Année intercalaire
De plus, en 179, nous savons que l'esclave reçoit de 15 à 25 oboles pour l'habillement. Mais ce dernier chiffre est trop incertain, et il vaut mieux ne pas le considérer. Les deux oboles de nourriture représentent le prix de To^J^coviov et du blé ou de la farine d'orge. Nous savops que la ration journalière de l'ouvrier et sans doute aussi de l'esclave était d'un chénice et demi de blé par jour ou
(i) Homolle, Bull. Corr, Hell., XIV, pp. 480-483.
de trois chénices de farine d'orge (1). L'oj/wvtov était payé à raison d'une obole par jour et par tête. Reste donc une obole (0,16 centimes) pour le blé ou l'orge. Sans doute la valeur du chénice de blé a varié du V« au III® siècle. Mais si l'on prend les chiffres du cours du blé qui nous sont à peu. près connus, à la fin du V« siècle et au commencement du III®, on verra que le chénice 1/2 de blé n'a varié que de onze centimes à seize centimes (2). Il résulte de là qu'il faut majorer les chiffres de Letronne de près de deux oboles par jour pour se rapprocher de la vérité.
Nous ne devons pas d'ailleurs nous dissimuler que ces chiffres n'ont qu'une valeur très relative, et l'on ne saurait répondre que les choses se passaient exactement de môme à Athènes au V*^ et au IV« siècles, et à Délos cent ans plus tard. Cependant, ils nous permettent tout au moins d'apprécier le bon marché remarquable de la main-d'œuvre. Chaque esclave coûte au concessionnaire une obole de location; deux oboles de nourriture; et, si nous ajoutons deux oboles pour l'entretien et l'amortissement (nous sommes certes en-dessus de la vérité), nous arrivons au total de cinq oboles par jour, soit 80 centimes de notre monnaie. Je suis d'ailleurs coixvaincu que la moyenne dans une grande exploitation était loin d'être aussi élevée, pour cette raison que la nourriture des enfants, des vieillards, des femmes coûtait moins cher que celle des adultes. Cependant en conservant ce chiffre, on voit que les concessionnaires de mines et les chefs d'usines pouvaient aisément avoir quatre ouvriers pour un que l'on emploierait aujourd'hui.
Le bon marché de la main-d'œuvre laissait donc une grande liberté aux industriels du Laurion : ils pouvaient occuper beaucoup d'esclaves sans compromettre "leurs bénéfices. Leurs frais généraux n'étaient pas très élevés, et le revenu net de leurs travaux était pour eux moins éloigné du revenu brut, qu'il ne l'est pour les modernes. En même temps la faculté de disposer d'un chiffre d'hommes presque illimité a exercé une influence réelle sur les méthodes d'exploitation suivies par les anciens dans leurs travaux de mines. Quand on veut jugercertains de leurs procédés techniques, il convient de ne pas oublier ce point important. Lorsque nous voyons, par exemple, les mineurs s'obstiner à donner à leurs galeries les dimensions les plus
(1) HomoUe, toc. cit.
(2) Ciuiraud, Propriété foncière en Grèce, pp. 559-560.
exiguëB, oous sommes tentés de les accuser de malad d'inexpérience. Que n'ont-ils creusé, dira-ton, des gj 'grandes sections, horizontales, assez larges pour pern tPiinsport par roulage? A la vérité, s'ils n'ont pas agi de c'est qu'ils trouvaient avantage à suivre une autre métl eQet, le concessionnaire, qui n'avait que quelques année lui pour exploiter son lot, avait tout intérêt à atteîndrt vile possible les gisements qui devaient l'enrichir. Vat étroite l'y menait eu trois mois, alors qu'une galerie pi aurait demaudé six ou huit mois à ses ouvriers. C'eût éi avis, perdre un temps précieux à uu ouvrage inutile valait exploiter trois mois plus tôt un amas de belle gi faire les frais de dix porteurs de plus, que d'y arriver tr plus tard et de faire la maigre économie de dix escli main-d'œuvre ne coûtait pas assez, pour qu'on se préoct l'épargner par des procédés plus parfaits. Telle est, je ci des raisons qui firent adopter par les mineurs du La type de la galerie étroite. Pour le même motif, ils ont manœuvré à bras leurs meules de broyage ; pour le mën ils n'ont commencé qu'assez tard à installer des treuils ( tion à l'orifice de leurs puits. C'est ainsi que l'abondaii main d'œuvre, fournie à si bon compte par l'esclavagi daus une certaine mesure, non pas au rendement des mais aux progrès des méthodes d'exploitation.