LES MINES AU V^ SIÈCLE
se soumettre, et toutes ces expéditions, toutes ces conquêtes sont en partie faites pour satisfaire les intérêts des marchands du Pirée et d'Athènes. Le grand mouvement d'échanges qu'amenait un commerce aussi développé, exerça à coup sûr la plus heureuse influence sur l'activité du Laurion, pendant les cinquante années qui suivirent les guerres médiques ; l'argent en première ligne, si apprécié comme objet de trafic, le plomb et tous les autres produits des mines trouvaient partout un placement facile, d'autant que, par suite de circonstances diverses, le Laurion se trouva vers cette époque la seule mine où l'abondance des gisements pût répondre à l'ardeur des travailleurs : débarrassée de toute concurrence, elle eut à peu près le monopole de la production de l'argent dans le monde grec.
En effet, des deux groupes principaux de mines à métaux précieux qui avaient précédemment gêné les progrès du Laurion, l'un avait cessé de produire, l'autre était tombé entre les mains des Athéniens. Pausanias nous rapporte que les Siphniens avaient élevé au dieu de Delphes un riche trésor avec la dîme des revenus qu'ils retir.aient de leurs mines • mais, ajoute t-il, emportés par leur cupidité, ils négligèrent par la suite de payer le même tribut, et Apollon les punit en faisant pénétrer la mer dans leurs travaux ; c'est ainsi qu'ils furent privés de cette source de richesses (1). Ce conte revient à dire qu'à un moment donné les Siphniens, en poursuivant le minerai argentifère en profondeur, avaient atteint le niveau de la mer. Or, dans leurs mines comme dans celles du Laurion, les calcaires très fissurés laissent pénétrer les eaux de la mer, surtout au voisinage du littoral : il en résulte que lorsque les gisements plongent au-dessous de ce niveau hydrostatique, il n'est plus possible de les exploiter. A quelle époque se produisit le ralentissement, sinon l'arrêt définitif, des travaux de mines à Siphnos, nous ne le savons pas exactement. Cependant Pausanias laisse supposer qu'il n'y eut pas un grand intervalle de temps entre la construction du trésor de Delphes et l'accident qui priva les Siphniens de la plus belle de leurs ressources. De plus, dans les listes des tributs payés au V® siècle par les villes delà Ligue Athénienne, Siphnos n'est portée que pour une somme assez faible : une première fois, elle est inscrite pour 3 talents (17.700 francs) ; une seconde fois, en 425, pour 9 talents
(1) Hérodote, III, 57-58 ; Fausaoias, X, 11, 2. Cf. Xénophon, Revenus, \, 5.
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(53.000 francs) (1 ). Ces taxes ne sont ni Tune ni l'autre très élevées, et ne correspondent pas à ce qu'on pourrait attendre d'une tle,qui avait passé pour la plus riche de TArchipel. Il est permis de conclure de là qu'au V*^ siècle, les mines de Siphnos avaient beaucoup perdu de leur valeur, si elles n'étaient pas encore totalement épuisées. A supposer que les tributs n'aient représenté que les revenus des mines, ce qui est peu probable, on voit qu'elles ne pouvaient guère rivaliser, par le chiSrQ de leur production, avec le Laurion. On remarque même que le souvenir des anciennes richesses de l'île s'effaça bien vite ; Xénophon semble ignorer qu'il y ait jamais eu des gisements argentifères à Siphnos (2), et plus tard, l'île devint de si mince importance qu'on la traitait, au temps de Strabon, de simple osselet (3).
Pour les mines de Thrace et celles de Thasos, les Athéniens se préoccupèrent de bonne heure de s'en assurer la possession. En 472, s'ils s'emparent de la ville d'Eion, c'est avec l'intention arrêtée de mettre la main sur la région du mont Pangée; ils s'enfoncent dans l'intérieur du pays, tentent de cerner le district des mines, et s'avancent jusqu'à Drabescos, où ils sont arrêtés par les Thraces réunis (4). De tout temps, les Thasiens avaient considéré toute cette côte de la Thrace opposée à leur île comme une dépendance naturelle de leur empire ; ils virent donc d'un mauvais œil l'installation des Athéniens sur un territoire qui leur appartenait. Toujours est-il qu'en 465, ils se détachèrent de la Ligue à l'occasion d'un différend qui s'était élevé au sujet des mines et des comptoirs qu'ils avaient sur le rivage Thrace(5). Après un siège de trois ans, Thasos dut capituler et livrer à Athènes les villes, les territoires et les mines qu'elle possédaiten terre ferme ainsi que tous ses vaisseaux (6). Ces dures conditions montrent que les Athéniens surent profiter de l'occasion qui se présentait pour confisquer lecommerce de la Thrace etles mines d'or du Pangée. Bien plus, il paraît démontré que les Thasiens furent môme dépouillés de la propriété et de la jouissance des mines que renfermait leur île. En effet, d'après la liste des tri-
(1) Boeckh, Staalshaush. der Athener, 11^ p. 79 et suiv. (édit. Fraenkel)
(2) Revenus, I, 5.
(3) S Ira bon, X, 5, 1.
(4) Thucydide, I, 98.
(5) Thucydide, I, iOO; Plutarque, Cimon, 14; Diodore, XI, 70.
(6) Tliucydide, I, lOi.