DES GISEMENTS MÉTALUFËRES DU LAURION
ces matières diverses nécessite un traitement habilement approprié pour en débarrasser le minerai principal.
De tous ces minerais, celui qui dans l'histoire du Laurion a ' joué le rôle le plus important, est sans contredit le minerai de plomb. Le minerai de fer n'a pas dans la région une teneur suffisante pour rémunérer les frais d'une exploitation particulière (1). Le minerai de zinc n'a pas été travaillé par Jes anciens et la recherche de la calamine (calamen dé Pline) (2), si abondante au Laurion, n'a commencé que de nos jours. Les galènes et les carbonates de plomb, au contraire, avaient pour les anciens une valeur toute spéciale ; ils contiennent une notable quantité d'argent. La teneur en argent varie suivant les districts : faible à Plaka, elle est plus forte à Camaréza et peut arriver à une grande richesse à Souréza (3). On n'a pas de preuve qu'il se soit jamais trouvé dans les gisements du Laurion d'argent natif. La présence du métal précieux dans les galènes était aux yeux des Athéniens une qualité si essentielle, qu'ils ont toujours considéré leurs mines, comme des mines d'argent, xà àpyûpeta (xéxaXXa, OU simplement rà àpy^peia (4). Le minerai était appelé
àpY^piTiç (5).
Les minerais de plomb argentifère résident principalement dans les amas interstratifiés. Mais tous les plans de contact ne sont pas également minéralisés. Il est de règle générale que les contacts où le calcaire est superposé au schiste, par exemple, le calcaire moyen sur le schiste inférieur, sont extrêmement pauvres en dépôts métallifères ; il semble que le calcaire beaucoup
(1) Cambrésy, Lawrion^ p. 39.
(2) Cambrésy, Laurion, p. 22, 11 est incontestable que les Athéniens ont toujours laissé en place la calamine. — Pline, Histoire naturelle, XXXllî, (i,98 (éd. L. Jan) dit des mines d'argent en général : « Finis antiquis fodiendi solebat esse alumen inventum. y> Pline emploie alumen dans le sens d'alun et non d'argile comme on le traduit souvent (XXXV, 15, 183). Or, on n'a jamais signalé la présence de Talun dans les mines d'argent. Je serais donc tenté de substituer à alumen le mot calamen ; le passage aurait ainsi plus de sens, et l'observation serait très juste.
(3) La teneur varie entre 1200 et 3500grammes d'argent à la tonne de plomb. Cf. Cordella, Laurion, p. 68 ; Cambrésy, Laurion, p. 74, admet que la galène contient de 1500 à 4000 grammes d'argent par tonne de plomb.
(4) Xénophon, Revenus, IV, passim ; Strabon, IX, 1, 23 ; Pausanias, I. 1, et beaucoup d'autres. Cf. Blûmner, Technologie der Gewerbe und Kiinste, IV, p. U2.
(5) Xénophon, Revenus, 11, 7 ; IV, 2, 11, 17.
id LBS MINES DU LAURtON DANS l' ANTIQUITÉ
plus fissuré que le schiste n'ait pas ofiert un obstacle suffisant au. mouvement ascensionnel des eaux thermominérales, et que par suite la cristallisation des sulfures n'ait pas eu le temps de s'y effectuer en graudes masses. Au contraire, les contacts où le schiste recouvre le calcaire, où, comme Ton dit, celui-ci est au mur et celui-là au toit, sont richement pourvus de dépôts. Le schiste, grâce à une plasticité plus grande, n'a pas été brisé et fissuré comme le calcaire sous l'effort des plissements. Il a constitué une couche beaucoup plus imperméable aux eaux de minéralisation, qui ont nécessairement séjourné dans le contact avant de remonter plus haut. Aussi observe-ton au premier contact (schiste supérieur sur calcaire moyen) et au troisième contact (schiste inférieur sur calcaire inférieur) les amas les plus étendus et les plus abondants. C'est là seulement que les anciens trouvèrent de la galène.
Entre les deux contacts minéralisés, il y a une différence : le troisième contact est mieux partagé que le premier. En effet, les eaux thermominérales, arrivant des profondeurs, se sont tout d'abord arrêtées sous le schiste inférieur. Par suite, les sulfures métalliques qui les saturaient s'y sont déposés en plus grande abondance ; et ce n'est qu'appauvries que les eaux mères sont arrivées au premier contact. Les galènes les plus riches se rencontrent donc au troisième contact, qui est bien développé dans la partie centrale du Laurion, en particulier du val Berzéko au pied du petit Ripari.
En revanche, le premier contact est le seul qui affleure sur une grande longueur. Par l'effet de l'érosion, le schiste supérieur a disparu sur de larges surfaces, et la ligne de contact est bien marquée par l'apparition du calcaire moyen. Visible en bien des points, on peut la suivre, presque sans interruption, du district de Dipsiléza jusqu'aux environs du Sounion. Elle adopte les formes du terrain, serpente à flanc de coteau, remonte dans les vallées et dans les ravins, tantôt haute, tantôt basse, au gré des plis des strates et des caprices de l'érosion. Or, à mesure que le schiste supérieur a été entraîné par les eaux du ruissellement, il a laissé à nu, en même temps que le calcaire moyen, des lambeaux d'amas métallifères qui se cachaient entre les deux couches. Les minerais exposés à l'action de l'oxygène de l'air, de l'acide carbonique, de l'eau, se sont oxydés. En particulier les pyrites de fer, qui accompagnent la galène et la blende, se sont transformés en divers oxydes de fer, dont les tons de rouille sont caractéris-