LES MINES AU V* SIÈCLE
mines pendant le cours du V* siècle, en citant le chifire de quelques-uns des revenus annuels ; il ne nous est pas donné de dire s'ils restèrent longtemps ce qu'ils avaient été sous Tarchontat de Nicomédès. Les historiens se taisent et nous ne retrouvons de traces du Laurion dans les textes qu'à la fin même du V^ siècle, au moment où une crise redoutable va commencer. Mais il n'est guère douteux que les mines n'aient suivi l'exemple du commerce et de l'industrie, qui firent d'Athènes au temps de Cimon et de Périclès la plus riche des cités grecques.
Quand Athènes eut un puissant empire et régna sur l'Archipel, les mines furent à coup sûr activement exploitées, parce qu'alors l'argent qu'elles produisaient trouvait partout de faciles débouchés. Mais d'abord, l'ardeur patriotique qui anima les Athéniens après les guerres médiques, communiqua aux travaux de mines une grande activité. Comme le remarque un historien, « c'était faire œuvre de patriote que d'avoir des chantiers en exploitation, depuis que de la quantité d'argent ainsi extraite dépendait directement la grandeur croissante de la ville natale » (1). Une première flotte de cent trières avait été construite avec les cent premiers talents de 484 (2). Il est probable que pendant les années suivantes, les revenus des mines furent encore consacrés, au moins en partie, à l'augmentation de la flotte, et cela même après la bataille de Salamine. Diodore mentionne, pour l'année 477, un décret qui inscrivit parmi les dépenses régulières, la construction de 20 trières par an (3). Il est vrai qu'on croit généralement à une erreur de date de la part de cet historien (4). A tout prendre, cependant, il est fort possible qu'il ait raison. En effet, les grands armements de 480, l'évacuation de l'Attique par ordre de l'Aréopage, l'invasion des Perses sous Xercès, et, après la bataille de Salamine, le séjour de Mardonius en Grèce, et la seconde occupation d'Athènes en 479 arrêtèrent certainement la marche de l'exploitation au Laurion. Il ne semble pas, il est vrai, que les Perses soient descendus au-delà de la Mésogée et qu'ils aient ravagé la région des mines ;
(1; CurUus, Bistoire grecque, II, p. 261 (trad. Bouché-Leclercq) .
(2) Hérodote, VU, 144; Aristote, Constitution d* Athènes, 22; Plutarque, Thémistocle, 4 ; Polyea, I, 30, 6: Cornélius Nepos, Thémistocle, 2.
(3) Diodore, XI, 43.
(4) Curtius, Histoire Grecque, p. 261, notel (trad. Bouché-Leclercq).
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mais la vie normale, par la présence de l'ennemi dans le pays, était suspendue là comme ailleurs. On remarque que les esclaves restèrent tranquilles pendant cette guerre (1). Ne serait-ce pas précisément un indice que les Athéniens les avaient retirés des mines et emmenés peut-être avec eux à Salamine et à Trézène? Lorsque les x\théniens rentrèrent chez eux, les travaux interrompus furent repris, mais par le fait de cette interruption forcée de plusieurs années, les revenus ne furent pas sans doute tout de suite aussi élevés que par le passé. C'est pourquoi on dut se borner à construire ^ trières. Il est encore possible qu'une partie des revenus ait été consacrée soit à la reconstruction des édifices publics et des temples que les Perses avaient détruits, soit aux fortifications du Pirée.
Les années qui suivirent la guerre médique sont marquées par la fondation de l'empire d'Athènes et par l'organisation de la ligue maritime. C'est le moment où Athènes arrive à l'apogée de sa puissance et impose son autorité à l'Archipel. Mais il ne faut pas croire que les efforts des Athéniens n'aient pas eu d'autre but et d'autre résultat que de satisfaire leur orgueil et leur instinct de domination. Ils aspiraient non seulement à la suprématie politique, mais encore à la suprématie commerciale (2). (( Notre République, dira plus tard Périclès, par l'étendue de sa domination, reçoit tous les trésors du monde; nous ne profitons pas moins, pour notre jouissance, des productions des contrées étrangères que de celles de notre sol (3). » Grâce à l'empire de la mer, ce qu'il y avait de plus précieux en Sicile ou en Italie, les marchandises de Chypre comme de l'Egypte, de la Lydie comme du Pont, tout abondait à Athènes, et ce commerce international lui valait des bénéfices considérables. C'est pour en acquérir le monopole, c'est pour s'assurer les débouchés les plus vastes et les plus sûrs, que les concitoyens de Cimon et de Périclès imposèrent leur hégémonie à toutes les cités de la mer Egée, et débarquèrent sur tous les rivages de hi Méditerranée occidentale. Après la Thrace et Thasos, c'est l'Egypte qui reçoit la visite intéressée des flottes athéniennes ; un peu plus tard, c'est l'Eubée et Samos qui sont obligées de
(1) CurUus, Histoire grecque, II, p. 284 (trad. Bouché-Leclercq).
(2) Guiraud, De l'importance des questions économiques dans l'antiquitéy Revue Intern. de l'Enseig., XV, 1888, p. 225 et suiv.
(3) Thucydide, II, 38. Cf. Isocrate, IV, 42 ; Xénophon, Rép, d'Athènes, II, 11.