‹ Les mines du Laurion dans l'antiquitéChapitre 32 sur 42 · DÉCADENCE DU LAURION · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DU LAURION

reprit aussi quelque chose de son ancienne activité. Il fallait en efietfournirlenumérairenécessaireaux échanges. On a remarqué que la frappe des pièces athéniennes de la période qui va de 146 à 87 av. J.-C. est peu soignée, et on explique cette négligence par l'obligation où se trouvaient les Athéniens de frapper vite beaucoup de monnaies (1). Enfin, nous avons une autre preuve que les travaux ne chômaient point à cette époque au Laurion. L'historien Posidonius, cité par Athénée (2), raconte qu'au moment du second soulèvement des esclaves en Sicile, des esclaves des mines, au nombre de mille, tuèrent leurs gardiens, s'établirent sur l'acropole du Sounion, et dévastèrent les campagnes de l'Attique. A Délos, les esclaves se révoltèrent égalemeot, et il n'est pas impossible que le mouvement insurrectionnel se soit propagé de l'île au Laurion, à la faveur des relations commerciales qui devaient exister entre les deux localités.

Celte reprise des affaires fut brusquement arrêtée. Le pillage de Délos par Ménophanès, en 88, et la chute d'Athènes, prise par Sylla en 86, ruinèrent à tout jamais le commerce athénien (3). Si la frappe de l'argent ne fut pas prohibée par le vainqueur (4), elle se restreignit singulièrement. Dans Athènes, désormais réduite au rôle d'une ville de province sans possessions extérieures, sans rôle politique, sans activité commerciale, l'Hôtel des Monnaies ne fonctionna plus que rarement. D'autre part, les Romains, qui avaient à leur disposition les riches gisements d'Espagne, dont ils tiraient en abondance le métal de leur numéraire d'argent (5), n'eurent pas besoin d'en demander aux mines appauvries de l'Attique. Nous n'avons aucun indice qu'à cette époque ou plus tard, ils aient songé à s'en emparer ou à les faire exploiter pour leur propre compte, ce qui indique sans doute que le rendement en avait beaucoup baissé. Dès lors, les travaux au Laurion s'éteignirent petit à petit. Au temps de Strabon, les gîtes métallifères ne fournissant presque pas de minerai, les derniers mineurs se bornèrent à traiter une seconde fois les scories lais-

(1) Barclay V. Head, op. cit., p. XLVI.

(2) Athénée, VI, p. 272 E.

(3) Homolle, loc. cit.^p, 140 etsq.

(4) Barclay V. Head, op. cit., p. LV.

(5 ) Strabon, III, 2, 10, d*après Posidonius.

164 LES MINES DU LAUHION DANS l'aNTIQUITÉ

sées par leurs prédécesseurs. Ils les refoodirent ave'*, les déblais des anciennes exploitations, et réussirent à en retirer un métal utilisable (1). Nous savons en effet que les Athéniens, au V^ et au IV« siècles, ne s'étaient point attachés à extraire des minerais bruts tout le plomb qu'ils contenaient, et que les scories de leurs fours de fusion en retenaient une assez forte proportion. C'est ce plomb argentifère des scories que les fondeurs du premier siècle de notre ère recueillirent avec soin et qui leur fournit quelques bénéfices. Ainsi les travaux de recherches et d'abatage avaient cessé, et seuls, les ateliers métallurgiques, sans doute en petit nombre, fonctionnaient encore au commencement de l'Empire. C'est la décadence définitive, celle qui annonce la fin prochaine du Laurion, et, en effet, au II® siècle, Pausanias (2) parle de l'industrie des mines attiques comme d'uo passé mort

et déjà loiotain : « Aaupiôv té Icttiv, ev6a ttotè 'AÔTjvatot; -/jv àpyopou

jxeTaXXa. » Cependant, le pays ne fut pas voué tout de suite à la solitude: on y a retrouvé des traces d'une occupation postérieure au iV® siècle' ap. J.-C, par exemple des monnaies impériales de 432 et quelques inscriptions chrétiennes (3). Mais rien ne prouve que l'industrie minière ait vécu aussi longtemps, et que le renseignement de Pausanias soit erroné.

En résumé, l'histoire d'Athènes et celle du Laurion ont suivi la même évolution : nous retrouvons ici et là les mêmes périodes successives de formation, de pleine activité, de crise et de décadence. L'une ne s'explique point sans Tautre.Si la grandeur de la cité a favorisé l'essor des mines, celles-ci en retour furent un des plus fermes soutiens de la puissance athénienne. Une fois même, le rôle en fut capital : en 484, Athènes, sans les revenus du Laurion, aurait-elle pu construire sa première flotte de guerre ?

(1) Strabon, IX, 1, 23: Ta S'àpyupeta Ta àv tt) 'Attixyj xaT'àpj^àç aèv tJv àStdXoya, vuvl S'èxXetTrei* xai Sy) xat o\ èpyaîojxevoi, ttjç [xsTaXXeiaç àffGevwç uTuaxouoûffTrjç, ttjv TraXaiàv exêoXàBa xal (ixcopiav àva^wveuovTe;, euptGxov £Ti èÇ aÙTY|ç aTTOxaôaipojxevov àpY^piov, twv àpj^auov aTreipcDç xajxiveiSovTcDv.

(2) Pausanias, 'Attixoc, 4, 1. Pomponius Mêla, II, 3 : « Thorieos et Brauroaia olim urbes, jam taotum nomma. »

(3) Cordella, Laurion^ p. 22, 32 et suiv.

Page 1