‹ Les Mineurs de l'Article 66 du Code Pénal et la Loi du 5 Août 1850Chapitre 12 sur 42 · LU · texte numérisé non relu

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Et dans ces colonies privées, pour ces tout petits qui n'ont point eu la main d’une mère pour les soigner, les caresser et les corriger aussi, M. Puibaraud préconise l'éducation par les femmes «qui exercent, dit-il, sur les « enfants une influence dont les hommes ne possèdent « pas le secret. »

Le fait est que des essais déjà tentés dans ce sens ont amené des résultats heureux. Près de la colonie publique de St-Hilaire dans la Vienne, l'Etat possède une ferme — c’est l’école de réforme de Chanteloup — où une centaine d'enfants qui y sont amenés au-dessous de l’âge de douze ans — sont soignés et élevés par deux dames, filles de l’instituteur, vieux fonctionnaire de l’administration pénitentiaire. On peut constater chez ces enfants une transformation complète, au physique comme au moral : «Ils ont perdu leur sauvagerie, leur « rudesse, leur défiance — car la défiance est la carac- « téristique du jeune détenu comme de la bête sauvage « — à ce contact de femmes bonnes, dévouées, tem- « pérant la remontrance par la délicatesse et adoucis- « sant par leur patience les premières difficultés de « l'instruction. » (L. Puibaraud : Les maisons d’éducation préventive et correctionnelle).

Des résultats identiques ont été obtenus à Frasnes-le- Château, près de Gray, dans la Haute-Saône. Là, de simples femmes, sœurs de l’ordre de la Providence de Ribauviller, sans l’aide d'aucun homme, avec pour unique force l’éducation morale, élèvent plus de quatre cents enfants, et savent se faire respecter et obéir. Mais

là aussi on ne reçoit que des enfants âgés de moins de douze ans.

Pour les autres acquittés de l’article 66, petits voleurs, petits escrocs, ils se sont rendus coupables, non plus de délits conventionnels, mais de délits réels. Ils ont commis ces délits sans discernement, c’est-à-dire sans pouvoir mesurer l’étendue du mal, mais leurs instincts mauvais se sont manifestés au dehors, et dès lors, selon M. Puibaraud, la préservation ne suffira plus : il faudra la réforme : il faudra redresser le caractère de ces vauriens précoces, en faire des hommes dont la société n’ait rien à craindre.

Ici encore, M. l'Inspecteur général fait la même sélection basée sur l’âge : jusqu'à douze ans, envoi dans les colonies privées ; après douze ans, envoi aux colonies publiques.

Enfin, voici la cause d’une nouvelle division à établir: d’après une statistique déjà consultée par nous, 80 0/0 des garçons, et 90 0/0 des filles, pensionnaires des maisons pénitentiaires, appartiennent à des familles urbaines ; or, il est à supposer qu'à ces petits vauriens qui courent les rues de nos villes, qu’à ces petits voleurs qui savent déjà faire un « bon coup » le métier d’agriculteur ou de maraicher ne sourira guère. Nous avons vu, et nous n’y reviendrons pas, que si l'idée du législateur de 1850 était sage, l'application n’en était pas pratique. Il est donc tout naturel que M. Puibaraud conseille l’envoi de ces enfants d’origine urbaine dans des colonies industrielles qu’il souhaite voir se multiplier.

A cet endroit de son rapport, M. l’Inspecteur général

fait une remarque, qu'il me semble intéressant de rapporter ea passant, au sujet des filles mineures de 16 ans : la loi de 1850 ne préconise pas pour elles le travail agricole ; elles seront détenues dans des maisons pénitentiaires el, dit l’article 17, « y seront élevées « sous une discipline sévère et appliquées aux travaux « qui conviennent à leur sexe. » — Par une préoccupation inverse, l’administration s’est appliquée à leur procurer des travaux en plein air, fort utiles d’ailleurs à leur santé. Mais les origines étant les mêmes, it y a là une contradiction que l’on ne s’explique guère (1). « Un principe qui varie de la sorte suivant le sexe, n’est plus qu'un demi-principe. » |

Une dernière réforme demandée, c’est la réorganisation du personnel. Il faut des « aptitudes spéciales », M. Puibaraud. insiste sur ce mot, « des qualités de cœur, le goût de l’enfance ». Le costume et le nom même de « gardien » devra disparaître (Nous verrons qu’à l’école de Montesson ce progrès est déjà réalisé).

Pour finir, une innovation heureuse: l'inspecteur général propose que dans tous les cas où le mineur sera placé dans une école de préservation, la personne qui a autovité sur Jui soit condamnée à contribuer aux frais de l’éducation de l'enfant pour une somme qui ne sera pas inférieure au quart des prix fixés par l'administration

4. Voici les chiffres de la statistique pénitentiaire de 1893, page LXX :

Garçons employés aux travaux agricoles.... 2046. » » » » industriels. ... 1428.

Filles employées aux travaux agricoles... 119.

» » » » industriels... 736.

pour l'entretien de l'enfant. C’est le système que nous retrouverons én Angleterre (1).

Avant de répondre à M. Puibaraud, plaçons'en face du système de sélections préconisé par lui, la proposition également ingénieuse de M. Cluze, directeur de Mettray (Bin Com°" Pén'®, mars 1895).

Les divisions que M. Cluze demande d'établir dans les maisons de correction ne devront pas résulter de la nature des délits commis, mais bien du caractère et de la conduite des enfants : ainsi il réclame l’organisation « d'établissements gradués » entre le régime de la colonie absolument libre et le quartier correctionnel ».

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