‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 27 sur 42 · PROJETS DE RÉFORMES DE XÉNOPHON · texte numérisé non relu

PROJETS DE RÉFORMES DE XÉNOPHON

considérez le peu d'importance des déblais de ces coteaux OÙ s'engendre l'argent. Les gisements, loin de tarir, sont de plus en plus abondants ; on ne trouve la fin des filons ni en profondeur ni en longueur (1 ). Et, de fait, Xénophon avait raison ; non point que les gisements fussent inépuisables, mais le Laurion était encore assez riche pour récompenser les frais d'une exploitation intense. Aujourd'hui même, les amas sont productifs et paraissent devoir l'être longtemps encore. D'un autre côté, on pouvait objecter à notre auteur qu'une surproduction d'argent amènerait une dépréciation du métal. Xénophon répond à cet argument qu'il n'en est pas de la production des métaux précieux, comme de celle du cuivre ou des fruits de la terre : « Qu'il y ait abondance, dit-il, de blé ou de vin, et ces denrées sont réduites à vil prix, et quand on a ce qu'il faut d'ustensiles pour son ménage, rarement fait-on de nouvelles acquisitions en ce genre. Mais l'argent, jamais on n'en possède assez pour n'en plus désirer, et le luxe intervient après le nécessaire pour exiger de nouvelles dépenses. » De plus, le rival de l'argent, l'or, est devenu commun, il baisse de valeur, en faisant hausser le prix de l'argent (2). Xénophon redoutait enfin que les particuliers ne fussent irrités de voir l'Etat entrer en concurrence avec eux pour la location des esclaves; à plusieurs reprises, il affirme que les entrepreneurs de mines ont un tel besoin d'ouvriers que les particuliers et l'Etat ne sauraient trop leur en procurer, a Que Ton ne craigne point, dit-il, que l'Etat nuise aux particuliers ou les particuliers à l'Etat; plus il y aura d'entrepreneurs dans les mines, plus aussi on tirera d'argent, et plus Ton paiera d'impôts à l'Etat (3). ))

Il ne semble pas qu'on ait jamais mis en pratique le premier conseil de Xénophon; du moins, il n'en paraît rien daus les textes. Les Athéniens pensèrent sans doute que la concurrence de l'Etat, que celui-ci pouvait rendre victorieuse à son gré, ne manquerait pas de nuire aux intérêts des particuliers : l'Etat n'aurait eu qu'à baisser le prix de location de ses esclaves pour ruiner ses concurrents. D'autre part, le Trésor public ne se trouvait pas vraisemblablement en mesure d'acheter les esclaves nécessaires.

{i) Xénophon, Revenus, IV, 3. 5, 26, 27.

(2) Ibid., 5, il.

(3) /ôid., 32.

La seconde réforme que proposait Xénophon eut au contraire un meilleur sort : Tassociatlon des particuliers était un moyen sage et économique, qui devait réussir. Il est étonnant et Ton ne s'explique guère que les avantages de ce système n'aient pas frappé plus tôt les entrepreneurs de mines ; et cependant, avant le IV^ siècle, il n'en est pas question. Xénophon parle de l'association comme d'une chose qui n'existe pas de son temps, et qui n'a jamais existé, et s'il ne le dit pas formellement, c'est bien là l'impression qui se dégage de la lecture de son livre (1). L'Ëtat s'opposait-il, en principe, à la formation de sociétés et de compagnies industrielles ? Je ne le crois pas et rien dans les auteurs anciens ne nous autorise à le penser. C'est bien plutôt un caractère de l'industrie et du commerce grec, dans l'antiquité, que d'avoir été extrêmement divisés ; les entreprises sont toujours et partout particulières et individuelles. Ce n'est précisément qu'après Xénophon, et dans la seconde moitié du IV® siècle, que nous relevons la trace d'associations dans l'exploitation du Laurion. Les auteurs et les inscriptions font, à cette époque, mention de citoyens qui traitent en commun une affaire (xoivwveTv) : telle est la société d'Hypéridès, d'Eschylidès et du fils de Dicaeocratès qui exploitent à frais communs une concession du Laurion (2). Ainsi Ton peut croire que le conseil de Xénophon fut suivi, et ce ne serait d'ailleurs pas le seul avis que ses concitoyens auraient trouvé bon : je pense môme que c'est à cette institution féconde que Ton doit attribuer en partie le relèvement de l'industrie minière dans la seconde moitié du IV® siècle.

On a prétendu cependant que les projets de réforme de Xénophon n'avaient eu aucune efficacité, a Bien que l'auteur du livre des Revenus, écrit M. Curtius (3), fasse tous ses efforts pour démontrer que les mines d'argent sont inépuisables, on devine pourtant en voyant les combinaisons artificielles qu'il propose pour encourager l'industrie minière en Attique, que les citoyens n'avaient plus une entière confiance dans cette affaire et qu'ils

(1) XéDophoa, Revenus, IV, 32. Les autres contrats de société étaient connas depuis longtemps : (laillemer, Le Coiitrat de société à Athènes, p. 2.

(2) CIA, 782. Cf. Hypéride, pour Euxénippos, col. XLIV-XLV (édit. Blass). Andocide^ 1.133. Démostiiène, XXXVII, 38. Voir plus loin, p. 183.

(3) Curtius, Histoire Grecque, V, p. 328 (trad. Bouché- Leclercq).

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