‹ Les mines et usines en 1889Chapitre 135 sur 199 · L. LÉTRAirOE et C · texte numérisé non relu

L. LÉTRAirOE et C

Rue des Haudriettes, 1 [(Paris).

L'exposition de MM. Létr«B|pe et €>• se trouve daus une grande vitrine carrée, non loin de celle de la Vieille-Montagne.

Nous sommes ici sous le règne de trois métaux : Cuivre, zinc, plomb et leurs alliages.

L*aDondance, aussi bien que la qualité des spécimens exposés, ainsi gue leur arrangement méthodique qui ne manque pas de grâce, en font une des expositions les plus belles et les plus remarquées.

Commençons par le cuivre. Comme il est le plus important du trio, il y est largement et copieusement représenté a l'état brut, laminé, martelé, étiré et ouvré.

Voici d'abord des minerais de Corocoro d'un bel aspect et des précipités de Rio-Tinto dont la renommée n'est plus à faire.

Puis voila le laminé représenté par des planches de cuivre recuites et écroules , des feuilles d'une respectable épaisseur employées pour le doublage des navires et des fonds pour emboutissages et martelage. Toutes ces pièces sont remarquables par leur bonne exécution et l'absence de tout défaut.

Citons, en particulier, une belle pièce qui fait l'admiration des connaisseurs autant à cause de ses dimensions que pour l'exécution du travail. C'est une coupole en cuivre martelé de 2 m. 85 de diamètre, 1 m. 60 de profondeur et 6 m/m 50 d'épaisseur. Ce spécimen est sans une crique ni soufflure ; il est très bien accompagné par diverses pièces martelées également parmi lesquelles nous remarquons des foyers pour locomotives.

De nombreux échantillons ou spécimens nous montrent le cuivre étiré ; nous voyons des bancs de cuivre de tous profils et de toutes dimensions , une copieuse collection de nls de tous diamètres, parmi lesquels nous pouvons citer une série de fils de haute conductibilité allant jusqu'à 104 0/0 de celle de l'argent.

Le cuivre ouvré est d'abord représenté par une collection nombreuse de tuyaux soudés a recouvrement, emboutis et étirés de tous diamètn^s et de longueurs usuelles.

Remarqué des rouleaux d'impression, des ceintures d'obus pour la guerre et la marine d'une bonne exécution.

Pour terminer cette série du cuivre, MM. Létr«a^e et €*• nous montrent d'intéressantes épreuves de malléabilité et de ductibilité dans différentes pièces qui sont cassées, aplaties, tordues et allongées. C^est ainsi que nous voyons des épreuves

qui ont porté sur des ceintares d*obas et des tuyaux, dont les résultats ont été pour la résistance 22 kilog. par millimètre carré et 33 0/0 pour rallongement.

Les alliages de cuivre sont abondamment représentés par des planches de toutes les épaisseurs demandées dans le commerce; des ronds pour horlogerie et plateaux de balance ; des bandes pour Tartillerie, destinées à la confection des étuis à cartouches, qui ont donné aux épreuves 34 kilog. de résistance par millimètre carré et un allongement de 68 0/0.

Des barres de tous profils et de dimensions variées, des fils de tous diamètres, des âls tordus en vis pour chaussures.

Puis des tuyaux étirés pour chaudières à vapeur et raboutés en cuivre rouge.

Le bronze malléable figure dans cette exposition sous différents aspects : laminé en planches, étiré en barres et en fils pour Tartillerie et Télectricité, en tubes pour étuis à cartouches.

Ces derniers ont donné aux épreuves réglementaires un allongement de 75 0/0, une résistance de 80 kilog. par millimètres carrés, et jusqu'à 100 kilog. sur le métal écroui.

La malléabilité de ce bronze au titre de 90 de cuivre et 10 d*étain, sans zinc ni auftre métal, est démontrée par les étuis de cartouche faits en ce métal et placés dans la vitrine de droite avec des ressorts destinés au mmistère de la guerre.

Ces étuis en bronze ont pu fournir au tir jusqu'à 360 coups.

Le bronze fondu est représenté ici par plusieurs caisses à poudre, des rivets et clous pour doublages de toutes grosseurs et dimensions.

Mentionnons aussi de beaux échantillons de cupro-manganèse en grenailles, laminés en plaques et en bandes minces dont Texécution ne laisse rien à désirer.

Puis voici un bel assortiment de maillechort. Nous le voyons d'abord laminé en planches et bandes pour le commerce « dimensions et épaisseurs variées.

Laminé en bandes pour Tartillerie, destinées à la confection des enveloppes de balles.

Etiré en fil pour Télectricité.

Remarqué dans ce groupe, des éprouvettes d'essais pour le ministère de la guerre, qui ont donné 40 kilog. de résistance par m/m carré et un allongement de 3*7 0/0.

 signaler également d'élégantes cocardes pour sellerie.

Passons à une autre partie essentielle de cette exposition : le plomb. Nous voyons ce métal sous toutes ses formes usuelles : laminé en feuilles, laminé par joints, repoussé en tuyaux. Citons aussi des lames d'accumulateurs orutes ei chargées, des lingots de plomb antimoineux et de petits tuvaux «a âls.

Enfin, le zinc est représenté sous ses formes les plus eoaimerciales : laminé en feuilles, clous pour doublages, pièces diverses pour piles électrioues. Dans ce groupe, nous avons remarqué le zinc électro, absolument pur, extrait de tous minerais pour l'électricité.

L'exposé du procédé pour obtenir ce zinc se trouve dans la classe 62, où MM. Létrmac* «< C o"^' ^ussi une exposition très remarquable.

lO'J L. LETHANGE ET U»'

Pour terminer, appuyons sur ceci, c'est que tous les objets qui composent Texposition de MM. Létrait^ et C'^* sont présentés tels qu'ils sont livrés aux divers consommateurs, comme TEtat par exemple, les Compagnies de chemins de fer et autres clients, sans aucune préparation extraordinaire et !$an9 Ternis artificiels faisant ressortir les qualités ou dissimulant les défauts du métal présenté.

Orsanisation ouvrière

La question ouvrière n'a pas été oubliée par M. LétraMKe

qui a mis en (pratique dans ses établissements, le principe de la participation^ appliquée aux employés et ouvriers suivant le rôle de chacun. Ce sj-stème se résume en ceci : parts de bénéfice attribuées aux uns sur les services qu'ils dirigent, primes aux ouvriers producteurs.

Les établissements contiennent 53 habitations diverses, une cantine avec logement pour les ouvriers célibataires.

De plus, M. Létr«Bfce a établi dans la commune deRoniiilj, des cours du soir pour les ouvriers adultes. 11 y a joint une bibliothèque.

Une Société de secours mutuels pour les ouvriers fonctionne, en outre, sous le patronage de la Mairie.

L'excellence de cette administration est démontrée par ce lait que 28 ouvriers ou employés, ayant de 34 à 35 ans de services, ont été proposés pour les médailles d'honneur à décerner, en vertu du décret du 16 juillet 1886.

Uistoriqiae et Coneietanee.

Formation de la Maison. — La Maison a été fondée, en 1825, par M. D«vld aîné et Létrmnge» le grand-père et le père de son chefactuel.

En 1858. M. Léon Létrange, seul propriétaire, mit la maison eu Société en commandite par actions au capital de 2,000,000 de francs. Ce capital fut porté à 4,000,000 en 1865.

La Société L. Letranije et C»s ne possédant primitivemeiii que l'usine de Saint-Denis, s'augmenta successivement : des établissements des Fonderies de Rorailly-sur-Andelle en 1865, uuis, en 1868, des usines de Saint-Christ ;,lsère) et des mines de zinc de La Poipe, de Saint-Amlré-Lacliamp et de Saint-ju- ! ien-Molin-Molette.

Importance, — Les établissements métallurgiques de la Société L. Létrange et c«« comprennent actuellement 65 hectares de propriétés territoriales, 70 habitations couvrant mit* superficie de 6 000 mètres et 15,000 mètres superficiels de b:xtiinents industriels.

Outillage. — L'outillage comprend : 300 chevaux de lorce hydraulique ; 950 chevaux de vapeur.

Les leurs pour la fusion et raffinage des métaux et pour le réchauffage, des marteaux, presses hydrauliques, étirages, tréfileries, enfin tous les appareils que comporte la fusion, l'afflnage, et les manipulations du plomb, du zinc, du cuivre et de >es alliages avec le zinc, l'étain, le nickel, le manganèse, etc.

Le chiffre d'affaires atteint un million par mois.

Usines, » L'usine de Saint-Denis était spécialement aménagée pour la fabrication du plomb et du zinc, laminés et ouvres ; on y a adjoint la fabrication du laiton laminé et du maillechort laminé. On y fabrique sur une lar<:e échelle, pour le ministère de la guerre, du laiton en bandes pour les étuis à cartouches et du maillechort laminé pour les enveloppes des balles des nouveaux flisils Lebel. Elle fait la fabrication des lames d'accumulateurs et seule en France, le chargement des lames au moyen de Télectricité par Toxydation de leur surface.

L'outillage, entièrement remis à neuf dppuis cinq ans, est animé par cinq machines à vapeur d'une puissance de 550 chevaux, construites sur les systèmes les plus modernes.

Les fonderies de Romilly ont été fondées en 1781. Elles furent les premiers établissements métallurgiques en France pour le travail du cuivre.

A la première industrie de ces usines qui était le laminage du cuivre rouge, sont venus successivement s'ajouter :

Le laminage du laiton ;

Le tréfilage du laiton, du cuivre, du bronze et du maillechort ;

L'étirage des barres de cuivre rouge et de cuivre allié ;

L'emboutissage du cuivre ;

L'étirage des tubes sans soudure, en cuivre et en laiton ;

Le martelage des coupoles ;

Les pièces de foyers pour locomotives.

L'usine vient d'entreprendre aussi la fabrication de toutes les caisses à poudre nécessaires pour la marine pendant deux ans, ce qui a nécessité l'agrandissement de la fonderie et du moulage, la construction d'un vaste atelier d'ajustage pour les fermetures en bronze et un grand atelier de chaudronnerie et de montage.

Depuis l'exposition de 1878, tous les moteurs hydrauliques ont été reconstruits.

L'établissement possède 360 chevaux de force hydraulique, plus 400 chevaux de vapeur fournis par des machines modernes.

Les principaux débouchés des produits des usines de Romilly sont : toutes les grandes Compagnies de chemins de fer français et quelques-unes à l'étranger ; les grands ateliers de construction et de chaudronnerie et les industries les plus variées qui emploient le cuivre et ses alliages, le plomb et le zinc et les Administrations de la guerre et de la marine.

L'usine de Saint-Christ fondée en 1848, la première en France pour le traitement des minerais de zinc, a été arrêtée avec les mines qui en dépendent à la suite de la baisse du /,inc.

Progrès réalisés. — M. Létrait«e a fait dans ses usines l'application de tous les progrès de Tindustrie moderne.

Emploi multiple de transmissions de mouvement par cordes pour de grandes et de petites forces à grandes et à petites distances, supprimant les transmissions par engrenage. Substitution de 1 acier fondu à la fonte pour toutes les pièces susceptibles de se rompre, telles que cages de laminoirs, pignon, etc.

1()4 L. LETRANGE ET C"

Transmissions téléphoniques entre les bureaux et les ateliers.

Transmission de force par l'électricité.

Eclairage électrique dans les ateliers qui ne sont pas desservis par l'usine à gaz particulière des étai)lissements.

Chauffage économique des fours à fondre, à affiner, à réchaufTer par des foyers gazogènes qui utilisent la totalité du combustiole, sans aucune perte dans les cendriers, sans reft'oidir (comme dans le Siemeiis) les gaz entre le foyer et le point de leur utilisation, laissant la chaleur des gaz, "à la sortie des fours, disponible pour la productionde vapeur ou autres emplois.

Invention de la fabrication du cupro-manganèse.' Priorité attestée par le brevet pris le 31 octobre 1874.

Invention de la désulfliration du cuivre au convertisseur. Priorité attestée par le brevet pris du 2 décembre 1874. Une Société qui, s'était montée témérairement pour exploiter le procédé, s'appuyant sur un brevet pris le 26 mars 1880, a dû capituler avec M. Léiraage par transaction en date du 15 mars 1882 régularisée par acte notarié en date du 26 arril 1882.

Fabrication du bronze malléable laminé et tréfilé (brevet du 23 mars 1881).

Réduction des minerais de zinc parla voie humide et Tëlectrlcité (brevet du 21 juin 1881).

Ce dernier a comme caractère particulier de pouvoir s'exploiter sur une grande échelle sans autre dépense que la force motrice, laquelle peut souvent se trouver gratuitement dans une rivière voisine de la mine, et de prendre dans le minerai même le soufre et, par suite, Tacide nécessaire à une dissolution. L'acide rendu libre par la précipitation du zinc est repris et employé indéfiniment sur des minerais oxydés.

Ôe procédé procure du zinc parfaitement pur avec une économie considérable dans les frais de traitement des minerais.

Réeoiiipeii«««

Les récompenses obtenues par cette maison ont toujours été les plus hautes accordées à leurs produits. De 1823 à 1878 treise méclailles d'or, aux différentes Expositions, ont marqué la marche constante des progrès de son industrie. — Six de ces médailles ont été décernées depuis la direction de M. Létrange.

En 1881, à l'Exposition de l'Klectricité à Paris, la maison Letrange a obtenu la plus haute récompense décernée aux métaux.

Les succès de ces établissements sont principalement dûs à son Directeur-propriétaire qui s'est donné la tâche difficile d'élever son usine à la hauteur des découvertes modernes et lien faire une des premières maisons de France, grâce à ses connaissances techniques et à un labeur incessant.

En effet, M. Létrange qui travaille dans sa maison depuis 47 ans, en est depuis 35 ans le seul chef.

Il a exercé les fonctions publiques et gratuites suivantes :

Maire de Romilly-sur-Andelle pendant 13 ans.

Arbitre commerçant auprès du tribunal de commerce de Ta Seine pendant 10 ans.

Expert en douane auprès du ministère du commerce.

Président de la Chainbre syndicale du commei*ce des métaux de Paris depuis 14 ans.

Président du comité central des Chambres syndicales de la Seine en 1886, 1887, 1888.

En 1880, membre du jury de l'Exposition le Métal faite au palais des Champs-Elysées par l'Union centrale des Beaux- Arts appliqués à l'industrie.

En 1888, M. Létraage a été nommé par le gouvernement membre de la Commission spéciale de l'Exposition de Melbourne et membre du Comité d'organisation du Congrès du commerce et de Tindustrie.

En 1889, à TExposition universelle, membre du jury des récompenses pour la classe 41.

C'est pour cette dernière raison que la maison Léirange n'a pas été comprise dans la distribution des récompenses où certainement et selon son habitude, elle aurait obtenu la plus haute.

Deux de ses collaborateurs ont été l'objet de distinctions de la ^art du jury, ce sont M. Leqncnx qui a obtenu une ]flédMlle d'Or, et M. BrenlIUrd, auquel on a décerné une Hédaille d'Argent.

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