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de la 7° Commission du Conseil général de Is Seine (Rapport du 23 décembre 1892), subit les impulsions naturelles qui lui viennent de ses ascendants, qui
« tieñnent à sa constitution propre, au milieu dans lequel
il vit el aux procédés d'éducation qui ont été employés
c'à son égard... Tout cela n’est point de son fait et par conséquent ne peut faire de lui un coupable...
« Est-ce à dire que des enfants ne peuvent jamais être « nuisibles? personne n’oserait le soutenir : si la société
« n’a pas le droit de punir celui qui n’est pas responsa- « ble de ses actes, elle a le droit de se garantir contre « tous les accidents possibles.
€ Que faut-il faire quand il s’agit d’enfants qui peuvent « être nuisibles? — Les réformer en leur appliquant des « procédés d'éducation appropriés à leur constitution « spéciale. Il n’y a point d'enfants coupables, mais des « enfants à instruire et à élever dans le vrai sens du a mot. »
Et alors voici la description de la nouvelle école modèle, c’est encore M. Lucipia qui parle (Discours d’inauguration de la maison d’éducation de Montesson, B. Municipal officiel, 26 juin 1895). « .. Pas de grilles aux mailles « serrées, pas de ces murailles grises démesurément « élevées qui semblent barrer la route pour toujours: « des arbres verdoyants, des fleurs, des haies vives, des « fenêtres grandes ouvertes pour laisser passer l’air et la « lumière. »
Naturellement dans cette maison, qui est une école, il n'y aura plus de gardiens, mais des maîtres : instituteurs, maitres-ouvriers. On ne veut même plus de sur-
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veillants. Et le mot « pénitentiaire » ne figure nulle part.
Une critique intéressante de l’idée de M. Lucipia a été heureusement formulée par M. Puibaraud (Bulletin de la Société Générale des prisons, avril 1893). Jamais, suivant le rapporteur du conseil général, l'enfant ne peut être déclaré coupable; il est quelquefois nuisible, jamais il ne jouit de la liberté morale. « Mais, dit M. Puibaraud, pourquoi limiter ce système auxenfantset ne pas l'appliquer
Où
aux hommes faits ? le premier malfaiteur venu pourra
dire : Je subis l'influence de l’atavisme; mon pére est « mort au bagne ! Ma constitution naturelle ? Elle est « pitoyable : le travail m’a toujours bien fatigué. Le « milieu où je vis? Il est mauvais, messieurs; je n’ai « jamais fréquenté que des coquins ; et quant à mon édu- « cation, Je ne mens pas en vous affirmantqu'elle a été « négligée. Tout cela n’est point de mon fait el ne peut « par conséquent faire de moi un coupable ! »
Il est certain que ce malfaiteur ne convaincra pas M. Lucipia lui-même. Un homme, dirait-il, s’il n’est pas idiot, a conscience d’avoir bien ou mal agi, tandis qu’un enfant... « L'enfant, répond M. Puibaraud, à moins qu’il « ne soit idiot ou en bas âge, a, lui aussi, la conscience « du bien et du mal. Le mensonge, cette caractéristique « de l'enfance, en est la démonstration première. Seule- « ment il ne se rend pas compte des conséquences deson « acte mauvais : c’est là la différence avec l’homme fait : « La conscience, voilàle mot, le seul mot qui reste comme « résidu au fond de cette analyse ».
Il est un fait certain, c’est que le plus grand malfai-
teur a conscience d’avoir mal fait, et qu'un assassin ne viendra jamais dire qu’il ne croyait pas que c'était mal de tuer. Or, cette conscience du bien et du mal, où ce criminel l’a-t-il prise ? Ce n’est certes pas dans le milieu où il vit, que nous supposons mauvais, ni dans son éducation, qui a été abominable. « Force nous est donc d’a- « vouer que cette conscience, il l'avait en venant au « monde et qu’il l’a possédée au même titre que sa vie « même ». Donc il l’avait étant enfant.
Et par suite nous tombons dans ce dilemne :
Ou la conscience n’existe pas, ou elle existe dans tout être humain, dans l'enfant comme dans l’homme fait.
Si l'enfant n'a pas de conscience, comment pourra-ton remplir à son égard le but de M. Lucipia qui parle de réformer et d'élever. « Vous enseignerez à cet enfant, « dit M. Puibaraud,une nomenclature des choses honnè- « tes, une nomenclature des choses malhonnêtes : cela « ne sera pas de l'éducation, mais une œuvre compara- « ble à celle d’un homme patient qui apprendrait la « géométrie à un perroquet : on ne s’adresserait qu'à la « mémoire ».
Force est donc, si l’on veut une éducation morale pour l'enfant, de reconnaître chez lui comme base de cette éducation morale, la faculté de saisir instinctivement la différence entre le bien et le mal.
Dès lors, s’il y a conscience, il y a liberté de choix, libre arbitre, donc culpabilité possible. Et voilà M. Lucipia singulièrement contredit.
C'est cependant cette idée de M. Lucipia qui a présidé à la création d’une maison d’éducation d’un nouveau
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type, ce sont ces sentiments quiont guidé le Conseil général de la Seine et l'administration préfectorale vers leur but, humanitaire et généreux, il faut le reconnaître,
de la régénération et de la moralisation de l’enfant.
$ 2 — La maison d'éducation de Montesson
La maison d'éducation de Montesson, ou école Lepeletier de Saint-Fargeau est, nous l’avons dit, d’origine récente : créée par le département de la Seine, dont elle est la propriété, elle à été inaugurée le 25 juin 1895.
Voici quelques détails sur cette colonie d’un nouveau genre que J'ai visitée l'année dernière.
Elle est située dans le département de Seine-et-Oise. près de la limite du département de la Seine, à vingt kilomètres de Paris ; € sa situation topographique, nous « dit la notice (Notice sur la maison d'éducation créée par le « département dela Seine à Montesson, 1895) satisfait donc « au vœu exprimé par le congrès pénitentiaire interna- « tional tenu à Stockholm en 1882, qui a décidé, à l’una- « nimité, que les établissements destinés aux enfants « devraient être éloignés des villes (1).
L'air, l’espace, le luxe même, rien n’a été épargné : la
1. Il me semble qu'on pourrait faire des réserves sur l’éloignement où se trouve être de Paris la maison de Montesson : les 20 kilomètres qui séparent la ville de l’école ne sont point pour effrayer les petits libérés qui désirent y revenir, non plus que les jeunes évadés qui espèrent s’y cacher.
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la superficie totale de l'établissement est de 32 hectares, et les dépenses de construction ainsi que certains frais d'acquisition subsidiaires, (objets de literie, lingerie, outillage, etc.) se sont élevés au joli chiffre de 2.900.000 francs !
Une première remarque s'impose, avant même quon ait franchi le seuil de l’école, c’est le peu d’élévation des murs : ils ont en moyenne 2 mètres 20, c'est dire que tous les pensionnaires peuvent les franchir ; mais on n’a pas l’air de le redouter..….
Du reste on ne devient élève de l’école Lepeletier-Saint- Fargeau qu'après en avoir été jugé digne par le directeur de la maison, lequel se rend à la Petite Roquette les 2 et 16 de chaque mois pour y faire son choix parmi les moins mauvais : en Cas d'évasion, l’enfant repris est renvoyé à la Petite Roquette et dirigé cette fois sur une vraie colonie pénitentiaire (1).
À l’intérieur d’un vaste rectangle nous voyons huit pavillons de construction semblable pouvant contenir. chacun quaranteenfants ; chaque pavillon est absolument. autonome et ses pupilles ne peuvent communiquer avec les pensionnaires du pavillon voisin.
Ils n’ont qu'un étage et sont ainsi disposés :
Au rez-de-chaussée : large vestibule avec lavabos de marbre, séparant la salle d'études de la salle de classe,
4. Rappelons que l’école de Montesson ne reçoit que les mineurs acquittés de l’article 66 du Code pénal, à l'exclusion de tous autres. Il y a cependant dans l'établissement un quartier absolument distinct, réservé à des enfants de la correction paternelle : on y compte 44 cellules.
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l’une et l’autre meublées de bancs et de pupitres dernier modèle ; grand parloir où les parents sont admis Île dimanche (1), réfectoire et salle de récréation pour l'hiver.
Au premier élage se trouve le dortoir : on y voit un système ingénieux de cellules, s’ouvrant et se fermant dix par dix, toutes claires et parfaitement aérées ; les enfants ne peuvent se voir ni communiquer entre eux. Au centre, des lavabos en marbre, système « du tout à l'égout », gaz, etc.
Chaque pavillon, semblable comme disposition intérieure, donne sur une grande cour plantée pour la récréation, avec préau.
En septembre 1897, quatre pavillons seuls étaient occupés et renfermaient seize enfants chacun. L’intention du directeur était d'en prendre cent de plus par an.
Une remarque en passant au sujet de la sélection préconisée dans l'établissement : les enfants y sont classés par caractères et non par âge (c’est le système Suisse). Nous pouvons nous demander pourquoi, et M. Lucipia ne nous en donne guère la raison quand il dit dans son discours d’inauguration (Bul. municipal officiel, 26 juin 1895): « Nous voulons la baser (la sélection) sur le carac- « tère pour que, s’il est indispensable que le règlement « soit un,les applications en soient diverses, sans pour-
1. Aux termes de la loi de 1850 les parents n’étaient autorisés à voir leurs enfants que deux fois par an et la liberté qui est ici laissée au Directeur de Montesson est chose assez délicate : car les
visites de certains parents peuvent nuire au but de réforme qu'on se propose.
« tant blesser irrémédiablement l'esprit de justice qui « existe chez l’enfant, même vicieux. »
Au milieu de ces huit pavillons d'élèves, se trouvent douze autres bâtiments habités chacun par deux ménages de maîtres : instituteurs ou maitres-ouvriers, puisque le nom de gardiens et de surveillants a été banni.
Enfin, au centre, le pavillon du directeur qui vit, dit-on, « au milieu de sa petite famille ». On vise toujours au système patriarcal de la Suisse, quoique le nombre trop élevé d’enfants et... le luxe ne permettent pas un rapprochement sérieux. Puis la cuisine, la buanderie, la piscine ; la fermeet ses bâtiments divers : écuries, vacherie, porcherie.…
Mais à Montesson on fait peu de culture; on n’en fera même point du tout quand les terrains qui sont en friche actuellement seront transformés en potager : on ne doit faire à Montesson que du jardinage avec les spécialités qui s’y rattachent : « L'enseignement horticole est aussi « complet que possible, il est manuel et raisonné, « lisons-nous dans le règlement du service intérieur de « l’école ; 1l comprend la culture potagère, celle des « arbres fruitiers, des plantes de serre, la floriculture « et l’arboriculture d'ornement... Il faut que les jar- « diniers que nous aurons formés soient recherchés « autant par la sûreté que par la variété de leurs con- « naissances. »
Tous les ans chaque pavillon change de quartier, abandonne le potager pour la floriculture, la floriculture pour le marais.
Il faut que ces jeunes jardiniers sachent faire leurs
paniers d'emballage, leurs échelles, leurs arrosoirs, réparer leurs brouettes : par suite il v aura à Montesson des ateliers de vannerie, de menuiserie, de plomberie et de charronnage. Mais ces ateliers n'emploient à eux tous que les enfants d’un seul pavillon ; or, comme nous l'avons déjà constaté, les élèves de l’école Le Peletier-St- Fargeau préfèrent tous, d’instinct, l'atelier où on leur demande plus d'intelligence, mais moins d’effort physique, d'autant que la proportion de la maison, qui n'était en 1897 que de 70 0/0 de pupilles parisiens, doit augmenter d’année en année, puisque c’est pour les enfants de Paris que le département de la Seine a fondé Montesson. Mais on ne consulte pas l'enfant sur ses goûts et ses aptitudes; selon moi, c’est là un tort.
Dans le quartier réservé aux mineurs de la correction paternelle est un vaste amphithéâtre où toute la population de la colonie peut trouver place : cette salle sert à la fois, comme à la Petite Roquette, pour la célébration du culte et pour des cours et conférences ; chaque dimanche une messe v est dite où tous les enfants doivent assister.
Cette question de l'éducation religieuse obligatoire a suscité, entre certains membres du conseil municipal de Paris, une vive discussion dont nous trouvons les traces au Bulletin Officiel du 22 décembre 1895. M. Lucipia se montre tout à fait hostile à l’idée de l’instruction religieuse donnée officiellement à l’école Le Peletier de St-Fargeau, alors que la loi de 1882 proclame la neutralité de l’école primaire.
Mais, lui répond en substance son collègue, M. Alpy,