‹ Les Mineurs de l'Article 66 du Code Pénal et la Loi du 5 Août 1850Chapitre 37 sur 42 · Bul. de la Société Gén. des prisons, mars · texte numérisé non relu

Bul. de la Société Gén. des prisons, mars

« de les distraire que de les instruire ? » L'école en etfet possède jusqu’à un petit théâtre ; et puis les promenades au dehors sont fréquentes; quelquefois même on pousse jusqu’à la mer.

Bien plus, on accorde aux enfants qui le méritent des congés individuels : le petit pensionnaire peut obtenir de s’en aller seul à la « ducasse » de son village ; on ne craint même pas pour lui les grandes villes el le directeur accorde des permissions pour Bruges et Gand au momentdes fêtes municipales. Et, chose étonnante, il n’y a pas d'exemple qu'un enfant ait manqué l’appel à l'heure fixée pour le retour ! Mais on a toujours soin que le jeune permissionnaire ait un peu d’argent sur lui : au moment du départ, le directeur, après un petit speech, lui remet une pièce blanche : « Ils doivent en effet, dit « M. Garçon, se sentir comme tous les autres, et surtout « 1l ne faut pas les tenter » (1).

La fondation de Ruysselede est de l’époque où régnait sans parlage la théorie française de Demetz sur l’éducation correctionnelle : aussi l’école est-elle bâtie sur le même modèle que Mettray ; c’est une grande ferme entourée de 260 hectares de terre, renfermant deux cents bêtes à cornes et plusieurs troupeaux de moutons et de porcs.

Remarquons cependant qu'on ne s’est pas obstiné chez nos voisins, comme nous nous l’avons fait trop long-

4, Tout cela est fort beau ! n'oublions pas toutefois que ces sor: ties ne sont pas accordées à tous les pensionnaires, mais seulement aux élèves tout à fait bien notés, à ceux daas lesquels on a pleine confiance.

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temps, à forcer l'enfant de travailler à la terre, malgré lui ; après quelques semaines de travaux au grand air pour le fortifier, le pensionnaire de Ruysselede est placé dans un atelier. « L'école a des ateliers de serrurerie, de « charronnage, de vannerie.. et de tissage, presque tous « ces métiers sont bien choisis, nous dit M. Garçon, Je « ne ferai de réserves que pour le dernier qu’on ne peut « guère exercer aujourd’hui hors des manufactures. II « m'a toujours semblé que l'enfant confié à l’administra- « tion devait apprendre un de ces métiers que J’appelle- « rai individuels. Je veux le voir le jour du placement « dans la boutique d’un brave homme, qui n’emploie que « deux ou trois ouvriers et qui pourra le surveiller pa- « ternellement... L'enfant sorti de l’école correction- « nelle (quel que soit son nom officiel) court plus de « dangers qu'un aulre..…, craignons pour lui l'atelier « commun, l’usine avec sa promiscuité, et plaçons-le « dans un milieu plus reposé et plus sain. »

Quant à l'instruction, elle est assurée par six instituteurs qui ne dirigent que les classes des enfants de moins de 14 ans. L'éducation religieuse est donnée par deux aumôniers.

Les statistiques constatent une porportion de 12 0/0 de récidives à Ruysselede. C’est déjà assez beau comme résultat; peut-être obtiendrait-on mieux encore si le séjour des pensionnaires y élail plus prolongé, mais il paraît que les entrées y sont nombreuses et les places limitées, de sorte que l’on est souvent obligé de faire des placements hâtifs. « C’est une banalité de dire que l’édu-

« cation qui tend à créer des habitudes, exige la patience « et le temps » (1).

L'école de bienfaisance de Beernem.

L'école de Beernem placée sous la même direction que Ruysselede lui est juxtaposée, mais il n’y point pour cela la moindre promiscuité entre leurs pensionnaires (2). Les deux écoles se complètent pour ainsi dire sous Île rapport de l’administration : Ruysselede fournit à Beernem le pain, la viande, les légumes, et les jeunes filles de Beernem entretiennent les vêtements et le linge de leurs voisins.

« Beernem, d’après l'impression qüe ‘nous rapporte € M. Garçon, a l’aspect d’un couvent de jeunes filles et « d’une ferme », d’une ferme assez importante encore, car elle couvre 62 hectares. Les élèves qui sortent de Beernem connaissent les soins du bétail et les travaux des champs, elles feront des filles de ferme consommées.

Bien plus, on apprend à ces jeunes filles tous les tra vaux de femme : il y a des ateliers de repassage, des buanderies..., on ne néglige pas non plus la cuisine et « les « grandes, chacune leur tour, font la soupe, et au besoin « gâtent quelques sauces. »

. Treize sœurs de Namur donnent à ces jeunes pensionpaires (elles sont 250 environ) leurs soins les plus dévoués et les plus éclairés.

1. M. Garçon. Une excursion à Ruysselede et à Beernem (Bul. de la Société gén. des prisons, mars 1895).

2. On cherché le voisinage de deux maisons dans le but de faire des économies.

L'école de bienfaisance de Namur.

’ J'ai visité tout récemment avec un réel intérêt l’école de bienfaisance de Namur : depuis deux ans cet établissement ne reçoit plus que des filles mineures, et le très distingué directeur qui m'en a fait aimablement les honneurs paraît content de n’avoir plus à redouter les dangers pouvant résulter, malgré toutes les précautions possibles, du voisinage d’une école de garçons.

On compte à Namur 450 filles dont 140 environ de l’article 72 du Code pénal; toutes doivent avoir plus de 13 ans pour y être reçues, les plus jeunes vont à Beernem.

Cette petite colonie est répartie dans cinq quartiers absolument distincts. L'an d’eux est réservé aux mineures de l’article 72, un autre sert de quartier d'observation ; chaque jeune fille y est reçue à son arrivée et y séjourne en moyenne deux mois, jusqu’à ce qu'on sache la catégorie dont elle doit faire partie ; on ne s'attache pas, en effet, à classer les enfants d’après leur âge (la classification la plus importante dans ce sens a été déjà faite, remarquons-le, puisque on ne reçoit à Namur que des filles de plus de 13 ans). On fait des sélections entre elles d’après leurs antécédents, les renseignements obtenus sur leur moralité. |

Plus ici de cette divison, très en honneur autrefois en Belgique, entre les vagabondes et les mineures prévenues d’autres délits et, si nous trouvons les mendiantes séparées des jeunes filles de l’article 72, ce n’est pas dans le but de les soumettre à un traitement plus doux, mais au contraire parce qu'on craint qu'elles ne gâtent encore

davantage ces dernières. Et la sage expérience de M. le directeur de Namur vient nous confirmer dans notre opiunion émise plus haut, qui est aussi, Je crois, celle de M. Berthélémy.

À Beernem on veut faire des filles de ferme; à Namur, des servantes et des cuisinières bourgeoises ; aussi n’emploie-t-on les pensionnaires qu’à des travaux de ménage ; elles passent de l'atelier de couture à la buanderie, de la buanderie à la cuisine..…., de sorte qu'après un séjour à l’école qui est en moyenne de 4 ans, la jeune fille peut trouver facilement à se placer ; les sociétés de patronage l'y aident au besoin.

Elles ne travaillent du reste que pour elles, confectionnent et entretiennent leur trousseau : elles ne touchent aucune rémunération pour leur tâche, mais des livrets de caisses d'épargne sont accordés aux filles laborieuses à l’occasion des grandes fêtes, de sorte qu’à leur sortie elles ont presque toutes un petit pécule.

Deux heures par Jour sont consacrées aux classes primaires de flamand pour les Flamandes, de français pour les Wallonnes. Les deux langues sont obligatoires pour les ainées.

Chaque quartier a son personnel dirigeant et enseignant: vingt-huit religieuses de Champion sous la direction d’une supérieure donnent à ces jeunes filles tous leurs instants et les soins les plus dévoués. Il règne dans cet élablissement, au milieu de tous ces « gros ménages » comme disent les bonnes sœurs, un ordre parfait, une propreté méticuleuse, les jeunes filles sont gaies et les cours de récréation retentissent de leurs rires, mais

une fois à l'atelier ou en étude, c’est le silence absolu, la meilleure tenue.

L'instruction religieuse y est naturellement donnée avec zèle, les pensionnaires (elles appartiennent toutes, à part une protestante, au culte catholique romain) doivent entendre la messe et assister aux offices le dimanche ; chaque quartier a son oratoire distinct et la chapelle à la forme d’un T avec l’autel au milieu.

: Un mot pour finir sur certaines dispositions intérieures de l'établissement qui m'ont paru fort heureuses : en dehors des salles de classe, des cuisines, buanderie, etc., chaque quartier est construit d’ingénieuse façon : au rezde-chaussée l’atelier avec des petites tables séparées et aux murs de pieuses images el des gravures instruclives ; prenant Jour sur cet atelier, trois étages de corridors sur lesquelles s'ouvrent les petites chambres aux parois épaisses, où les pensionnaires rentrent le soir. C'est, soit dit en passant, le seul établissement belge où les élèves sont ainsi séparées pendant la nuit. Grâce à cette disposition ingénieuse, il n’y a pas de place perdue et la surveillance n’en est que plus sérieuse.

Somme toute, religieuses et directeur sont fort satisfaits de leurs pensionnaires et ils ont lieu de l’être, je crois : le petit quartier de discipline à l’usage des mauvaises têtes reste toujours vide, et l’infirmerie qui a été inoccupée onze années durant, est également déserte.

Terminons en faisant avec M. Joly qui est allé visiter l'établissement en 1895, la réflexion suivante. « Les colo- « nies qui approchent le plus de la perfection sont celles « dont la population descend au-dessous de cent. Et la

Er. Re

« Belgique, outre qu’elle à diminué quelque peu l’im- « portance numérique de ses agglomérations, (l’école de « bienfaisance de Moll a été créée dans ce but) s'applique « heureusement à tempérer le danger du mal par d’ingé- « nieuses subdivisions d’abord, et aussi par le soin « qu’elle apporte à la surveillance », (Bulletin de la sociêté générale des Prisons. avril 1895). Rappelons en effet qu'à Namur on compte une religieuse pour 15 jeunes filles alors qu'à Mettray on trouve un surveillant pour 25 garçons et à St-Hilaire un pour 35!

$ 2. — Critiques du système belge. Les placements

Le système belge, malgré ses avantages, a été l’objet de nombreuses critiques.

Tout d’abord la question du principe même a été attaquée :

A l'assemblée de la Chambre des représentants, en mai 1893, M. Wæste s’est vivement élevé contre la mise à la disposition du gouvernement des enfants mineurs pour les délits de moindre importance : c’est là, selon lui, une atteinte fortgrave au droit de la famille, et il faudrait remplacer cette mesure trop sévère pour les délits n’emportant pas condamnation à plus de 8 jours de prison ou à moins de 26 francs d'amende, par une réprimande du juge de paix et une amende légère.

Nous répondrons à M. Wæste avec M. Thiry (Revue de Belgique : «Nos jeunes délinquants ») que la mise à la dis-

position du gouvernément n’est pas une peine, un moyen de répression devant être proportionné à l'infraction commise : En réalité ce n’est qu’un mode d'éducation, destiné à remplacer l'éducation que ne donnent pas les parents, ou qu'ils donnent mauvaise.

Cest au juge de paix qu'incombe le soin de rechercher si le délit commis révèle les vices de l’éducaiion reçue il ne statue que quand il s’est rendu compte de la vie habituelle du délinquant et du danger qu’il peut y avoir à le replonger dans cette existence.

Enfin, on a aussi condamné l’idée de l’école de bienfaisance belge : on lui a fait son procès, comme ona fait celui des écoles anglaises.

C’est le docteur Semal (1) qui trouve que les établissements de réforme ne développent pas suffisamment la volonté et l'initiative de l’enfant.

« Il s’y endort dans une certaine mollesse, il n’a nulle- « ment souci des besoins du jour et du lendemain, as- « suré qu'il est de sa nourriture et de son logement. « Naturellement il travaille peu et mal, et à sa libéra- « tion il ne fera jamais un bon ouvrier ».

M. Thiry, professeur à l’université de Liège, est du même avis (2); il a trouvé que toutes les pensionnaires de Beernem « vivent d’une façon tout artificielle et paraissent privées de personnalité ». Elles obéissent à tout « ce qu’on leur dit, raconte-t-1l, comme une machine « obéit au machiniste, comme la personne hypnotisée

« obéit à l’hypnotiseur ».

. Bul. de la Société. Gén. des prisons, mai 1879. . Bul. de la Société Gén. des prisons. juin 1893.

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