‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 31 sur 42 · DÉCADENCE AU 111^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

DÉCADENCE AU 111^ SIÈCLE

d'une époque postérieure à 323, de 312, de 307. Les auteurs anciens nous rapportent aussi un mot de Démétrios de Phaière sur Tardeur des mineurs Athéniens. « A voir ces hommes creuser la terre avec autant d*ardeur, ne dirait-on pas qu'ils espèrent en extraire Ploutos ou Pluton lui-même (1) ? » Mais ce sont là les derniers efforts dont le souvenir nous ait été conservé, et à partir de ce moment, le Laurion vit au jour le jour ; ce n'est plus le riche trésor où l'État et les particuliers avaient puisé à pleines mains, et sa propre décadence est l'image de la décadence même delà Cité.

En effet, la vie nationale à Athènes n'a plus à partir du III** siècle cette vigueur et cette intensité qui sont nécessaires pour solliciter et soutenir le travail des citoyens. Du moment que l'Etat n'a plus qu'un semblant d'existence, à quoi bon peiner pour lui procurer des ressources dont il ne saurait plus que faire ? Par instants l'ardeur de la vieille cité semble se réveiller : mais elle passe, au gré du plus fort, de l'esclavage à la liberté pour retomber dans l'esclavage ; elle languit et assiste impuissante aux dernières tentatives de la race grecque pour former une nation digne de ce nom. Cette passivité découragée explique la décadence du commerce et de l'industrie ; c'est assez que les ressources soient à la hauteur des besoins de chaque jour. Plus de réserve à mettre de côté, plus de trésor à constituer, plus de flotte à construire, plus d'édifices à élever; il suffit de vivre. Les successeurs d'Alexandre avaient ruiné et anéanti ce qu'il pouvait y avoir encore d'activité à Athènes. Les garnisons macédoniennes se succèdent au Pirée et la ville est privée du droit de frapper monnaie (2). D'un autre côté, le centre du commerce s'est déplacé vers Corinthe, Rhodes et Alexandrie. L'affaiblissement d'Athènes est complet. Les citoyens ne peuvent plus arrêter les courses de pirates de Chalcis ni celles de la garnison de Corinthe. En l'année 200, quelques bandes d'Acamaniens mettront impunément l'Attique à feu et à sang (3). Dans les ports de guerre, il n'y aura bientôt plus que trois navires non pontés (4).

L'histoire des monnaies athéniennes, en ces derniers siècles

(1) Posidonius, cité par Strabon, III, 2. 9.

(2) Barclay V. Head, Catalogue of Greek Coins, Atticat p. XXI.

(3) Polybe, XXXV, ^6.

(4) Tite-Live, XXXi, 22.

(l*exîstence politique, fournit uoe preuve sensible de cette chute de la République. « La frappe âesmonnaies aifaéiiîeiinfiB deJUMiveau style a été très intermittente, très irrégulière. Elle commence très probablement en 296, époque où Démétrius Poliorcète rétablit Athènes dans ses droits politiques et finit à l'époque d'Auguste quand les mines du Laurion sont épuisées. C'est donc une période de trois siècles ; or, elle n'est représentée que par 106 séries, dont un tiers appartient aux premières années... On voit qu'en moyenne les Athéniens ont frappé monnaie tous les deux ou trois ans seulement. Aux époques où le commerce languissait, où les finances de l'Etat étaient en souffrance, les ateliers monétaires chômaient. Aux époques de prospérité, on frappait abondamment, non seulement tous les ans, mais même tous les mois (1).)) Dans ces conditions, l'industrie du Laurion ne pouvait que dépérir. Si les mines ne furent pas abandonnées, du moins le nombre des concessions diminua fortement, à supposer même que les Macédoniens aient obligé les Athéniens à y travailler, pour recueillir le métal nécessaire à la frappe de leur propre monnaie.

Cependant, en 166, la victoire de Rome sur les Macédoniens eut d'heureuses conséquences pour Athènes. L'île deDélos, qui avait hésité entre les deux adversaires, fut remise aux Athéniens, ses anciens maitres,qui rentrèrent en même temps en possession de Lemnos et d'Haliarte (2). A la suite de l'émigration des Déliens en Achaïe, des clérouques Athéniens s'installèreut dans Tîle, et les Romains décrétèrent la franchise du port. Délos devint presque immédiatement une place de commerce considérable» au grand détriment des Rhodiens qui perdirent vite leur suprématie. La prospérité s'y accrut encore en 146, après la ruine de Corinthe. (( Rhodes abaissée, Carthage rasée, Corinthe détruite, Délos n'avait plus de rivalité à craindre ; sa fortune allait prendre un essor merveilleux. C'est vraiment le monopole du commerce oriental qui échoit à son port, à ses entrepôts (3). » Sans doute, les négociants Italiens durent recueillir les profits les plus considérables dans ce grand mouvement d'affaires, mais les Athéniens en eurent certainement leur part. Par contre-coup, le Laurion

(1) T. Reinacb, Les Stratèges sur les monnaies (V Athènes, dans la Revue des Etudes Grecques, 1888, p. 176.

(2} Polybe, XXI, 7. Cf. Homolle, Bull. Corr. HelL, VIII, p. 92. (3) Homolle, loc. cit., p. 97.

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