PROSPÉRITÉ DU LAURION
des mesures d'assistance prises par I*Etat en faveur des industriels du Laurion : « De même que vous accordez aide et protection à tous ceux qui travaillent dans les mines, venez aussi maintenant à mon secours » (1). Il faut avouer d*abord que ces termes sont bien vagues, et ne nous indiquent guère la nature de ces secours. On suppose qu'il y eut à cette époque remise de Tatimieetque Ton accorda des délais pour le paiement des impôts ou des prix de vente (2). Cette hypothèse est peu vraisemblable. En effet, Tatimie ne frappait que les débiteurs insolvables; en faire grâce à un débiteur sans lui faire, du même coup, la remise des dettes non payées qui la provoquent, ne se comprend guère. Or, cette remise de dettes n'a pas lieu, puisque le client de Démosthène est précisément frappé de fortes amendes, et ne demande pas qu'on l'exempte de ces amendes (3). D'autre part, il est bien difficile de proposer une autre conjecture sur la nature de l'assistance de l'Etat, dans le cas d'une crise de l'industrie minière. A la vérité, il n'est pas besoin de chercher : il suffit de voir dans le passage de Démosthène un appel à la protection générale, dont les lois favorisaient l'exploitation du Laurion. En somme, les affirmations du plaideur tendent à nous faire supposer qu'il n'est pas véridique, et des faits certains nous prouvent que, vers 330, le Laurion, bien loin de souffrir d'une crise, avait recouvré une prospérité qu'il ne connaissait pas depuis longtemps.
On y faisait précisément à cette époque de très grosses fortunes, comme celles qui avaient enrichi des personnages connus un siècle auparavant. Les sommes gagnées dans l'industrie minière étaient telles qu'elles excitaient trop souvent la cupidité des délateurs. Un certain Teisis d'Agrylé dénonce au peuple le cas de Philippos et de Nausiclès, qui se sont illégalement enrichis en exploitant des mines qu'ils n'ont pas déclarées. Un autre délateur, Lysandros, dénonce à son tour Épicratès de Pallène,qui a gagné, lui et ses associés, trois cents talents en trois ans (4). A peu près dans le même temps, Diphilos, qui s'était enrichi en abattant le minerai des piliers de soutènement, fut condamné à
(i) Démosthène, XLII. 32.
(2) Schaefer, Demosthenes und seine Zeit, III, p 285.
(3) Démosthène, XLII, 3 et 32.
(4) Hypéride, pour Euxénippos, Col. XLIII-XLV (éd. Blass.)
mort sur Tordre ou à rinstigation de Lycurgue; sa fortune, qui fut distribuée au peuple, s'élevait à 160 talents (1).
La conclusion, qui se dégage de tous ces faits, s'accorde bien d'ailleurs avec ce que nous savons de l'histoire financière d'Athènes à cette époque.
Lycurgue avait pris la direction des finances en 338 et la garda douze ans, jusqu'en 326. Tout le monde est d'accord pour reconnaître les remarquables résultats qu'il sut obtenir durant sa gestion (2). Grâce à ses efiorts, les recettes annuelles montèrent à 1200 talents, et ces ressources servirent à restaurer la marine, à reconstituer le trésor sacré d'Athèna, à achever la construction d'édifices destinés aux jeux et aux représentations dramatiques. On s'étonne même que Lycurgue soit parvenu à augmenter les revenus d'Athènes dans de telles proportions. Le réveil de la prospérité des mines ne pourrait-il pas expliquer dans une certaine mesure le relèvement de la fortune publique? A en juger par la conduite qu'il tint à l'égard de Diphilos, ce concessionnaire malhonnête, Lycurgue a favorisé l'exploitation du Laurion. Peut-être même a-t-il pris des mesures spéciales que nous ignorons pour attirer dans les mines un plus grand nombre de travailleurs, au profit des finances d'Athènes ; s'il en était ainsi, ce serait un nouveau mérite à attribuer à cet homme que Boeckh ?ippelle « le seul financier de l'antiquité (3). » Tout nous porte donc à croire que dans la seconde moitié du IV® siècle, l'industrie minière avait repris une vigueur nouvelle ; sans doute, dans ce grand mouvement d'affaires, il pouvait se rencontrer des entreprises malheureuses qui aboutissaient à la faillite ; mais, malgré ces accidents, le Laurion était encore, à n'en pas douter, dans ses beaux jours : c'étaient malheureusement les derniers.
(1) Vies des X Orateurs^ Lycurgue, 3i.
{2) Durrbach, VOrateur Lycurgue, passim. Boeckh, SLaatshausfi. d.Athener, l, p. 511 et suiv.
(3) Loc. cit.
(4) Boeckh, loc. cit.