‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 30 sur 42 · DÉCADENCE AU III^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE AU III^ SIÈCLE

Décadence

Combien de temps dura cette prospérité, nous ne le savons pas ; il ne semble pas d'ailleurs qu'il y ait eu brusque arrêt dans le travail du Laurion. C'est petit à petit saos doute que, le nombre des chantiers diminuant, la production décrut. Pendant près de trois siècles, les mines allaient végéter, avant de s'éteindre défloitivement. Si l'histoire même de cette décadence nous est peu connue dans ses détails, tout au moins est il aisé d'en soupçonner les causes. Les unes sont d'ordre économique, et les autres d'ordre politique.

L'entrée en scène de la Macédoine au IV® siècle n'inaugura pas seulement une ère nouvelle dans l'histoire politique de la Grèce. Elle amena à sa suite une transformation économique radicale, dont les effets se manifestèrent plus ou moins vite. D'abord le stock de métaux précieux du monde grec s'accrut assez brusquement. En 355, le pillage du trésor de Delphes par Philoménos avait déjà jeté en circulation, dans la Grèce, 4.000 talents d'or, 6.000 talents d'argent, soit environ 59 millions de francs (1). L'année précédente, en 356, Philippe avait annexé à la Macédoine tout le territoire de la Thrace jusqu'au Nestos et fondé sur l'emplacement de Crénides une forteresse qui devint le centre de tout le district minier du Pangée : ce fut la ville de Philippes, bientôt florissante ; le roi de Macédoine sut si bien mettre à profit les mines de la Thrace, qu'elles lui rapportèrent mille talents (5.894.000 francs) par an (2), soit dix fois plus que le Laurion n'avait donné à Athènes à l'époque de Thémistocle. Cette production considérable frappa à ce point l'imagination des Grecs, qu'ils crurent que l'or, dans ces gisements privilégiés, se régénérait à mesure qu'on le recueillait. Jusqu'à la mort d'Alexandre, les mines de Philippes fournirent donc à la Grèce environ 30.000 talents d'or. En 330, enfin,les trésors de Persépolis et de Pasargade fournirent à Alexandre et à son armée des sommes énormes (3), dont une partie au inoins pénétra en

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(1) Diodore, XVI, 30 31, 56-37 ; Polyen, V, 45; Strabon, IX, p. 421.

(2) Diodore, XVI, 3 et 8 ; Strabon^ VII, fragm. 34; Appien, IV, 106; Pline, Histoire naturelle, XXXVII, 15.

(3) Strabon, XV, 3, 9; Arrien, III, 3 ; Justin, XI, 14.

Grèce de diverses manières. Harpale, par exemple, apporte 700 talents à Athènes (1).

En second lieu, cette masse de métal précieux fut en grande partie transformée en monnaie. Philippe et après lui Alexandre créèrent un système monétaire si bien adapté à leurs projets et à la situation nouvelle, que la monnaie Macédonienne se substitua rapidement dans les relations commerciales du monde grec à la monnaie d'Athènes, qui jusqu'alors avait fait prime sur tous les marchés. On sait en effet que Philippe avait frappé de l'or au poids des dariques et en même temps de l'argent au poids qui se rapportait le mieux à la valeur commerciale de l'or. De la sorte, il mit la monnaie d'or « non pas à la place» mais à côté de la monnaie d'argent qui jusque-là avait été seule en usage dans le monde grec, et il introduisit de cette façon dans son royaume le bimétallisme (2). » De son côté, Alexandre continua de frapper des monnaies d'or du même poids et du môme type que les « philippes », mais sa monnaie d'argent fut exactement conforme au système attique. Cette réforme fit revenir du bimétallisme de Philippe à la monnaie d'argent unique des Hellènes» mais en même temps les tétradrachmes et les drachmes d'Alexandre devinrent, en moins d'une génération, la monnaie universelle du monde grec (3).

On comprend que ces changements ne pouvaient être que très nuisibles, à la longue, à la prospérité du Laurion. Car si l'argent, par l'augmentation du stock de métaux précieux, avait été déprécié, ses frais de production en Attique n'avaient pas diminué et l'exploitation en devint moins rémunératrice. De plus, comme l'argent venu d'ailleurs abondait dans le commerce, les débouchés du Laurion se restreignirent. D'un autre côté, l'importance prise par la monnaie d'Alexandre, qui n'était sans doute pas frappée avec l'argent atlique, diminua d'autant le cours de la monnaie athénienne. Les mines du Laurion ne pouvaient donc pas se soutenir longtemps dans des conditions aussi défavorables. Et c'est ainsi que vers le commencement du III^ siècle, la décadence irrémédiable commença. Nous relevons cependant çà et là quelques traces d'activité, qui prouvent qu'on luttait encore pour se maintenir. On a des fragments de registres de polètes datant

(1) Diodore, XVII, 108 ; Hypérlde, 1, 111,40 (éd. Blass).

(2) Brandis, Das Miinz- Mass- und Gewichtwesen in Vorderasien^ p. 250.

(3) Droysen, Bis t. de V Hellénisme, î, p. 154-155 (trad. Bouché-Leclercq).

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