‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 25 sur 42 · LE LAURION SOUS PÉRICLÈS · texte numérisé non relu

LE LAURION SOUS PÉRICLÈS

tons que, . parmi les grandes fortunes du temps, plusieurs ont été faites au Laurion. Callias II, dont la fortune était évaluée à 200 talents (1,179,000 francs), avait gagné beaucoup d'argent dans l'exploitation des mines (1). Son fils Hipponicos louait à un entrepreneur de mines 600 esclaves, qui lui rapportaient cent drachmes (96 fr. 50) par jour, soit un bénéfice annuel de 6 talents (35,350 fr.) (2). Nicias, le général de l'expédition de Sicile, qui passait pour n'avoir pas moins de 100 talents (590,000 fr.), s'était aussi enrichi au Laurion; il louait 1000 esclaves à l'entrepreneur Sosias de Thrace, et faisait aussi travailler pour son propre compte (3). A la même époque, un certain Philémonidès était également connu pour les gros intérêts qu'il avait dans les mines (4). Il est clair que l'exemple de ces grosses fortunes était pour les Athéniens un encouragement permanent à se porter au Laurion, et que plus d'un citoyen s'engagea, à la suite de ces riches capitalistes, dans des exploitations qui pouvaient rapporter autant que le commerce maritime. Ainsi, il est hors de doute qu'au temps de Périclès, et surtout pendant les années de paix qui précédèrent la guerre du Péloponèse, le Laurion jouit d'une brillante prospérité; les circonstances* matérielles comme les conditions économiques, tout s'accordait pour assurer à l'industrie des mines un magnifique développement.

La guerre du Péloponèse vint modifier cette situation. Tout d'abord, le mouvement des affaires ne fut pas complètement suspendu. En effet, les invasions de l'Attique par les Spartiates ne furent pas toutes aussi désastreuses qu'on pourrait le croire. La première, qui se produisit au mois de juin 431, n'atteignit pas la région des mines (5), et les travaux, en dépit du voisinage des ennemis, purent continuer. La seconde, en l'an 430, fut plus grave : les Péloponésiens, sous la conduite d'Archidamos, pénétrèrent jusqu'au Sounion et ravagèrent toute la Paralie et le Laurion (6). Les dommages qu'ils causèrent aux

(i) Plutarque, Aristide, 25; Lysias, Biens (VAristophon, 48.

(2) Andocide, 1,130; Xénophon, Revenus, IV, 15; Plutarque^ Àlcibiade, 8.

(3) Thucydide, VII, 87; Xénophon, Mémorables, II, 5, 2; Revenus, IV, 14. Plutarque, Nicias, 4 ; Lysias, Biens d'Aristophon, 47.

(4) Xénophon, Revenue, IV, 15.

(5) Thucydide, II. 19. Diodore, XII, 42.

(6) Thucydide, II, 55; Diodore, XII, 45.

148 LES MINES DU LAUBION DANS l'aNTIQUITE

mines sont faciles à comprendre. Noo seulement les ouvriers des chantiers souterrains durent se disperser, mais les constructions extérieures furent sans doute ruinées. Villages, logements d'es claves, ateliers, tout dut se ressentir du passage des ennemis. Delà troisième invasion (1), qui eut lieu eu 428, nous ne savons que peu de chose. La quatrième, celle de 427, laissa, au contraire, les plus mauvais souvenirs, a Les Péloponésiens dévastèrent dans » l'Attique ce qui avait été déjà ravagé, toutes les nouvelles pro- )) ductions et tout ce qu'ils avaient épargné dans leurs premières )) courses. Cette invasion fut la plus fâcheuse qu'eussent éprouvée )) les Athéniens, depuis la seconde (2). )) Pour comble de malheur, de grands tremblements de terre, qui provoquèrent d'ailleurs le départ des ennemis, vinrent jeter le trouble dans les mines et y produisirent des éboulements, comme ceux que Ton remarque dans les travaux anciens et ceux que Ton observe de nos jours à la suite de ces cataclysmes (3). Deux ans après, en 425, eut lieu une nouvelle invasion des Spartiates sous les ordres d'Agis, mais elle fut de courte durée, et n'eut sans doute aucune conséquence grave pour le Laurion (4).

Cependant, malgré toutes ces incursions ennemies, le travail se continuait pendant les mois de répit qui les séparaient les uues des autres. Thucydide remarque en eSet qu'Athènes, avant l'occupation de Décélie, avait subi des invasions de courte durée, qui ne l'empêchaient point tout le reste du temps de tirer parti de son territoire. Il y avait un intérêt évident à exploiter les mines autant que faire se pouvait, pour procurer à l'Etat les ressources qui commençaient à lui manquer. C'était un moyen de combattre cette pénurie financière, dont la création de Viiacfo^i en 428 et l'élévation des tributs en 425 sont les témoignages. Aussi dut-on profiter avec ardeur des douze années qui, de 425 à 413, se passèrent sans invasion, pour donner une nouvelle activité aux travaux. En 424, Aristophane, dans sa comédie des Chevaliers, fait dire à un charcutier qu'il fera son possible, à force de privations, pour acheter une concession de mines (5). Dix ans plus tard, dans la comédie des Oiseaux, le poète présage

(1) Thucydide, III. 1.

(2) Thucydide, III, 26; Diodore, XII, 59.

(3) Diodore. XII, 59.

(4) L'élévation des tributs est de 425. Je ne sais si la crise de Tindustrie minière n'y est point pour quelque chose.

(5) Chevaliers, 362.

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