‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 24 sur 42 · LE LAURION AU Y® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE LAURION AU Y® SIÈCLE

buts du V® siècle, Thasos ne paya d'abord qu'une contribution de 3 talents. Vers 440, le tribut fut élevé à 30 talents. Boeckh, frappé par cette augmentation, a supposé qu'à la soumission de l'île révoltée, Athènes s'était attribué les droits que l'Etat avait sur les mines, et qu'elle ne les rendit à Thasos qu'au bout de trente ans (1). On a prétendu que cette augmentation du tribut thasien s'expliquait simplement par le fait que les Athéniens avaient rendu aux Thasiens une partie de leurs anciennes possessions sur le continent Thrace. Mais alors, si la République de Thasos, après la capitulation de 462, avait conservé la libre jouissance de ses mines propres, il faudrait admettre, en présence de ce chiffre de 3 talents, que ces mines étaient épuisées et ne rapportaient plus les sommes considérables du siècle précédent : la production en aurait baissé de 100 talents environ vers l'an 500 à moins de 3 talents en 462 (2). Dans un cas comme dans l'autre, que les mines de Thasos aient cessé de produire autant que par le passé, ou qu'elles soient tombées, comme celles du Pangée, entre les mains des Athéniens, elles ne pouvaient plus faire concurrence au Laurion. Ainsi parla décadence de Siphnos et de Thasos, la situation économique se trouva heureusement modifiée pour les mines attiques : elles n'eurent plus de rivales à redouter dans le monde grec. Leur prospérité s'en accrut d'autant, et la suprématie commerciale et politique d'Athènes assura partout à leurs produits une prépondérance marquée.

Enfin, nous avons une preuve de l'activité du Laurion dans l'activité générale de l'industrie sous toutes ses formes à l'époque de Périclès. Cet homme d'Etat, on le sait, pensait que le régime démocratique était incompatible avec l'oisiveté, et s'était efiorcé de procurer à tous les citoyens des ressources par le travail. Il disait que « s'il est honteux de ne pas avouer sa pauvreté, il est encore plus honteux de ne pas faire efiort pour en sortir (3). » Aussi le voit-on, dans ses grandes constructions, réserver tout le travail aux hommes libres; pour la construction de l'Erechtheion, par exemple, on constate qu'il n'y a que des citoyens et des métèques qui y prennent part (4j. Dans ces condi-

(1) Boeckb, Staatshaush. der Athener, II, p. 393 et suiv. Guiraud, Lapre^ mière Confédération Athénienne, Annales de la Faculté de Bordeaux,

(2) Hérodote, VI, 46.

(3) Thucydide, 11,40.

(4) CIA, l, 321, 324.

tioDs, il est probable que Périclës ne négligea point le Laurion qui offrait un champ si vaste aux entreprises des Athéniens. A cette époque, précisément, les gisements les plus productifs étaient mis en exploitation. La plus riche des régions minéralisées, celle du centre, s'étalait presque intacte sous le pic du mineur, protégée, comme elle l'avait été, contre toute attaque par des couches épaisses de terrains qui n*en laissaient pas soupçonner l'existence. Ce que Xénophon disait au milieu du IV^ siècle de la richesse du Laurion, s'appliquait encore plus justement au Laurion de Périclës. <( Les gisements argentifères, bien loin de diminuer, paraissent s'étendre toujours davan- , tage (1) ». Il y avait donc là des ressources presque inépuisables pour les travailleurs, si nombreux qu'ils fussent» et Xénophon ajoute, faisant sans doute allusion à l'époque ou nous sommes : (( Dans le temps où il y avait aux mines le plus grand nombre d'hommes, nul n'a jamais manqué d'ouvrage, et, au contraire, la besogne excédait la proportion des ouvriers » (2). De même, quand Plutarque mentionne toutes les industries que l'heureuse ardeur de Périclès encourageait à prospérer de leur mieux, il n'a garde d'oublier celle des mineurs (3). Sans doute, la grosse besogne était faite par les esclaves, mais les hommes libres n'hésitaient pas à se livrer eux-mêmes aux rudes labeurs de la mine. Ils avaient d'ailleurs, à côté du labeur manuel, ample matière à occupation. Ne fallait-il pas guider les recherches des esclaves, surveiller leurs équipes, éviter par une attention constante les dommages et les pertes qu'une exploitation mal dirigée ne peut manquer d'amener à sa suite? A côté de la mine, l'atelier, les laveries, les fours : ià encore, la présence du maître est nécessaire pour assurer la marche normale du travail. Enfin, pour tirer parti des produits de la mine, n'y a-t-il pas sans cesse à étudier, à chercher, à perfectionner ?

Une pareille activité ne pouvait être sans effet sur les progrès de la richesse publique. Nous ne savons pas, il est vrai, pour quelle part les revenus des mines entrèrent dans la constitution du trésor d'Athènes et de la forte réserve métallique que Périclès avait amassée à l'Acropole (4). En revanche, nous consta-

(1) Revenus, IV, 3.

(2) Revenus, IV, 3.

(3) Plutarque, Périclès, 12. Cf. Diodore, XI, 70.

(4) Thucydide, II, 13.

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