‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 28 sur 42 · PROJETS DB RÉFORMES DE XÉNOPHON · texte numérisé non relu

PROJETS DB RÉFORMES DE XÉNOPHON

se promettaient peu de bénéfices du percement de nouvelles galeries d'exploitation en dehors de la région fouillée par les ancêtres: l'événement leur donna du reste bientôt raison. » Que faut-il penser de cette opinion ? Voyons si les faits et les textes s'accordent avec cette manière de voir.

Tout d'abord, on peut se demander comment et pourquoi les mines du Laurion n'auraient pas suivi le mouvement général des affaires qui reprennent si vivement sous l'administration d'Eubiile.Notis savons que cet homme d'Etat, partisan de la paix, sut, à défaut d'une politique très élevée, rétablir les finances d'Athènes et augmenter les revenus publics, au point d'obtenir, dès la première année de sa gestion, des plus-values qu'il distribua aux citoyens. C'est l'époque où les Athéniens réparent leurs ports de guerre, construisent le grand arsenal du Pirée. — On peut également admettre que, précisément au moment où la seconde ligue maritime se séparait en lambeaux, où Chios, Rhodes et Byzauce faisaient défection, où les navires athéniens n'étaient plus maîtres de la mer, où le commerce souffrait, l'on tenta de suppléer, par de nouveaux efforts et une ardeur plus grande dans les recherches minières, aux ressources qui disparaissaient. Ainsi, à première vue, il est peu probable que les mines aient été délaissées et qu'elles aient langui au moment même où les besoins de l'Etat étaient les plus pressants.

En second lieu, tout ce que nous savons de l'histoire des mines, dans cette seconde moitié du IV® siècle, tend à prouver que, bien loin de s'arrêter, les affaires au contraire étaient très prospères. Ainsi, de 345 à 323, nous ne connaissons pas moins de cinq discours (1) qui avaient rapport aux mines ((/.eTaXXixoî Xo^oi). D'autre part, les faits que nous y trouvons mentionnés laissent supposer que le Laurion était très activement exploité et avec grand profit dans la plupart des cas. Ainsi, en 345-344, Démosthène nous apprend que Pantainétès ne payait pas moins d'un talent et demi (8.850 francs) pour le fermage annuel de sa concession (2).

(1) En 345/4, Déraosthène, Plaidoyer contre Pantainétès,

341, Dinarque? — contre Philippos.

— contre Mécythoa..

Après 340, Déraosthène, — contre Phénippos,

327? Lycurgiie, — contre Diphilos,

C'est en 324/3, qu'Uypéride prononce son Discours pour Euxénippos, où U est à plusieurs reprises question des mines du Laurion.

(2) Déraosthène, XXXVII, 22.

Dans le plaidoyer que le môme orateur écrivit, après 340, contre Phénippos,il semble au premier abord qu'il soit fait mention d'une crise de l'industrie minière. « J'ai subi, dit le plaignant, la commune infortune de tous les entrepreneurs de mines :

Toiç epYoïç (1) ». Démosthène ne nous explique pas autrement les causes et la durée de cette crise. Est-ce un accident passager dont se plaint son client, ou une situation dont les causes lointaines se font encore sentir ? A la vérité, nous ne devons guère ajouter foi à cette allégation, et ce n'est là qu'un moyen oratoire dont il se sert pour attendrir ses juges. Le cas du plaideur est peu clair et son témoignage nous parait sujet à caution. Il nous apprend qu'il a hérité de son père d'une fortune de 4500 drachmes, maigre capital avec lequel il n'est guère aisé de vivre (2). Or ce modeste héritier, à quelque temps de là, se trouve sur la liste des liturges, à la tète d'une association pour l'exploitation des mines, et finalement il doit à TEtat trois talents. Evidemment, entre la mort de son père et le jour où il parait devant le tribunal, il a dû s'enrichir pour être inscrit parmi les trois cents ; il nous avoue lui-même qu'il a fait d'excellentes affaires (3) et que sa fortune a été bien gagnée, car il a travaillé de ses propres mains (4). A l'entendre, il est maintenant ruiné :« vuvl 8è ttXtiv ôXiywv aTcavr' aTtoXwXexa. )) Aussi demande-t-il l'échange des biens contre Phénippos. Dès lors, sous peine de passer pour un maladroit, n'est-il pas obligé d'invoquer, pour excuser le mauvais état présent de ses affaires, une prétendue crise qui aurait sévi sur le Laurion ? Ce sont là de ces arguments propres à émouvoir, comme on sait en trouver à toutes les époques, en pareille circonstance. Je ne doute pas que le personnage ne soit ruiné, mais est-ce bien là le sort commun de tous les entrepreneurs de mines ? C'est ce qui n'est pas certain (5).

On peut objecter qu'il faut prendre à la lettre le témoignage de Démosthène, puisque son client fait formellement allusion à

(1) Démosthène, XLIl, 3 et 21.

{2)Ibid., 22-23.

(3) Ibid.y 3.

(4)76id., 20.

(5) II me semble cTaiUeurs que le passage de Démosthène peut se compreiidre autrement : « J*ai, dit le plaignant, éprouvé la mauvaise chance que connaissent ))tous ceux qui travaillent dans les mines. »

Page 1