'en est plus de même quand on arrive dans une région à peine explorée, comme Chibogomo. C'est à l'explorateur de bien s'orienter. Si on a trouvé le terrain couvert par le permis de recherches qu'on a eu soin de se procurer au « Bureau des Mines », on se choisit un endroit pour élever sa tente. Un point important à ce sujet, c'est, autant que possible de s'installer près d’une rivière où d'un Jac ; -’--t -hn-e toujours facile et très utile. Si le permis cou. . .e grande superficie, il est d'usage de lever la tente tous ses jours, dans la direction où se poursuivent les recherches.

Une fois installés, les explorateurs commencent leurs fouilles. A chaque instant, on croit que la fortune qu'on poursuit, va surgir. L'espoir du succès stimule le chercheur. Il arrive souvent que les recherches demeurent infructueuses ; mais chaque jour augmente l'espoir et l'énergie. Il est intéressant de se trouver à la tombée du jour dans un camp d'explorateurs, pour les entendre se confier les émotions diverses de la journée.

Maintenant, comment se faciliter les recherches ?— On va le voir.

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Bien que la découverte d’une mine ait été souvent due au hasard, on peut se proposer de rechercher des gisements minéraux en se fondant sur certaines indications, scit scientifiques, soit historiques. Cette recherche suppose d'abord une connaissance parfaite de la minéralogie qui apprend à reconnaitre les substances minérales

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et de la géologie qui donne des indications précieuses sur les rapports qui existent entre la nature d'un terrain el les richesses minérales qu'il peut contenir d'après le mode de formation de l'écorce terrestre. Les indications qui sont susceptibles de guider utilement dans la recherche des gites peuvent être réparties en quatre groupes, suivant qu'elles ont un caractère géologique, local, archéologique, ou magnétique. Les indications géologiques sont les plus importantes. On sait par exemple que les terrains laurentiens renferment du phosphate, du fer magnétique et litanique, de la plombagine, du mica, ainsi que des granits, des labradorites, elc.; que dans la formation huronnienne on peut trouver du plomb argentifère, de la blende, de la galène (Témiscamingue); que les formations précambriennes et cambriennes renferment du cuivre, de l'oligiste, de l'antimoine, du nickeil, de l'argent et du quartz aurifère (Cantons de l'Est}; que le granit blanc et gris est répandu dans les roches éruptives qui traversent les terrains qui forment au Sud &u St-Laurent des montagnes élevées. On pourra done, connaissant la nature du terrain, fonder quelques prévisions sur la nature des richesses qu'il est possible d'y trouver. En général, la mine n'atle nt pas la surface du sol, c'est-à-dire ne présente pas d'alfleurement; dans ce cas, pour explorer le terrain dans lequel on a décidé de faire des recherches, on à recours à des sondages. On sera encore guidé par les connaissances géologiques: il faudra avoir en vue le principe de la «constance dans l'ordre de si perposition des terrains » qui constituent l'échelle classique de composition de l'écorce terrestre d'origine sédimentaire, et l'on devra s'arrêter en général quand on arrivera

à des terrains plus anciens que ceux dans lesquels on peut espérer rencontrer le gite cherché. Toutefois, ceci n'a ren d'absolu, car il peut se produire des exceptions

provenant par exemple, de la présence de failles ou de bouleversements postérieurs à la formation des terrains.

Les matières minérales peuvent se présenter dans les couches, filons où amas. Une couche est un dépot, horizontal ou inclinre, qui présente deux faces parallèles et qui peut s'étendre indéfiniment, n'étant borné que par les escarpements des montagnes. La couche présente quelquelois des étranglements, qu'on appelle €crans»; elle offre aussi des Contournements, des plissements et des cassures appelées «failles ».. On donne le nom de « replet» au changement de r‘veau de la couche. Les filons sont des assures de l'éc e dans lesquelles ont circulé des eaux chargées de substances minérales, qu'elles y ont déposées. Un amas est un dépot limité en tous sens par les matières environnantes, soil sous trois dimensions à peu près égales, soit étendu sous la forme lenticulaire entre deux couches.

Les indications locales se rallachent plutôt à la minéralogie. Elles peuvent faciliter la recherche des affleurements, d'après l'aspect des roches que l'on trouve à la surface du sol. Il est indispensable pour cela de connaitre les caractères minéralogiques des gangues, et les associations des roches : ainsi le cuivre est généralement accompagné de roches magnésiennes, de plomb, de baryte et de chaux: l'or et l'étain, de quartz : quelquelois des minérais communs servant eux-mêmes de Sangue amènent la découverte de minéraux plus rares : le fer apattique, par exemple, la pyrite de fer sont souvent les signes précurseurs de l'or, de l'argent, de la pyrite cuivreuse. Des sources salées signaleront Ja présence de chlorure de sodium: des dégagements de gaz hydrogène pourront ar 1oncer un gite de pétrole, Pour trouver ces minérais el ces gangues, on les recherchera de préférence dans les escarpements, les ravins, au fond des vallées, dans les cours d eau dont on examinera les galets et les sables : puis, on remontera de

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proche en proche au point d'où semblent provenir les matières minérales que l'on aura trouvées, et l'on pourra ainsi arriver à la découverte d'un-affleurement.

Les indications archéologiques permettent de retrouver des mines autrefois exploitées : l'étymologie du nom de certaines localités, les traces d'anciens travaux ; des bouches de galeries éboulces ct obstruées, amas de malières stériles et pauvres, provenant de trillages, pourront faciliter beaucoup les rechesches. Quelquefois ces dépôts eux-mêmes de matières slériles, autrefois abandonnées, peuvent devenir la base d'exploitation fructueuse, Avant de reprendre d'anciens travaux, il est utile de se rendre compte des raisons pour lesquelles ils ont été abandonnés : cela peut tenir à des causes politiques, à un appauvrissement de la mine ou à des difficultés d'exploitation, comme la présence d'eaux trop abondantes. Dans le premier cas, l'exploitation pourra être fructueuse. Dans le deuxième, le succès de l'entreprise est fort douteux, car la main d'œuvre qui représente la moitié ou les deux tiers des frais d'exploilation, put avoir considérablement augmenté, et, de plus, la valeur relative des produits, s'être abaissée. Dans le troisième cas, on a, au contraire, plus de chance de réussir, car les moyens d'exploitation sont plus perlectionnés de nos jours ; ou possède des engins plus puissants pour l'épuisement des eaux: de plus, les progrès ont été aussi réalisés relativement à l'enrichissement des minérais.

Ainsi, il y a au Témiscamingue, une mine de plomb argentifére qui a été abandonnée, après avoir été pourvue, de l'outillage le plus complet. A cause de l'irrégularité de la veine, l'exploitation en eut été trop dispendieuse ;

en outre de cela les voies de communication étaient trop éloignées : plus de 100 milles séparaient Ja mine de la première station de chemin de fer. Aujourd'hui que les procédés en usage sont plus perfectionnés et

plus économiques, on pourrait reprendre avec avantage ces travaux. Il resterait encore l'obstacle des diflicultés de communication ; mais, il est près de disparaitre : car nous croyons savoir qu'avant peu, le chemin de fer se rendra jusqu'à Ville-Marie. En attendant, on pourrait profiter de la voie ferrée qui traverse maintenant le nouvel Ontario, et qui dessert si avantageusement Cobalt, et toutes les petites villes qui sont échelonnées le long de sa roule.

Il y a aussi d'autres mines qui ont été abondonnées à cause de l'insuffisance de leur production. Des

travaux considérables ont été faits pour assurer l'exploitation du pétrole dans Gaspé ; mais il ya déjà plusieurs années, ils ont été suspendus. Xe pourrait-on pas dans ces cas, chercher à utiliser, les progrès faits par la science relativement à l'enrichissement des gites.

Enfin certains minérais de fer ou de pyrite nikelfère peuvent être révélés par des indications magnéliques. On procède alors aux recherches à l'aide d'une boussole, À cet-effet on trace plusieurs méridiennes sur le terrain et on les suit; en notant la déclinaison aux divers points; les variations de cette dernière par rapport à Ja déclinaison normale permettent de trouver la position de la mine.

Les travaux d'exploration du gite permettent d'apprécier sa valeur, de déterminer, d'après sa puissance et la nature des roches encaissantes la méthode d'exploitation qu'il faudra employer, et, d'examiner, avant de Commencer celte exploitation, si elle sera rémunératrice. L'appréciation de la valeur du gite est parfois assez délicate, en particulier, lorsqu'il s'agit d’un filon mince contenant un minérai disséminé dans sa gangue: on détermine dans ce cas, ce que l'on appelle «l'épaiseur réduite» ou épaisseur du minérai supposé pur et concentré en une seule veine; il suffira ensuite de multiplier le nombre qui représente cette épaisseur réduite, par le

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nombre représentant la surface correspondante pour avoir le volume du minérai à extraire ; on pourra alors calculer le poids correspondant, et, d'après le prix de la tonne, connaitre exactement la valeur du gite.

Le système d'exploitation étant choisi d'après les résultats de l'exploration de la mine, on saura apprécier, d'après les entreprises semblables déjà existantes, les frais qui en résulteront, à savoir: 1° valeur de Ja dépense du premier établissement, relative à l'installation du siège d'exploitation, dépense qui est faite une fois pour loutes, mais qu'il faut amortir au bout d'un certain nombre d'années : 2° Ja valeur des frais d'aménagement, et d'exploitation proprement dite, frais qui sont, en général, en rapport avec la qualité des produits extraits.

D'ailleurs, tout en se basant sur le prix existant, soit pour évaluer les recettes, soit pour calculer les dépenses, il ne faut pas négliger de tenir compie des modifications que peut apporter une exploitation dans une région déterminée : elle peut influer sur le prix de la main d'œuvre, la valeur des matériaux et celle des produits. Si la consommation du produit est considérée comme illimitée, la valeur de ce dernier ne produira pas de modification , mais si elle est relativement restreinte, il se produira très probablement une baisse lorsque apparaîtra une nouvelle source d'extraction. Enfin la question des transports devra être aussi examinée avec soin. D'après toutes ces considérations générales, on se formera une opinion sur la valeur industrielle de la mine, et, si l'on juge que l'exploitation en sera rémunératrice, on Pourra entreprendre l'exécution des travaux.

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