CIA. I
(3) Bull. Corr, Bell., XV, p. 166; M. Homolie estime que les offrandes et le matériel du culte, en argent, avaient en 279 une valeur de 127000 drachmes : BulL Corr. HelL VI, p. 109 et suiv.
(4) Strabon, XIII, 1, 67. Athénée, V, p. 202 F. ; p. 210 E; VI, p. 230 F. ; XII, p. 540, B, ... etc.
(5) Démosthène, XXI, 1:î3.
(6) Démosthène, XXVU, 10 et 13.
(7) Lyslas, contre Eratosthène, 11.
vaisselle d'argent (1) . Quand les Athéniens mettent à la voile pour l'expédition de Sicile, c'est dans des vases d'argent qu'ils font leurs libations (2). A partir de l'époque macédonienne, le goût des objets précieux alla en se développant. Les auteurs de la moyenne et de la nouvelle comédie y font des allusions très fréquentes (3). On peut donc penser que les producteurs du Laurion trouvèrent de ce côté des débouchés pour le métal qu'ils fabriquaient, même lorsque, à la suite des conquêtes d'Alexandre, il devint plus abondant en Grèce. Il ne semble pas d'ailleurs que, même à la fin du IV* siècle, il ait rien perdu de sa valeur. Si vers 438, la valeur de l'argent eu regard de celle de l'or est dans le rapport de 14 à 1 (4), elle s'est au contraire relevée, entre 320 et 298, et se trouvait dans le rapport de 10 à 1 (5). Comme le remarque déjà Xénophon, vers 355, Tor devenant commun (6) perd de sa valeur et fait hausser le prix de l'argent. Il faut donc croire que si l'industrie du Laurion périclita, comme nous le verrons, à partir du IIP siècle, cette décadence tint beaucoup plutôt à des événements politiques qu'à des raisons purement commerciales.
L'importance capitale de l'argent a fait oublier que les mines du Laurion produisaient aussi du plomb. Le nom n'en est cité qu'une seule fois dans les auteurs. Il est cependant hors de doute que la valeur marchande n'en était pas méprisable et qu'Athènes était le principal marché de ce métal dans le monde grec. Elle en avait à sa disposition des masses considérables, 300 fois plus que d'argent, puisque 3 kilogrammes d'argent sup-
(1) Piutarque, Vie (VAlcibiade, 4.
(2) Thucydide, VI, 32. Cf. Daremberg et Saglio, Dict. des Antiquités, h p. 409.
(3) Alexis, fiagm. 2 et 59 ; DipbUos, fr. 15, 19, 66; Ménandre, fr. 24. 141,475 ; Apollodoros Gelous, fr. 3 : Philippidès, fr. 9, 27, 3 ', dans les Comicorum Àtticorum fragmenta, tomes II et III (édit. Kock).
(4) Bull. Corr. BelL, 1889, p. 172.
(5) Th. Reluach, Revue numismatique, 1893, p. 18. — Vers 250, à Délos, l'argent se maintient à 10 pour 1 : Bull. Corr, Hell., XV, p. 165.
(6) Xénophon, Revenus, IV, 10. Je crois que ce texte à lui seul suffirait à enlever toute valeur à Thistoriette contée par Douris de Samos, et qui nous est rapportée par Athénée, VI, p. 231 B. Philippe de Macédoine avait Thabitude de placer sous son oreiller une coupe d'or de 50 drachmes. Douris tire de là la conclusion que l'or et l'argent étaient très rares à cette époque. Or, dès le temps ir d'Alexandre I", fils d*Amyntas, les mines de Macédoine rapportaient déjà un talent par jour : Hérodote, V, 17.
posent la coupellation d'environ 1000 kilogrammes de plomb. Les litharges provenant de cette opération étaient, nous l'avons vu (1), transformées en plomb marchand, et celui-ci entrait dans le commerce sous forme de saumons (fig. 25), où chaque fabricant 58 — k imprimait sa mar-
que particulière. Ces saumons pesaient environ 15 kilogrammes.
Le prix du plomb à Athènes nous est connu au V^ et au <---"'''— ^ IVe siècles. D'après
^*^- ^*- les comptes de cons-
truction du temple d'Âthèna Poliade (2), en 408, le plomb se vendait 5 drachmes le talent de commerce (36.150 gr.), soit environ 13 centimes le kilogramme. Suivant une inscription de 359, il ne valait plus que 2 drachmes 4 oboles le talent, soit un peu plus de 7 centimes le kilogramme (3). Cette dernière donnée s'accorde assez exactement avec celle d'un texte des Economiques d'Aristote (4), où il est dit qu'un Athénien, nommé Pythoclès, et il s'agit sans doute ici du personnage contemporain de Démosthëne, conseilla à ses concitoyens d'acheter tout le plomb qu'ils pourraient trouver à 2 drachmes pour le revendre ensuite au prix de 6 drac'imes (5). D'après cette évaluation, le plomb serait tombé au prix de 5 centimes le kilogramme. La différence entre les prix de 408 et les prix du temps de Démosthène s'explique aisément si l'on songe qu'en 408 le Laurion était certainement dans une période de crise.
(1) V. plus haut, p. 87
(2) eu, 1, dU, fragm. C. col- II, /. 38,-41 : 2 talents à 10 drachmes.
(3) CIA, II, 834 b, col.lh ^40.
(4) Aristote, Economiques, p. 1353 a, 15 : IIuôoxXyiç *A67|vaïoç 'A67|vaioi; auveêouXeuce tov {jl4Xu€8ov tov Ix twv Aaupiwv TrapaXafiêdlveiv Trapà twv IBicoTwv TTjV TcdXiv, wffTcep èiccûXouv, BiôpayjJLOv, elra TotÇavraç aùtoùç Ti[/.7iv eÇa8pà)^(X0u outo) TcwXeïv. Susemihl acce »te la correction tov ex twv Aaupicov, proposée par Boeckb,au lieu de ex twv Toptwv. Cf. Boeckh, Laur. Silb., p. 95 ti suiv.
(5) Boeckh, Staatahaushaltung, I, p. 42 (éd. Fraenkel) est d'avis g u*il est question de Pythoclès, contemporain de Démosthène. Cf. Démosthène^ XVIII, 285; XIX, 225, 314. On trouve aussi à la môme époque mentionné dans les inscriptions un IIuôoxXtiç Souvieiiç ; CIA, II, 172 ; 808 c, /. 94 ; 809 d, /. 232.
après la défection des esclaves en 413 et les désastres de la. guerre du Péloponèse (1). Les Spartiates occupaient toujours Décélie, et les mines étaient sans doute obligées de chômer. Je crois donc que les prix du IV* siècle représentent assez exactement le cours normal du plomb à Athènes : il est clair qu'il fallait que le métal fût très abondant pour être à si bon marché. D'autre part, le projet de Pythoclès nous montre qu'Athènes était le grand marché du plomb et qu'elle aurait pu, si telles avaient été ses habitudes en matière de commerce, établir à son profit le monopole de ce métal. Rien n'indique que la proposition ait été acceptée.
Le plomb était travaillé par des ouvriers spéciaux (fjioXuêSoyosîv) (2) et servant à mille usages divers, a dû être consommé en grande quantité. La plus importante de ces applications était sans contredit le scellement des pierres d'édifices. Le fait que les Grecs ne se servaient pas de ciment et de mortier rendait nécessaire l'emploi de crampons de fer scellés au plomb ([loXugBov Tcepiyéat) (3), qui reliaient entre eux les dalles de pavage, les tambours de colonne et, en général, toutes les pierres à grand appareil des édifices publics (4). Toutes les constructions de l'Acropole ont demandé une grande quantité de plomb. Les remparts du Pirée étaient ajustés de la même manière (5). Les tuyaux de conduite deaux étaient aussi faits en plomb (6). On en retrouve à Délos par exemple, des fragments considérables encore en place, qui, dans les maisons de Tile, amenaient les eaux des toits dans les citernes ou dans les égouts des rues. En résumé, les Grecs, grands constructeurs, ont été amenés à dépenser des masses considérables de ce métal, et le Laurion pouvait satisfaire à toutes leurs demandes. Il faut ajouter que mille objets divers étaient faits aussi du même métal, que l'on a découvert dans les fouilles ou que l'on trouve mentionnés
(1) La remarque est de M. Fraenkel (Boeckb, Staatsfiaush. d, Ath. Il, p. 8. Anm., no 66).
(2) PoHux. VII, 108 : MeXuêSo^oeiV tov {i.6Xu68ov IpyotCecrÔai. Cf. CIA. II. 834 b,col. II. 1. 40.
(3) CIA. IV. 1054, b, 1. 21, 29, 43, 105 ; 1034, c, 1. 13.
(4) ClA, 1. 319j 1. 4 : MdXuêSoç to) àvÔ£{i.a> xai toÏç oea[iLOÏç tûv Xiôwv tou
(5) Thucydide^ I. 93. Cf. Hérodote, I. 186. A(6oi (riBVjpa) xal jJLoXuêSo) 8e§e[jLévoi.
(6) Cordella, Laurion, p. 106.
120 LES MINES DU LAtJRION DANS l'aNTIQUITÉ
dans les textes : vases, bottes à onguents, lampes, poids, haltères, jetons d'entrée dans les théâtres, ancres de bateaux, crayons pour tracer des lignes (1), tout cela en absorbait encore de grandes quantités. Les fouets et les lanières, dont on battait les esclaves, avaient des grains de plomb à leur extrémité. Lès machines de guerre et les balles des frondeurs en usaient également (2). On l'employait aussi à des usages moins honnêtes : les pièces fourrées en plomb n ont pas été rares dans l'antiquité (3), et nous savons qu'on vendait souvent comme argent ou comme or des objets de plomb recouverts d'une feuille mince de métal précieux. Cependant, quel que soit le nombre des usages auxquels le plomb pouvait servir, j'imagine que le Laurion en produisait encore plus qu'il n'était nécessaire. On a souvent retrouvé sur l'emplacement des ateliers antiques des masses abondantes de litharge, et c'est la preuve que les anciens n'étaient pas obligés, pour subvenir aux besoins du commerce, d'en revivifier la totalité. Il y avait surabondance de métal et c'est ce qui nous explique le vil prix du plomb dans l'antiquité.
Tels étaient les deux métaux essentiels que les Athéniens retiraient de leurs mines. On s'est posé la question de savoir s'il n'était pas possible, maintenant que les exploitations antiques du Laurion sont explorées et bien connues, d'évaluer la somme totale de plomb et d'argent que les Athéniens en avaient retirée au cours de leurs travaux. Il semble que si l'on connaissait par exemple la teneur moyenne des minerais traités par eux et la masse des scories qu'ils ont laissées sur le sol, « on pourrait » arriver par là à un calcul approximatif de la quantité d'argent » que les mines ont produite dans l'antiquité (4) ». C'est par une semblable méthode que M. Cordella, ancien directeur de la Compagnie Hellénique du Laurion, a cru pouvoir fixer à 100 francs
(1) Théophrasle, Odeurs, IX, 41 (édil, Wimmer); Aristophane, Nuées, 1065 et Scholies; CraUnos. fr. 180. 181. dans Fragm. com. Gr. (éd. Didot); Diodore, V. 36, 3; Catulle, XXII, 9. Cf. Dumont, De plumheis apud Graecos Tessens; Cordella, Laurion, p. 105-107; filûmaer. Technologie der Gewerbe und Kûnste, IV, p. 374 et sq. Pernice, Griechische Gewickte, p. 5 et sq. (Berlin, 1894).
(2) Xénophon, Anabase, III, 3, 17.
(3) Hérodote, III, 56.
(4) Rangabé, Laurion, p. 47.
près les bénéfices réalisés par les AttiénieDsft). (( En trois siècles, » dit-il, avec 13,000 esclaves, les anciens ont extrait environ » 2.100.08& tonnes de plomb argentifère, d'une valeur de » 4.171.378.600 drachmes ». Je me hâte de dire que je n'accorde aucune confiance à de pareils calculs qui n'ont qu'une fausse précision. Tout d'abord, nous ne connaissons pas la masse totale des scories abandonnées par les anciens. J'en vois fixer le poids à un million et demi de tonnes : qui peut dire qu'on ne fera pas encore de nouvelles découvertes, et qu'il ne faudra pas augmenter ce nombre? On a retrouvé en mer, au sudducapSounlou, des amas de litharge et de scories antiques ; rien ne prouve que les anciens ne se soient pas ainsi débarrassés d'une bonne part des scories qui encombraient leurs ateliers. En second lieu, comment savoir la teneur des minerais que les métallurgistes passaient au four? Il est clair qu'un minerai à 75 p. "jo de plomb laissera, après fusion, moins de résidus qu'un minerai à 30 p. %. Or, nous ignorons complètement si le minerai, enrichi par la préparation mécanique, avait 30, 33 ou 40 % de métal utile. De plus, un autre élément nous échappe : nous ne sommes pas sufTisamment renseignés sur la nature et la disposition des fours dont on se servait, pour apprécier les pertes de métal dues aux fumées (2) : une opération plus ou moins bien conduite peut faire varier ces pertes dans des proportions sensiblement difTérentes. Enfin, à supposer que l'on arrive jamais à fixer la somme de plomb d'ceuvre obtenu par les anciens, il serait bien téméraire d'en déterminer la valeur. Quelle était la teneur de ce plomb d'muvre en argent? C'est ici surtout qu'il faut se méfier des moyennes. On ne saurait en conséquence admettre des calculs de cette espèce. Nous nous rendons parfaitement compte, en constatant l'immensité des travaux anciens, de la masse ' énorme de minerais qu'ils ont extraits, mais il est chimérique de vouloir la fixer en chiffres. Au surplus, supposons que nous arrivions à un résultat quelconque : on ne pourrait jamais qu considérer en bloc, et il serait vain de vouloir estimer le prod annuel des mines, le seul qui nous intéresserait pour certai époques. Il nous serait enfin impossible de dire exactement
(1) Ces chlRrea ont été doDnés une première fois dans le livre de M. Corde La Grèce sous te rapport géologique el minéralogique, p. 109 (Paris, 18' L'auleur les elle à nouveau comme dlSnltivemenl exacts dans un article sur •nliqultis du Uurion : Mittheil. Areh. Imt. von Alhen, XIX, 1S94, p. 238.
(2) Voir plus haut, p, 80.
122 LBS MINES DU LAURION DANS L'aNTIQUITÉ
part qui en revenait à l'Etat. Il faut donc se résigner à ne jamais connaître la valeur des métaux que les Athéniens ont retirés du Laurion.
En même temps que le plomb et l'argent, on fabriquait ou on recueillait au Laurion un certain nombre de substances, sur lesquelles nous manquons de renseignements précis. Tout d'abord, les fours de fusion et de coupellation fournissaient à la médecine antique des matières employées dans la composition de certains remèdes. Telle était la lilharge (1), dont une variété portait le nom de lauriotis ou lauritis et comptait parmi les meilleures. La cadmie et la spodos étaient également recherchées pour la préparation des médicaments, dont Dioscoride et Pline nous ont laissé les formules (2). Il en est de même pour le molybdène (3) (sulfate ou carbonate de plomb). Mais il est probable que ces produits secondaires des mines d'argent n'étaient utilisés qu'en petites quantités, et n'avaieot par suite qu'un débit assez restreint.
Il en était autrement de deux matières colorantes, le cinabre et l'ocre, qui étaient très usitées dans la peinture antique. Le cinabre, to xiwàêapi des Grecs et de Théophraste (4), n'était point le sulfure rouge de mercure, mais l'oxyde rouge de plomb, bien connu sous le nom de minium. On en fabriqua au Laurion, à partir de la fin du V« siècle, selon le procédé découvert par l'Athénien (Rallias, sous l'archontat de Praxiboulos (5). Cet industriel avait remarqué dans sa mine un sable dont l'éclat trompeur rappelait la poudre d'or. 11 le recueillit et le traita par une série de broyages et de lavages. Mais en dépit de ses efforts, il n'obtint
{!) Dioscoride, Matières médicales, V. 102 (Medicorum Graecorum opéra, t. XXV, édit. Kûhn) =. Pline, XXXIII, 6,106. Pline traduit le XiÔàpYupoç des Grecs par l'expression Spuma argenti qui correspond exactement à l'idée que les anciens se faisaient de la Utbarge. Voir plus haut, p. 88.
(2) Voir la note 2 de la page 88.
(.3) Pline, XXXIV. 18,173.
(4) Pline, XXXIII, 7^115 : «Graecl minium vocant cinnabarlm. » Cf. Blûmner, Tech, der Gew. und Kiinste, IV, p. 98.
(5) Théophraste, Pierres, VIII, 59 : KaTaBeï^ai 8e cpacri xoà supeïv TViv àpyaffiav KaXXtav Tivà 'AÔTivaiov ex twv àpyupettov, ôç oWfievo; e^eiv ttjv àjjLjjLOv ^puffiov 8ià TO XajjLTTupi^etv 67rpay{jLaTeu6T0 xal auvéXeYev. 'Ettci 8'7|(7ÔeT0 oTt oùx ej'^ei, to 8e Tfjç à[jL[jLou xàXXoç èGaufiaÇe 8ià t7|v j^pcJav, ouTtoç e-TTi TYiv èpyaffiav TfjXôe TauTT^v. Où TcaXatov 8'e(7TÎv àXXà •rcepl Ittj [iLaXt^T* IvevT^xovTa elç àpj^ovxa IlpaïiêouXov 'AOT^VTjcri. Cf. Pline, XXXIII, 7,113. Voir Cambrésy, Laurion, p. 37-38.
jamais qu'une terre de très belle couleur, qui n'était autre que le minium ou cinabre des Grocs.
Le sil attique (1) était universellement réputé comme le meilleur de tous les produits analogues. C'était de l'ocre. On voit encore au Laurion les bancs d'ocre ferrugineux qui fournissaient aux Athéniens la fameuse couleur, a Dans la mine de Sakiri, on trouve des travaux très étendus circulant, sans raison apparente, dans un minerai ocreux, contenant 50 ^/o de fer, que les anciens ne pouvaient utiliser dans leurs fonderies pour en retirer le peu de plomb qu'il contenait. On ne relève même pas dans les environs de cette exploitation les traces habituelles des ateliers de fusion, c'est-à-dire les tas des scories et des débris des fours. La pauvreté des minerais que l'on y constate a dû être pour les anciens un obstacle insurmontable à la fusion, de même que la composition essentiellement ocreuse ou ferrugineuse. Selon nous, ces travaux représentent une mine de sil attique, qui n'était qu'une ocre mélangée à un peu de céruse » (2).
On s'en servait en peinture pour exprimer les clairs : Polygnote et Micon ont les premiers, au dire de Pline, employé le sil dans la peinture, mais seulement le sil attique (3). On en tirait aussi des couleurs jaunes (4).
Enfin, Pline nous cite encore au nombre des douze espèces d'émeraudes connues des anciens, celles de Thoricos. « Au soleil, elles sont claires et limpides, mais elles -ne sont pas vertes. Ces défauts sont sensibles surtout dans les émeraudes de l'Attique. On les trouve dans les mines d'argent, dans un lieu nommé Thoricos. Elles sont toujours moins grasses et sont plus belles de loin que de près; elles ont surtout le plomb, c'est-àdire qu'au soleil elles ont une apparence plombée. Une particularité remarquable, c'est que quelques-unes vieillissent, perdent peu à peu leur teinte verte, et s'altèrent au soleil (5) ». J'imagine que ces prétendues émeraudes n'étaient que des perles d'adamine, ou bien étaient taillées dans de petits mamelons de
(1) Théophraste, Pierres, VIII, 51-57 ; Dioscoride, V, 108 ; Pline, XXXIII, 12,158: « Optimum Sil ex eo quod vocatur atlicum. » Vitruve, VII. 7 : a Sil, quod graece (i>;^pa dicitur, sed quae fuerat optima atlica. »
(2) Cambrésy, Laurion, p. 39-40, p. 75.
(3) Pline, loc. cit.
(4) Pline, XXXV, 7,50.
(5) PUne, XXXVIi, 5,70. Cf Théophraste, Pierres, IV, 25.
malachite (1) ; ces deux espèces minérales soat très fréquentes au Laurion.
Ces divers produits constituaient les marchandises d'exportation du Laurion. En retour, la région des mines devait acheter tout ce qui était nécessaire à l'alimentation d'une nombreuse population ouvrière, et aussi Thuile, le bois et le charbon dont on avait besoin pour la marche des travaux de mines et de métallurgie. Pour le blé et Torge, on s'approvisionnait sur le marché d'Athènes, et on peut estimer qu'au temps de la prospérité du Laurion, la consommation de blé n'atteignait pas moins de 72.000 hectolitres (2). L'huile était nécessaire pour la nourriture des esclaves, mais surtout pour l'éclairage delà mine. Chaque homme avait sa lampe, et comme le travail ne s'arrêtait ni jour ni nuit, on peut penser qu'on en consommait une assez forte quantité. Quant .au bois, il est incontestable que la région des mines, à supposer qu'elle ait été jadis plus riche en forêts qu'elle ne l'est aujourd'hui, ne pouvait suffire à alimenter tous les fours en activité (3). 11 fallait donc en demander au dehors, et cette importation du bois au Laurion faisait l'objet d'un commerce lucratif. Démosthène reproche à Midias d'avoir manqué à ses devoirs de citoyen pour aller porter des bois aux mines d'ai^ent (4). Comme le boisage des galeries de mines ne consommait jamais beaucoup de matériaux, il est vraisemblable que Midias avait vendu un chargement de bois de chauffage. On le tirait sans doute des grandes régions forestières de la Grèce, de TEubée, de la Théssalie, de la Macédoine, de la Thrace, et aussi du Péloponèse (5).
Ainsi, l'agglomération populeuse et l'industrie du Laurion donnèrent lieu à un gros mouvement d'affaires, dont les centres principaux étaient Thoricos et Sounion, et après eux Anaphlystos. Ces trois points étaient les meilleurs ports de la région minière, et il n'est guère douteux que le transport de toutes les matières lourdes, vendues ou achetées par les négo-
(1) Cf. Berthelol, Origines de l'Alchimie, p. **2.
(t) Je calcule à raisoo de âO.OOO habitants au Laurion. Voir plus haut p. 101. (3) L*fle de Chypre fut déboisée par suite de l'exploitatioD des mines de cuivre: Strabon, XIV, 6, 5.
(4| Démosthène, XXI, 167 : ZiiXa etç xà ipY* *^ ipyupsîa êxojJLtl^s. (5) Guiraud, Propriété foncière en Grèce, p, îiOV ;>t15.
ciants du Laurion, métaux^ blés ou bois, ne se soit toujours fait par voie de mer.
Les produits des mines étaient une des ressources essentielles du commerce d'Athènes. On sait que TAttique ne suffisait pas à nourrir ses habitants : les Athéniens étaient donc tenus d'acheter à l'étranger une très grande quantité de blé, qu'ils payaient soit en argent, soit en objets manufacturés. Le Laurion faisait précisément d'Athènes le plus important marché d'argent et de plomb du monde grec. Métal monnayé^ métal en barres, métal travaillé sous mille formes, substances pharmaceutiques, matières colorantes, étaient autant de marchandises sûres de trouver preneur. Avec les poteries et les armes, c'étaient là les principaux produits de l'industrie nationale et les meilleurs éléments du commerce d'exportation. Athènes ne pouvait être un grand pays agricole ; si elle a été un grand centre d'industrie et de négoce, elle le doit pour une bonne part aux mines du Laurion.